d'Angleterre, également connu sous le nom de « Édouard de Windsor », né le au château de Windsor (Berkshire) et mort le au palais de Sheen (Richmond upon Thames, SurreyAujourd'hui, il s'agit du borough londonien de Richmond upon Thames.), est roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande du à sa mort.

Il est également duc d'Aquitaine à compter du (il cédera ce titre à son fils aîné, Édouard, en 1362). Il règne pendant une période charnière, dans une Europe en crise économique et sociale basculant dans la guerre de Cent Ans et subissant les ravages de la peste noire.

Édouard est couronné en l'abbaye de Westminster, à Londres, le , à l'âge de : en effet, son père, , vient d'être déposé le précédent. A peine âgé de dix-huit ans, il fera juger et exécuter, le , Roger Mortimer, le commanditaire présumé de l'assassinat de son père — et aussi le concubin de sa mère, Isabelle de France, qui lui avait confié le gouvernement du royaume.

commence ainsi son règne personnel. Ayant restauré l'autorité royale après le règne désastreux de son père, il fait du royaume d'Angleterre la première puissance militaire d'Europe. Après avoir défait — mais non soumis — le royaume d'Écosse, il s'attaque au royaume de France ; les deux royaumes sont en conflit larvé du fait de l'emprise économique de l'Angleterre sur toute sa partie occidentale, des Flandres françaises à l'Aquitaine, et aussi du fait de l'alliance franco-écossaise.

Ces contentieux sont aggravés par le problème de la souveraineté sur la Guyenne, fief le rendant vassal du roi de France — lequel peut, à ce titre, annuler toutes ses décisions de justice. Le , il se déclare l'héritier légitime du trône de France (en tant que petit-fils de , par sa mère); ceci déclenche la guerre de Cent Ans.

Après avoir essuyé quelques revers, Édouard parvient à faire voter des impôts par le Parlement : c'est le moyen pour maintenir financièrement une armée de métier, et donc s"assurer les meilleures chances de victoire. Les batailles de Crécy puis de Poitiers (lors de laquelle le roi de France est capturé), ainsi que la prise de Calais, lui permettent d'étendre son royaume sur le tiers du territoire de la France continentale — par le traité de Brétigny, signé le .

Cependant, à compter de cette époque, il va se heurter à qui renverse peu à peu la tendance. Celui-ci modernise, en effet, l'économie et l'armée françaises et fait accepter la levée d'impôts alors qu'en face, le Parlement anglais se met à rechigner à financer la guerre.

Les dernières années d'Édouard sont difficiles : elles sont marquées par des revers sur le plan stratégique, avec notamment la perte de pratiquement toutes ses conquêtes, et par des troubles intérieurs, que l'on peut largement attribuer aux effets de son apathie et de sa très mauvaise santé.

Hautement vénéré à son époque et des siècles durant, Édouard fut dénoncé ensuite comme un aventurier irresponsable par des historiens whigs. Cette vision est maintenant dépassée et l'historiographie moderne le crédite de nombreux accomplissements. Durant son long règne de 50 ans, il a enclenché la transformation de l'Angleterre en puissance manufacturière maîtrisant toute la chaîne textile. Son règne a vu des progrès primordiaux dans la législature et le gouvernement, en particulier dans l'évolution du Parlement anglais.

Jeunesse Enfance vignette|Couronnement d'. Miniature de Loyset Liédet, Chroniques de Froissart, Paris, BnF, département des Manuscrits, ms. Français 2643, .

Édouard naît à Windsor le . Le règne de son père est marqué par des défaites militaires, des rébellions dans la noblesse et la corruption des courtisans, mais la naissance d'un héritier mâle en 1312 renforce temporairement la position d' sur le trône Pour un compte-rendu sur les dernières années de règne d', voir Natalie Fryde, The Tyranny and Fall of , 1321–1326, Cambridge, Cambridge University Press, 1979 ..

