vignette|upright=2|Jules Breton, La Fête de la Saint-Jean, 1875, musée des Beaux-Arts de Philadelphie.

La fête de la Saint-Jean, traditionnellement accompagnée de grands feux de joie (Ignes jucunditatis en latin) ou Nied Fyr (« Feux de Joie » dans le dialecte des Francs) ou encore feux de la Saint-Jean dans la tradition chrétienne, est la fête de Jean le Baptiste, le .

Elle est proche du solstice d'été dans l'hémisphère nord, qui a lieu le plus fréquemment le (sinon du 20 au 22 selon l'année et le fuseau horaire ; et exceptionnellement le ).

Le solstice d'été est fêté depuis longtemps, originellement en lien avec le culte du soleil. « Les feux de solstices ou feux solsticiaux païens étaient au Moyen Âge allumés aux points de croisement des chemins, dans les champs, pour empêcher que les sorcières et magiciennes n'y passent pendant cette nuit ; on y brûlait parfois les herbes cueillies le jour de la Saint-Jean, contre la foudre, le tonnerre, les orages et l'on pensait écarter par ces fumigations les démons et les tempêtes » / Tractatus tractatuum, édit. de Lyon, 1544, IX, 133. Après avoir tenté d'empêcher cette fête païenne, l'Église catholique l'a christianisée en la dédiant à Saint-Jean, mais sans participer aux rituels délictuels qui se sont conservés au moins jusqu'au dans une grande partie de l'Europe.

Origines Les fêtes antiques du solstice d'été En Syrie et en Phénicie, le solstice donnait lieu à une grande fête en l'honneur de Tammuz, qui commençait la veille au soir, comme dans la Saint-Jean traditionnelle.

En Europe, la fête préchrétienne est une fête pastorale et agricole, mais également une fête de l'union conjugaleJean Haudry, Les feux de Rome, Revue des études latines 90, 2013, . La signification du feu rituel est celle d'un feu terrestre homologue du feu céleste du soleil. La finalité du rituel aurait changé dans les temps pré et proto-historiques : initialement, destiné à soutenir le soleil à son apogée, mais à la veille de son déclin, ses fonctions prophylactiques et fécondantes auraient prévalu par la suite, quand le rituel s'est appliqué à l'agriculture et à l'élevage.

Les feux de la Saint-Jean-Baptiste, autour desquels on danse et par dessus lesquels on saute le , sont une coutume païenne liée au solstice d'été. Le feu purificateur était censé éloigner les esprits mauvais et protéger les récoltes. Il s'accompagnait autrefois de sacrifices d'animaux (chats, renards), enfermés dans une cage ou un cercle de flammes. César mentionne déjà cet usage (BG VI, 16) pour stigmatiser aux yeux de ses lecteurs romains la barbarie gauloise.

Les feux de la Saint-Jean, repris par les chrétiens avec le nom de Saint-Jean (souvent avec une tolérance du clergé, mais sans qu'un représentant officiel de l'église catholique n'y prenne jamais part, hormis parfois, localement, pour bénir l'arbre de la Saint-JeanMem. de la Soc. des antiquaires de France, 1ère série, t. V, à la demande des habitants de la paroisse), auraient été copiés sur les rites datant d'avant la christianisation de bénédiction des moissons, des troupeaux et des habitations.

Selon Jean Haudry, les chrétiens ont très tôt relié les fêtes du feu du solstice d'été à saint Jean Baptiste en jouant sur la signification d'un passage de l'évangile « il faut qu'il [Jésus] croisse et que moi [Jean] je diminue » (Jean, 3, 30) qui a une tout autre signification.

La naissance de saint Jean Baptiste Le récit de saint Jean Baptiste se trouve dans l'Évangile selon Luc (Lc 1), imbriqué avec celui de la naissance de Jésus-Christ : l'auteur raconte l'apparition de l'ange Gabriel à Zacharie, un vieux prêtre du Temple de Jérusalem. Il lui annonce que sa femme Élisabeth, qui ne lui a pas donné d'enfant et souffre de sa stérilité, va lui donner un fils, nommé Jean, qui sera un prophète. Zacharie refuse de le croire, compte tenu de son grand âge et de la stérilité de sa femme : il est puni de son incrédulité par la perte de la parole. Neuf mois plus tard, Elisabeth donne naissance à un garçon. Lors de la circoncision de l'enfant, sa famille s'étonne de son souhait de le nommer Jean, et interroge Zacharie qui confirme le choix de sa femme par écrit, avant de retrouver l'usage de la parole pour chanter un cantique de louange.

