vignette|Saint Benoît expliquant la règle (miniature du ). La règle de saint Benoît est une règle monastique écrite par Benoît de Nursie pour donner un cadre à la vie cénobitique de ses disciples. Rédigée en 530, elle établit un mode de vie monastique (organisation de la liturgie, du travail, des repas et de la détente entre autres) qui provient de son expérience d'abbé à Subiaco, puis au mont Cassin en Italie. Elle divise la journée en trois parties : la prière, le travail et la lectio divina (« lecture divine »), soit la lecture des textes sacrés. Ce qui la caractérise le plus est sa « discrétion », c'est-à-dire son équilibre, sa souplesse, son souci de ne pas faire peser sur les disciples un joug trop contraignant.
Vers 529, Benoît fonde une communauté de moines au mont Cassin. Au cours des siècles qui suivent, la règle qu'il a écrite pour ses moines est progressivement adoptée par un nombre croissant de monastères en Occident. Au-delà de sa grande influence religieuse, elle a une grande importance dans la formation de la société médiévale, grâce aux idées qu'elle propose : une constitution écrite, le contrôle de l'autorité par la loi et l'élection du détenteur de cette autorité, Benoît ayant voulu que l'abbé soit choisi par ses frèresChapitre 64,1.. Au , plusieurs milliers de moines et moniales à travers le monde vivent encore selon la règle de saint Benoît.
Vie de Benoît
Benoît de Nursie délaisse vers l'an 500 le confort de la vie d'étudiant à Rome pour la recherche de Dieu dans la solitude : il s'établit d'abord à Subiaco. Fuyant les nombreux sympathisants attirés par sa réputation de sainteté et l'hostilité dangereuse d'un prêtre voisin, il se retire vers 529, avec quelques disciples, au mont Cassin, à l'emplacement d'un lieu de culte dédié aux dieux païens. Pour faire face au nombre croissant de disciples et organiser la vie de sa communauté naissante, il rédige alors sa règle monastique.
Règle vignette|Saint Benoît rédigeant la règle, portrait (1926) par Hermann Nigg (1849-1928).
Source En écrivant sa règle, Benoît n'a pas cherché à créer une œuvre originale. Sa règle reprend ou s'inspirePour tout ce paragraphe, voir « La règle de saint Benoît » d'A. de Vogüé, Éditions du Cerf, 7 tomes et notamment le t. I, et suivantes. de l'Écriture sainte, d'une tradition monastique encore jeune mais déjà riche, d'une règle monastique probablement composée vers 500-530 : la règle du Maître. Le lecteur y trouve aussi des passages entiers du traité Institutions cénobitiques de Jean Cassien dit le Roumain. Enfin, on peut noter l'influence de la Vie des Pères (publiée par Pélage, futur pape) dont saint Basile le Grand, le législateur du monachisme orientalBenoit mentionne explicitement sa règle au chapitre 73 , saint AugustinAinsi, sentence écrite dans Cité de Dieu, XIX, 19 et Lettre 134, se retrouve dans la règle de saint Benoît, ch. 64,8, saint Léon le Grand, saint Césaire d'Arles et Cyprien de Toulon.
Thèmes de la règle de saint Benoît
Le premier chapitre (des diverses espèces de moines) indique ce qu'elle n'est pas. Les deux chapitres suivants indiquent le fondement et le lien de la société monastique : (ce que doit être l'abbé, ), et la part des moines dans le gouvernement (de la convocation des frères en conseil, ). Puis vient l'éducation surnaturelle des moines, aux chapitres 4, 5, 6 et 7 (instruments des bonnes œuvres, de l'obéissance des disciples, de l'esprit de silence, et de l'humilité). Aux chapitres 8 à 20, Benoît pourvoit à l'organisation de la prière liturgique et conventuelle. Puis, aux chapitres 21 à 30, il définit le régime intérieur et la discipline du monastère. Les chapitres 31 (du cellérier du monastère) à 57 organisent la gestion, le travail, l'alimentation des moines, l'accueil des hôtes et l'artisanat. La section suivante, avec les chapitres 58 (comment procéder pour la réception des frères) à 66, est relative au recrutement, au groupement hiérarchique et au bon ordre du monastère. Les chapitres 67 à 72 (du bon zèle que doivent posséder les moines) traitent principalement du comportement des frères les uns envers les autres. Enfin, le chapitre 73 est un épilogue qui place modestement la Règle comme une ébauche, une initiation à une vie supérieure.Commentaire sur la Règle de saint Benoît, de Dom Delatte, .