Ainsi, dans ce qui est probablement une tentative de son père de restaurer l'autorité royale après des années de mécontentement, Édouard est proclamé comte de Chester à seulement 12 jours, et moins de deux mois plus tard, son père lui donne un ensemble de servants pour sa cour. Il a ainsi une certaine autonomie et peut vivre en prince Ian Mortimer, The Perfect King - The Life of , Father of the English Nation, Random House, 2010.. Comme tous les rois d'Angleterre depuis Guillaume le Conquérant, il est élevé en français et ne connaît pas l'anglaisFrançois Pitti Ferrandi, LE FRANÇAIS, LANGUE DIPLOMATIQUE..

Destitution d'

En 1325, la reine Isabelle de France, dont les relations avec son mari se sont considérablement détériorées, est envoyée en France auprès de son frère le roi , afin d'y négocier la paix en Gascogne. Les négociateurs arrivent à s'entendre, mais le roi d'Angleterre doit venir en France prêter allégeance pour ses terres gasconnes auprès du roi de France. Peu soucieux de traverser la Manche, envoie son fils aîné, auquel il a donné la Gascogne, prêter allégeance. Le jeune Édouard est alors âgé de quatorze ans.

Peu après, la reine et son amant, Roger Mortimer, prennent la tête d'une révolte baronniale contre . Le , après avoir rallié à leur cause le comte de Hainaut, sa fille Philippa étant fiancée à Édouard, ils débarquent en Angleterre. Presque sans soutien, le roi est capturé et contraint à l'abdication le , en faveur de son fils. Il sera assassiné dans sa prison quelques mois plus tard. est couronné le en l'abbaye de Westminster à Londres par Walter Reynolds, archevêque de Cantorbéry, avec Isabelle et Mortimer comme régents. Mortimer devient de facto le dirigeant de l'Angleterre et soumet le jeune roi à un irrespect et une humiliation constants.

Prise de pouvoir Mortimer sait que sa position est précaire, et davantage lorsque Édouard et sa femme, Philippa de Hainaut, ont un fils, le . Mortimer use de son pouvoir pour acquérir des propriétés et des titres de noblesse tels que celui de comte de March dans le pays de Galles, la plupart de ces titres ayant appartenu à Edmond FitzAlan, comte d'Arundel, resté loyal à dans sa lutte face à Isabelle et Mortimer, et qui a été exécuté en . Cependant, l'avidité et l'arrogance de Mortimer lui attire la haine des nobles. L'exécution d'Edmond de Woodstock, frère d', le soulève l'indignation de la noblesse et inquiète qui se sent menacé.

Le , Mortimer et Isabelle dorment dans le château de Nottingham. Profitant de la nuit, un groupe loyal à Édouard pénètre dans la forteresse par un passage secret, arrête Mortimer qui est emmené à la tour de Londres. Dépouillé de ses terres et de ses titres, il est accusé d'avoir usurpé l'autorité royale en Angleterre. Sans procès, Édouard condamne Mortimer à mort un mois après son renversement. Ce dernier est pendu le . Alors que Mortimer est exécuté, Isabelle est exilée au château de Castle Rising dans le Norfolk et Édouard prend la tête de l'Angleterre.

Roi d'Angleterre Début du règne Succession à la couronne de France

Petit-fils de , Édouard est pourtant évincé de la succession de France en 1328. Ceci se fonde sur un choix fait lors de la succession de en 1316. Ce dernier est mort sans héritier mâle : l'héritier direct du royaume de France se trouve donc être la fille mineure du roi défunt, Jeanne. L'infidélité avérée de la reine Marguerite en 1314 et sa mort en prison l'année suivante risquent de mettre en cause la légitimité de la princesse et font craindre qu'un prétendant au trône prétexte d'une possible bâtardise de Jeanne pour légitimer ses revendications au trône.

