vignette|Les Coldstream Guards, régiment d'élite de la garde du souverain britannique, dont Arthur Fremantle assure le commandement pendant vingt-huit ans. Arthur James Lyon Fremantle ( – ) est un soldat britannique et devient l'un des haut-gradés les plus âgés de l'armée britannique de la fin du .

Il commande les Coldstream Guards à Londres, participe à la guerre contre les Mahdistes en 1884 et est gouverneur-général de l'île de Malte de 1894 à 1899. Il est l'auteur d'un livre relatant le voyage d'observation qu'il effectue en 1863 dans les États sudistes, lors de la guerre de Sécession : Trois mois dans les États du Sud.

Biographie Un déroulement de carrière peu commun Fils d'officier, en 1852 il sort de l'académie militaire de Sandhurst et entre dans l'armée. Capitaine à vingt-cinq ans d'un régiment d'élite de la garde du souverain britannique, les Coldstream Guards (dont son père commandait un bataillon), il est nommé lieutenant-colonel, occupe à Gibraltar un poste d'attaché militaire adjoint, revient à Londres, puis est ensuite régulièrement promu.

Arthur Fremantle ne se trouve confronté aux conflits armés que pendant sa jeunesse (à , pendant la guerre de Sécession, et en tant qu'observateur non-belligérant) - puis dans son âge mûr (à ), au Soudan, pendant la guerre contre les Mahdistes. Il devint ensuite administrateur civil.

En 1883, à l'âge de , il n'a donc porté les armes sur aucun théâtre d'opérations extérieures (en de services) quand il est mis en demi-solde. Cependant, au bout d'un an, Fremantle est nommé aide de camp du prince George, duc de Cambridge, alors commandant en chef des armées britanniques.

Mais le Royaume-Uni s'émeut fortement des désastres subis au Soudan par les contingents anglo-égyptiens en lutte contre les mahdistes. En effet, la lutte contre Osman Digna avait débuté par l'anéantissement de la colonne de Hicks Pacha à El Obeid, le , avec pour pertes et tout le matériel ; puis lors de la Première bataille d'El Teb, le , Baker Pacha perd , et . La Garde royale est donc envoyée au Soudan.

vignette|gauche|L'État mahdiste (1881-1898). Noter le Darfour à l'ouest, Khartoum au confluent des deux Nils - et le port de « Sawakin » (Suakin). Le Soudan est alors un maillon actif de la traite des noirs, et Suakin est considéré, depuis l'ouverture du canal de Suez en 1869, comme une des clefs de la mer Rouge, elle-même artère vitale pour le trafic maritime britannique.

Fremantle débarque donc à Suakin, où il dirige par intérim la garnison jusqu'à l'arrivée du lieutenant-général , qu'il suit ensuite dans l'intérieur du pays lors de sa tentative d'écraser définitivement les mahdistes après la victoire qu'il a remporté lors de la seconde bataille d'El Teb, le .

vignette|Comme dix mois auparavant lors de la bataille de Tamai, le carré d'infanterie britannique est enfoncé par les « Fuzzy-wuzzies » Mahdistes à la bataille d'Abu Klea, en janvier 1855. Fremantle, qui commande la « brigade de la Guarde », participe à la dure bataille de Tamai, le : un affrontement acharné et sanglantTamai : britanniques, la perte la plus importante du conflit anglo-soudanais - chez les Soudanais. Rudyard Kipling composa un poème à la gloire des « Fuzzy-wuzzies » soudanais, célébrant le courage avec lequel ils affrontaient les Britanniques - et Winston Churchill décrivit plus tard dans son livre The River War le début lamentable de la campagne du Soudan…, pendant laquelle le fameux carré d'infanterie britannique est rompu, comme il l'est ensuite encore à la bataille d'Abu Klea.

Après Tamai, Fremantle est nommé Political Officer et dirige les services d'« action psychologique » qui cherchent à pacifier la région de Suakin. Après la prise de Khartoum, le , par les Mahdistes et le retrait des Britanniques du Soudan, Arthur Fremantle revient au Caire, puis à Londres, où il travaille au Bureau de la Guerre.

