Miss Elizabeth Bennet est un personnage de fiction créé par la romancière anglaise Jane Austen, protagoniste de son roman le plus connu et le plus apprécié ., (Orgueil et Préjugés), paru en 1813. Elizabeth Bennet est parfois appelée Miss Eliza ou ElizaMiss Eliza, jamais Miss Bennet, titre réservé à la seule fille aînée, Jane Bennet. par ses connaissances, mais toujours Lizzy par sa famille.
Deuxième d'une famille de cinq filles, affligée d'une mère sotte et d'un père qui se dérobe à ses responsabilités, Elizabeth Bennet est gaie, belle (), intelligente et spirituelle. Elle observe d'un œil ironique la société étriquée et conformiste dans laquelle elle vit, celle de la petite campagnarde de l'Angleterre georgienne. Alors qu'à cette époque et dans son milieu le mariage arrangé est encore la norme pour une femme de la bonne société, elle ne peut envisager pour elle-même, malgré son manque de fortune, qu'un mariage d'amour. Sa forte personnalité, son caractère indépendant, son intransigeance lui font commettre des erreurs, mais elle est déterminée à construire son bonheur : après avoir reconnu la fausseté de ses premières impressions, à l'origine du préjugé qu'elle a développé à l'encontre du riche et orgueilleux Mr Darcy dont elle a repoussé avec colère la première demande en mariage, elle trouve finalement l'amour en même temps que la sécurité financière.
Elle est généralement considérée comme l'. de Jane Austen, et l'un des personnages féminins les plus populaires de toute la littérature britannique.. Genèse du personnage Comme on le sait par sa correspondance, Jane Austen appartenait à une famille .. Parmi ce qu'on lisait et relisait à haute voix au cours des soirées au presbytère de SteventonLe presbytère de Steventon, dans le Hampshire, est le lieu de naissance de Jane Austen et la maison où elle vécut avec sa famille de 1775 à 1801., il y avait ces romans à la mode à la fin du où l'héroïne, jeune, belle, intelligente, cultivée, est victime de l'étroitesse d'esprit de son entourage, comme Cecilia (1782) ou Evelina (1778), deux personnages de Fanny Burney, ou pauvre et humiliée comme la vertueuse et toujours célèbre Pamela (1740) de Samuel Richardson. Les œuvres de Jane Austen abondent en allusions plus ou moins voilées et en références à ses nombreuses lectures..
Modèles pour l'intrigue Ainsi, certaines des situations qu'elle fait vivre à son Elizabeth évoquent, ou parodient, l'intrigue de l'un ou l'autre de ces romans. De même que la naïve Cecilia est charmée par ses conversations avec , Mr Monckton., à qui elle fait entièrement confiance, Elizabeth est séduite par (qui emprunte aussi des traits de caractère et, en partie, son comportement aux deux personnages d'Henry Fielding Tom Jones et Blifil). Comme Cecilia encore, elle est blessée par l'arrogance de l'homme qui dit l'aimer : la première demande en mariage de Darcy rappelle la scène dans laquelle Mortimer Delvile, déchiré entre le devoir et l'amour, expose minutieusement à Cecilia son débat intérieur et lui explique qu'il ne peut la demander en mariage, car sa situation .
Comme Pamela, elle pousse, par sa résistance, l'homme qui veut l'épouser à amender son comportement, et subit l'ire d'une Lady Catherine qui ressemble beaucoup à l'arrogante Lady Davers. Comme Evelina, qui a le triste privilège d'apprendre les commentaires désobligeants de Lord Orville (pourtant amoureux d'elle) à son égard, elle entend la blessante remarque de Darcy à Meryton, à l'origine de son antipathie., mais est finalement ..
