La Commission de la vérité et de la réconciliation (CVR) est une commission péruvienne chargée principalement d'élaborer un rapport sur le conflit armé péruvien entre 1980 et 2000. Elle a été créée en 2001 par le président de transition Valentín Paniagua et formée par divers membres de la société civile. Son président était Salomón Lerner Febres, alors recteur de la Pontificia Universidad Católica del Perú.

En plus de ses recherches sur la violence armée du Sentier lumineux et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), elle a cherché à analyser les racines profondes de cette violence et a enquêté sur la répression militaire contre ces guérilla. Pour cela, elle a récolté le témoignage de 16985 personnes et a organisé 21 audiences publiques avec les victimes de la violence auxquelles plus de ont assisté. Le rapport final de la Commission a été rendu public le devant le président péruvien Alejandro Toledo.

Membres Salomón Lerner Febres - Président de la CVR. Docteur en philosophie y recteur émérite de l'université pontificale catholique du Pérou. Beatriz Alva Hart - Avocate et ancien parlementaire. Dr. Rolando Ames Cobaián - Sociologue, chercheur et analyste politique. Ancien sénateur. José Antúnez de Mayolo - Prêtre salésien, ancien administrateur apostolique de l'Archidiocèse d'Ayacucho. Luis Arias Grazziani - Général en retraite de l'armée de l'air - Expert en thèmes de sécurité nationale. Dr. Enrique Bernales Ballesteros - Docteur en Droit, constitutionaliste, Directeur exécutif de l'ONG Commission Andine de Juristes. Ancien Parlementaire. Dr. Carlos Iván Degregori Caso - Anthropologue, professeur de l'Université nationale de San Marcos, membre de l'Institut d'Études Péruviennes. Père Gastón Garatea Yori - Prêtre de los Sagrados Corazones et Président de la Table de concertation de lutte contre la pauvreté. Pasteur Humberto Lay Sun - Architecte, leader des Assemblées de Dieu, dénomination évangélique du Conseil National Evangélique CONEP. Sofía Macher Batanero - Sociologue, ancienne secrétaire exécutive de l'ONG de Coordination nationale de Droits de l'Homme. Alberto Morote Sánchez – Ancien recteur de l'université San Cristóbal de Huamanga. Carlos Tapia García - Chercheur et analyste politique. Ancien Parlementaire. Luis Bambarén Gastelumendi en qualité d'observateur - Évêque de Chimbote et ancien président de la Conférence épiscopale péruvienne.

Les Conclusions de la CVR

Le rapport final de la CVR a été présenté le lors d'une cérémonie réalisée au Palais du Gouvernement à Lima. Il se compose de neuf tomes dans lesquelles sont détaillés les faits qui se sont déroulés durant les vingt années que couvre le rapport. Il se divise en trois parties principales : la première où sont relatés le processus, les faits et les victimes; la seconde comportant les facteurs qui ont permis le développement du conflit; et la troisième qui détaille les séquelles du conflit et propose quelques recommandations afin que ces tragiques événements ne se répètent pas. Malgré les efforts de la CVR, la société civile a été relativement indifférente à cette initiative.

Sont présentées ci-dessous les principales conclusions de la CVR..

Les dimensions du conflit

La CVR a constaté que le conflit armé qu'a vécu le Pérou entre 1980 et 2000 est l'épisode de violence le plus intense, le plus étendu et le plus long de toute son histoire républicaine. Ce conflit révèle brèches profondes qui traversent la société péruvienne. En effet, la CVR estime à les victimes de la violence, parmi lesquelles une large majorité vivait dans une situation d'extrême pauvreté et d'exclusion sociale.

Le portrait type de la victime fait état d’un homme (80 %), âgé de 20 à 49 ans (66 % contre 38 % de la population), né dans le département d’Ayacucho (40 % alors que le département est peu peuplé), vivant en zone rurale (79 % contre 29 %) d’activités agricoles (75 % contre 28 %), de langue maternelle indigène (75 % contre 16 %) et a un niveau d’éducation inférieur à l’enseignement secondaire (85 % contre 46 %).

Ainsi, outre les brèches socio-économiques, le portrait-type de la victime révèle les inégalités et les discriminations ethniques et culturelles qui divisent la société péruvienne. Les populations urbaines de la côte péruvienne ont de plus longtemps fermé les yeux sur les massacres qui se produisaient à l'intérieur du pays.

La responsabilité des organisations terroristes

Le Sentier lumineux

La CVR considère que la cause fondamentale du déchaînement de la violence lors du conflit armé interne est la décision du Sentier lumineux d'initier la lutte armée contre l'État péruvien, au moment même où le Pérou retrouvait la démocratie et les élections libres. Le groupe maoïste est imputé de la majorité des crimes et des violations des droits de l'homme (avec notamment un usage courant de la torture et de divers sévices d'une intense cruauté). Il est ainsi responsable de 54 % du nombre des victimes reporté par la CVR. Il faut noter qu'un nombre tant élevé de crimes fait du Sentier Lumineux un cas exceptionnel parmi les différentes guérillas d'Amérique latine.

