Le château de Bonnes est situé dans le village de Bonnes, dans le sud du département de la Charente, au bord de la Dronne.
Il a été édifié au début de la Renaissance sur le château médiéval de la seigneurie de Bonne et remanié au , avec une de ses façades en style classique. Il a été en grande partie détruit à la Révolution.
Le château a été en partie inscrit monument historique le pour l'aile Renaissance et le pour les deux ailes du château, à l'exclusion de la partie construite au .
L’édifice est l’objet d’un programme de restauration important depuis l’année 2007.
Historique La seigneurie de Bonnes rendait hommage au château d'Aubeterre et aurait appartenu aux Lambert au , aux La Roche au . Robert de La Marthonie, maître d'hôtel de François épouse Jeanne de Cablanzac qui lui apporte Bonnes dont il va reconstruire le château au tout début du .
À la suite de litiges en 1659 le château de Bonnes revient à Marie de Pompadour, marquise d'Aubeterre. Ce château sera le lieu de résidence des châtelains d'Aubeterre jusqu'à la vente en 1770 à Jean-Baptiste Perrier de Gurat qui démembre et vend ses terres à partir de 1802.
Moyen-Âge Les premières fortifications de Bonnes remontent au , avec, sur la rive droite haute, ce qui deviendra plus tard le château de Bonnes, sur la rive basse un peu en amont des tours de bois dont les mottes sont encore visibles.
Ces fortifications ont été érigées par l’évêque de Périgueux pour interdire aux Vikings la remontée de la Dronne jusqu’à la grande abbaye bénédictine de Brantôme que venait de fonder Charlemagne. Les Vikings franchirent néanmoins par deux fois les défenses et pillèrent l’abbaye en 847 et 857.
La seigneurie de Bonnes fut une seigneurie importante, non par la taille de son domaine mais par les personnages qui en furent les seigneurs. Elle fut d’abord le berceau de la famille de Lambert de Saint-Bris, dont une branche resta en Périgord et une autre devint les marquis de Saint-Bris (dans l’Auxerrois), au , après avoir, comme plusieurs gentilshommes du Périgord, aidé Henri IV à la conquête du trône.
L’actuel château de Bonnes est édifié sur les fondations du château médiéval qui fut le siège seigneurial de la famille de Lambert et de ses descendants pendant six siècles, du , sous des noms différents, le château ayant souvent échu à des femmes, et tantôt dans le domaine du roi de France, tantôt sous la couronne britannique (et rétrocédé au domaine anglais, y compris Aubeterre, au traité de Brétigny en 1360)La dernière possession anglaise dans la région était Chalais, prise en 1453, juste avant la bataille finale de Castillon..
La fille de Pierre de Lambert, Ève de Lambert, quatrième enfant, épousa Guy de La Roche, chevalier, dont naquit Aimery de La Roche, aussi chevalier et seigneur de Bonne. Ce dernier épousa Marguerite Flamenc, famille alliée à la famille de La Marthonie et co-seigneurs de Bruzac à Saint-Pierre-de-Côle dans la haute vallée de la Dronne. Leur fille Catherine de La Roche, dame de Bonne, se maria à Penot Rudel (de la famille des comtes de Périgord) et ils eurent pour fille Marie Rudel, qui épousa Aimery de Camblesac, chevalier. Il semble que pendant cette période une co-seigneurie de Bonne était établie puisqu’un testament fut confirmé en 1483 pour un Guillaume de Lambert, seigneur de Bonne. A noter qu’en 1521 un Raymond de Lambert est toujours seigneur de Nadelin, dans la paroisse.
A la retraite des Anglais de Bonnes et Aubeterre, Marie Rudel voulut rentrer dans ses biens maternels sur le seigneur d’Aubeterre, qui tenait le parti des Anglais et qui occupait la plus grande partie de ses biens et refusait de les rendre.
De leur mariage naquit notamment Jean de Camblesac, dont la fille Jeanne épousa Robert de La Marthonie.