Cet événement fait l'objet d'un culte à la date du , au moins dès le .

La fête liturgique de la Nativité de saint Jean Baptiste Pour les Églises catholiques et orthodoxes, la fête du , six mois avant Noël, célèbre la Nativité de Jean Baptiste, cousin de Jésus Christ.

Dans l’Église catholique L'Église latine, assistée par le pouvoir des empereurs et des rois a d'abord cherché à interdire les feux solsticiaux et les rites païens pratiqués à cette occasion. Ainsi, vers le milieu du , saint Éloi dans l'un de ses sermons les prohibait vigoureusement : (Nullus in festivitate sancti joannis, vel quibuslibet solennitatibus, solstitia, aut vallationes vel saltationes, aut caraulas, aut cantica diabolica exerceat) "Vita Eligii", vie de saint Éloi

L'Église catholique, assistée par le pouvoir laïque, a ensuite christianisé la pratique païenne, tout en condamnant, plus ou moins vivement, les feux sacrilèges païens (par exemple explicitement condamnés par le capitulaire de 742 édicté par Karloman et contenant des dispositions prohibitives relatives aux coutumes païennes, lesquelles incluaient , nied fyr signifiant feux de joie titre V du capitulaire de 742 édicté par Karloman ou certains rituels associés (dont l'allumage des feux solsticiaux par le frottement du boisLindenbrog ; Codex leg. angiq. Barbarof. , Francfort, 1613, , Col. 1, par opposition aux feux normaux, allumés par un silex frotté contre un briquet d'acier). Allumer un feu par le frottement du bois était considéré au par l'auteur anonyme de l' lndiculus superstitionum et paganiarum comme une pratique païenne et sacrilège.

Avant le concile de Trente, la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste semble avoir été précédée par un temps de jeûne d'une durée mal connue, attesté aux , et qui n'aurait pas encore tout à fait disparu à la fin du . La veille, , est une vigile où l'on jeûne et dispose d'une messe spécifique, où est lu le récit de l'apparition de l'ange Gabriel à Zacharie, ainsi que le récit de la vocation de Jérémie.

Le sacramentaire léonin, au , indique pour le jour de la fête deux messes au choix, et deux autres, également au choix, pour la célébration au baptistère du Latran, consacré à saint Jean Baptiste. Au , les sacramentaires comptent la fête de la Saint-Jean-Baptiste comme l'une des plus importantes de l'année. Au total, on célèbre trois messes à cette occasion : celle de la veille, celle de la nuit et celle du jour. À Rome, la messe de la nuit est célébrée au baptistère du Latran. La plupart des textes chantés lors des messes ou de l'office sont tirés des évangiles ou des prophètes. La messe du jour, la plus solennelle, dispose d'une séquence.

Au cours du temps, l'usage de la messe de la nuit disparaît et elle est définitivement supprimée lors du concile de Trente, avec la séquence de la messe du jour. Les textes de la messe de la veille et du jour même restent les mêmes qu'auparavant, tirés pour la plupart de l’Évangile de Luc et des prophètes Isaïe et Jérémie.

La fête dispose d'une octave, le .

Depuis la réforme liturgique de 1969, la Nativité de saint Jean Baptiste a le rang d'une solennité, c'est-à-dire qu'elle compte parmi les fêtes les plus importantes de l'année. La vigile, le , est supprimée, de même que l'octave. Seule subsiste la messe du jour, où on lit le récit de la naissance.

