Albert Girard, dit le « Samielois », également appelé Albertus Gerardus Metensis, parfois Albert Gérard, né vraisemblablement le à Saint-MihielPaul Tannery, Mémoires scientifiques: Sciences modernes, 1883-1904, publié en 1926, chez E. Privat, retrouve en 1883 un Humbert Girard né à cette date à Saint-Mihiel. Il est le seul Girard né entre 1576 et 1610 dans cette paroisse. et mort à 37 ans, le 8 ou Christaan Huyguens donne la date du 9 décembre 1632 dans son journal mais la date du 8 décembre figure dans le Dictionary of Scientific Biography. Elle correspond à la mort, à Middelbourg, de Philippe Lansberge de Maulabeecke in le Journal tenu par Isaac Beeckman . On trouve parfois l'année 1633 comme dans la monographie de Henri Dannreuther, Le mathématicien Albert Girard de Saint-mihiel 1595-1633. en Hollande, probablement près de la HayeCe lieu figure dans de nombreuses biographies comme celle de NNBW (voir ici. D'autres citent La Haye comme son lieu d'inhumation (Gustave Cohen, Écrivains français en Hollande dans la première moitié du , p. 342), mais on trouve aussi Leyde dans , est un mathématicien barrois francophone ayant mené toute sa carrière aux Pays-Bas.

De son vivant, Albert Girard est connu comme ingénieur. Élève et traducteur des œuvres de Stevin, ami de Golius, de Snell et sans doute de Jacques Aleaume, il s'occupe en tout premier lieu de fortifications et d'ouvrages militaires.

Son importance est tardivement reconnue dans le domaine des mathématiques et son rôle de traducteur et de mécanicien masque longtemps l'originalité de ses travaux personnels dans cette discipline. Pour Henri Bosmans, ses ouvrages sont les plus importants qui ont été écrits entre Viète et DescartesArticle du R. P. Henri Bosmans, La théorie des équations dans l'invention nouvelle en l'algèbre de Girard, 1923, ..

Son œuvre, qui se situe à la transition des traditions de la Coss, des innovations de l'algèbre spécieuse de François Viète et des préoccupations qui à la même époque animent Pierre de Fermat ou Bachet de Méziriac, touche à des domaines variés et apporte de considérables nouveautés. Son écriture mathématique, héritée de la Coss et en partie de l'algèbre nouvelle, fourmille de nouvelles notations. Plusieurs ont enrichi l'univers des mathématiques, notamment les parenthèses, les crochets, et son indexation des radicaux pour les racines cubiques ou cinquièmes.

Sa contribution va bien au-delà de cet apport et plusieurs propositions qui font date dans l'histoire des mathématiques sont nées sous la plume de Girard. Parmi celles-ci, se trouvent dès 1626 les premières notations de la fonction sin (pour sinus). Il est parmi les premiers à formuler le théorème fondamental de l'algèbre dans le cas de polynômes réels (1629), et le théorème des quatre carrés. Il est l'auteur du premier énoncé connu du théorème des deux carrés, dit « Fermat de Noël » (1625), et d'un des premiers énoncés de la formule de Girard-Waring, d'une définition précise des suites de Fibonacci, etc. En anglais, la formule, qu'il est le premier à publier et qu'il démontre partiellement, donnant l'aire d'un triangle sphérique à l'aide de ses angles se nomme le théorème de Girard ou d'Harriot-Girard.

Biographie Albert Girard est né à la fin du à Saint-Mihiel, petite ville de l'actuel département de la Meuse. Cette découverte fait d'Albert Girard un mathématicien français. Rien n'est connu néanmoins avec certitude, ni de ses premières études, ni de la date où sa famille rejoint la Hollande.

