thumb|Façade de la Centrale Montemartini.
La Centrale Montemartini est une ancienne centrale thermique de Rome, construite dans la première moitié du et située dans le quartier d'Ostiense, désaffectée et transformée en musée archéologique depuis 1997. Sur fond d'archéologie industrielle, elle abrite environ 400 statues romaines, ainsi que des épitaphes et des mosaïques précédemment exposées dans les musées du Capitole ou conservées dans les grands dépôts de la ville.
Située via Ostiense, elle a été inaugurée le 30 juin 1912 et est devenue la première usine de production d'électricité de la Compagnie municipale d'électricité (ancêtre d'Acea). Nommée d'après l'ancien conseiller Giovanni Montemartini, décédé dans la salle du conseil lors d'un débat en 1913, l'usine a été désaffectée en 1963. Après une trentaine d'années d'abandon et d'utilisations diverses, les espaces de l'usine ont été restaurés par Acea et ont commencé à accueillir le deuxième pôle des Musées du Capitole à partir de 1997.
Histoire
La centrale, construite sur un terrain de près de 20.000 m², inaugurée en , présentait la particularité d'être la propriété de la ville de Rome et non celle d'une compagnie privée. C'était la première usine de production d'électricité de la nouvelle compagnie municipale d'électricité (AEM). Le projet, né en 1908, faisait partie du programme électoral du Blocco Popolare (bloc populaire) d'Ernesto Nathan, élu maire en 1908, et avait été approuvé par un référendum municipal en 1909. De type mixte vapeur-Diesel, elle bénéficiait d'une situation privilégiée, sur la rive gauche du Tibre pour son approvisionnement en eau, et proche du chemin de fer et de la route d'Ostie, axe central de circulation, en dehors de la barrière d'octroi, donc exempt des taxes sur le combustible. La zone sur laquelle la centrale électrique a été construite avait une vocation industrielle, comme en témoigne l'implantation des marchés généraux et du gazomètre de Rome. En 1913, elle prit le nom de l'un des principaux artisans de sa construction, l'économiste Giovanni Montemartini, auteur d'un livre sur la Municipalisation des services publics, assesseur au Technologico, qui au sein du Conseil communal, en conçut le projet dans ses différents aspects, techniques et politiques, dans le cadre de la municipalisation des services et de leur décentralisation au cœur du quartier industriel en cours de formationCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, pp.198-199.. Principal théoricien de la municipalisation en Italie et en particulier à Rome, il est décédé lors d'un débat au conseil municipal en 1913.
À l'intérieur, deux turbines à vapeur avec des chaudières garantissaient un service continu tandis que des moteurs diesel fabriqués par la société Franco Tosi Meccanica SpA de Legnano étaient activés aux heures de pointe de consommation, garantissant une production plutôt efficace par rapport aux besoins de consommation de la ville. L'énergie produite assurait l'éclairage de plus de la moitié des rues et des places de la ville. Dans les années 1930, la centrale fut plus ou moins nationalisée par le gouvernement fasciste, agrandie et inaugurée une nouvelle fois par Benito Mussolini, à l'occasion du remplacement, le 21 avril 1933, de ses moteurs Diesel Tosi par deux moteurs Diesel de 7500 CV fournis par le même constructeur Franco Tosi, faisant passer la capacité de production de pour répondre aux nouveaux besoins des usages publics et privés.
Un réaménagement fut également décidé dans la perspective d'une Exposition universelle prévue pour 1942, dont la centrale devait fournir l'électricité, et la demande accrue d'électricité qui en découlait. Il est décidé d'installer une troisième turbine à vapeur, capable de développer une puissance de 20 000 kW, équipée de deux chaudières Tosi de 45 atm, nécessitant la construction d'une nouvelle chaufferie. Les travaux furent interrompus par la Seconde Guerre mondiale et ne furent menés à bien qu'en 1952. Ils achevèrent de donner à la centrale sa configuration actuelle.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la centrale a échappé aux bombardements alliés et au sabotage nazi. Elle est restée la seule centrale électrique sur laquelle la ville pouvait compter.
Néanmoins, les équipements de la centrale se sont avérés rapidement obsolètes, obérés par les coûts de maintenance devenus prohibitifs du fait de sa dimension ; l'installation est abandonnée au milieu des années 1960. Dans les années suivantes, les espaces sont abandonnés ou utilisés comme entrepôts et l'idée est avancée de démolir le complexe. A la fin des années 1980, l'Acea opte pour une restauration du bâtiment : la salle des machines et la chaufferie sont transformées en espaces d'exposition, une partie du la machinerie étant réinstallée à son emplacement d'origine (dont une turbine à vapeur de 1917 et les gros moteurs diesel), tandis que les pièces restantes deviennent des bureaux, des laboratoires et des entrepôts à usage corporatif et culturel. Le réaménagement sauve ce monument du patrimoine industriel de la ville.
Restaurée en 1989–1990, la centrale Montemartini accueille en 1997 une exposition temporaire intitulée « Sculptures de l'Ancienne Rome. Les collections des musées du Capitole à la centrale électrique Montemartini » : les musées du Capitole sont alors en rénovation, ce qui exige la mise en réserve d'une bonne partie des collections. L'exposition vise à en montrer une partie resituée dans son décor architectural originel, comme celui du temple d'Apollon Sosianus. La reconstitution de vastes ensembles monumentaux exigea de grands espaces tels que ceux qu'offre la centrale Montemartini. Les conservateurs du musée prennent également le pari de maintenir les principaux équipements de la centrale : chaudières, turbines, générateurs, etc. La juxtaposition des œuvres d'art antiques et de l'architecture industrielle moderne connait un grand succès, qui pousse à transformer la centrale en musée permanent, élément à part entière du complexe des musées du Capitole.