Puis il est nommé gouverneur général de l'île de Malte, poste qu'il occupe à la satisfaction générale de 1894 à 1899. Sa gestion de ce bastion britannique en Méditerranée emporte tous les suffrages ; il y codifie en particulier les mariages interreligieux, et règle la question du dédommagement des églises locales après les dégâts subis lors des guerres napoléoniennes. En 1897, Fremantle rebaptise la ligne de fortifications qui était en cours de construction, en lui donnant le nom de Lignes de Victoria, afin de commémorer le jubilé de diamant de la reine Victoria. En , Fremantle reçoit fort bien (d'autant plus qu'il était yachtman lui-même) le kaiser , arrivé sur son yacht Hohenzollern.

vignette|gauche|De la terrasse du Royal Yacht Squadron à Cowes, Arthur Fremantle dut voir en 1887 évoluer le cotre Thistle (« Chardon »), un des participants de la course pour la Coupe de l'America.

Arthur Fremantle est membre du Royal Yacht Squadron, et c'est au château de Cowes, situé sur l'île de Wight, siège du R.Y.S., qu'il meurt en 1901 (apparemment d'une crise d'asthme), à l'âge de .

Son voyage à travers les États-Unis La traversée du Texas Le voyage de Fremantle à travers le nouvel État confédéré du Texas (du au )Le Texas fut un territoire de la Nouvelle-Espagne jusqu'en 1835, puis indépendant (Samuel Houston participa aux luttes), puis annexé par les États-Unis en 1845, puis sécessionniste fut pour lui un voyage initiatique, qui le marqua profondément sur les plans psychique et physiqueFremantle note lui-même (le 9 mai) à quel point il est transformé.

Pour éviter le blocus exercé par la marine de l'Union, c'est de la frégate cuirassée britannique que, le , le jeune () lieutenant-colonel anglais débarqua seul au Mexique, à Bagdad, le port de Matamoros, État de Tamaulipas. Il a choisi d'entrer en Dixieland par le sud-ouest, alors qu'il aurait pu débarquer d'un « forceur de blocus à Charleston, et il lui semble être arrivé sur une autre planète. Pendant quelques jours, en attendant le général Magruder à qui il désire se présenter afin d'en obtenir des sauf-conduits, il traverse le Rio Grande à plusieurs reprises, visite Brownsville au Texas, se familiarise avec ce pays curieux et déroutant pour lui : il connait la culture hispanique, mais c'est plutôt celle des Texans qui le laisse perplexe, un étrange mélange de bonhomie, d'individualisme et de brutalité. On lui montre le corps à demi-enterré (et dévoré par les bêtes sauvages) d'un renégat exécuté par l'expéditive « frontier-justice », il est fort bien reçu par des soldats texans dépenaillés mais très aimables et très habiles au revolver. À Matamoros il assiste aux fêtes de Pâques, associées aux manifestations célébrant la courageuse résistance des Mexicains face aux Français à Puebla. À Puebla les Mexicains avaient vaincu les Français l'année précédente, le . Lors du passage de Fremantle à Matamoros, le futur maréchal François Achille Bazaine menait le siège de Puebla (16 mars au 17 mai 1863), qui devait entraîner la chute de la ville.

