Henri Tudor, en gallois Harri Tudur, né le au château de Pembroke, principauté de Galles, et mort le au palais de Richmond, Surrey, fut comte de Richmond, puis roi d'Angleterre à partir de 1485 sous le nom d'. Il est le premier souverain et le fondateur de la dynastie Tudor.

Descendant par sa mère, Margaret Beaufort, du roi , Henri Tudor devient l'unique héritier de la maison de Lancastre après la mort du roi et de son fils Édouard de Westminster en . Petit-fils d'Owen Tudor et de Catherine de France, il vit son enfance loin des soubresauts politiques, en exil en Bretagne pendant près de quatorze ans. Sa mère ainsi que de nombreux fidèles du roi de la maison d'York , mort en 1483, le présentent comme une alternative au dernier roi yorkiste, le frère d’, , très impopulaire.

Après une première révolte en sa faveur (menée par le duc de Buckingham en ) qui échoue, Henri débarque dans le Pembrokeshire, au sud-ouest du pays de Galles, en et rassemble des partisans pendant sa marche à travers le pays de Galles.. est vaincu et tué le à la bataille de Bosworth, dernier affrontement de la guerre des Deux-Roses, et Henri devient roi d'Angleterre sur le champ de bataille.

Il consolide alors sa position en se mariant avec Élisabeth d'York, la fille d' et nièce de , et la meilleure prétendante York survivante. Il réunit ainsi les deux maisons royales et combine les symboles rivaux de la rose rouge de Lancastre et de la rose blanche d'York dans le nouvel emblème rouge et blanc des Tudor. Pour plus de sûreté, il prend soin de faire exécuter au moindre prétexte quiconque pourrait prétendre au trône, politique qui sera poursuivie par son fils .

Le principal succès du règne d' repose sur la restauration de la paix et du pouvoir royal dans un pays affaibli par trente ans de guerre civile. Son fils lui succède, sans heurts, à sa mort en 1509.

Famille et jeunesse Origines et revendication au trône d'Angleterre Henri est l'enfant posthume d'Edmond Tudor, mort trois mois avant sa naissance, et de Margaret Beaufort.

Le grand-père paternel d'Henri, Owen Tudor, originaire de l'île d'Anglesey au pays de Galles, est un cousin du célèbre rebelle gallois Owain Glyndŵr. Il a été page à la cour du roi et a participé à la bataille d'Azincourt. Owen a épousé à la fin des la veuve d', Catherine de Valois. Un de leurs fils est Edmond Tudor, futur père d' et demi-frère utérin d'. Sur ordre de ce dernier, Edmond est créé comte de Richmond en 1452, et « formellement déclaré légitime par le Parlement ».

Bien qu'il soit neveu de par son père, la revendication au trône d'Angleterre par Henri Tudor dérive cependant de sa mère depuis la maison de Beaufort. Margaret Beaufort est en effet une arrière-petite-fille de Jean de Gand, duc de Lancastre, le troisième fils d' et de sa troisième épouse, Katherine Swynford. Katherine était depuis près de la maîtresse de Jean de Gand lors de leur mariage en 1396, ils ont déjà quatre enfants, dont l'arrière-grand-père d'Henri, Jean Beaufort. La légitimité des Beaufort reste cependant contestée puisqu'elle n'a été établie que par une ordonnance du roi en 1397 et que le roi les a déclarés inéligibles au trône en 1407. Ainsi, la revendication du trône par Henri Tudor s'avère fragile : il descend d'une femme et de plus d'une branche illégitime. En théorie, les familles royales du Portugal et de Castille détiennent une meilleure revendication que celle des Beaufort.

Jeunesse vignette|gauche|Le château de Pembroke, où naît et vit Henri pendant son enfance.

En , Edmond Tudor est capturé au pays de Galles par des partisans de la maison d'York alors qu'il combat pour rétablir l'autorité de son demi-frère utérin, le roi . Incarcéré au château de Carmarthen, il y meurt le suivant de la peste. Son frère Jasper Tudor, comte de Pembroke, prend en charge sa belle-sœur Margaret Beaufort, alors enceinte d'Henri. Henri Tudor naît au château de Pembroke le . Margaret se remarie dès 1458 avec Henry Stafford, fils du duc de Buckingham.