La cohésion interne du Sentier Lumineux trouve son origine dans le Pensamiento Gonzalo, qui se reflète dans le culte à la personnalité d'Abimael Guzmán, fondateur et dirigent de l'organisation, qui était considéré comme l'incarnation de la pensée la plus élevée dans l'histoire de l'humanité. L'idéologie prônée par le mouvement, en adoptant une vision de la société en termes de classe, ne laisse pas de place aux individus, de là son peu de respect à la personne humaine et au droit à la vie, dont celle de ses militants. Les discours du Sentier Lumineux ont un potentiel génocidiaire, puisqu'il appelle à «pagar la cuota de sangre» (1982), «inducir genocidio» (1985) et annonce que «el triunfo de la revolución costará un millón de muertos» (1988).

Le Sentier Lumineux s'est appuyé sur le système éducatif péruvien pour propager ses thèses au sein de la population, rurale notamment, puisqu'elle correspondait à son idéologie maoïste. Elle ne s'est cependant pas reposée sur les organisations paysannes existantes et n'a pas respectée leurs spécificités culturelles. Nombre de sendéristes partageaient d'ailleurs un certain mépris, teinté de racisme, envers les populations indigènes, pour lesquelles ils revendiquaient se battre. Le Sentier Lumineux refusait toute dissidence de la part des paysans, des massacres de communautés entières ont été effectués à ce titre. À noter que la conception idéologique de l'organisation impliquait la destruction du vieil État depuis ses bases. Cela a conduit à des assassinats d'autorités locales (maires, gouverneurs, juges de paix...) et d'autorités nationales (ministres, parlementaires et autres représentants de l'État). Ainsi, 12 % des victimes du Sentier Lumineux sont des autorités étatiques. La guérilla a également tué massivement des dirigeants d'organisations sociales (organisations paysannes, syndicales, de quartier, de femmes...).

Le Sentier Lumineux est également responsable de violence au cœur des villes, notamment d'attentats à la voiture piégée, dont le plus célèbre est celui de la rue Tarata dans le district de Miraflores à Lima.

L'ensemble de ces actions sont le produit d'une stratégie délibérée de la direction nationale du Sentier Lumineux d'implantation de la terreur. Elle cherchait notamment à provoquer des réactions brutales des forces de l'ordre contre la population civile qui les délégitimeraient. Elle ne faisait d'ailleurs que peu de cas de ses propres militants, les invitant à tuer et à mourir de manière cruelle et sanguinaire, alors que les dirigeants suprêmes, notamment Abimael Guzman, résidaient à Lima durant quasiment l'intégralité du conflit, ne souffrant pas des privations et des risques physiques.

Le Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru

Le Mouvement Révolutionnaire Túpac Amaru (MRTA) a initié sa lutte armée en 1984. Il est responsable, selon la CVR, de 1,5 % des victimes totales du conflit. À la différence du Sentier Lumineux, et de manière similaire à d'autres organisations armées latinoaméricaines avec lesquelles il a maintenu des liens, le MRTA revendique ses actions et n'attaque pas la population civile et désarmée. Le MRTA a néanmoins commis des assassinats, comme dans le cas du général Enrique López Albújar, des pratiques d'otages et des séquestres, crimes qui violent le droit international humanitaire que le MRTA prétendait respecter. Il faut noter également que le MRTA assassinait les dissidents de son organisation.

La responsabilité des appareils de l'État

Le conflit armé péruvien a débuté alors que le pays retrouvait la démocratie. Les gouvernements en place durant ce conflit ont été élus lors d'élections libres par les citoyens. Il faut noter néanmoins que le gouvernement d'Alberto Fujimori, à partir du coup d'État du , est devenu autoritaire et a cherché à rester au pouvoir en consolidant une autocratie corrompue. Jusqu'à cette date, malgré la subversion armée des deux guérillas, la séparation des pouvoirs et la liberté d'expression furent respectées et les élections se déroulèrent librement.

La CVR souligne néanmoins le manque de compréhension des gouvernements des présidents Fernando Belaúnde Terry puis d'Alan Garcia face au conflit. Ils ne mirent pas en place une stratégie intégrale (sociale, politique, économique, militaire, psychosociale, d'intelligence et de mobilisation de l'ensemble de la population) pour faire face de manière efficace à la subversion armée et au terrorisme.

Les forces policières

La CVR rend hommage aux forces policières qui affrontèrent les groupes subversifs, notamment au millier de ses membres décédé. Elle souligne également que la formation contre-subversive qu'elles avaient reçue prenait pour référence le modèle castriste, d'où sa difficulté à affronter un ennemi vésanique, qui se confondait avec la population civile, tel que le Sentier Lumineux. L'entraînement et la formation furent ainsi longtemps peu adéquats. En outre, le service d'intelligence a longtemps sous-estimé le potentiel subversif du Sentier Lumineux.

L'intervention d'un détachement policier de contre-insurrection, dénommé les sinchis, a entraîné une hausse des violations des droits de l'homme, qui ont accru la méfiance de la population civile vis-à-vis des forces policières. L'intervention de l'armée dans le conflit intérieur et la mise en place de commandement politico-militaires (CPM) dans les zones déclarées en état d'urgence se sont soldées par une subordination de la police aux forces armées. Dès lors, les violations des droits de l'homme et les pratiques autoritaires se firent plus fréquentes. La torture, les détentions illicites, la violence sexuelle, les disparitions forcées de personnes sont devenues massives.

Les forces armées

Les forces armées sont intervenues dans le conflit interne à partir du décret suprême du . Plus d'un millier de ses membres sont décédés lors de ce conflit armé. Durant les deux premières années de son intervention, l'armée a souffert d'un manque d'entraînement et d'équipement pour intervenir dans ce type de conflit, d'où sa stratégie initiale qui se basait sur un conflit externe traditionnel.