Cecilia Beverley
vignette|redresse=0.9|alt=Illustration. Elizabeth, assise à un bureau, est surprise par l'entrée de Darcy qui la salue|Mr Darcy, arrivant à Hunsford, semble surpris de trouver Elizabeth seule (Hugh Thomson, 1894)
Elizabeth Bennet doit certains de ses traits de caractère à Cecilia Beverley, le personnage éponyme d'un roman de Fanny Burney. Comme Elizabeth, Cecilia est âgée de presque vingt-et-un ans. Elle est , aspire à un et aime les plaisirs calmes comme la lecture, ., puisqu'il lui est impossible d'avoir des conversations intelligentes dans le tourbillon de la vie superficielle des salons. Elle cherche à conduire sa vie de manière sage et vertueuse, en opposition avec la société mondaine qu'elle est obligée de fréquenter et dans laquelle les comportements sont avant tout dictés par le souci des apparences. Enfin Cecilia subit le poids d'une autorité patriarcale dépeinte de façon satirique par Fanny Burney., qui réduit le rôle des femmes à celui de marionnettes sans cervelle sur le marché du mariage : , soupire-t-elle.
Des différences notables se manifestent en revanche dans le comportement des protagonistes. Tandis que Cecilia a tendance à se résigner dans une histoire d'amour à la fois romantique et fertile en rebondissements douloureux, Elizabeth Bennet fait preuve de force de caractère et de vitalité. Alors que Mortimer Delvile se montre longtemps imprévisible, hésitant puis jaloux, et ne finit que tardivement par soutenir Cecilia en l'épousant secrètement., Darcy évolue au contraire de manière courageuse et déterminée.
À la croisée des idées L'époque où s'ébauche le roman, entre et , est aussi une période d'intenses débats d'idées entre « jacobins » et « anti-jacobins » (Conservateurs), et le personnage d'Elizabeth possède les aspirations d'une Mary Wollstonecraft, qui considère les femmes comme des et réclame pour elles le droit à l'éducation et à une certaine émancipation. Mais l'Angleterre est continuellement en guerre contre la France, et les idées conservatrices d'Edmund Burke, farouche opposant aux idées révolutionnaires, y gagnent progressivement du terrain. Les ouvrages conservateurs et didactiques, comme ceux de Jane West ou Elizabeth Hamilton, réaffirment un idéal féminin domestique et vertueux. Dans leurs romans, l'héroïne, trop sûre d'elle et de ses capacités à prendre ses décisions de façon indépendante, doit tirer les leçons de ses erreurs, mais de façon souvent dramatique, voire tragique..
Au moment où Jane Austen s'apprête à faire publier Orgueil et Préjugés, ce sont les idées de la moraliste Hannah More qui prévalent. Elle avait écrit en 1799 dans que le bonheur, pour les femmes, qui , ni , s'obtenait par l'humilité et la retenue : .. Le personnage d'Elizabeth, avec son heureux caractère et son appétit de bonheur, apporte la réponse de Jane Austen à ce débat d'idées..
Portrait
Elizabeth Bennet est la seconde des cinq filles de Mr et Mrs BennetLes prénoms des parents d'Elizabeth ne sont jamais mentionnés et lorsque Mrs Bennet s'adresse à son mari, elle l'appelle .. Au début du roman, elle n'a pas encore vingt-et-un ans, comme elle le dit à Lady Catherine..
Situation familiale et caractère
vignette|gauche|redresse=1.1|alt=Illustration. Assis face à face, Mr Bennet discute avec Elizabeth, attentive|Elizabeth est la préférée de son père qui apprécie sa vivacité et son intelligence. Elle vit à Longbourn, la propriété de son père, membre de la petite provinciale, qui a épousé une jolie femme frivole et sotte, à l'esprit étroit, ., et fréquente la société étriquée et versatile de Meryton. Elle entretient des relations privilégiées avec Charlotte Lucas, la fille intelligente et réfléchie de ses voisins, et sa tante Gardiner, jeune femme , qui reçoit à Londres les deux filles aînées de la famille Bennet, leur montre une affectueuse sollicitude et leur prodigue des conseils judicieux..
L'auteur donne peu de détails physiques. Si Sir William évoque sa (), cela relève du cliché. D'ailleurs sa mère la considère comme ; il est vrai qu'elle . Miss Bingley, tout en lui concédant de belles dents, trouve sa peau () lorsqu'elle la revoit à Pemberley, mais elle est jalouse. Mr Darcy a commencé par refuser de la trouver jolie (), avant de découvrir que sa physionomie est , et .. Elle se fait aussi remarquer par son énergie : elle marche d'un pas alerte, n'hésite pas à faire trois miles à pied à travers champs, au mépris de la boue et du qu'en-dira-t-on., pour aller réconforter sa sœur malade, a même et de se promener seule.