Lorsque , chef de la Maison d'York, devient roi en , Jasper Tudor, fervent défenseur de la Maison de Lancastre, s'exile en France. Ses titres sont donnés au yorkiste William Herbert, qui reçoit également la garde du jeune Henri, désormais comte de Richmond. Henri est élevé par Herbert jusqu'à l'exécution de ce dernier le dans la confusion de la bataille d'Edgecote Moor par Richard Neville, comte de Warwick, en rébellion ouverte contre le roi . Il est ensuite recueilli par Anne Devereux, la veuve d'Herbert.

Après une seconde rébellion visant à renverser en , Warwick s'enfuit en France et se réconcilie avec Marguerite d'Anjou, l'épouse d'. Il renverse et restaure le . Jasper Tudor revient d'exil et présente son neveu Henri à la cour lancastrienne en .

Ascension vers le trône En exil en Bretagne Après le retour d' au , et son fils Édouard de Westminster sont assassinés. Henri Tudor devient l'unique survivant de la Maison de Lancastre.

Il vit alors en exil pendant près de quatorze ans en Bretagne avec son oncle, à la cour du duc . En , le duc tombe malade et ses conseillers négocient avec l'extradition d'Henri vers l'Angleterre. Henri est escorté jusqu'à Saint-Malo, où un navire l'attend. Il feint alors des crampes d'estomac et dans la confusion, se réfugie dans un monastère. Son attitude émeut la population locale et il est relâché.

vignette|170px|Henri avant son accession au trône, (Musée Calvet, Avignon).

Étonnamment, Henri reste le dernier souverain d'Europe à avoir parlé le breton, bien qu'il soit anglaisLa langue bretonne des origines à nos jours - Serge Plénier-Éditions Ouest France.

Le , son rival meurt. Son fils Édouard lui succède sur le trône d'Angleterre, mais l'essentiel du pouvoir se concentre entre les mains de son oncle Richard de Gloucester qui, une fois les proches du jeune roi éliminés, réclame pour lui-même le trône sous prétexte d'invalidité du mariage du feu roi et de son épouse Élisabeth Woodville. En conséquence, le duc de Gloucester est proclamé roi le sous le nom de . et son jeune frère, Richard de Shrewsbury, sont emprisonnés à la tour de Londres et probablement assassinés durant l'.

La révolte de 1483

Le mécontentement à l'égard de se manifeste dès l', lorsque naît une conspiration visant à le chasser du trône et à restaurer . Les rebelles sont en majorité des fidèles d', qui considèrent Richard comme un usurpateur. Ayant entendu des rumeurs affirmant que les Princes avaient été assassinés sur ordre de , ils se rallient à Margaret Beaufort, mariée au yorkiste Thomas Stanley et qui propose son fils Henri Tudor comme candidat au trône.

La conspiration prévoit d'organiser des révoltes dans le sud et l'ouest de l'Angleterre pour submerger les forces de Richard. Le duc de Buckingham est censé soutenir les rebelles en lançant une invasion depuis le pays de Galles, tandis qu'Henri doit venir par la mer avec fournis par .

Un manque de coordination et le mauvais temps réduisent ces projets à néant. Une révolte éclate dans le Kent le , pressant Richard à réunir l'armée royale pour la réduire. Ses espions l'informent des activités de Buckingham, et les hommes du roi détruisent les ponts sur la Severn ; lorsque Buckingham, à la tête de ses troupes, arrive devant le fleuve en crue, il est incapable de le traverser en raison d'un orage violent qui éclate le . Buckingham est piégé : ses ennemis gallois se sont emparés de son château après son départ, et il n'a plus nulle part où se réfugier. Il abandonne le complot et s'enfuit à Wem, où il est trahi par un serviteur et arrêté par les hommes de Richard. Il est exécuté le .