Le , sans avoir vu le général Magruder, il quitte Brownsville (« la ville la plus indisciplinée de l'État le moins légaliste de la Confédération ») en compagnie de M'Carthy (un ami qu'il s'est fait), en direction de Houston, en chariot, par la piste. Il est en civil, vêtu d'un costume de chassecostume de couleur grise, ce qui lui vaudra une certaine considération : on le prendra souvent pour un officier sudiste (sauf à Jackson)…, et accompagné d'un volumineux bagage. Après avoir constaté qu'un certain Hyde, qui escortait le chariot, exerçait aussi les fonctions de juge, que le cocher paraît être une brute au langage ordurier, et que tous deux sont saouls la plupart du temps – et bu de l'eau saumâtre, qui fait « un café très quelconque », il s'adapte aux circonstances. Sa jeunesse et son humour lui font trouver acceptables de très dures conditions de voyage, il profite du voyage, observe, note, participe aux corvées. Il s'amuse du langage coloré des conducteurs du chariot et de leurs manières de rustres, des cahots, de l'absence d'eau potable, des bivouacs rustiques, de la nourriture hasardeuse, des tiques et des puces, et sa bonne volonté le fait même accepter par les « teamsters ». Au début ils traversent le chaparral (dense brousse d'épineux), et les côtés du chemin sont tapissés de flocons arrachés aux convois de coton qui convergent vers la merLe petit port mexicain de Bagdad était le point de transfert du coton texan sur les bateaux de commerce européens. Pour faire cesser cette contrebande, les Unionistes attaqueront Brownsville en novembre 1863. Les sudistes l'évacueront, après avoir fait sauter le fort – et reviendront en 1864, sous le général . - une nuit ils subissent un violent orage, qui transforme la prairie en bourbier. Il croise, et rattrape à cheval le général John B. Magruder, un original, qui a cependant repris Galveston en attaquant dans la nuit du la flotte unioniste qui bloquait le port, avec quelques canons de campagne et deux bateaux plats à aubes (blindés de balles de coton), dont l'équipage était constitué de ses cavaliers texans… La soirée se prolonge ; mais pendant que l'Anglais et les Confédérés échangeaient des toasts, le chariot a décampé, et n'a jamais avancé aussi vite. Fremantle et son ami, perdus la nuit dans une contrée inconnue, restent en selle dans le désert, et finissent par retrouver le chariot, dont les conducteurs, goguenards, les reçoivent « avec la plus grande amabilité. »

À San Antonio, où il arrive le (les conducteurs du chariot se sont une dernière fois saoulés et battus pour fêter la fin du voyage…) après avoir fait 330 miles en ( environ par jour), Fremantle vend ses lourdes malles aux enchères et réalise, dit-il, une excellente affaire, tant la pénurie ambiante valorise sa lingerie. Allégé, aguerri par son voyage, nanti de lettres d'introduction pour les généraux Braxton Bragg et Leonidas PolkLe jeune Fremantle (peut-être rapidement mûri par son voyage au Texas ?) est moins inexpérimenté qu'il ne paraît : Bragg, rigoureux militaire de carrière, et Polk, le Fighting Bishop (« évêque combattant ») promu par son ami Jefferson Davis se haïssaient. Il était donc avisé de se faire recommander auprès de chacun des deux… il se sépare de son ami M'Carthy qui lui a fait visiter les environs, et part pour : 140 miles qu'il mettra à parcourir dans une diligence (bondée de personnages pittoresques) qui roule jour et nuit (soit à environ de vitesse moyenne).

Le , Fremantle, après avoir traversé Columbus, arrive à Alleyton, où pour la première fois il monte dans un (étonnant) train texan.

Le il est à Houston. Il est invité par le général William Read Scurry et les officiers de sa suite, parlent boutique : « les officiers (de cavalerie sudistes) méprisent tous le sabre, ils pensent que les meilleures armes pour la cavalerie sont un fusil de chasse à deux coups, et des revolvers » s'étonne le jeune officierJusqu'en 1917 la théorie de la supériorité de « la baïonnette, reine des batailles » prévalut dans l'infanterie européenne. Winston Churchill, dans ses souvenirs de jeunesse (My early life, 1930) note que les cavaliers anglais, aux prises avec un Mahdiste à pied, « se souvinrent soudain qu'ils avaient des carabines » ; lui-même s'était muni d'un excellent pistolet Mauser. Quant à Heros von Borcke, il avait bien apporté en Amérique son grand sabre de cuirassier prussien, mais il s'était muni aussi de plusieurs gros revolvers et d'un fusil de chasse de fort calibre.. Puis tout le monde porte des toasts à la Reine Victoria, et Fremantle note les efforts que font les officiers confédérés pour se montrer amicaux et lui montrer leur pays sous son meilleur jour ; Fremantle les assure que leur cause serait vue avec encore beaucoup plus de sympathie en Europe, n'était la question de l'esclavage…