vignette|Maison créole à Cayenne portant le drapeau d'Haïti La diaspora haïtienne en France est constituée de l'ensemble des personnes nées à Haïti ou d'origine familiale haïtienne, vivant sur le territoire national français. Présente dès le début du et l'indépendance d'Haïti, où elle est alors limitée à une immigration étudiante très favorisée, la diaspora se diversifie à partir du milieu du avec l'arrivée à la fois de paysans pauvres et de familles de milieux sociaux divers, en grande majorité à Paris et en Île-de-France ainsi qu'en Guadeloupe, Martinique, à Saint-Martin et en Guyane.
Histoire
vignette|upright|La Fraternité, Journal hebdomadaire, Organe des intérêts d'Haïti et de la race noire, premier journal de la diaspora Haïtienne en France fondé en 1890 par Benito Sylvain.|gauche À l'époque où Haïti était un territoire appartenant à la colonie de Saint-Domingue, les colons pouvaient envoyer leurs enfants, blancs et métis, étudier en métropole. C'est le cas d'Alexandre Pétion, André Rigaud et Julien Raimond. Cette disposition est interrompue après la révolution haïtienne de 1820, pour reprendre sous une autre forme à partir de 1825 et la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti par la France. Ce relatif apaisement des relations permet à l'élite sociale, politique et économique métisse d'étudier à Paris en raison du manque d'infrastructures locales avant de revenir au pays. Parmi eux se trouvent les historiens Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin.
Le coût très important de ces voyages, couplé au lent développement des infrastructures, motive une revendication politique de création de bourses d'études financées par Haïti. L'objectif est que quelques futurs dirigeants, descendants de colons, puissent se former en France. Ces revendications s'accompagnent d'un paradoxe qui fait de Paris un centre de la civilisation dans lequel des Haïtiens doivent se montrer pour prouver leur dignité, ce qui relègue Haïti indépendante au second plan. De plus, le racisme scientifique se développant en France, seuls les Haïtiens blancs ou pouvant passer comme blancs peuvent faire le voyage. Enfin, leur réussite en France est conditionnée à plusieurs contraintes, en particulier l'existence ou non d'un réseau familial sur place sur lequel s'appuyer financièrement, socialement et émotionnellement, ainsi que les politiques spécifiques des grandes écoles qu'ils visent, concernant l'admission des étrangers.
En 1890, Benito Sylvain fonde La Fraternité, le premier journal de la diaspora haïtienne en France.
Début du gauche|vignette|Charles Terres Weymann, aviateur et industriel haïtien installé en France, lors de la deuxième semaine aéronautique de Champagne en 1910 Durant les années 1910 et 1920, Haïti connaît un fort exode rural aux causes multiples : insurrections, coups d'État et mauvaise gestion économique du secteur agricole. C'est aussi le début d'une massification de l'émigration hors d'Haïti, majoritairement vers Cuba et la République dominicaine mais aussi de façon plus mineure vers la France.
La Première Guerre mondiale est une période paradoxale pour la migration haïtienne en France. D'un côté, les échanges avec Haïti sont bloqués, ce qui fait que, pendant quatre ans, aucun nouvel étudiant ne peut s'installer en France ; de l'autre, cette coupure empêche aussi celles et ceux présents de retourner au pays, ce qui les motive à former une véritable communauté. Ils s'organisent notamment en groupe informel, « la colonie haïtienne à Paris », et s'engagent politiquement contre l'occupation militaire d'Haïti par les États-Unis. En 1922 est fondée la première association haïtienne en France, l'association haïtienne de Paris.
vignette|upright|René Depestre, écrivain haïtien exilé par Dumarsais Estimé ; installé en France, il est un temps expulsé du territoire pour son engagement décolonial dans les années 1950 avant d'y retourner dans les années 1980. L'émigration haïtienne en général est essentiellement une émigration de travail : elle commence à prendre de l'importance à partir de la crise de 1929 et continue avec le retrait des États-Unis de l'économie haïtienne. Elle est tournée vers l'ensemble de la zone caraïbe, notamment, en France, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. La crise économique qui touche les plantations cubaines puis dominicaines dans les années 1930 rend les autres destinations plus attractives. De plus, les années 1930 à 1950 voient de nombreux pays, comme la République dominicaine, les États-Unis, le Brésil, l'Argentine et le Venezuela, adopter des politiques de migration racistes, favorisant l'arrivée de migrants blancs européens et freinant celle de migrants noirs notamment les Haïtiens. Enfin, dans un contexte global de décolonisation, les Haïtiens, en raison de leur histoire, sont vus comme posant, par leur seule présence, un danger de « contagion révolutionnaire ».
La Seconde Guerre mondiale interrompt à nouveau le flux de l'immigration estudiantine, qui reprend après 1945. Au milieu des années 1950, les lieux d'installation en métropole se diversifient légèrement, les étudiants refusés dans les grandes écoles parisiennes se tournant vers d'autres villes comme Strasbourg, Bordeaux et Lille. Le gouvernement d'Haïti élargissant le nombre de bourses étudiantes, le profil sociologique des étudiants haïtien se diversifie. Cette multiplication des lieux de séjour provoque la création de nouveaux consulats haïtiens dans diverses villes françaises. Ainsi, un consulat ouvre à Lille en 1954.
En 1954, Haïti demande à la France d'assouplir les conditions de circulation de ses ressortissants en France, arguant notamment le soutien diplomatique qu'Haïti accorde aux décisions française à l'ONU. Cette demande est rejetée, alors même qu'un accord similaire est approuvé avec la République dominicaine voisine.
