Claude François Duchanoy, né à Vauvillers, dans la Haute-Saône le et mort à Paris le , est un médecin français.

Biographie Fils de Sébastien Duchanois, négociant et conseiller à Vauvillers, et de Claire Hayaux, il est émancipé par son père en 1772. Claude François a épousé à Paris le Jeanne RoucelContrat de mariage, Leclerc notaire à Paris, le 26 juin 1773 : LXXII-407, fille de Louis Roucel, maître orfèvre du roi, originaire d'Allemagne et naturalisé en Lettres de naturalité Archives Nationales O1/232 folio 47, et Lettres de Chancellerie, Archives de Paris DC 6-14 folio 107. Ils ont un fils unique Louis Duchanoy.

Il habite à Paris, rue Saint-Victor, près du Jardin du roi, puis à partir de 1792 à Puteaux. Antoine Petit, voulant donner à Duchanoy « des preuves de ses amitiés pour lui », lui fait donation d'une maison à Seine-Port (Seine-et-Marne), que Duchanoy revend aussitôt pour agrandir ses possessions à PuteauxDonation : Lemaire, notaire à Paris, le 11 mars 1790 : XLVII-430. Revente : Dufouleur, notaire à Paris, le 21 décembre 1790 : XVI-885. Il avait plusieurs maisons à Puteaux dans lesquelles se trouvait une bibliothèque de plus de 700 volumesInventaire après décès : Péan de Saint-Gilles, notaire à Paris, le 26 décembre 1827 : XCI-1692. En 1796 et 1799 il se rend également acquéreur de la ferme et du château de Sainte-Vaubourg, ancienne commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem près de Rouen, qu'il revend dès 1803 à Louis Lézurier de la Martel.

Il est inhumé au Père-Lachaise avec son épouse, son fils et ses deux petits-filsDominico Gabrielli, Dictionnaire historique du Père-Lachaise XVIIè-XIXè siècles, Paris, Les éditions de l'Amateur, 2002, p. 122.

Son portrait a été exécuté à l'huile par Chardin. Le Louvre a de lui un dessin exécuté en 1798 par Isabey, qui utilisa le procédé de la gravure anglaise dite à la manière noire, d'après TaignyIsabey, dessin crayon Conté 0,34 x 0,26 cm, 1798 : "le docteur Duchanoy rédigeant une ordonnance", site du Louvre. Edmond Taigny, Isabey, sa vie et ses œuvres, Paris, Panckoucke, 1859, p. 52.

Carrière médicale

Claude François Duchanoy vient faire ses études en médecine à Paris en 1765 avec son frère aîné Pierre Claude, futur médecin à l'ambassade de France à Naples puis à Bourbonne-les-BainsOn a de lui : Description de l'éruption du Vésuve du 8 août 1779, Journal de Physique de l'abbé Rozier, t. XVI, 1780, p. 3 à 1), et Analyse pratique des eaux minérales en général et, en particulier, de celles de Bourbonne-les-Bains, Paris, l'auteur, 1827. Il est l'élève de Petit qui avait été nommé professeur d'anatomie au Jardin du roi et jouissait d'une très grande réputation. L'amphithéâtre de 800 places ne suffisait pas à contenir tous ses élèves. Petite remarque : l'application de Duchanoy le charge de tous les détails de son amphi et le nomme son prosecteurprosecteur : assistant d'un professeur de la Faculté de médecine qui prépare et dirige les travaux pratique d'anatomie, notamment la dissection (du latin secarer : couper).

Portal, jeune médecin, futur professeur au Collège de France, publie à Amsterdam en 1771 : Lettre de M. Portal à M. Petit, qui était une critique des opinions de Petit. Celui-ci voulut se venger en lui faisant répondre par un élève et choisit Duchanoy. Ce dernier publie une réponse à Amsterdam en 1771Lettre à M. Portal sur sa critique des ouvrages anatomiques d'Antoine Petit, Amsterdam, 1771, et critique sévèrement Portal et aussi Bouvart. Ce dernier réussit à faire exclure Duchanoy pour quelque temps de l'École de Médecine. Puis Duchanoy présente une requête à la faculté de médecine demandant de pardonner ce qu'il y avait de répréhensible dans son écrit en arguant de son attachement pour son maître et de la vivacité de sa jeunessePortal publia le discours de Duchanoy la tête de son de son Histoire de l'anatomie, dont l'extrait suivant : Inspicite, judices integerrimi, quanto dolore hunc excipiam errorem, in quem me detulerunt incredibilis erga magistrum voluntas et immoderatus effrenoe juventutis oestus. Cet écrit scandaleux a généralement été attribué à Petit, mais d'autres assurent qu'il est l'œuvre de Vicq-d'AzyrMichaud, Biographie universelle ancienne et moderne, art. Petit, p. 598. Quérard, Les supercheries littéraires dévoilées, tome , Paris 1853, p. 318 : article Petit.