Dans l'Église orthodoxe

Fêtes traditionnelles Pays baltes, slaves, nordiques vignette|Feu de joie de , en Finlande. Midsummer Eve Jāņi Kupala (fête) Jaanipäev

Au Québec Au Québec, il s'agit désormais de la Fête nationale du Québec. La fête a remplacé la fête religieuse traditionnelle de la Saint-Jean-Baptiste qui soulignait jadis le début de l'été et donnait lieu à des feux de joie sur les berges du Saint-Laurent. Dans les années 1960 et 1970 la Saint-Jean est devenue au Québec l'un des symboles de l'affirmation nationale québécoise, devenant le point de convergence des grands rassemblements politiques, sociaux et culturels ainsi qu'un événement très festif, rassembleur, médiatisé et extrêmement populaire, mobilisant les plus importants artistes et intellectuels de cette société francophone d'Amérique. Elle demeure à ce jour un des rendez-vous annuels majeurs de la collectivité québécoise. Elle fut officiellement renommée et décrétée "Fête nationale du Québec" par le gouvernement québécois en 1977, bien que la population la surnomme encore fréquemment "Saint-Jean" de manière officieuse.

Au Canada Les plus importantes célébrations de la Saint-Jean-Baptiste au Canada français hors Québec ont lieu dans le cadre du Festival franco-ontarien, qui se tient chaque année à Ottawa, en Ontario. La Saint-Jean-Baptiste est aussi une célébration importante pour la région du nord de l'Ontario dans diverses petites villes, dont Hearst et Kapuskasing. Bien que la célébration de la Saint-Jean-Baptiste par les Acadiens en tant que fête catholique ne soit pas inconnue, elle est largement surpassée par la Fête nationale de l'Acadie le , instituée en 1881 lors d'une convention acadienne, alors que cette date était en compétition avec le .

En Belgique À Mons À Mons, jusqu'en 1823, la Saint-Jean se fêtait par l'allumage d'un feu dans chaque quartier. Ce feu était accompagné d'un coq en cage. Les feux sont montés grâce aux récoltes de bois des enfants. Un concours de chant a aussi lieu à la Saint-Jean. Le premier prix en est un coq vivant.

À la suite d'un incendie survenu dans une autre ville de Belgique, le collège des bourgmestre et échevins de l'époque interdit la fête.

Depuis le , une nouvelle fête a repris grâce à un comité formé pour la circonstance, l'association non lucrative Les Feux de saint Jean. Au départ, des cortèges accompagnés de tambours parcouraient la ville pour annoncer la mise à feu d'un bûcher sur la place Nervienne. De nombreuses animations culturelles se déroulaient toute la soirée sur la place Nervienne ainsi que dans les casemates (anciens dépôts militaires) y attenant.

La formule a évolué depuis 1990 et s'est vue complétée de diverses animations, entre autres pour les enfants. Une cérémonie spectacle se déroule sur la Grand-Place de Mons à laquelle participent 300 figurants et 200 musiciens. Ensuite ce sont plus de qui se rendent sur la place Nervienne munis de flambeaux dans un cortège rythmé par 8 formations musicales. Un final musical accompagne le boutage de feu. En 2008, ont participé à la manifestation qui se déroulait en une soirée. À partir de 2009 deux jours sont consacrés à cette manifestation.

Dans les villages entourant Mons Les feux de la Saint-Jean autrement appelé "Les Feux Saint-Pierre" dans les petits villages requièrent un minimum de préparation. En effet, des groupes sont formés. Les plus âgés s'occupent d'amener de grandes souches vers les carrefours où le bois s'accumulent. La nuit, un autre groupe monte la garde afin de s'assurer que personne ne vienne voler. D'autres groupes ramassent des lots qui récompenseront les lauréats des jeux populaires. Tout l'après-midi se déroulent les jeux et une fois le soleil couché, les feux sont allumés. Des discours et des chants sont prononcés et enfin vient la distribution des "pagnons de Wasmes", tartes au sucre dorées et croustillantes.

En Espagne Cette fête est célébrée aussi dans plusieurs endroits (villes et villages) d’Espagne ( Hogueras de San Juan ). Elle symbolise le combat entre les forces du Bien et du Mal (Dieu et Satan), avec le triomphe du premier.

Le San Xoán galicien Il est célébré la nuit du 23 au . Le feu est le protagoniste, puisqu'il est considéré comme un élément purificatoire.