La pointe de Pen Lan est une presqu'île rocheuse s'avançant dans l'océan Atlantique, sur la commune de Billiers (Morbihan). Elle constitue la limite nord de l'estuaire de la Vilaine, ainsi que la limite de l'embouchure de la rivière Saint-Éloi.
Toponymie Pen Lan signifie « pointe de la lande » en breton. C'est donc un pléonasme de parler de la pointe de Pen Lan.
Histoire
Les plus anciennes traces de peuplement sur le territoire de Billiers – deux dolmens – remontent au Néolithique, « âge de la pierre nouvelle », soit entre et ans avant notre ère.
Autrefois, l’église paroissiale de Billiers était entourée d’un cimetière qui fut désaffecté en 1939 et arasé en 1956 pour faire place à un parking. Lors du déblaiement, on découvrit dans les couches profondes des ossements particulièrement grands, contrastant avec la morphologie des habitants de la région. On en conclut qu’il pouvait s’agir des restes des Normands qui se seraient installés à Pen Lan au .
Les rochers de la pointe sont à nouveau les témoins du passage des drakkars en 919. Ils sont menés par Bjarnhard, « Fort comme un ours ». Remontant la rivière, le chef viking décide de s’installer sur un promontoire rocheux situé à environ 16 kilomètres de l’embouchure, qui deviendra, bien des années plus tard, la ville de La Roche-Bernard.
Le fort de Pennlan Le cardinal de Richelieu, ministre du roi Louis XIII, gouverneur de la province à partir de 1631, remédie au point faible de la Bretagne en créant une milice garde-côte chargée de la défense du littoral. Ainsi, chaque paroisse bordée par la mer doit tenir à disposition des hommes armés et construire des corps de garde destinés à les abriter. La côte bretonne voit alors se multiplier ces petites constructions en pierre. La pointe de Pen Lan, formant une avancée dans l'estuaire de la Vilaine, constituait un emplacement tout désigné pour surveiller l’entrée de la rivière et, au besoin, en protéger ou interdire l’accès, suivant les circonstances. De ce fait, le « corps de garde de Pennelan », mentionné dans un texte du , voit le jour sur les rochers de l’entrée de la Vilaine, lieu qui portera plus tard le nom de Roche-Vilaine. Tourné vers l’océan, il abrite des garde-côtes qui, à tour de rôle, surveillent les navires passant au large. À la moindre alerte, un signal est hissé sur un mât et l’annonce d’une attaque est retransmise tout au long des côtes, de corps de garde en corps de garde.
Celui de « Pennelan » voit passer de nombreux bateaux ennemis, attirés par les possibilités d’invasion offertes par la rivière toute proche. Pourtant, il est armé pour s’y opposer. Ses canons tournés vers l’ennemi potentiel dissuadent toute offensive. Les boulets de pierre pleuvent sur les intrus et l’embouchure de la Vilaine est bien gardée. Aucun débarquement ennemi n’est à signaler tout au long du .
La bataille des Cardinaux
La bataille des Cardinaux est un épisode sombre de l’histoire de la marine française. Connue aussi sous le nom de bataille de Quiberon ou bataille de Monsieur de Conflans, elle vit s’opposer le la flotte française à la flotte anglaise à quelques miles de l’île d'Hœdic, près de quatre rochers appelés les Cardinaux en raison de leur disposition. Pendant guerre de Sept Ans, onze bateaux français viennent se réfugier au pied des rochers de la pointe de Pen Lan, près du corps de garde, qui est armé de canons supplémentaires destinés à repousser les vaisseaux anglais.
Les bateaux français réussiront peu à peu à entrer dans la Vilaine, mais y resteront bloqués pendant près de deux ans.
La Révolution et la Chouannerie
Pendant la troisième Chouannerie, Pointe de Pen Lan fut le lieu choisi par Georges Cadoudal et le ministre anglais Windham pour organiser un débarquement d’or, d’armes et de munitions.