Dans l’une de ses thèses publiée en 1773 : An tabaco per nares supto substitimi possis café pulveratum, il examine si l’on pouvait substituer au tabac à priser du café en poudre ; il décida par l’affirmativeL'Avant Coureur, Feuille hebdomadaire, Paris, chez Lacombe, 1773, p. 521.

Duchanoy, reçu docteur en médecine le Paul Delaunay, Le monde médical parisien au dix-huitième siècle, 1906, p. 439, acquiert en peu de temps la réputation d'un des meilleurs praticiens. Il est attaché comme médecin aux hospices de Paris et devient docteur-régentDocteur-régent : professeur de la Faculté de Médecine.

En 1778, il publie avec Jumelin un Mémoire sur l’utilité d’une école clinique en médecine. Il reprochait à Paris de ne pas avoir d’école pratique. Cette esquisse d’une école clinique serait une maison de cinquante ou cent lits. Les femmes et les hommes seraient séparés. Chaque malade aurait un lit seul, et il y aurait à tous les lits un livre blanc sur lequel on écrirait l’histoire de chaque maladie. Les remèdes seraient distribués gratis. Tous les étudiants seraient tenus de suivre exactement les visites des Professeurs, et il y aurait, deux fois l’an, un concours d’émulationAbbé Rozier, Observations sur la physique, supplément, tome treizième, Paris 1778, p. 477 à 486.

La vieille Faculté va disparaître avant d’avoir pu réaliser ces réformes. Cabanis en 1799, dans son rapport au Conseil des Cinq-Cents, reprend les idées de Duchanoy et Jumelin et insiste sur l’enseignement clinique qu’il considérait comme la base de la pratique médicaleCorlieu, L’ancienne Faculté de Médecine de Paris, Paris Delahaye 1877, p. 144.

En 1780, il publie son ouvrage célèbre sur l'Art d'imiter les eaux minérales qui, comme le dit Fourcrey, « cet ouvrage fut le complément de l'analyse des eaux et atteste les progrès de ce temps »Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, Paris, juin 1780, n° 53, pp. 481 à 500. Ces eaux minérales artificielles étaient destinées à faire profiter les « malades, que leur état ou leur indigence empêchaient d'en aller chercher au loin, de naturelles »Système des connaissances chimiques, 1801 : Journal de pharmacie et des sciences accessoires, t. XIV, Janvier 1828, p. 88, article nécrologique de Henry. Nommé en 1799 administrateur des hôpitaux et hospices civils de la ville de Paris, il quitte la pratique médicale et se consacre à réorganiser le service de ces établissements. "Il s'est distingué dans sa nouvelle carrière par des vues lumineuses et par l'esprit d'amélioration qui a caractérisé son administration"Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, 1856, p. 38.

D'après Tenon, l'Assistance Publique s'occupait de personnes par jour pour une population de 660.000 personnesJacques Tenon, "Mémoire sur les hôpitaux de Paris", Paris, imprimerie Ph.-D. Pierres, 1788, réimprimé à Paris Doin 1998.

Il crée des bureaux d'admission pour la réception des malades, organise la Pharmacie centrale qui fut finalement établie 47 quai de la Tournelle à Paris dans l'actuel Musée de l'Assistance Publique.

Il préside les concours publics pour l'admission aux places des élèves internes en médecine, en chirurgie et en pharmacie, accordées trop souvent à l’intrigue ou à la faveur. Il préside pendant 4 ans le Comité central de vaccination, créé en 1803. La vaccine qui remplaçait l’inoculation était destinée à préserver de la varioleEdward Jenner (1749-1823), médecin de campagne en Angleterre, constata que les fermiers et valets, dont les mains gardaient les cicatrices d'une infection due à la maladie du pie des vaches, la vaccine, ne contractent pas la variole en période d'épidémie. La vaccination se répand ensuite dans tous les milieux en Angleterre, et à la fin du siècle, en France. La première vaccination selon sa méthode a lieu en France en 1799. La France se ralliera tardivement à la vaccination grâce au médecin suisse Tronchin qui parviendra à inoculer la vaccine à la Cour de Versailles : Jean-Charles Sournin, Histoire de la médecine et des médecins, Larousse 1991, pp. 315-316; Rondonneau, Les lois rurales de la France, , tome second, Paris, Bossange 1823, pp. 385 à 389.

