vignette|285px|BWV 639 au synthétiseur. vignette|285px|Version pour piano arrangée par Busoni, interprétée par . , BWV 639, est un choral pour orgue en fa mineur composé, peut être autour de 1716, par Jean-Sébastien Bach. Une variante tardive porte le numéro 73 des .
Quarantième des quarante cinq préludes de l’Orgelbüchlein, le « petit livre d'orgue » où il a été inscrit vers 1720 sous le numéro 91 parmi les cent soixante quatre prévus, il servait très vraisemblablement durant l'office à préparer le chœur entonnant un hymne du même nom adopté par la liturgie protestante dès le temps de Luther, au début du . Il a été rendu célèbre par la transcription pour piano qu'en a publié Ferruccio Busoni en 1898 ( B27 ).
Ressort musical La mélodie, assez sombre, est exposée en soprano à la main droite et accompagnée par une voix à la main gauche, qui se développe en une succession ininterrompue de doubles croches, et une voix au pédalier formée de croches.
vignette|center|700px|Trois premières mesures. La mélodie est au soprano. On remarque le contrepoint de l'alto et de la basse.
Genèse Jean-Sébastien Bach s'est inspiré d'un hymne composé en 1526 Ms. CCXXX, dans , Bibliographie zur Geschichte des deutschen Kirchenliedes im 16. Jahrhundert, , Heyder & Zimmer, Francfort, 1855, cité dans Ph. Wackernagel, Das deutsche Kirchenlied : von der ältesten zeit bis zu Anfang des XVII Jahrhunderts, , , Teubner, Dresde, 1870. ou 1516 , Das deutsche Kirchenlied : von der ältesten zeit bis zu Anfang des XVII Jahrhunderts, , , Teubner, Dresde, 1870. qu'il retrouvera dans l'hymnaire G. Vopelius, , , Paroisse Saint Nicolas, Leipzig, 1632. de l'église Saint Nicolas, à Leipzig, quand, en 1723, il en deviendra le cantor. Dès 1531 M. Luther, Geistliche Lieder, Andreas Rauscher, Erfurt, 1531. voire 1529 M. Luther, Geistliche Lieder, , Wittemberg, 1529, éd. non conservée., l'œuvre, alors diffusée anonymement, est devenue une pièce de la liturgie protestante, sélectionnée par Martin Luther lui même, puis adoptée d'une paroisse à l'autre, Die Melodien der deutschen evangelischen Kirchenlieder, "Die Melodien von den achtzeiligen trochäischen bis zu den zehnzeiligen inkl. enthaltend", , Bertelsmann, Gütersloh, 1891.. Indûment attribuées au à l'auteur du Paul Speratus, Gesang=Buch, Riga, 1664, rééd. Neu=Vielvermehrtes Rigisches Gesang=Buch, , Samuel Lorenz Frölich, Leipzig, 1741., les paroles ont depuis pu l'être à une autre figure du luthéranisme naissant, Jean Agricola de Eisleben « gemacht durch Jon Eißleben des Hertz zoch Hans von Sachsen pridiger », cité dans , Das deutsche Kirchenlied : von der ältesten zeit bis zu Anfang des XVII Jahrhunderts, , , Teubner, Dresde, 1870., qui fut écarté de la Réforme en 1536 pour des prises de position jugées . Le nom du duc Albert de Prusse a aussi été avancé , Geschichte des deutsch-schweizerischen evangelischen Gesangbuches im 16. Jahrhundert, , Bärenreiter, Bâle, 1962., ce qui donnerait une date de 1525.
vignette|300px|La mélodie traditionnelle de 1533, au synthétiseur. À partir de 1533 M. Luther, Geistliche Lieder auffs new gebessert zu Wittemberg, , , Wittemberg, 1533, rééd. 1535. est imprimée avec ces paroles une musique « 7400 », dans , Die Melodien der deutschen evangelischen Kirchenlieder, "Die Melodien von den achtzeiligen trochäischen bis zu den zehnzeiligen inkl. enthaltend", , Bertelsmann, Gütersloh, 1891. différente, en ré authente, qui demeure anonyme.
vignette|300px|Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ! de Pachelbel, 1693. Son imitation libre ne conserve que les première notes de la mélodie de 1533. Un siècle et demi plus tard, fait toujours partie des cantiques de l'office luthérien. Jean Christophe Bach, le cousin germain de celui qui n'est pas encore le père de Jean Sébastien, le joue à l'orgue et l'inscrit dans son recueil de choralsJ. C. Bach, 44 Choräle welche bey wärenden Gottes-Dienst zum Praembuliren gebraucht werden können, , [s.d.]. En 1677, l'organiste d'Eisenach reçoit le jeune Jean Pachelbel. Celui ci écrit en 1693 pour le même hymne une partitionJ. Pachelbel, , , Christoph Weigel, Nuremberg, [s.d.] d'orgue qui n'a plus qu'un lointain rapport avec les premières mesures de la mélodie de 1533. Il est, semble-t il, assisté dans cette publication par un autre Jean Christophe Bach, le frère aîné de Jean-Sébastien Bach, lequel n'a alors que huit ans.