La Pointe de Pen Lan au La pointe de Pen Lan, si calme en hiver et très touristique en été, a connu autrefois une importante activité économique qu’il est difficile de s’imaginer aujourd’hui. Il fut un temps où le port bruissait d’animation : les nombreux pêcheurs au large et à pied y croisaient les paludiers et les céréaliers venus embarquer leurs productions. On imagine alors les sons, voiles hissées, accostage des coques contre le quai, bonjours échangés, marchandages des prix d’embarquement, hennissements des chevaux en attente d’une fournée de poissons frétillants, cris des mouettes se chamaillant autour des chaluts… tout ce qui faisait l’atmosphère des ports de pêche tels qu’ils étaient autrefois.
Le sel était aussi au cœur de la vie billiotine. Produit dans les marais aménagés par les moines de Prières, il était l’enjeu d’un trafic important, jugulé laborieusement par des douaniers souvent débordés.
La pêche Le port de Pen Lan est situé à l’embouchure de la rivière Saint-Éloi qui prend sa source à Pen Mur en Muzillac. Il est soumis aux marées qui remontaient il y a quelques décennies jusqu’à l’écluse de Penesclus – la Pointe de l’Écluse en breton. Le môle-abri date du , mais le port existait bien avant cette date. En effet, dans un aveu de 1642, il est indiqué que le fief de l’abbaye de Prières s’étendait jusqu’au port et havre de PenlanAveu de 1642 dans LE MENE Joseph-Marie, Abbayes et prieurés du diocèse de Vannes, Vannes, 1902, . Les moines cisterciens avaient donc des droits sur ce bout de terre (voir chapitre consacré à l’abbaye de Prières). Au , ce dernier est décrit comme une anse petite et sûre, abritée par d’immenses rochersSERBOIS L. (de), Souvenirs de voyages en Bretagne et en Grèce, Paris, 1864, . ; Billiers n’a alors quelque importance que par son port qui offre un bon échouage et un bon abri mais l’entrée en est difficile par les gros temps de sud-ouestGIRARD B., La Bretagne maritime, Rochefort-sur-Mer, 1889, . À cette époque, celui-ci servait essentiellement à la pêche, activité principale des habitants de la côte, et au chargement du sel et des céréales produits dans la région.
Un bateau est lié à cet autrefois : la chatte de BilliersLes chattes étaient aussi utilisées en Vendée et en Loire-Atlantique (baie de Bourgneuf, La Bernerie-en-Retz), chasse-marée à deux ou trois mats et fond plat, d’une longueur variant de 12 à , ayant la particularité d’être amphidrome, c'est-à-dire de n’avoir ni avant, ni arrière. En effet, le gouvernail pouvait se mettre indifféremment à un bout ou à l’autre du bateau. Ce trait caractéristique permettait aux chattes de naviguer dans un sens ou dans l’autre, en changeant simplement la place de la barre de l’étrave vers l’étambot. Les manœuvres étaient donc facilitées dans les ports ou étiers étroits, comme c’est le cas à Pen Lan.
Les chattes étaient majoritairement construites dans les chantiers Le Goff, implantés à Pen Lan, au bord de la rivière. Quelques-unes étaient issues des chantiers de La Roche-Bernard et Redon. Leur équipage se réduisait à trois hommes : le capitaine, un matelot et un mousse, tous trois mobilisés lorsqu’il fallait changer le gouvernail de place.
Les propriétaires de ces bateaux étaient principalement des Billiotins, auxquels s’ajoutaient quelques commerçants de Muzillac. Aucun n’était la propriété d’une seule personne : celle-ci était divisée en plusieurs parts, deux en général, avec la moitié pour chacun, quatre avec un quart pour chacun et, plus rarement, trois avec la moitié pour une personne et deux quarts pour deux autres. Les capitaines possédaient fréquemment une part du bateau sur lequel ils naviguaient.