Vers 1801, il publie son Projet d’une nouvelle organisation des hôpitaux, ouvrage encore cité de nos jours. Ce projet est adopté la même année par les médecins titulaires des deux hospices de LyonDagier, Histoire chronologique de l’Hôpital général et Grand Hôtel-Dieu de Lyon, tome premier, Lyon 1830, p. 54. « Pour éviter les inconvénients si judicieusement indiqués par Duchanoy, on est forcé d'abandonner le chiffre de sept ou huit cents lits, et on est conduit à adopter le chiffre de trois cent cinquante à quatre cents, comme permettant de réaliser toutes les conditions hygiéniques indispensables à un bon hôpital »Futur Hôtel-Dieu, Bulletin de la société de chirurgie de Paris, Paris Masson 1865, pp. 519 à 528.

Il meurt à 85 ans à Paris, le . Il a passé toute sa vie à s'occuper des plus déshérités, voulant instaurer "les secours à domicile" et "faire le bien des pauvres"Moniteur universel, n° 362, 28 décembre 1827.

Distinctions Membre de l'Académie de médecine. Membre de l'Académie des Sciences, Arts et Belle-lettres de Dijon. Membre de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-lettres de Lyon. Membre de la Société philanthropique, fondée en 1780 et toujours active aujourd'hui : elle créa des fourneaux économiques pour nourrir les plus pauvres, des dispensaires pour soigner les malades, des asiles de nuit etc. Cette Société possède la Fondation J. Stern et E. André installée dans le parc du château de Bailly (Yvelines) qui a appartenu à son fils Louis Duchanoy. Correspondant de la Société impériale de bienfaisance de Saint-Pétersbourg. Chevalier de la Légion d'honneur en 1814.

Publications Lettre de M. Duchanoy, prosecteur et disciple de M. Petit, à M. Portal sur la critique des ouvrages anatomiques de M.A. Petit, Amsterdam 1771. Lettre en réponse à M. Portal sur sa prétendue découverte des Vaisseaux pulmonaires, Journal de médecine, 1771, n° 35, pp. 119 à 130. Observation sur l'abus de l'eau en topique et à l'intérieur, Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, Paris, n° 35, 1771, pp. 432-439

Thèses An actio sine spiritu? An tabaco per nares sumpto substitui possit caffe pulveratum? . An febri malignae vesicantia? . An ad extrahendum calculum dissecanda ad pubem vesica? . Observation, sur la rupture du tendon d'Achille, Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, 1775, n° 43, pp. 443-450 Mémoire sur l'utilité d'une école clinique en médecine, par MM Duchanoy et Jumelin, Docteurs-Régents de la Faculté de Médecine de Paris, Journal de physique, Supplément au tome XIII, Paris, 1778, pp. 477-486 Lettre sur les vaisseaux pulmonaires, Journal de Médecine, chirurgie, pharmacie, Paris, 1780, n° 53, p. 119 Mémoire sur l'usage des narcotiques dans les fièvres intermittentes, Paris, Méquignon, 1780 Essai sur l'art d'imiter les eaux minérales, Paris, Méquignon, 1780, et Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, Paris,1780, n° 53, pp. 481 à 500. Mémoire sur les fièvres intermittentes, Journal de médecine, Chirurgie, pharmacie, Paris, 1780, n° 54, p. 563. Du mal vertébral, traduit de l'anglais de Percival Pott, 1785 Extrait d'un projet d'organisation médicale, Paris, 1800 Projet d'une nouvelle organisation des hôpitaux, hospices et secours à domicile de Paris, avec le plan d'un hôpital à construire, son explication et le développement de ses diverses parties, Paris, Didot, 1810.

Deux des ouvrages de Duchanoy ont été présentés à l'exposition Hôpital et utopies, au Musée de l'Assistance Publique, en 2001-2002

Notes et références

Liens externes