est un personnage de fiction créé par la romancière anglaise Jane Austen. C'est le protagoniste masculin de son roman le plus connu et le plus apprécié ., Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés), paru en 1813. Il n'est jamais appelé par son prénom, mais toujours Monsieur Darcy () par les dames et Darcy par son ami Charles Bingley, sa tante Lady Catherine de Bourgh, et la voix narratrice.
Hôte de son ami Bingley, qui vient de louer une belle propriété, Netherfield, près de la petite ville de Meryton, dans le Hertfordshire, il est au début admiré par le voisinage car il a de la prestance et, surtout, il est le très riche propriétaire d'un grand domaine dans le Derbyshire, Pemberley. Mais considérant la société locale avec un mépris hautain et une morgue tout aristocratique, il suscite rapidement l'antipathie générale, et plus particulièrement celle de la spirituelle Elizabeth Bennet, qu'il a regardée de haut à leur première rencontre, refusant sèchement de l'inviter à danser. Alors qu'elle éprouve à son encontre une animosité et un ressentiment durables, il se rend rapidement compte qu'elle l'attire beaucoup trop et qu'il serait prêt à se mésallier. Tout l'art de la romancière va consister à donner des occasions de rencontre vraisemblables à ces deux orgueilleux pleins de préjugés dont elle surveille avec une ironie tendre et discrète l'évolution psychologique parallèle à travers des quiproquos et des obstacles humains, sociaux et matériels, offrant à Darcy l'occasion de démontrer ses réelles qualités de cœur.
Jane Austen a créé avec Darcy le plus complexe () et le plus élaboré de tous ses personnages masculins, , .. Propriétaire terrien modèle, il possède une intelligence, des qualités humaines et une capacité à se remettre en question qui le rendent digne du cœur et de la main d'Elizabeth, selon William Dean Howells.. Dans un roman dont la popularité ne se dément pas, où Darcy est « le type même du beau prince qui épouse la bergère », il séduit le lecteur, selon Catherine Cusset, par .
Genèse du personnage
Fierté de classe et préjugés Les modèles littéraires ne manquent pas : on trouve, à la fin du , un certain nombre de romans où l'orgueil et la fierté du nom () suscitent des préjugés chez le héros (en général de haute naissance) ou sa famille, quant à la perspective d'une alliance avec la jeune fille (de condition modeste) qu'il aime..
Ainsi, dans le roman de Fanny Burney, Cecilia, publié en 1782, que Jane Austen avait lu et apprécié, Sir Delvile, un des tuteurs de l'héroïne, la riche mais roturière Cecilia Beverley, est d'une courtoisie souvent exquise, mais arbore constamment un extraordinaire orgueil de classe. Cecilia, livre II, ch. 10. Son fils unique, Mortimer, qui fait pourtant (discrètement) preuve d'humanité et de générosité envers les humbles, finit par avouer à Cecilia qu'il l'aime depuis longtemps mais qu'il est déchiré entre le devoir et l'amour ; il lui expose minutieusement son dilemme intérieur. : il ne peut la demander en mariage car sa situation ; ce faisant, il la blesse par Une clause du testament qui fait de la roturière Cecilia une riche héritière stipule que son mari devra prendre le nom de Beverley, car elle est la dernière du nom, sinon elle sera déshéritée.. Un des prétendants de Cecilia, Sir Robert, a pris, dès leur première rencontre, la désagréable habitude .
C'est Sir Hargrave Pollexfen, un personnage du roman épistolaire de Samuel Richardson, l'Histoire de Sir Charles Grandison, paru en 1753 et très apprécié de Jane Austen, qui a probablement inspiré la première demande en mariage de Darcy. : il déclare son et sa à Harriet Byron avec un peu trop de suffisance et de hauteur pour qu'elle le croie sincère, et écoute son refus avec .
Certains traits de Darcy, tels sa réserve hautaine et son sentiment de supériorité, se retrouveront chez Lord Osborne.; ce personnage du roman inachevé de Jane Austen The Watsons est décrit comme un très beau jeune homme à l'air froid et mal à l'aise. On le voit, dans la salle de bal de la ville de D., .