La principale activité de ces bateaux était la pêche au chalut à perche pratiquée « à la vache » grâce au gréement particulier des chattes : un chalut était tiré par le travers. Sa dérive était contrôlée par des filins attachés aux deux extrémités du bateau qui devenaient, selon la nécessité, proue ou poupe. Les pêcheurs partaient pour la journée et ne s’éloignaient pas de plus de trois lieues des côtes, causant quelques mécontentements aux sardiniers qui les accusaient de prélever une part non négligeable des bans. Ils rapportaient de la civelle (jeune anguille) au printemps, de la sole en été, du boucaud (crevettes grises) en automne et de la raie en hiver. Le poisson frais était débarqué au port et transporté à Billiers où il était vendu devant la mairie. Le surplus était expédié dans les villes par le chemin de fer. L. de Serbois rapporte qu’aux environs de 1864, les pêcheurs mettaient leur pêche quotidienne en commun de façon que chacun puisse rentrer joyeux le soir au port : ni celui qui n’a rien pris ne se demande avec anxiété si ses enfants pourront souper, ni celui qui fut plus heureux n’est embarrassé pour montrer ses filetsSERBOIS L. (de), 1864, .. Cette anecdote pourrait bien être une réalité puisque la communauté des pêcheurs de Billiers était très soudée. Chaque année, elle formait une procession en l’honneur de Notre-Dame de la Garde, patronne des marins : les hommes partaient de l’église en portant les ex-votoUn ex-voto (du latin « en conséquence d’un vœu ») est un tableau ou objet qu’on place dans les chapelles à la suite d’un vœu ou d’un remerciement. À Billiers, il s’agit de maquettes de bateaux qui sont conservées dans l’église paroissiale. sur des baldaquins et se rendaient jusqu’à la statue de la Vierge installée en 1871 à la sortie du bourgCette procession a toujours lieu au mois d’août..
Les chattes étaient aussi utilisées pour le bornage (cabotage à très courte distance). Elles permettaient de charger du sel et des céréalesGIRARD B., 1889, . pour les acheminer à Redon, en remontant la Vilaine, à Rochefort et à Tonnay-Charente.
Déjà utilisées au , les chattes connaissent un essor important au début du avec quarante bateaux de ce type immatriculés à Billiers (29 en 1728, 35 et 1793). Apparaissent alors les chaloupes, plus performantes en navigation, qui, comme l’indiquent les archives des douanes, deviennent majoritaires dans la seconde moitié de ce siècle. Cependant, le déclin du port de Pen Lan est déjà amorcé. À la fin du siècle, il ne reste plus qu’une vingtaine de chaloupes en activité. En 1885, 17 navires sont entrés dans le port avec un chargement total de 77 tonneaux de marchandises diverses ; 16 sont sortis, dont trois en partance pour l’étranger, avec 549 tonneaux de produits du pays (sel et céréales). La pêche au large, concurrencée par la pêche industrielle, suit la même tendance. La dernière chaloupe, signalée vers 1934, est le Saint-Pierre-Saint-Paul, appartenant au père Pennedu.
Aujourd’hui, quelques bateaux de pêche perpétuent le souvenir des chattes de Billiers qui ont totalement disparu, avalées par les vases de la Saint-Éloi. Il n’en reste même plus une image pour les évoquer. Les chaloupes ont subi le même sort. Cependant, l’une d’elles a été ressuscitée dans la Belle de Vilaine, réplique unique d’un modèle de 1887, équipée d’un gréement de lougre. Lancée en 1994 au port de Pen Lan, elle a été construite par le chantier Pradelle au Croisic. Aujourd’hui, elle propose des promenades en mer aux amateurs de voile traditionnelle.
La pêche au large n’était pas la seule activité du port de Pen Lan. La traditionnelle pêche à pied a toujours été un avantage pour les habitants de la côte qui pouvaient, à bon compte, augmenter leur ration quotidienne. Par temps de guerre ou de disette, la pêche des huîtres, moules, palourdes et crevettes était intense. Elle existait donc au et, contrairement à la pêche au large, elle est toujours d’actualité. Les grandes marées d’équinoxe provoquent la disparition des flots et la venue d’une horde formidable, armée jusqu’aux dents de bottes, paniers, râteaux et filets, que la gendarmerie se doit de juguler pour protéger les fonds.
Le sel