Entre-temps, Henri tente de débarquer le , mais sa flotte est éparpillée par une tempête. En arrivant en vue de la côte anglaise, à Poole, un groupe de soldats le salue et l'incite à accoster ; il s'agit en fait d'hommes de Richard, prêts à le capturer sitôt débarqué. Henri ne tombe pas dans le piège et retourne en Bretagne. Privée de Buckingham et d'Henri, la rébellion est facilement écrasée par Richard. Les autres meneurs de la révolte s'enfuient de l'autre côté de la Manche.

Le , à la Cathédrale Saint-Pierre de Rennes, Henri jure devant la cour lancastrienne en exil d'épouser la fille aînée d', Élisabeth d'York, afin d'unifier les deux maisons rivales et ainsi mettre un terme à la guerre civile.

tente alors de faire extrader Henri en concluant un accord avec Pierre Landais, conseiller du duc de Bretagne, mais Henri parvient à s'échapper en France en . Il y est bien accueilli par la régente Anne de Beaujeu et on lui fournit rapidement des troupes et des équipements en vue d'une seconde invasion. À l', les conditions sont mûres pour une nouvelle entreprise.

La conquête du trône (1485)

Ayant obtenu le soutien des partisans de l'ancien roi , Henri débarque à Mill Bay le , dans le Pembrokeshire, avec une armée composée essentiellement de soldats français et écossais, et marche sur l'Angleterre, accompagné de son oncle, Jasper Tudor, et du comte d'Oxford John de Vere. Le Pays de Galles demeure traditionnellement un bastion des Lancastre. Henri y réunit une armée d'environ et se dirige vers le nord.

Henri sait que sa seule chance de monter sur le trône serait d'affronter rapidement et de le battre à la première bataille, puisque Richard bénéficie de renforts qui l'attendent à Nottingham et Leicester. Ce dernier ne doit donc qu'éviter d'être tué pour garder le trône. Bien qu'inférieures en nombre, les troupes d'Henri battent celles de Richard à la bataille de Bosworth le . Au cours de cette bataille, plusieurs des alliés clés de Richard, comme le comte de Northumberland, William et Thomas Stanley, changent de camp ou désertent le champ de bataille.

vignette|220px|La mort de à Bosworth.

Conscient que l'issue de la bataille est en train de basculer en faveur d'Henri, Richard conduit une charge destinée à l'éliminer. Pris entre deux feux, Richard et sa garde rapprochée sont tués, et ses hommes se dispersent. La mort de lors de cette bataille met fin à la guerre des Deux-Roses entre les Lancastre et les York, même si ce n'est pas la dernière bataille qu'Henri doit mener. Henri est proclamé roi à la fin de la bataille.

Roi d'Angleterre Premières mesures vignette|230px|La Rose Tudor. La première action d'Henri lorsqu'il réunit son premier Parlement en consiste à se déclarer roi rétroactivement au jour précédent la bataille par « droit de conquête », s'assurant ainsi que tous ceux qui l'ont combattu soient coupables de trahison. Le Titulus Regius, un édit de déclarant illégitimes les enfants d', est abrogé.

Henri épargne l'héritier désigné de Richard, John de la Pole, comte de Lincoln. Margaret Plantagenêt, fille du duc de Clarence, frère d' et de , est faite comtesse de Salisbury. Son frère Édouard, comte de Warwick, se voit cependant emprisonné à la Tour de Londres.

Henri est couronné le . Quelques mois plus tard, le , il épouse Élisabeth d'York. Leur premier fils, Arthur, naît le suivant. Il crée un nouvel emblème pour sa dynastie : la Rose Tudor, qui réunit la Rose rouge de Lancastre et la Rose blanche d'York.

Soulèvements yorkistes La première préoccupation d' lorsqu'il arrive au pouvoir est d'asseoir son autorité.

En , Francis Lovell, conseiller de , et les frères Stafford tentent de s'emparer d'Henri lors de son arrivée dans le Yorkshire. Leur révolte s'effondre sans combat. Lovell s'enfuit tandis que les Stafford sont capturés.

vignette|gauche|Lambert Simnel acclamé par ses partisans d'Irlande.