Duvaliérisme
Le régime dictatorial de François Duvalier, arrivé au pouvoir en 1957, provoque une double augmentation de l'émigration haïtienne. D'une part, le système économique clanique mis en place accélère l'émigration de travail ; de l'autre, la violente répression politique, qui fait plusieurs dizaines de milliers de morts, provoque un exil politique massif. Enfin, Duvalier passe un accord cette même année avec la République dominicaine, exposant l'importante diaspora haïtienne du pays à une répression violente.
Dans les années 1960 et 1970, les exports culturels français, en particulier de littérature et de musique, contribuent à construire une image positive de la France. Cette attractivité est limitée par la difficulté d'obtenir un titre de séjour ou la nationalité, la discrimination à l'emploi et au logement et le peu de développement des réseaux ethniques sur le marché du travail. La France est aussi vue comme un nœud de connexion avec d'autres migrants en Europe. Les Antilles françaises et la Guyane gardent une image positive en raison de leur économie, de la proximité culturelle et du statut de territoires français.
L'immigration vers les Antilles françaises et la Guyane s'accélère à partir des années 1980, augmentant encore avec la loi de défiscalisation de 1986. Celle-ci est notamment motivée par le développement de l'industrie forestière ainsi que de la ville de Kourou pour la Guyane, et par des besoins en main-d’œuvre excédent la croissance démographique antillaise, mais aussi par le durcissement de la politique d'immigration américaine envers Haïti au début des années 1980. Pour la France métropolitaine s'ajoute la possibilité de transiter par l'Espagne ou la Belgique, qui n'exigent pas de visa à cette époque.
À partir de la fin des années 1980 De 1988 à 1990, le climat politique extrêmement instable en Haïti s'accompagne d'une augmentation sans précédent des entrées de Haïtiens en France métropolitaine. Devant l'effondrement économique et le peu d'espoir en une amélioration de la situation politique, les immigrés haïtiens changent d'état d'esprit et la perspective d'un retour à Haïti se transforme en un désir d'implantation définitif. La distribution des genres chez les immigrés s'équilibre au milieu des années 1990. Cette période correspond aussi à un durcissement des conditions d'entrée sur le territoire français pour les Haïtiens, avec la mise en place de visas obligatoires en France, mais aussi dans les pays de transit tels que la Belgique et la Suisse.
vignette|Fernand Hibbert, auteur de plusieurs romans mettant en scène des étudiants haïtiens à Paris Étudier temporairement à l'étranger est un marqueur social des élites haïtiennes ; la France compte parmi les principaux pays de destination, derrière le Canada et les États-Unis. Cette migration d'études est notamment due à l'influence des romans de Fernand Hibbert qui mettent en scène des Haïtiens étudiant à Paris, mais elle est freinée par la concurrence nord-américaine : malgré un attrait pour Paris et la francophonie, nombre d'Haïtiens préfèrent les débouchés économiques et les moyens que possèdent les universités au Canada et aux États-Unis.
Le retour de Jean-Bertrand Aristide au pouvoir marque un durcissement de la politique migratoire française envers les Haïtiens. D'après Jean-Pierre Alaux, alors président du Groupe d'information et de soutien des immigrés, les préfectures avaient ordre, de 1990 à 1995, de ne pas exécuter les expulsions des Haïtiens du sol français tout en ne régularisant pas leur situation administrative, les maintenant ainsi dans la clandestinité sans recours possible. Pour lui, ces décisions visaient à pouvoir les expulser le plus rapidement possible une fois la fin de la dictature de Raoul Cédras, hypothèse qui a été confirmée par une circulaire de 1995 du ministère de l'intérieur visant à expulser les Haïtiens ainsi que par l'attitude des autorités après l'ouragan Luis. Après le passage de celui-ci, qui a notamment dévasté l'île de Saint-Martin, les autorités locales de cette île détruisent les habitations de tous les résidents étrangers, dont 8 000 venus d'Haïti, quel que soit l'état des bâtiments, puis interdisent illégalement les reconstructions et enfin procèdent à des expulsions et à des propositions de retour volontaire.
Motivations
Économiques La situation économique difficile est la première cause évoquée par les Haïtiens en Guyane pour expliquer leur migration, en particulier le fort chômage en Haïti, la faiblesse des revenus même quand on travaille, la précarité du travail, la nécessité de cumuler plusieurs emplois pour vivre et le faible pouvoir d'achat.
Politiques L'insécurité politique liée aux régimes autoritaires et aux pressions exercées par les groupes armés est une autre motivation forte, évoquée tant par les migrants urbains que ruraux.
Des haïtiens LGBTQI+ quittent Haïti pour la France et notamment la Guyane, espérant ainsi échapper à la transphobie et à l'homophobie.. Celle-ci existant aussi dans la diaspora, leur accès à la solidarité communautaire, en particulier pour le logement, en est entravé. Cela les oblige parfois à recouvrir à la prostitution afin de survivre.
Personnelles L'étranger, en particulier les pays occidentaux, bénéficie d'une aura méliorative en Haïti ; ceux-ci sont notamment vus comme un espace où il est possible de se réaliser individuellement et de réussir, poussant à la migration. La possibilité de donner une éducation de qualité à ses enfants est un autre motif fréquent motivant la migration en France.
Modalités de migration
Place centrale des femmes