En 2016, le centre s'agrandit encore avec l'ouverture d'une salle où sont conservés les wagons du train du pape Pie IX.
La façade monumentale de la centrale est flanquée de deux réverbères imposants en fonte de Diulio Cambellotti, symbole historique de l'éclairage urbain.
Collections
La plupart des œuvres exposées sont constituées de pièces provenant de fouilles effectuées après le Risorgimento, en particulier de fouilles dans les anciens horti romains. L'arrangement de l'exposition met en évidence la zone où les découvertes ont été trouvées et est divisé en trois thèmes principaux :
la République romaine (la sphère religieuse et funéraire, l'introduction du luxe dans la sphère privée, le portrait), dans la salle des Colonnes ; le centre monumental de Rome (zone du Cirque Flaminius, du temple d'Apollon Sosianus, du Capitole, la zone sacrée du Largo di Torre Argentina, le théâtre de Pompée), dans la salle des Machines ; les jardins, les résidences impériales et les domus (horti dell' Esquilino, Jardins de Salluste, horti Spei Veteris à la Porta Maggiore, mosaïque du jardins Liciniani à proximité de l'église Santa Bibiana), dans la salle des Chaudières.
L'exposition se caractérise par l'entrelacement d'images d'archéologie classique et d'images d'archéologie industrielle, avec la machinerie de l'usine comme toile de fond des sculptures (ou inversement, selon les points d'observation à l'intérieur de la salle). La présence inquiétante des deux gigantesques et désormais silencieux moteurs Diesel de la centrale, dont chacun est solidaire d'un alternateur, est très suggestive, tous symboles de ce siècle qui a vu l'avènement de la plupart des technologies les plus extraordinaires de l'ère moderne.
L'objectif de cette présentation est d'illustrer pour la première fois la recomposition de complexes architecturaux qui n'avaient jusqu'à présent jamais été examinés dans leur ensemble, de manière à reconstruire le programme iconographique antique correspondant, ainsi que le climat culturel au sein duquel il est né. Ces critères ont permis de tester dans la Centrale Montemartini différentes solutions d'exposition, qui ont été au moins en partie reprises dans les salles du Capitole, au terme des travaux de restauration.
Salle des colonnes
La salle située au rez-de-chaussée, est divisée par des piliers en ciment armé qui soutiennent les chaudières placées au niveau supérieur ; les scories du charbon qui alimentaient les chaudières étaient convoyées dans les trémies, entonnoirs tronco-pyramidaux ouverts au plafond, encore visibles aujourd'hui. De là, les déchets de combustion étaient recueillis dans les wagonnets sur rails et portés à l'extérieur pour être utilisés comme drainage de parcs et de jardinsCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, p. 200..
L'exposition illustre le monde culturel de l'époque républicaine par des témoignages archéologiques révélateurs du climat de grandes conquêts militaires et des campagnes de propagande animées, comme il est possible de lire sur une fresque provenant d'une tombe de l'Esquilin.
Plusieurs sculptures en pépérin qui décoraient un temple d'Hercule sur la via Tiburtina, dédié par Marcus Minucius Rufus (consul en -221) en 217 av. J.-C. à la suite de sa victoire sur Hannibal Barca, témoignent du tournant de monumentalisation de la ville avec la dédicace d'édifices religieux de la part des plus célèbres généraux de la fin de l'époque républicaine.
Au fond, une petite salle vise à résumer les modifications sociales importantes intervenues à l'occasion des grandes conquêtes de l'Orient grec, avec l'introduction dans la vie privée de meubles, de mosaïques et d'objets qui s'imposent comme symboles du pouvoir pour une classe sociale émergente que le butin de guerres et prébendes militaires enrichissaient encore davantage. Des urnes cinéraires en albâtre égyptien prisé, des lits en bronze marqueté et en ivoire, des mosaïques du plus grand raffinement témoignent du statut social de leur propriétaire.
Une longue galerie de portraits privés exprime l'individualisme marqué et le souci d'autoreprésentation d'une société en crise. Esclaves affranchis orgueilleux d'être citoyens romains et membres de la petite bourgeoisie se font portraiturer dans des poses austères et majestueuses comme le montre bien, avec de nombreux portraits et reliefs de tombes de famille, la statue de l'Homme en toge Barberini.
La présentation s'achève sur les portraits de personnages illustres et de protagonistes de la vie politique à la fin du , Jules César, Auguste, Marcus Vipsanius Agrippa et Virgile.
Fresque provenant de la tombe des Fabii
Cette fresque reflète l'esprit des peintures triomphales portées en procession à Rome à la suite du général victorieux ; avec le butin de guerre que le cortège menait jusqu'au temple de Jupiter capitolin, elles illustraient, sous forme de récit continu, le déroulement des campagnes militaires. Le maître de ce genre artistique, entre la fin du , fut Fabius Pictor, qui appartenait à la puissante famille des Fabii, peut-être comme le propriétaire de cette tombe.
Les entreprises militaires du défunt, peut-être relatives à un épisode des guerres samnites de la première moitié du , se disposent sur quatre registres ; Quintus Fabius et Marcus Fannius, représentés dans la partie centrale, en sont les protagonistesCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, ..
Statue en pépérin de femme avec enfants