Le royaume de Haute-Bourgogne (ou royaume de Bourgogne transjurane) était un État féodal qui a existé aux (transjuran signifiant à l'est des Monts du Jura).

Issue de la partition de la Bourgogne impériale lors du traité de Prüm, (elle-même issue de la division du royaume de Bourgogne (ancienne Burgondie) à la suite du traité de Verdun de 843), son territoire s'étendait dans les actuelles Suisse, Savoie, Franche-Comté et la vallée d'Aoste.

Vers 933, sous les règnes de (mort en 937) et de son fils Conrad le Pacifique (mort en 993), le royaume de Haute-Bourgogne et le royaume de Provence s'unissent. Le royaume ainsi formé prend le nom de « royaume des Deux-Bourgognes ou d'Arles », et se place sous la suzeraineté des souverains germaniques à partir de 1032, à la mort du fils de Conrad, .

Historique Le traité de Verdun de 843 divise de façon définitive l'empire carolingien. Le royaume de Bourgogne, donne naissance, à l’ouest de la Saône, à une Bourgogne franque rattachée à la Francie occidentale (dont vient la Bourgogne ducale), et à l’est de cette même rivière, à une Bourgogne impériale, lot de l’empereur , rattachée à la Francie médiane. À la mort de l'empereur en 855, la Francie médiane est partagée entre ses trois fils lors du traité de Prüm :

la partie sud de la Bourgogne impériale (Provence, plus Bourgogne cisjurane et rhodanienne ; cisjuran signifiant à l'ouest de la chaîne jurassienne avec un prolongement vers le sud, donc en gros le duché de Lyon-Vienne, plus Valence, Die, Dauphiné/Grenoble, Maurienne, Savoie propre, plus Vivarais et Uzège) revient au benjamin Charles de Provence (mort en 863), et la partie nord (Bourgogne transjurane) est rattachée à la Lotharingie du cadet (mort en 869) ; l'aîné (mort en 875) recevant l'Italie et la dignité impériale.

Mais les héritiers mâles de l'empereur disparaissent les uns après les autres, et leurs descendants par les femmes (ou ceux de ses frères Louis le Germanique et Charles le Chauve) tentent de se dépouiller mutuellement. Les Normands ravagent le nord, les Sarrasins menacent le midi, partout règne l'anarchie.

La Transjurane de comprenait l'Helvétie, composée des diocèses de Lausanne (le Pays de Vaud), de Genève (avec Gex, le Valromey, la Haute-Savoie dont le Genevois, le Chablais et le Faucigny, le nord du Bourget) et de Sion (le Valais, avec St-Maurice-d'Agaune) ; plus Belley et la Tarentaise (mais dès 858 ces deux derniers pays passent à son frère Charles de Provence). En fait, perd vite le contrôle effectif de la Transjurane, son beau-frère le Bosonide Hu(c)bert en devenant le marquis puis le duc (il est aussi l'abbé laïc de St-Maurice) ; mais vers 864/866, Hubert est éliminé par le Welf d'Auxerre (mort en 876), qui prend les mêmes titres. La souveraineté de sur la Transjurane, pourtant toute nominale, disparut même, puisqu'il dut la transférer à son frère aîné l'empereur Louis d'Italie en 859, sauf sur le Mont-Joux et le Pipicensis (la bande de terres entre l'Aar et la Birse).

À Conrad succède son fils le marquis (éponyme des Rodolphiens), sous la souveraineté de Charles le Chauve (mort en 877 ; empereur et roi d'Italie en 875 ; oncle de ) puis de son neveu Charles le Gros (fils du Germanique ; empereur en 881 et roi d'Italie en 879). Entre-temps, le beau-frère de Charles le Chauve (et le neveu maternel du duc Hucbert), Boson (mort en 887), a tenté de fonder en 879 un nouveau royaume de Provence et Cisjurane augmenté des pays de la Saône et du Doubs (à cheval sur la Saône : la rive droite/occidentale, plus la rive gauche/orientale - l'Outre-Saône - dont la Franche-Comté) et du diocèse de Lausanne ; mais ce ne fut qu'un feu de paille, du moins dans son extension de part et d'autre des monts du Jura.

Après que Charles le Gros (dernier fils de Louis le Germanique ; roi d'Alémanie, de Germanie, d'Italie et de France, empereur en 881, le dernier à rassembler le domaine carolingien) eut été déposé en et fut mort le suivant, les nobles et les principaux membres du clergé de Haute-Bourgogne se réunirent dans l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune en , et proclamèrent roi le fils du duc Conrad et gendre du roi Boson, le marquis Rodolphe Welf Réginon de Prüm: AD 887.Florian Mazel, Féodalités (888-1180), Humensis, 04/05/2010. Au printemps 888 (en avril ?), Rodolphe est aussi couronné roi de Lotharingie à Toul par l'évêque Arnaud (Arnald). Apparemment, profitant de la légitimité conférée par son élection, Rodolphe affirma ses droits sur l'ensemble de la Lotharingie, prenant la plus grande partie de l'Alsace et de la Lorraine. Mais son ambition est contestée par l'empereur Arnulf de Carinthie (mort en 899 ; petit-fils du Germanique), qui força rapidement Rodolphe à abandonner l'essentiel de la Lotharingie en échange de sa reconnaissance en tant que roi de Bourgogne. Cependant, les hostilités entre Rodolphe et Arnulf semblent avoir continué avec intermittence jusqu'en 894. Un fils d'Arnulf, Zwentibold (mort en 900), devint alors roi de Lotharingie en 895.

