La technique de l'estampe ukiyo-e est l'ensemble des procédés artistiques et artisanaux permettant de parvenir à imprimer les estampes faites à partir de gravures sur bois, communément appelées « estampes japonaises ».

Pour éviter toute confusion, il faut garder à l'esprit qu'il existe des œuvres ukiyo-e qui ne sont pas des estampes : c'est le cas des peintures telles que celles des Kaigetsudo et de la plupart des artistes ukiyo-e. À l'opposé, il existe des estampes sur bois qui ne sont pas de l'ukiyo-e : c'est le cas des estampes bouddhistes.

Mais c'est bien dans le cadre de l’ukiyo-e, pendant l'ère Edo, du au , que l'estampe japonaise gravée sur bois a connu son plein développement. Et, en sens inverse, c'est grâce aux nombreux tirages autorisés par l'estampe que l’ukiyo-e a pu devenir aussi populaire.

Contexte historique thumb|Estampe bouddhiste d'avant l’ukiyo-e, vers 1590. Fudō, un des douze deva, au milieu des flammes. Les premières estampes fabriquées au Japon sont de nature religieuse, qui visent à la propagation d'images bouddhistes, et réalisées selon une technique importée de Chine. Elles comportent des images sacrées et des textes. La toute première estampe imprimée au Japon fut donc le Sutra du Lotus, réalisé par Koei et daté de 1225, pour le temple Kōfuku-ji à Nara, l'ancienne capitale du Japon

Puis l'impression d'estampes, toujours de nature religieuse, se développe à Kyoto, la nouvelle capitale, du au .

Mais le véritable développement de masse de l'estampe japonaise — avec cette fois des images tout à fait profanes — ne se met en place qu'à l'ère Edo (1603-1868), lorsqu'apparaît un nouveau genre d'art graphique, l’ukiyo-e, comprenant non seulement une peinture populaire et narrative originale, mais aussi et surtout ces estampes japonaises gravées sur bois.

À cette époque en effet, après des siècles de déliquescence du pouvoir central suivie de guerres civiles, le Japon connaît, avec l'autorité désormais incontestée du shogunat Tokugawa, une ère de paix et de prospérité qui se traduit par la perte d'influence de l'aristocratie militaire des daimyos, et l'émergence d'une bourgeoisie urbaine et marchande. Cette évolution sociale et économique s'accompagne d'un changement des formes artistiques, avec la naissance de l’ukiyo-e et de ses estampes peu coûteuses, bien loin de l'aristocratique école de peinture Kanō.

Principe de l'estampe japonaise L'« estampe japonaise » consiste à reproduire l'œuvre d'un artiste « en grande série » (en réalité, cette série ne dépasse que rarement quelques centaines d'exemplaires), de façon à en permettre l'accès à plus de personnes, pour une somme très modique, comprise entre douze et seize pièces de cuivre par unité, c'est-à-dire à peu près le même prix qu'une paire de sandales de paille tressée ou un bol de soupeHagen & Hagen, Masterpieces in Detail, p. 352. pour certaines estampes d'HiroshigeCe prix très bas contraste avec les prix de l'ordre de euros que peuvent atteindre ces estampes au début du , sans parler des euros obtenus par L'Amour pensif d'Utamaro lors de la vente Huguette Bérès du 27 novembre 2002 chez Sotheby's (voir sur le site freres-goncourt.fr/venteberes2/pageune)..

Pour cela, on utilise un procédé d'impression xylographique, comme le faisaient depuis le les imprimeurs chinois pour imprimer du texteVoir le Sutra de diamant conservé à la British Library : à partir du dessin à l'encre de Chine de l'artiste, un artisan-graveur très habile grave une planche de bois pour le reproduire en relief. Puis un artisan-imprimeur enduit d'encre la planche de bois gravée, place dessus une feuille de papier, et, par frottement à l'aide d'un baren (outil japonais sous la forme d'un disque plat avec une poignée tressée), obtient l'estampe elle-même.