De ce château médiéval subsistaient – et ce jusqu’à la Révolution - plusieurs tours. L’une d’elles avait été transformée au en pavillon-escalier, qui subsiste de nos jours et est qualifié de « vestibule » dans le rapport de 1792. De l’époque médiévale ne subsistent que les murs sud donnant vers l’église, le pignon du corps de logis principal (qui au Moyen-Âge était un mur intérieur) et celui sur lequel fut adossé à la Renaissance une galerie à arcades ouverte sur le nord. Sont également encore visibles des restes de portes et de cheminées ainsi qu’un départ de tour sur un angle toujours muni de ses meurtrières.
Période Renaissance Robert de La Marthonie (1470-1537) est le fils d’Étienne Le Veyrier de La Marthonie, seigneur de Saint-Jean-de-Côle, et d’Isabeau Hélie de Pompadour (mariés en 1465). Son frère aîné, Pierre-Mondot, qui fut président du parlement de Paris et le troisième personnage du royaume pendant la captivité de François , fit bâtir le château de Puyguilhem (sur la commune de Villars), son frère Gaston de La Marthonie fut évêque de Dax.
Gouverneur de Touraine, ami et maître d'hôtel du roi François , membre du parlement de Bordeaux, Robert de La Marthonie fit bâtir à Bonnes un château Renaissance et notamment, entre le châtelet médiéval et le corps de logis principal une galerie à sept arcades en anses de panier soutenues par de fines colonnes ornées destinées à apporter de la fraîcheur l’été, un promenoir tel qu’on peut en voir dans les châteaux de la Loire, et fit décorer de peintures tout l’intérieur du château.
En ce temps, les châteaux du Périgord sont rudes, construits sans fioritures. Mais Robert de La Marthonie, homme de cour ayant suivi la construction des châteaux du val de Loire et gouverneur de Touraine, donne à Bonnes une note Renaissance très raffinée, caractéristique d’une résidence d’été.
Il fait orner le mur médiéval côté église de fenêtres ouvragées qui répondent au portail Renaissance qu’il fait construire pour l’église. On peut encore lire dans deux macarons de ce rare portail du , malgré les mutilations, les initiales « RI » : « R » pour Robert de La Marthonie, le « I », confondu à l’époque avec le « J », étant Jeanne de Camblesac, l’héritière de la seigneurie de Bonnes.
À l'époque, l'église aurait été reliée au château par un corps de bâtiment enjambant l’actuel chemin communal qui descend à la rivière.
Du mariage de Jeanne de Camblesac avec Robert de La Marthonie naquit une fille, Marie de La Marthonie (1495–1523). Robert de La Marthonie épouse en secondes noces Catherine Motier de La Fayette, petite fille du maréchal Gilbert Motier de La Fayette, veuve de François de La Platière, de qui elle eut un fils, Humbert, qui deviendra également maréchal de France. Du mariage de Robert avec Catherine de Lafayette naquit Claude de La Marthonie, qui mourut sans héritier.
Marie de La Marthonie épouse en 1513 le baron Jean III de Grignols (1499–1547), fils de Jean II et d’Antoinette de La Force, seigneur dans le Bazadais, qui combattit en Italie avec le roi François . Jean de Grignols, devenu seigneur de Bonne, veuf en 1523, épouse ensuite Jeanne d’Allegret.
À cette époque entre Périgord et Saintonge, prendre le parti des protestants ou des catholiques est le marqueur majeur. Les Bouchard d’Aubeterre et la quasi-totalité de la vicomté sont du parti protestant. Bonnes, dont les Grignols s’opposaient aux Bouchard, fut en partie détruit. Antoine de Grignols, seigneur de Bonne (qui avait épousé en 1571 Jeanne de Saint-Astier, fille du gouverneur du Périgord), mourut dans un combat sur la Vienne près de Châtellerault, après la levée du siège de la Guierche, et son corps fut porté à Bonnes où il fut enterré dans l’église.
Les Grignols malgré leurs nombreux fiefs, mais qui diminuent au fil des naissances, s’appauvrissent. C’est dès cette époque que, pour terminer les travaux de la galerie Renaissance, ils obstruent les arcades, dans lesquelles ils créent néanmoins des fenêtres soignées. Les destructions des guerres de Religion, notamment à Bonnes, ont aussi contribué à amoindrir leur fortune.
C’est ainsi que les Grignols en viendront à vendre au début du leur seigneurie de Bonnes aux Pompadourd'Aubeterre..