Mais les universitaires se demandent aussi si des personnes connues de Jane Austen ont pu inspirer Darcy.. Ainsi l'historienne Susan Law considère comme candidat plausible John Parker, à l'époque lord Boringdon, un ami d'université de son frère Henry, qui épouse en 1809 Frances Talbot, une amie proche de la romancière. Elle avait fréquenté sa résidence, Saltram House, à Plymouth, à l'époque où elle écrivait le premier jet de son roman..
Évolution thumb|left|alt=Portrait à l'huile. Jeune homme vêtu de noir, assis.|William Cavendish, par Sir Thomas Lawrence, en 1811. On distingue dans l'évolution du hautain et méprisant Darcy face au refus d'Elizabeth, un lointain écho de Paméla ou la Vertu récompensée (), roman épistolaire de Samuel Richardson publié en 1740 dont l'héroïne, la vertueuse servante que le maître finit par épouser, est toujours extrêmement populaire.. À l'instar du riche Mr B. au comportement hardi et grossier que Pamela ne peut considérer comme un gentleman, Darcy, s'il veut mériter d'être épousé, doit apprendre à corriger ses façons humiliantes envers ceux qui lui sont socialement inférieurs.
Mais Darcy emprunte la plupart de ses traits de caractères, sa réserve, son obstination, sa hauteur, à Sir Charles Grandison lui-même, .. Comme lui encore il est austère, plutôt pessimiste, semble manifester une sorte d'insensibilité et un constant contrôle de soi.. Tous deux sauvent leur sœur enlevée par un militaire coureur de dot, et possèdent un domaine . Tous deux sont les meilleurs des frères, des amis, des maîtres..
Les efforts de Darcy pour marier l'imprudente Lydia Bennet et George Wickham doivent aussi quelque chose à Sir Charles, qui met beaucoup de constance et d'argent à persuader les autres personnages de se marier, et sauve la réputation d'Harriet Byron (qu'il finira par épouser) ; mais, contrairement à Sir Charles qui se fait admirer, Darcy agit dans la plus grande discrétion et pour une personne qui ne comprendra jamais tout ce qu'elle lui doit.. Il n'est pas non plus un parangon de vertu comme Sir Charles.. Ayant découvert ses failles, il s'est senti obligé de réparer les conséquences d'un « orgueil mal placé » ().. Il a surtout agi par (). Chez lui, l'orgueil n'est pas seulement contrecarré, il est (). Darcy, une fois accompli son examen de conscience et son autocritique, est prêt à accepter l'indépendance d'esprit d'Elizabeth, voire ses taquineries, et à traiter en égaux les Gardiner, qu'il apprécie indépendamment de leur position sociale..
Contexte historique et choix du nom Comme rien ne subsiste du manuscrit originel, écrit entre et et titré , on ignore si les personnages portaient les mêmes noms. En 1812 cependant, au moment où Jane Austen met la dernière main à son roman, le propriétaire du domaine de Chatsworth (source d'inspiration possible pour Pemberley, .) est, depuis la mort de son père un an auparavant, William George Spencer Cavendish, duc de Devonshire, beau célibataire de vingt-deux ans, fils de Lady Georgiana., célèbre pour sa beauté et son esprit. Une de ses deux sœurs porte, elle aussi, le prénom de Georgiana. Le duc de Devonshire est un Whig influent, et le nom de Fitzwilliam Darcy rappelle celui de deux autres Whigs connus à l'époque, Robert d'Arcy, quatrième comte d'Holdernesse (1718-1788), et William Fitzwilliam, quatrième comte Fitzwilliam (1748-1833), qui ont occupé de hauts postes ministériels..