De la Lotharingie de 859 (dont il fut un roi éphémère, couronné en 888), (mort en 911) garda seulement la zone méridionale : l'Outre-Saône (dans l'obédience de l'archevêché de Besançon et à l'origine de la Franche-Comté ou comté de Bourgogne), et le sud du vieux duché d'Alsace (avec Bâle, Delémont, Ferrette ; l'Elsgau ou l'Ajoie au sens large, c'est-à-dire l'Ajoie suisse (Porrentruy) et le pays de Montbéliard ; l'actuel canton du Jura faisait donc partie de cet espace ; Bâle fut annexée en 1006/1025 à la Germanie par les empereurs et Conrad le Salique). L'Helvétie ou Suisse romande (avec Lausanne et le pays de Vaud, Payerne, Neuchâtel ; Genève et le Genevois, l'Albanais, Gex, le Valromey ; Sion et le Valais ; le Pipicensis, entre Aar et Birse, avec Soleure) est évidemment la pièce maîtresse du royaume de Transjurane (qu'on appelle parfois seulement la Jurane puisqu'il était à cheval sur les Monts du Jura avec l'acquisition, comme on l'a vu, de la Franche-Comté). Le royaume de Rodolphe comprenait sans doute la Tarentaise, dont dépendait Aoste (mais semble-t-il pas Belley, évêché pourtant suffragant de Besançon mais passé à Louis de Provence ?). Le fils et successeur de , (mort en 937), épousa Berthe de Souabe et tenta de s'étendre vers la Souabe et le Brisgau : il en garda l'Argovie, la frontière étant alors repoussée de l'Aar vers la Reuss et la Glatt. Il fut aussi roi d'Italie en 922-926. Son frère Louis fut même comte en Thurgovie.

En 933, le roi de Bourgogne transjurane (petit-fils maternel du roi Boson) en compétition avec Hugues d'Arles (petit-fils du duc Hubert) pour la couronne d'Italie, aurait obtenu de ce dernier la cession de l'ancien royaume de Provence en échange de l'abandon des ambitions italienne. Poupardin cite Liutprand de CrémoneLiutprand de Crémone, Antapodosis, l. III, c. 48. : . Cet accord, dont l'existence est discutéeCarlrichard Bruhl, Naissance de deux peuples : Français et Allemands, , Fayard, 1995, 387 p., aurait écarté définitivement Charles-Constantin de Vienne de la succession de son père Louis l'Aveugle (empereur, roi de Provence et d'Italie, mort en 928, fils du roi Boson) et l'aurait conduit à faire appel au roi des Francs Raoul, qui ne put cependant lui assurer que le Viennois.

Les deux royaumes bourguignons sont ainsi réunifiés au sein du royaume des Deux-Bourgognes ou royaume d'Arles, mais sous l'égide des rois de Germanie Henri l'Oiseleur et son fils Otton. Après vinrent son fils Conrad le Pacifique puis son petit-fils (mort en sans postérité). Et c'est un arrière-arrière-petit-fils d'Otton et un neveu par alliance de , l'empereur Conrad le Salique, qui recueillit en 1032 la succession du royaume d'Arles, dont la Transjurane.

Partition de la Bourgogne

Division de la Bourgogne lors des partitions successives de l'empire carolingien

Evolution territoriale de la Bourgogne

Source

Notes et références

Annexes Bibliographie René Poupardin : Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855 – 933), É. Bouillon, 1901 (lire en ligne). Le royaume de Bourgogne (888 – 1038) : étude sur les origines du royaume d'Arles, Librairie Honoré Champion, Paris, 1907 (lire en ligne). Honoré Bouche, Histoire de Provence. Frédéric Charles Jean de Gingins de la Sarraz, Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne jurane, Lausanne, 1851. E.-F. Grasset, Notice sur les chartes impériales du royaume d'Arles, existant aux archives départementales des Bouches-du-Rhône, parue dans : Répertoire des travaux de la société de statistique de Marseille. François Demotz : . La Bourgogne, dernier des royaumes carolingiens, Lausanne, Société d'histoire de la Suisse romande, 2008. Bertrand Schnerb, L'État bourguignon 1363 – 1477, Éditions Perrin, 1999. Paul Bonenfant : Philippe le Bon : sa politique, son action, De Boeck Université, 1996, 476 p., . « La persistance des souvenirs lotharingiens », dans Bulletin de l'Institut Historique Belge de Rome, fascicule XXVII, 1952, – 64. « Les projets d'érection des Pays-Bas en royaume du », dans Revue de l'Université de Bruxelles, tome XLI, 1935-1936, – 169. Chaume (Abbé), « Le sentiment national bourguignon de Gondebaud à Charles le Téméraire », 1922, dans Mémoires de l'Académie de Dijon, – 308. Yves Cazaux, L'idée de Bourgogne, fondement de la politique du duc Charles, « rencontre du Centre Européen d'Études Burgondo-médianes », Fribourg, 1967, Actes publiés en 1968, – 91. « État bourguignon et Lotharingie », Académie royale de Belgique, dans Bulletin de la classe des lettres et des sciences morales et politiques, , tome XLI, 1955, – 282.

Articles connexes Formation territoriale de la France Histoire de la Franche-Comté Histoire de la Bourgogne Histoire de la Provence Liste des rois de Bourgogne Pagi de la Bourgogne franque

Liens externes

Le retour des rois de Bourgogne (fin – fin ). Histoire du royaume de Bourgogne du .

Dossiers sur le site des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org. .

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