Au début de l'histoire de l'estampe — tout d'abord avec les estampes bouddhistes, puis avec les premières estampes ukiyo-e de Moronobu — les œuvres ainsi reproduites étaient en noir et blanc. Puis on eut l'idée d'agrémenter ces estampes en y appliquant à la main une ou deux couleurs, procédé qui restait coûteux. Avec Okumura Masanobu se met ensuite en place l'application de ces couleurs grâce à d'autres planches gravées, portant non plus le trait du dessin (« planche de traits ») mais les couleurs (« planches de couleurs »).

Enfin, avec Suzuki Harunobu, vers 1765, apparaissent les « estampes de brocart » (nishiki-e), portant jusqu'à une dizaine de couleurs, grâce à de multiples planches de couleurs.

Étapes de la fabrication d'une estampe

Les grandes étapes thumb|Étape 2 : gravure des planches de bois thumb|Étape 5: encrage et impression

Les épreuves d’estampes ukiyo-e sont produites de la manière suivantePrésentation détaillée sur gutenberg.org (consulté le 16 juin 2009)Autre analyse détaillée du processus sur gutenberg.org (consulté le 16 juin 2009) : L’artiste réalise un dessin-maître à l’encre, le shita-e ; L’artisan graveur colle ce dessin contre une planche de bois (cerisier ou catalpa), puis évide à l'aide de gouges (marunomi) les zones où le papier est blanc, créant ainsi le dessin en relief sur la planche, mais détruisant l’œuvre originale au cours de ce processus ; La planche ainsi gravée (« planche de trait ») est encrée et imprimée de manière à produire des copies quasiment parfaites du dessin original ; Ces épreuves sont à leur tour collées à de nouvelles planches de bois, et les zones du dessin à colorer d’une couleur particulière sont laissées en relief. Chacune des planches imprimera au moins une couleur dans l’image finale. Ce sont les « planches de couleurs » ; Le jeu de planches de bois résultant est encré dans les différentes couleurs et appliqué successivement sur le papier. Le parfait ajustement de chaque planche par rapport au reste de l'image est obtenu par des marques de calage appelées kento. L'encrage est obtenu en frottant le papier contre la planche encrée à l'aide d'un tampon (baren) en corde de bambou.

L’impression finale porte les motifs de chacune des planches, certaines pouvant être appliquées plus d’une fois afin d’obtenir la profondeur de teinte souhaitée.

L'ordre des couleurs L'ordre des couleurs est en général du plus clair au plus foncé.

