Alfred Sauvy, né à Villeneuve-de-la-Raho (Pyrénées-Orientales) le et mort à Paris le , est un économiste, démographe et sociologue français.
Inlassable dénonciateur des phénomènes de dénatalité et de vieillissement, il est aussi connu pour sa théorie du déversement et la création de l'expression .
Il est à l'origine de la création de l'Institut national d'études démographiques (INED) dont il est le premier directeur (1945-1962).
Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris de 1940 à 1959, il est élu professeur au Collège de France en 1959, où il occupe la chaire de démographie sociale jusqu'en 1969.
Biographie
Jeunesse et études Alfred Sauvy naît le à Villeneuve-de-la-Raho dans les Pyrénées-Orientales. Sa famille est issue de propriétaires terriens et viticulteurs très affectée par la crise du phylloxéra. A l'âge de 10 ans, il est envoyé à Paris faire ses études au collège Stanislas où il se fait remarquer pour ses compétences en mathématiques et sa passion du rugby qui le suivra toute sa vie.
Mobilisé en , il prend part à la fin de la Première Guerre mondiale où il est notamment gazé, sans grave conséquence néanmoins, lors de l'attaque de Villers-Cotterêts.. Son père meurt au front en 1918, ce qui conduit la famille à déménager définitivement à Paris.
Alfred Sauvy est démobilisé en et prépare le concours de l'École polytechnique, classe spéciale pour les personnes mobilisées durant la guerre, et est admis avec Jean Borotra le .
Sans ressource financière pour poursuivre ses études, il s'oriente dans la statistique en obtenant le concours et entre en 1922 à la Statistique générale de la France.
Vie professionnelle avant l'Occupation Au début, le métier l'intéresse peu mais lui permet de fréquenter le milieu du théâtre et de rédiger des critiques, d'écrire pour la presse, de se lier avec Tristan Bernard, de concevoir des grilles de mots croisés et d'écrire de petits scénarios pour ses coéquipiers de rugby, parmi lesquels Jacques Tati’.
Il se fait connaître peu à peu pour ses articles et son analyse des chiffres. Disciple de Maurice Halbwachs, il adhère aux thèses natalistes d'Adolphe Landry et participe aux réflexions du cercle technocratique X-Crise. Sous le Front populaire, il est membre du cabinet de Charles Spinasse (ministre de l'Économie nationale du gouvernement Blum).
Critique sur le Front Populaire, il est ensuite, sous le gouvernement Daladier (1938), conseiller du ministre des Finances Paul Reynaud. Sur ses recommandations, ce dernier supprime la semaine de 40 heures instituée par Léon Blum, une mesure Alfred Sauvy, Histoire économique de la France entre les deux guerres, cité et commenté par Le Nail Philippe dans Politique étrangère, 1984, volume 49, numéro 2, .. Pour lui le passage aux 40 heures est une erreur si immense Histoire économique de la France entre les deux guerres.. La durée de travail passe de 40 à 41,5 heures mais il propose également l'augmentation des allocations familiales.
Vie professionnelle sous l'Occupation Sous le régime de Vichy, le Service de la Démographie de René Carmille absorbe la SGF, le ; l'ensemble prend le nom de « Service national des Statistiques » (SNS), qui siège à Lyon, en zone libre. Mais Sauvy reste à Paris et participe au « Conseil d'études économiques » créé en sous la présidence d'Yves Bouthillier, secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances, ainsi que du Comité d'études pour la France.
En , le nom d'Alfred Sauvy est mentionné dans un rapport remis par Henry Chavin, directeur de la Sûreté nationale, au ministre de l'Intérieur. Chavin y dénonce Jean Coutrot pour avoir fondé plusieurs groupements, comme le Centre d'études des problèmes humains à l'abbaye de Pontigny (dont Sauvy fut membre à compter de 1936.), prétendument dans le but de « recruter […] des membres du MSE [Mouvement synarchique d'empire] ».. Le « rapport Chavin » constitue ainsi le point de départ des dénonciations visant le complot mythique de « la Synarchie ».. alt=Photo d'un bulletin rouge.|vignette|Exemple de Bulletin rouge brique.