Cependant, la reine Clémence, épouse en secondes noces du feu roi, est enceinte. Le frère du défunt roi, le puissant Philippe, comte de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent. La reine accouche d'un fils nommé Jean. La dynastie est sauvée mais le nourrisson, roi sous le nom de , meurt quatre jours après sa naissance. de France sur le site de la Foundation for Medieval Genealogy, lire en ligne..

Philippe de Poitiers est considéré par les grands comme le plus apte à gouverner et se fait sacrer roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne. Après le court règne de , mort en 1322 sans héritier mâle., c'est son plus jeune frère, , qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne de 1322 à 1328..

pourrait être candidat au trône, mais c'est qui est choisiAlix Ducret, Cent ans de malheur : les origines de la guerre de Cent Ans , Historia Nostra, 2007.. Il est le fils de Charles de Valois, l'aîné des frères cadets de Philippe le Bel, et descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Il s'agit d'un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant..

La nouvelle ne surprend pas en Angleterre : seule Isabelle de France, qui est fille de Philippe le Bel, proteste de cette décision qui prive son fils de la couronne et envoie deux évêques à Paris, sans que ceux-ci soient reçus. Le Parlement anglais réuni en 1329 déclare d'ailleurs qu'Édouard n'a pas de droit à la couronne et doit prêter l'hommage pour l'Aquitaine.

Hommage pour la Guyenne vignette|Hommage à pour la Guyenne en 1329. Miniature des Grandes Chroniques de France de , BNF, Fr.2813. Édouard se soumet et rend hommage le à la cathédrale d'Amiens mais il refuse de joindre les mains devant Philippe, ce qui signifie qu'il rend l'hommage simple et non l'hommage lige (il reconnaît Philippe comme son seigneur et non comme son suzerain suprême). Son porte-parole, l'évêque de Lincoln Henry Burghersh, fait un discours de protestation présentant la liste des arguments juridiques contre l'hommage lige.

Philippe donne à Édouard jusqu'au pour revenir lui prêter l'hommage lige en bonne et due forme : les Anglais réclament que les territoires saisis pendant la guerre de Saint-Sardos leur soient rendus. Philippe refuse catégoriquement et fixe une nouvelle date butoir : le . Devant un nouveau refus, le roi de France charge son frère de s'emparer de Saintes qui est pillée. Mais Édouard renverse Mortimer et prend en main les affaires. Il envoie une ambassade à Philippe en et fait amende honorable, demandant que son hommage puisse être considéré comme un hommage lige. Philippe se montre conciliant : il accepte la proposition, retire son armée de Saintes et promet une indemnisation pour le sac de la ville.

Guerre d'Écosse Tous ces efforts d'apaisements sont ruinés quand Édouard Balliol, le fils de l'ancien roi John Balliol, favorable aux Anglais, débarque à la tête d'une armée privée le dans le comté de Fife, dans l'Est de l'Écosse, ravivant ainsi le conflit anglo-écossais. Depuis 1296, profitant de la mort d'sans héritier mâle et d'une tentative de prise de contrôle par mariage, l'Angleterre considère l'Écosse comme un État vassal. Cependant, les Écossais ont contracté avec la France la Auld Alliance le , et Robert Bruce (futur ) écrase, lors de la bataille de Bannockburn en 1314, la chevalerie anglaise, pourtant très supérieure en nombre, grâce à ses piquiers qui, en fichant leurs lances dans le sol, peuvent briser les charges de cavalerie comme l'ont fait les Flamands contre les Français à la bataille de Courtrai..

Ces formations de piquiers peuvent être utilisées de manière offensive à la manière des phalanges grecques (la formation serrée permet de cumuler l'énergie cinétique de tous les combattants qui peuvent renverser l'infanterie adverse) et ont disloqué les rangs anglais, leur infligeant une sévère défaite. En 1328, Robert Bruce est reconnu roi d'Écosse par le traité de Northampton. Mais à sa mort en 1329, n'a que huit ans, ce qui donne l'occasion à Édouard Balliol de réclamer la couronne.