vignette|300px|La page manuscrite de l’Orgelbüchlein, 1720. Une vingtaine d'années passées, Jean-Sébastien Bach, avec son collaborateur Salomon Franck, se sert à son tour des paroles du premier paragraphe de l'hymne pour composer le sixième et dernier mouvement, un choral vocal, de sa cantate Barmherziges Herze der ewigen Liebe, BWV 185. Pour ce dernier mouvement, il revient à la mélodie traditionnelle, qu'il transpose en fa dièse mineur. L'œuvre est donnée pour la première fois à la chapelle ducale du château de Weimar le .
C'est cette même mélodie qui, à une date incertaine, est reprise pour faire le thème de la main droite du prélude de choral aujourd'hui noté BWV 639. Le compositeur la transpose en fa mineur et la développe pour l'orgue, soit deux claviers et pédalier. Il reprend l'idée apprise de Pachelbel de créer une atmosphère en plaçant le cantus firmus à la voix supérieure Kathryn Jane Welter, Johann Pachelbel : Organist, Teacher, Composer. A Critical Reexamination of His Life, Works, and Historical Significance, Harvard, Cambridge (Massachusetts), 1998 (thèse de doctorat), . et de la rythmer par imitation libre aux voix inférieures. La pièce est une des dernières inscrites dans l’Orgelbüchlein, dont la rédaction a été vraisemblablement abandonnée au moins pour un temps en 1717 mais qui a pu être complété en 1720, date à laquelle l'auteur lui donne son titre comme pour mieux y renoncer, voire postérieurement.
En 1732, Bach, désormais directeur du Collegium Musicum de Leipzig, y revient pour sa cantate elle aussi appelée Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ, BWV 177. Cette fois, c'est l'ensemble des paroles, soit cinq paragraphes, qui est illustré mais la mélodie est entièrement neuve. Une version simplifiée, BWV 1124, figure parmi recopiées vers 1735 par Johann Ludwig Dietel, un élève de Bach à Saint Thomas de Leipzig.
La forme prélude pour orgue n'est pas pour autant négligée par le maître, puisqu'une transcription est recopiée, après 1748, par un autre élève, Johann Christian Kittel. Elle a été retrouvée dans la collection de Johann Christian Heinrich Rinck et n'a pas reçu de code BWVJames Lyon, Johann Sebastian Bach, chorals : sources hymnologiques des mélodies, des textes et des théologies, , coll. Guides musicologiques, , Beauchesne, Paris, 2005 ., la mélodie étant celle de BWV 639. La variante référencée 73 en revanche diffère en plusieurs points, notamment par l'ajout d'une introductionPremières mesures de BWV Anh. 73. et par un développement des motifs de la partie basse dans un style plus décoratif, la mélodie de la main droite touchant par contraste à l'ostinato. Il s'agit vraisemblablement d'une réécriture opérée par le second fils de Jean-Sébastien Bach, Carl Philipp Emanuel Bach, peut être pour servir aux messes de Hambourg, où, directeur de la musique dès , celui ci abuse du pasticcio.
Paroles Elles sont absentes du prélude pour orgue, mais certainement pas de l'esprit qui animait les fidèles de l'époque. Elles reprennent le thème du De profundis en y ajoutant une référence à la théorie de la grâce.
Dans les éditions tardives,Weg, « voie », remplace Glauben, « foi » Kirchen-Gesangbuch für Evangelisch-Lutherische Gemeinden, , , Saint Louis, 1862..
Premier paragraphe de l'hymne de Johannes Agricola.