Le , Alexis Carrel lui propose le poste de conseiller technique pour les départements de biosociologie et de biologie de la population de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains dont Carrel est régent. Le , Sauvy décline l'offre, en raison de ses responsabilités à l'Institut de conjoncture. Mais il l'assure de son soutien à ces départementsPaul-André Rosental, L'intelligence démographique, , note , 2003 .
Sauvy documente à la fois le coût de l'Occupation mais aussi l'état économique de la France dans ses Bulletins rouge-brique de l'Institut de conjoncture, transmis aux Alliés..
Il héberge également une dame âgée, juive, afin de lui éviter la déportation.
Vie privée Il compte parmi ses ancêtres Louis Ribes, député des Pyrénées-Orientales à l'Assemblée législative. Il est le frère de la journaliste et grand reporter Titaÿna.
Il se marie en avec Marthe Lamberet (1898-1993), professeure de dessin de la Ville de Paris avec qui il a une filleTélé 7 jours , semaine du 26 avril 1986, page 75, article de Michel Alexandre..
Travaux
Création et direction de l'INED Il est à l'origine de la création de l'Institut national d'études démographiques et en est nommé directeurDécret 45-2737 du 3 novembre 1945, in journal officiel (Gallica).. Il en fait un établissement de recherche multidisciplinaire. Il le dirige jusqu'en 1962, en y attirant des collaborateurs choisis en fonction de leurs compétences et non de leurs faits d'armes durant la guerre. Il reste directeur de la revue Population jusqu'en 1975Ses archives de directeur de l’INED sont conservées aux Archives nationales sous la cote 20000115 (voir le répertoire numérique dans la salle des inventaires virtuelle).. Il entre au Conseil économique et social en 1947 et il y siège jusqu'en 1974. Il est président de la section de la conjoncture et du plan de 1951 à 1972.. Il est également professeur à l'Institut de sciences politiques de 1940 à 1959.
Le démographe nataliste Sauvy dénonce inlassablement le malthusianisme, qui recommande la dénatalité et le partage du travail.
En 1986, il s'inquiète du déséquilibre entre les évolutions démographiques de l'Afrique et de l'Europe : Télé 7 Jours , semaine du 26 avril 1986, , portrait avec interview d'Alfred Sauvy par de Michel Alexandre..
En 1943, il publie Richesse et population, où il plaide pour une politique nataliste et contre toute forme de protectionnisme corporatif ou syndical.
Dans un article paru dans L’Observateur le , il est le premier à parler de « tiers monde », en référence au tiers état de Sieyès : « Car enfin ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose ». Auteur de l'expression, il la désavoue à la fin de sa vie : « Que l'on permette au créateur de l'expression tiers-monde, il y a déjà près de quarante ans, de la répudier, tant elle fait oublier la diversité croissante des cas. Englober dans le même terme les pays d'Afrique noire et « les quatre dragons » ne peut mener bien loinin Le Monde, 14/02/89.. »
Alfred Sauvy collabore activement à L'Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber, et conseille le gouvernement de Pierre Mendès France (1954).
Théorie du déversement thumb|right|250px|Alfred Sauvy par Erling Mandelmann (1983). Alfred Sauvy est nommé au Collège de France en 1959 dans une chaire de démographie sociale : la vie des populationsEdmond Malinvaud rapporte que lors de sa leçon inauguralele 10 avril 1959 présenta la démographie comme une « science sauvage » qui ne disposait pas d'un domaine bien reconnu et qui avait vécu « une vie étrangement aventureuse, marquée de vives lueurs séparées par de longues périodes obscures, mendiant parfois quelque faveur, et, parfois aussi, manifestant cette étrange fierté qui illumine les proscrits ».. Soucieux d'informer le grand public, il envisage un bulletin synthétique mensuel d'information de l'INED (quatre pages), Population & Sociétés, qui sera mis en place en 1968 par son successeur, Jean Bourgeois-Pichat, et contribuera à redresser quelques idées reçues sur la dénatalité ou le vieillissement.