Vie quotidienne selon la règle de saint Benoît vignette|Regula, 1495. Le modèle de la vie monastique d'après saint Benoît est la famille, dont l'abbé est le père (Abba) et où tous les moines sont frères. À l'époque de saint Benoît, le sacerdoce semble avoir été relativement rare chez les moines chapitre 62 de la Règle de saint Benoît, où Benoît imagine le cas où l'abbé ., et il semble que Benoît lui-même n'ait pas été prêtre ibid. et les Dialogues de saint Grégoire, unique source que nous ayons sur la vie de saint Benoît, où il n'est pas question d'ordination..
La journée du moine est réglée en fonction de ce que saint Benoît appelle « Œuvre de Dieu » (Opus Dei) : c'est la liturgie des Heures, qui rassemble les moines sept fois par jour, et au milieu de la nuitChapitre 16,1.. Cette prière en commun se fait à partir des psaumes et de la Bible. Les offices liturgiques sont de durée variable : les trois grands offices de vigiles (ou matines), laudes et vêpres sont plus longs, et les autres offices de la journée (« petites heures ») sont plus courts : prime, tierce, sexte, none et complies. Pour saint Benoît, cette prière liturgique est très importante : Chapitre 43,3..
La journée commence à « la huitième heure de la nuit », avec les vigiles nocturnesChapitre 8,1.. Avant l'arrivée des bougies de cire , cet office est célébré dans l'obscurité. Cela n'était pas gênant car les moines récitaient alors par cœur les psaumes et les leçons courtes tirées des Écritures (ils passaient le temps du noviciat à cet apprentissageChapitre 58,1.). Les vigiles sont suivies d'un temps de lecture. Puis, au lever du jour, viennent les laudesChapitre 8,4.. Les offices de prime, tierce, sexte, none se situent, comme leur nom le suggère, respectivement à la première, la troisième, la sixième et la neuvième heure du jour (à l'époque de saint Benoît, les horaires sont définis d'après le soleil, donc en fonction de la longueur saisonnière du jour). Les vêpres (Vespera), comme leur nom l'indique également, sont l'office du soir. Après le repas et une lecture en commun, c'est le dernier office de la journée, les complies qui précèdent le grand silence de la nuitChapitre 42..
En dehors des offices, les moines s'adonnent au travail, surtout manuel : car, dit Benoît, Chapitre 48,8.. Le travail doit être organisé de telle sorte qu'il n'oblige pas les frères à sortir de la clôture du monastère : Chapitre 66, 6-7..
Du temps est aussi réservé à la lecture, à savoir l'étude de l'Écriture et des Pères de l'Église, qui constitue une nourriture spirituelle : c'est la lectio divina. Celle-ci a une importance toute particulière en CarêmeChapitre 48,14-16.. La répartition du travail et de la lecture, les horaires des repas sont variables selon les saisons et le temps liturgiqueChapitres 48 et 41.. Ainsi, en Carême, les frères prennent un seul repas le soir après les vêpresRègle de saint Benoît, 41,7. Cette pratique très exigeante semble n'être plus observée par aucun des monastères qui suivent la règle de saint Benoît au . Il semble que les trappistes aient été les derniers à l'abandonner à la fin du ..
La règle décrit non seulement les divers offices et le travail, mais aussi les modalités des repas, de l'habillement, de l'accueil, du choix des responsables, des voyages à l'extérieur, etc. Benoît ne prétend pas tout fixer par sa Règle et affirme souvent que c'est à l'abbé, en fonction de la communauté, des contraintes du lieu et du temps, de régler les détails. La règle s'applique surtout à l'aspect spirituel de la vie monastique.