Qu'est-ce qu'une « estampe originale » ? La fabrication d'une estampe japonaise ne fait pas seulement intervenir l'artiste ; le dessin qu'il a réalisé n'est que la première étape d'un processus complexe, faisant appel à plusieurs intervenants (l'artiste, l'éditeur, le(s) graveur(s), le ou les imprimeurs). thumb|upright=1.3|Rare shita-e préservé, de Katsukawa Shunzan, faisant apparaître un repentir de l'artiste (en bas à droite). thumb|Portrait de Naniwaya Okita, vers 1796 : du fait de la censure, Utamaro l'identifie ici en l'associant à un poète célèbre, à la place du rébus qui figurait auparavant en haut à gauche. La connaissance de quelques points de cette fabrication est indispensable pour bien comprendre ce qu'est une « estampe japonaise originale » : Chaque estampe imprimée à partir des plaques de bois gravées originales est un original, et il n'y a pas d'autre œuvre originale : le dessin préparatoire d'origine (le shita-e, « l'image de dessous »), réalisé par l'artiste lui-même est généralement « totalement détruit » par le processus de gravure de la planche portant les traits de contours. Qui plus est, même lorsque le dessin original est conservé (en général parce que l'artiste a fait graver une autre version du dessin), il est fréquent qu'il ne paraisse pas « terminé », et qu'en particulier, il ne porte aucune couleur ; on trouve aussi des dessins originaux comportant des empiècements de morceaux de papier découpés, puis collés sur les parties à corriger, qui sont les repentirs de l'artiste ; ce n'est pas l'artiste lui-même qui grave les plaques de bois originales, mais un graveur très expérimentéTout au moins pour la plaque portant les traits de contours, celle qui nécessite le maximum d'habileté., qui peut être connu de l'artiste, qui supervise personnellement l'édition en tout état de cause. Toute regravure ultérieure de l'œuvre, effectuée sans la supervision de l'artiste, ne sera donc pas un original, quelle que soit sa qualité d'exécution. En revanche, le succès de certaines estampes (telles que la série du Tōkaidō d'Hiroshige) a pu être tel qu'il a nécessité plusieurs regravures voulues par l'artiste, d'ailleurs pas toujours identiques ; ce n'est pas le graveur qui va imprimer les estampes finales, aboutissement du processus, mais des artisans spécialisés, utilisant le baren (tampon de bambou servant à frotter le papier sur la planche encrée) et le kento (pour s'assurer que chaque planche vient exactement s'imprimer à sa place, sans mordre sur les autres) ; l'impression des différentes couleurs se fait dans un ordre précis, pouvant impliquer jusqu'à une dizaine d'impressions successivesVoire nettement plus dans le cas de certaines éditions luxueuses, impliquant un fond micacé, un gaufrage, une impression sans encre (shomenzuri), ou des rehauts d'or ou d'argent, un double passage des noirs, etc., en commençant par le noir ; il peut exister plusieurs versions originales d'une même estampe ; l'un des exemples les plus connus est un portrait de Naniwaya Okita tenant une tasse de thé, fait par Utamaro : la première version comporte un rébus pour transcrire le nom de la belle Okita en dépit de la censure ; lorsque même les rébus furent interdits pour désigner les modèles, Utamaro le remplace par le portrait d'un poète. Sans aller jusqu'à cet exemple extrême, les variantes de l'arrière-plan d'une estampe sont fréquentesUn exemple célèbre est l'estampe Kambara d'Hiroshige, où la partie la plus sombre du ciel est placée tantôt en haut (la première version), tantôt en bas. Un autre exemple est le mois de septembre de Minami no Juniko, de Kiyonaga, où le fond est plus foncé, presque noir, dans les tirages tardifs..

Le premier tirage de l'estampe se poursuit jusqu'à ce que l'usure du bois commence à donner des traits moins nets et des repères de couleurs moins exacts ; l'édition originale est alors en principe terminée, ce qui peut représenter un total de l'ordre de trois cents estampes environ. Cependant, la résistance du bois permet des tirages beaucoup plus importants dans des conditions acceptables de qualité (comme on le voit sur des regravures modernes) et, dans la mesure où les estampes de la toute première série n'étaient pas physiquement identifiées, on ne peut pas aujourd'hui connaître, ni le rang d'édition d'une estampe, ni l'importance réelle du tirage.

Bois, instruments et papiers

Types d'estampe et couleurs

thumb|Jeune femme admirant un lapin des neiges. Nishiki-e de Harunobu, d'orientation tate-e et de format de type chūban. thumb|upright=1.3|Femmes aux bains. Nishiki-e de Kiyonaga (1752-1815), d'orientation yoko-e (format ōban).

Différenciation des estampes Les Japonais différencient plusieurs types d'estampes, Sizes :

Selon le format du papier utilisé , , ,

, etc.

Selon l'orientation, Format and Orientation Tate-e (orientation « portrait »), Yoko-e (orientation « paysage »).

Selon les couleurs appliquées et surtout leur nombre, Print Types Sumizuri-e (墨摺り絵, « dessins imprimés à l'encre »), impression monochrome à l'encre noire. , sumizuri-e rehaussée à la main de la couleur beni ; Benizuri-e (紅摺り絵, « dessins imprimés cramoisis »), détails à l'encre rouge ou ajoutés à la main après le processus d'impression ; parfois réalisé en vert. Tan-e (丹絵), détails orange utilisant un pigment rouge nommé tan. Aizuri-e (藍摺り絵, « dessins imprimés indigo »), murasaki-e (紫絵, « dessins pourpres »), et autres styles où une autre couleur est utilisée avec, et non au lieu de, l'encre noire. Urushi-e (漆絵), une méthode où l'encre est épaissie avec de la colle, et retouchée à l'or, au mica ou d'autres substances. Urushi-e réfère aussi à des peintures utilisant des laques au lieu de peintures. La laque n'était pas utilisée en estampe.