Exil en Hollande thumb|Le cartographe Hondius, dont le portrait est parfois présenté – à tort – comme étant celui de Girard. Après 1610, le culte réformé est interdit sous le règne d'Henri II de Lorraine (le favori de ce prince est membre de la maison des Guise) et de nombreux protestants lorrains sont contraints à l'exil David Scott Richeson, Euler's gem: the polyhedron formula and the birth of topology, Princeton University Press, 2008, 91-98 .. Le jeune Albert Girard et sa famille rejoignent alors les Pays-BasÀ propos des recherches du pasteur Henri Dannreuther, Le Mathématicien Albert Girard de Saint-Mihiel, 1595-1633, in Société de l'histoire du protestantisme français (France), Bulletin historique et littéraire, volume 43, année 1894, 335.. Exilé, Albert Girard conserve toutefois sa vie durant un attachement à Saint-Mihiel et à Metz, dont il se réclame alternativement dans ses écrits. Il demeure simultanément adepte de la religion réformée, notamment au travers de ses polémiques avec son confrère Honorat de MeynierD'origine provençale, cet auteur d'un livre sur les fortifications laisse un portrait de lui ; ce portrait d'Honorat de Meynier se trouve sur le site de la banque image crcv., lorsque ce dernier traite les Huguenots d'hérétiques.

Musicien et mathématicien En 1613, Girard réside à Amsterdam, dans le quartier de la Halle. Il épouse le , Suzanne des Nouettes (également dénommée Suzanne de Noethes (née en 1596), des Monettes, des Mouettes, ou de Nouet) Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek . dans l'église wallonne d'Amsterdam. Il est assisté de sa famille et se donne pour joueur de luth. Le , il fait baptiser son fils Daniel, le premier d'une longue lignée, dans cette même ville. La même année, Girard se lie à Jacob Golius, avec lequel il correspond dès 1616, échangeant avec lui quelques problèmes mathématiquesD.J.Korteweg, « Descartes et les manuscrits de Snellius d'après quelques documents nouveaux » in Nieuw archief voor wiskunde, volume 1 à 3, 1895 republié chez Weytingh & Brave, 1969 65..

En 1617, Girard s'établit à Leyde (probablement y est-il appelé par Golius) ; il s'inscrit par lui-même à l'université de cette ville le D'après Cornelis de Waard et Richard S. Westfall, Biographie d'Albert Girard, Projet Gallileo, . où il étudie la musique. Il est toujours à Leyde, en juillet 1622Girard fait baptiser sa fille Marie en l'église Saint-Pierre : Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, .. Réfugié protestant, et toujours joueur de luth professionnelArticle de Christian Houzel extrait d'un article de La Recherche, novembre 1995, disponible sur e-doc Mathématiques., il entre pendant ces années-là en relation avec Willebrord Snell, dont il ne cesse par la suite de chanter les louanges. Il y étudie également les mathématiques et donne quelques premiers travaux sur la chaînette qu'il identifie à tortGirard partage cette croyance avec Galilée. Il faut attendre Joachim Jung et Huyguens pour que la différence entre les deux courbes soit clairement établie. Voir . à une parabole ; il prend, sans doute en hommage au Marolois et à sa ville natale, le titre de « Samielois » (les Sammielois sont les habitants de Saint-Mihiel, sur la Meuse, au sud de VerdunIrem de l'université de Rennes, Équations du troisième et du second degré, Viète et Girard, chap. 12, .). Dans d'autres textes, il se dit Gustave Cohen, Écrivains français en Hollande, 341 . c'est-à-dire Messin, en latin.

Les fortifications thumb|Hans Vredeman de Vries. À l'instar de ses maîtres, Simon Stevin, pour lequel il déborde d'admirationSylvain Van de Weyer, Simon Stevin et M. Dumortier ; lettre à messieurs de l'Academie des sciences, 1845 100 ., et probablement Jacques Aleaume, Girard est intéressé par les applications militaires des mathématiques, en particulier les fortifications. Il corrige et traduit les œuvres de Simon Stevin et les édite en 1625Catherine Secrétan, Pim den Boer, De la vie civile, 1590, ENS Editions, 2005 131 . Le R.P. Henri Bosmans juge que sa traduction conserve une marge d'approximation, quoique très fidèle eu égard aux habitudes de l'époque., œuvres auxquelles il ajoute un livre de sa composition traduit des livres V et VI de Diophante. Deux ans plus tard, il traduit en français les œuvres du cartographe hollandais Hendrik Hondius et participe à l'édition abondamment corrigée du Traité sur les fortifications de Samuel Marolois (1627). Ce traité est édité conjointement avec L’Architecture contenant la toscane, dorique, ionique, corinthiaque et composée de Hans Vredeman de Vries, et est publié par Henri Hondius de La Haye en 1606, et réédité en 1617, 1620, etc. Il est dédié par l'éditeur Jan Janssen au prince Henri de Nassau. Le second de ses ouvrages, Fortification ou Architecture militaire tant offensive que defensive a été publié chez Hondius en 1615. Il est divisé en deux parties, l'une concernant les fortifications régulières ou idéales, l'autre les fortifications irrégulières, les plus répandues en HollandeArticle de Piet Lombaerde, Notice bibliographique, ..