Spiritualité de la règle de saint Benoît vignette|gauche|Autel majeur de l'église abbatiale de Vornbach, en Bavière. Benoît ayant placé sa règle sous le patronage des grands auteurs de la vie monastique, il s'y retrouve les ingrédients traditionnels du monachisme. Benoît, en Romain, met en place une vie communautaire solidement structurée, sous l'autorité d'un père spirituel, l'abbé. Il organise la vie des moines à travers trois activités principales : la prière commune, qui s'exprime surtout dans l'Eucharistie (il semble que pour Benoît l'Eucharistie ait été hebdomadaire) et l'office divin (en latin Opus Dei, œuvre de Dieu, encore appelée liturgie des Heures), la lecture priante de l'Écriture sainte ou d'auteurs spirituels (la lectio divina) et le travail manuel.
Comme dans toutes les traditions monastiques, la prière occupe une place centrale. Benoît privilégie la prière communautaire, qui s'exprime surtout dans la liturgie des Heures ; la prière personnelle n'est pas exclue. Il limite les exigences ascétiques, qui visent à une recherche de Dieu plus intense par Chapitre 49,4.. Il encourage également les vertus monastiques traditionnelles : l'obéissance conduit à l'humilitéChapitre 5,1., qui conduit à la charitéC'est la finale du chapitre sur les 12 degrés d'humilité : . Règle de Saint Benoît, 7,67.. Le moine s'éloigne du monde pour chercher Dieu, et la clôture monastique lui permet de se concentrer sur ce butRègle de saint Benoît, 66, 6-7 : . D'ailleurs, les trois vœux bénédictins sont la stabilité à l'intérieur du monastère, l'obéissance, et la conversion des mœurs. Benoît Benoît XVI, Angelus du ..
Postérité Succès de la règle de saint Benoît À sa mort en 547, Benoît laisse à la postérité une communauté : le monastère du Mont-Cassin, et sa règle. Mais le monastère est détruit par les Lombards et abandonné par ses moines en 589. La règle, déjà copiée et diffusée, n'est cependant pas perdue.. Peu après, le pape Grégoire le Grand donne une publicité décisive à Benoît et à son œuvre en lui consacrant tout le Livre II des DialoguesTraduction de référence : Dialogues de Grégoire le Grand (introduction, bibliographie et cartes par Adalbert de Vogüé, moine de la Pierre-qui-Vire), éditions du Cerf, collection sources chrétiennes , 260, 265., compilation de vies de saints, parmi lesquels Benoît de Nursie occupe une place primordiale en tant que patriarche des moines d'Occident.
La règle de saint Benoît se diffuse dès lors dans toute la partie chrétienne de l'Europe occidentale. Jusqu'à cette époque en effet, il n'y a pas réellement de règle monastique commune à un grand nombre d'abbayes, et chaque abbé dirige la communauté de moines selon sa volontéCommentaire sur la règle de saint Benoît, de Dom Delatte, .. À la fin du , le pape Grégoire le Grand envoie un bénédictin, le futur Augustin de Cantorbéry, ré-évangéliser l'Angleterre. La règle de Benoît est signalée en Gaule dès 625. Son succès s'explique par le fait que, en comparaison d'autres règles monastiques existant à l'époque (règles concurrentes qui ne sont, au départ, que des adaptations à l'usage de communautés distinctes : règles orientales, règles gauloises, règles irlandaises), celle de Benoît fait preuve d'équilibre humain et de modération ascétique. Elle s'appuie sur la notion de mitigation, c'est-à-dire d'adoucissement des prescriptions par rapport aux règles antérieures. Si l'office divin occupe une place importante, il n'est pas exagérément lourd, et la règle bénédictine ne comporte pas de pénitences extraordinaires comme celle de ColombanCf. notamment ..
Généralisation de la règle de saint Benoît