En économie, il est reconnu pour avoir formulé la théorie du déversement qui explique les migrations de la population active du secteur primaire vers le secteur secondaire et ensuite vers le secteur tertiaire.
Témoin de son temps, il participe à la connaissance de l'histoire économique de la France : il y consacre un épais ouvrage portant sur l'entre-deux-guerres, publié en 1965.
Esprit indépendant et engagé
Alfred Sauvy dispose d'une autorité auprès de ses contemporains. Il expose régulièrement ses thèses dans de nombreux ouvrages et poursuit sa carrière de journaliste jusqu'à la fin de sa vie. Dans les colonnes du journal Le Monde et du magazine économique L'Expansion, il fait état de son désaccord fréquent avec les décisions des dirigeants politiques français, prises selon lui à trop courte vue. Il a toujours associé déclin économique et vieillissement de la population.
Hommages et distinctions
Prix scientifique Montyon en 1967La Jaune et la Rouge, 1967; Grand prix de l'Académie des sciences morales et politiques en 1984 ;
Grand Prix des Nations-Unies pour la population en 1990
Il est docteur honoris causa des universités de Genève, Bruxelles, Utrecht, Liège, Montréal, Païenne et Barcelone.. Il est membre de la section des sciences morales et politiques de l'Académie royale de Bruxelles, de l'Academia Nazionale dei Lincei, de l'American Academy of Arts and Sciences Boston (Massachusetts) et de l'Académie de Philadelphie.
Une place Alfred-Sauvy a été créée à Paris- en 1995.
Un lycée professionnel porte son nom à Villelongue-dels-Monts (Pyrénées-Orientales (66)). Son nom lui a été donné au début des années 1990, après sa mort.
Créé en 1999, le prix Alfred-Sauvy (valeur : ) récompense une entreprise créative ayant son siège dans le département des Pyrénées-Orientales.
Créée en 2012 par Gérard-François Dumont, l'association Alfred-Sauvy a pour objectif l'étude, la diffusion et le prolongement de l'œuvre d'Alfred Sauvy..
Ouvrages
Références
Annexes
Bibliographie . Alfred Sauvy, compagnon du siècle, par Michel Lévy, La Manufacture, 1990.
« Alfred Sauvy (1898-1990, X1920). Une pensée d'une brûlante actualité », Bulletin de la SABIX, , 2019, lire en ligne.
Articles connexes Politique nataliste Théorie du déversement Rapport de Sauvy
Liens externes
Vidéo: Alfred Sauvy en 1968, il parle de son livre Les quatre roues de la fortune, une archive de la Télévision suisse romande Citations: Citations d'Alfred Sauvy
Catégorie:Économiste français du XXe siècle Catégorie:Sociologue français du XXe siècle Catégorie:Démographe français Catégorie:Élève du collège Stanislas de Paris Catégorie:Militaire français de la Première Guerre mondiale Catégorie:Élève de l'École polytechnique Catégorie:Membre de X-Crise Catégorie:Collaborateur de L'Express Catégorie:Institut national d'études démographiques Catégorie:Professeur au Collège de France Catégorie:Enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris Catégorie:Entre-deux-guerres Catégorie:Enseignant à l'École nationale d'administration (France) Catégorie:Docteur honoris causa de l'Université de Genève Catégorie:Docteur honoris causa de l'université libre de Bruxelles Catégorie:Docteur honoris causa de l'université d'Utrecht Catégorie:Docteur honoris causa de l'université de Liège Catégorie:Docteur honoris causa de l'Université de Montréal Catégorie:Grand officier de la Légion d'honneur Catégorie:Grand-croix de l'ordre national du Mérite Catégorie:Commandeur des Palmes académiques Catégorie:Membre du Conseil économique, social et environnemental Catégorie:Naissance en octobre 1898 Catégorie:Naissance à Villeneuve-de-la-Raho Catégorie:Décès en octobre 1990 Catégorie:Décès dans le 18e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 91 ans