Une fin prématurée Girard demeure cependant sans grandes ressources, il affirme dans la dédicace de son Invention nouvelle en l'algèbre :

Un siècle plus tard, l'historien des mathématiques Jean-Étienne Montucla tire la morale de cette misèreErnest Rousseau, Histoire des sciences physiques,mathématiques et naturelles, in Patria Belgica, 172, . :

thumb|Frédéric-Henri d'Orange-Nassau, dont Girard est ingénieur militaire.

Parmi ses rencontres, figure Pierre Gassendi, qui sollicite un entretien en par l'entremise d'un ami commun, nommé Fresne-Canaye. Afin de mettre en présence le philosophe français et l'ingénieur militaire du Stathouder, Fresne-Canaye leur donne à souper. À cette occasion, le philosophe français remarqueC. de Waard, Journal tenu par Isaac Beeckman de 1604 à 1634, 153, . Dans une lettre de Gassendi à Peiresc du 21 juillet 1629, ce dernier précise qu'il s'agit de Mr de Fresne Canaye ; sans doute un parent de l'ambassadeur d'Henri IV. :

L'entrevue a lieu alors qu'Albert Girard sert le prince d'Orange Frédéric-Henri de Nassau ; Pierre Gassendi précise qu'elle se tient au camp de Bois-le-Duc Rienk Vermij, Part II : The challenge to philosophy : The Calvinist Copernicans sur le site Knaw.nl de l'Académie royale de Hollande, .. Après le siège de Bois-le-Duc, auquel il assiste avec Henri de Bergaigne, Girard dédie à ce protecteur et ami son Invention nouvelle en l'algèbre Henri de Bergaigne, capitaine d'une compagnie de cavalerie à la bataille de Bar le Duc est mort en 1666, après avoir reçu le titre de bailli (ou de sénéchal -hoogschout en hollandais-), probablement le même Henri Bergaigne, né à Breda vers 1588, et enregistré comme juriste à Leyde le 21 mai 1612. (Amsterdam, 1629). Il envisage alors de rédiger un traité d'optique et un traité de musiqueGeorges Maupin, Opinions et curiosités touchant la mathématique (deuxième série) d'après les ouvrages français des XVIe, , Naud, Paris, 1898 246-247, Télécharger ici. ; mais ses finances ne le lui permettent pas.

D'après le mathématicien Olry Terquem, Girard succombe sous les étreintes de cette profonde misèreGeorges Maupin, Opinions et curiosités touchant la mathématique (deuxième série) d'après les ouvrages français des XVIe, , Naud, Paris, 1898, 173, télécharger ici..

À l'heure de sa mort, le peuple le connaît davantage comme ingénieur militaire du prince Frédéric-Henri d'Orange-Nassau qu'en tant que mathématicien. Il meurt d'ailleurs dans un état voisin de l'indigence, selon Jean-Étienne MontuclaJoseph François Michaud et Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, vol. 16, chez Madame C. Desplaces, 1856, 521 . et Diederik Johannes Korteweg. Après sa mort, le , ses parents l'enterrent dans la « » sous le nom de « Monsieur Albert », ingénieur.

L'épouse du « Samielois » continue de publier ses ouvrages, essentiellement ses traductions de Stevin dont sa statique ou pondéraire. Il la laisse avec onze enfants (dont le dernier, posthume). La préface des œuvres de Stevin, publiée par eux, comporte cette dédicace évoquant leur situation :

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