Discographie Orgue Marie-Claire Alain, Orgelbüchlein - orgue Marcussen de l'église de Varde au Danemark (1962, Erato) Michel Chapuis, Orgelbüchlein - orgue de l'église Saint-Sauveur de Copenhague (1968, Valois V4417) Gaston Litaize, Orgelbüchlein - orgue Schwenkedel de l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes (1968, LP Decca SXL20223) Helmut Walcha, Orgelbüchlein - orgue Silbermann de l'église Saint-Pierre-le-jeune de Strasbourg (, Archiv) George C. Baker, Orgelbüchlein - orgues Kern de St. Maximin de Thionville (, FY/Solstice) André Isoir, orgue Jürgen Ahrend 1975 de l'église cantate domino de Francfort (1977, Calliope CAL9711/La dolce volta LDV 153.7) René Saorgin, Orgelbüchlein - orgue de Luxeuil (1982, Harmonia Mundi) Bernard Foccroulle, Orgelbüchlein - de la Klosterkirche de Muri, Suisse (1985, Ricercar RIC 289) Ton Koopman, Récital, vol. 1 - orgue Christian Müller de l'église wallonne d'Amsterdam (, Novalis 150 005-2/Brilliant Classics 97440/1) Marie-Claire Alain, Orgelbüchlein - orgue Gottfried Silbermann de Fribourg (, Erato) Marie-Claire Alain, Orgelbüchlein - orgue Schnitger de l'église saint-Laurent d'Alkmaar (1993, Erato) David Goode, Orgelbüchlein - orgue du Trinity College de Cambridge (, vol. 12, SACD Signum)
Piano Outre l'arrangement de Ferruccio Busoni, les pianistes disposent de ceux de Wilhelm Kempff et de Max Reger.
Ferruccio Busoni Bruno Leonardo Gelber (, EMI) Alexis Weissenberg (1973, EMI) Alfred Brendel (, Philips/Decca 475 7760) Nikolaï Demidenko (, Hyperion CDA66566) Anne Queffélec (, Mirare) Beatrice Berrut (, Aparté AP100) Nelson Freire (, Decca) Víkingur Ólafsson (, DG) Dinu Lipatti (, EMI)
Wilhelm Kempff Polina Osetinskaya (2019, Melodiya)
Max Reger Carlo Zecchi, Cetra, Turin, 1942, rééd. in Carlo Zecchi, The Complete Cetra Solo Recordings & Selected Additional 78s, , Londres, . , in Piano transcriptions, , Hyperion, Londres, 2009. Markus Becker, in From the Album Rarities of Piano Music at , 2019 Festival (live), , Copenhague, .
Orchestre symphonique Arrangement Vittorio Gui, 1932. Orchestre de la BBC, dir. Leonard Slatkin (, SACD Chandos CHSA 5030) Arrangement Leopold Stokowski. Orchestre de Philadelphie, dir. Leopold Stokowski (, Sony MH2K 63345)
Autres ensembles Violoncelle accompagné Aleksander Debicz, violoncelle ; Marcin Zdunik, piano (, Warner) Relja Lukić, violoncelle ; Ezio Bosso, piano (, Sony) Yo-Yo Ma, violoncelle ; Chris Thile, mandoline ; Edgar Meyer, contrebasse (, Nonesuch)
Trio à cordes (arrangement Johan Farjot) Arnaud Thorette, violon ; Maria Mosconi, alto ; Antoine Pierlot, violoncelle (, La Dolce volta LDV04)
Orchestre de chambre Ophélie Gaillard, violoncelle piccolo ; Ensemble Pulcinella : Laurent Stewart, orgue coffre Blumenroeden 2004 et contrebasse (, Aparté)
Flûte accompagnée Michael Form, flûte à bec ; Marie Rouquié, violon ; Étienne Floutier, basse de viole ; Dirk Börner, clavecin (, Pan Classics PC 10384)
Afin d'illustration Ce choral a été utilisé dans de nombreux films. 1931 : Docteur Jekyll et M. Hyde de Rouben Mamoulian. 1972 : Solaris d'Andreï Tarkovski, thème de La Terre arrangé au synthétiseur par Edouard Artemieff. 1990 : La Baule-les-Pins de Diane Kurys, scène du petit spectacle de danse classique donné par la fille de la maison accompagnée au piano. 2012 : L'Oiseau d'Yves Caumon. 2012 : AmourDossier de presse du distributeur de Michael Haneke, par Alexandre Tharaud. 2013 : Nymphomaniac de Lars von Trier. 2013 : Ida de Paweł Pawlikowski, générique de fin, dans la transcription de Ferruccio Busoni. 2025 : Deux pianos d'Arnaud Desplechin. 2025 : La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa
Annexes Bibliographie Ferruccio Busoni, Joh. Seb. Bach. Sechs Tonstücke, Breitkopf & Härtel, Leipzig, 1902. Jürgen Grimm, Das neu Leipziger Gesangbuch des Gottfried Vopelius (Leipzig 1682), , Berlin, 1969. Luc-André Marcel, Bach, coll. Microcosme, Seuil, Paris, 1979.
Sources
Liens externes « Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ » à l'orgue par montrant le jeu des trois voix. Transposition pour piano de Busoni interprétée par Horowitz en 1969. Partition au format pdf pour orgue sur Mutopia. Partition pour orgue dans l'ensemble de l'Orgelbüchlein, page 55. Doigté sur MuseScore.