Période classique La famille de Pompadour s’entend avec François d’Esparbès de Lussan, le maréchal d’Aubeterre, premier du nomLa famille comportera un deuxième maréchal d’Aubeterre au ., pour conclure un mariage entre Marie de Pompadour, Demoiselle de Bonne, avec François II d’Esparbès de Lussan. La famille de Pompadour connaissait bien la vallée de la Dronne : une demoiselle de Pompadour fut l’épouse de François II Bouchard d’Aubeterre, une autre était la mère de Robert de La Marthonie.
C’est la branche cadette des Aubeterre, celle de Bonnes, qui s’illustra. Dans un premier temps le cadet, François II, fut institué héritier par sa mère à la place de son frère aîné Pierre en 1637. À la suite d’un retentissant procès, terminé par un arrêt du Parlement de Paris de 1650, le seigneur de Bonnes partagea la châtellenie d’Aubeterre avec son frère aînéLa branche aînée s’éteignit rapidement..
François II d’Esparbès de Lussan, puis son fils Pierre, comte de Bonne et d’Aubeterre (puis plus tard de Jonzac) furent de célèbres lieutenants-généraux des armées du roi. Ils créèrent successivement les régiments Aubeterre-Infanterie et Aubeterre-Cavalerie (pendant un siècle il y eut - par période - des régiments d'Aubeterre), et participèrent à toutes les guerres contre l’Empire, les Habsbourg et l’Angleterre qui dessinèrent les frontières nord et est de la France.
François II et Marie de Pompadour firent transformer le château de Bonnes en château classique.
Cette période redonne au château une seconde vie, prestigieuse, la façade est redessinée dans le style classique : la tour médiévale, arasée et alignée sur la façade ont les proportions du rectangle d’or.
De belles cheminées peintes y sont créées, comportant des messages énigmatiques. Ces tableaux, peints directement sur la pierre, qui ont par miracle survécu - la cheminée d’Hercule et la cheminée de Caïn et Abel - initiés par François II d’Esparbès et Marie de Pompadour, sont hautement symboliques et comportent plusieurs niveaux de lecture. Sur la cheminée d’Hercule figurent les divinités Athéna, Apollon, Pan, ainsi qu’Héraclès (François II d’Esparbès) et Marie de Pompadour (en habits du ). Les dieux de la guerre vertueuse d’un côté (Athena et Apollon) et le dieu du désordre et de la duplicité de l’autre (Pan). Il s’agit d’abord d’une référence au mythe philosophique "d’Hercule à la croisée des chemins", initié par Prodicos de Ceos au
La cheminée de Caïn et Abel rejoint la mythologie grecque en étant consacrée à la même thématique du Bien et du Mal.
À un autre niveau de lecture, ces deux peintures ont pour sujet les guerres de Religion et le combat des protestants contre les catholiques.
C’est seulement lors de la révocation de l’édit de Nantes que Pierre d’Esparbès de Lussan, le fils de François II, abjura la religion protestante pour lui et les siens. Mais toute la famille en restera profondément et secrètement marquée.
Pierre d’Esparbès de Lussan d’Aubeterre (1657–1748, mort à 91 ans), comte de Bonne et, après mariage en 1678 avec sa cousine germaine Julie-Michèle de Sainte-Maure, comte de Jonzac, passa l’année sur les champs de bataille et l’hiver à la cour (ainsi que plusieurs membres de la famille, comme le chevalier d'Aubeterre. Il s’agit de Léon d’Aubeterre, oncle de PierreLe chevalier d’Aubeterre » dans les Mémoires de Saint-Simon). Ils habitèrent peu les châteaux de Bonnes et de Jonzac.
Pierre devint également lieutenant-général des armées du roi. Il combattit souvent aux côtés de Vauban, au siège de Luxembourg en 1684 (qui fut cause de la formation de la Ligue d’Augsbourg, la ville fut rendue aux Habsbourg par le traité de Ryswick), aux sièges de Philippsburg, Manheim, Frankendal en 1688 (guerre de la Ligue d’Augsbourg), à la bataille de Fleurus en 1690, au siège de Namur, au combat de Steinkerque, au bombardement de Charleroi en 1692. Mestre de Camp du Régiment d’Aubeterre-Cavalerie en 1693, il combattit à Neerwinde en 1694, au siège de Charleroi, à Bruxelles, sur la Meuse, en Piémont.