Son , comme celles qu'elle fait journellement dans le parc de Rosings, montre son amour de la nature, mais révèle aussi un caractère introverti.. Bien qu'elle se sente à l'aise en société et aime la conversation, lorsqu'elle est émue ou troublée, elle éprouve le besoin de se retirer dans sa chambre ou dans une allée tranquille, pour lire, réfléchir, faire le point, décider du comportement qu'elle va adopter, voire décider ce qu'elle peut confier à sa sœur aînée, Jane.
Il y a, entre elle et Jane, qui a vingt-trois ans, une affection très grande, un lien quasi viscéral qui n'est pas sans rappeler les étroites relations d'amitié de Jane Austen avec sa sœur CassandraClaire Tomalin, Jane Austen: A Life, 1997 , ; Park Honan, Jane Austen: A Life, 1987, , .Elizabeth est d'ailleurs le deuxième prénom de Cassandra Austen, et leur mère avait l'habitude de dire que Jane et Cassandra étaient « mariées ensemble ».. Si Jane assume avec sérieux son rôle d'aînée., Elizabeth partage ses soucis et ses responsabilités, qui sont d'autant plus lourdes que leurs parents n'assument pas suffisamment les leurs. Les deux sœurs échangent souvent leurs points de vue lorsqu'elles sont ensemble, et des lettres lorsqu'elles sont séparées.
Jane est la plus raisonnable, mais Elizabeth est la favorite de son père, qui apprécie sa vivacité d'esprit.. L'une et l'autre cependant, par leur discrétion et leurs manières parfaites, font preuve d'une distinction qui manque complètement au reste de la famille Bennet, qualité que même l'exigeant Mr Darcy est obligé de reconnaître dans sa lettre à Elizabeth.
Relations à autrui vignette|redresse=0.9|alt=Illustration. Assise à un bureau, Elizabzth lit attentivement une lettre|Elizabeth relit les lettres de Jane à Hunsford (Hugh Thomson, 1894) La plupart des situations sont vues à travers son regard, son humour et ses réflexions. Intelligente et spirituelle, elle supporte avec philosophie et bonne humeur l'atmosphère provinciale étriquée dans laquelle il lui faut vivre. Son caractère naturellement gai la met en état de percevoir le côté humoristique ou grotesque de toute situation quelle qu'elle soit. Comme elle le dit elle-même : ..
Se fiant à son esprit d'observation, elle porte sur les autres un jugement assuré. Elle avoue toujours se fier à sa première impression, et son intuition est le plus souvent fondée : elle ne s'est trompée ni sur le bon caractère de Bingley (et ses sentiments pour Jane) ni sur la vanité de ses deux sœurs, ni sur la bêtise de Mr Collins, ni même sur la prétention de Lady Catherine. Mais elle s'est fourvoyée sur Darcy, rebutée et blessée par ses manières méprisantes, et sur Wickham, séduite et abusée par ses manières engageantes, Ch. 10: Shared Emotion in Pride and Prejudice .. Son entêtement, à cette occasion, la conduit à des erreurs de jugement qui pourraient être lourdes de conséquences.
Guère intimidée par le rang social des personnes qu'elle rencontre, qu'il s'agisse de la hautaine Lady Catherine de Bourgh, à qui elle saura tenir tête avec courage et dignité, ou de l'orgueilleux et dédaigneux Mr Darcy, dont la richesse et le pouvoir ne la troublent pas, elle prend de gros risques en refusant deux offres de mariage qui assureraient son avenir matériel (celle de Mr Collins, puis la première de Darcy), car elle attend du mariage non la sécurité mais .
Évolution du personnage
C'est au cours d'un des bals régulièrement organisésLes bals sont en général mensuels (autour de la pleine lune). à Meryton que les demoiselles Bennet et leur mère rencontrent pour la première fois les nouveaux hôtes de Netherfield.
De la naissance d'un préjugé... Genèse Mr Bingley, qui adore danser, se montre charmant et, au grand plaisir d'Elizabeth, semble beaucoup apprécier Jane. Mais elle a tout de suite vu que ses deux sœurs étaient ()., et l'attitude de l'arrogant Mr Darcy l'a particulièrement irritée :