Les Austen étant des Tories, l'arrogance de Darcy pourrait être une satire de l'attitude détestable des Whigs envers les (les « perroquets de Pitt », cette gentry, dont font partie les Bennet et les Austen, qui soutint la politique conservatrice de William Pitt), et la timidité excessive de sa sœur Georgiana une subtile pointe d'ironie. Les patronymes Darcy et de Bourgh sont d'origine normandeLe premier Darcy a reçu un fief dans le Lincolnshire. Le membre le plus connu de cette famille est Thomas Darcy (?1467-1537), qui a une brillante carrière militaire sous Henry VII, qui le fait baron. Mais, avec d'autres nobles du nord, il s'oppose à Cromwell, contestant la dissolution des monastères et soutenant les revendications du pèlerinage de Grâce. Arrêté en février 1537, il est condamné pour trahison, décapité le 30 juin ; ses terres confisquées. Edouard VI rend le titre à son fils aîné George en 1548. La lignée s'éteint en 1635. ; le prénom de Mr Darcy, Fitzwilliam, étant le nom de famille de sa mère, Lady Anne Fitzwilliam, fille de comte, Jane Austen confère à la branche maternelle de son personnage une lointaine origine royale, le préfixe Fitz (bâtard de sang royal) indiquant une ascendance royale illégitime.
Portrait
alt=Vue d'un château au-delà d'un pont de pierre|thumb|upright=1.3|Chatsworth House. Pour un certain nombre de critiques, c'est le modèle du château de Pemberley.
Mr Darcy est un homme jeune (il a vingt-sept ans au début du roman), décrit brièvement au chapitre comme un beau ténébreux () : il est grand, bel homme, il a de la prestance, mais l'air fier et hautain.. Très réservé, peu loquace, facilement cassant, il possède The Critical Review, mars 1813, voir .. Intelligent, il peut se montrer froidement rationnel mais aussi révéler des qualités d'homme d'action et une surprenante sensibilité..
Situation sociale et contexte familial Depuis la mort de son père, environ cinq ans auparavant, il est le maître du splendide domaine de Pemberley, situé dans le Derbyshire, qui rapporte annuellement livres net., ce qui fait de lui un des célibataires les plus fortunés de Grande-Bretagne même si certains nobles, comme Lord Cavendish, propriétaire du domaine de Chatsworth, sont huit à dix fois plus riches.
Il a une sœur beaucoup plus jeune que lui, Georgiana, âgée de 15 à peut-être (, précise-t-il dans sa lettre à Elizabeth)., dont il est le tuteur, responsabilité qu'il partage avec un cousin germain, le colonel Fitzwilliam.
Jane Austen, qui répugnait, au nom de la cohérence interne., à citer des personnages ne jouant aucun rôle dans l'histoireDans le dernier chapitre de Northanger Abbey, la narratrice précise qu'elle (), outre le colonel, ne met en scène qu'une tante maternelle dont il est le neveu préféré, Lady Catherine de Bourgh, et sa fille unique, la malingre et souffreteuse Anne, qu'elle compte bien lui faire épouser pour renforcer le pouvoir et la richesse de leurs familles, selon l'habitude de l'aristocratie traditionnelle, qu'elle soit territoriale () ou de naissance ().Pairie d'Angleterre ().
Caractère
Premières pistes Comme le point de vue privilégié est celui de l'héroïne, Elizabeth Bennet, le caractère de Darcy n'est dévoilé que progressivement, au fur et à mesure qu'elle en découvre des facettes, et à travers son interprétation, longtemps faussée par son préjugé initial, ch 5 Pride and Prejudice. Cependant la narratrice suggère des pistes pour mieux cerner un personnage qui ()., en invitant à le comparer avec son compagnon d'enfance George Wickham, qui a seulement (). Le soin qu'il met à enrichir sa bibliothèque familiale montre son désir de préserver les traditions dans une époque trouble, en perte de repères ().. D'autres indices, souvent très discrets, soulignent sa moralité au regard de l'opinion générale : ainsi, une plaisanterie de Bingley à Netherfield apprend au lecteur qu'il respecte strictement le repos dominical : . et, durant le séjour d'Elizabeth chez les Collins, pendant la semaine qui précède Pâques, alors que le colonel Fitzwilliam fait de fréquentes visites au presbytère, on ..