upright=1.7|thumb|La « Porte des lions » de Hattusa, capitale du royaume hittite. L'Histoire des Hittites est celle d'un peuple parlant une langue indo-européenne qui a établi un royaume centré sur Hattusha dans le centre de l'Anatolie à partir du , et a rapidement dominé cette région et une partie des autres peuples qui l'habitaient (Louvites et Hourrites avant tout). L'histoire hittite se confond largement avec celle du royaume qu'ils ont érigé, puisqu'ils sont assez mal connus avant cela, et ne semblent pas avoir survécu (en tant que culture) longtemps à sa chute. En fait, l'analogie entre les Hittites et le royaume hittite n'est pas évidente puisque cet État a toujours intégré des éléments venant de divers horizons et peut être caractérisé de pluriethnique et pluriculturel, jusque dans son élite qui est très marquée par les éléments hourrites durant les derniers siècles. Il s'agit donc ici de voir avant tout l'histoire de ce que les peuples antiques appelaient de la fin du au début du « Hatti », royaume centré sur une région peuplée avant tout de Hittites.

L'histoire du royaume hittite est couramment divisée en trois grandes phases, calquées sur les différentes phases de la langue hittite telle qu'elle est attestée par les textes. Les premiers rois hittites fondent des États qui prennent une importance croissante, jusqu'à celui des rois de Kussara qui dominent l'Anatolie centrale au début du C'est après leur chute que se forme le royaume du Hatti, situé dans une région anciennement habitée par un peuple portant le même nom, qu'il faut dissocier des Hittites qui dirigent ce royaume. Sous l'impulsion de rois énergiques ( et ), l'« Ancien royaume » (c. 1625-1500 av. J.-C.) devient une grande puissance du Moyen-Orient, capable de détruire Alep et Babylone, mais connaît rapidement une longue éclipse du fait de troubles internes, tandis qu'un adversaire redoutable émerge, le Mittani. La période « moyenne » qui s'ouvre alors (c. 1500-1375 av. J.-C.) est caractérisée par le repli mais la survivance du royaume, qui se mue ensuite en « empire » durant la période du « Nouvel empire » (c. 1375-1185 av. J.-C.). C'est l'apogée du royaume hittite qui est alors l'une des plus grandes puissances du Moyen-Orient, notamment à la suite des conquêtes de son plus grand roi, qui rabaisse le Mittani et bouscule l'Égypte. Ses successeurs poursuivent un temps les conflits contre le royaume de la Vallée du Nil, avant de devenir son allié. Cette période brillante reste marquée par des tensions internes, et celles-ci conjuguées à la forte pression exercée par des groupes venus des marges du royaumes (notamment les « peuples de la mer ») précipitent la chute du royaume hittite au début du Des royaumes « néo-hittites » recueillent l'héritage de l'ancien empire dans le sud-est anatolien jusqu'à ce qu'ils soient vaincus et annexés par l'Assyrie à partir du

L'histoire des Hittites peut être reconstituée grâce aux formidables lots d'archives cunéiformes provenant des ruines de leur ancienne capitale, Hattusa : chroniques des campagnes militaires menées par les rois hittites, correspondance administrative et diplomatique, hymnes et prières en lien avec des événements politiques, accords et édits politiques, etc. Assez peu d'inscriptions royales hittites ont été retrouvées. Ces sources provenant du cœur du royaume hittite sont complétées par d'autres issues de fouilles d'anciens centres administratifs (Shapinuwa, Tappika) et surtout d'anciens royaumes vassaux (Ugarit, Emar) et des autres grands royaumes du Moyen-Orient (Égypte et Assyrie avant tout).

upright=2.0|thumb|Localisation des principaux sites de l'Anatolie hittite.

Les origines des Hittites

Le peuple qui est aujourd'hui appelé « Hittites » le doit à une région antique de l'Anatolie centrale, le Hatti. Dans les textes hittites, le terme désignant la langue, indo-européenne, est en fait le « nésite » (nesili, dérivant de la ville de Nesa aussi connue sous le nom de Kanesh). Ce peuple occupe surtout la Cappadoce au début du , et non le Hatti. La langue « hatti » (hattili) des textes antiques est en fait une langue (apparemment d'origine caucasienne) parlée par un autre peuple, désigné aujourd'hui sous le nom de Hatti, qui peuplait la région du Hatti au début du , et semble avoir occupé cette région bien avant les Hittites, même si au moment où ils apparaissent dans les sources écrites les deux vivent côte-à-côte et sont sans doute déjà très mélangés. Les Hattis et leurs langues disparaissent peu après. D'autres peuples parlant des langues indo-européennes très proches du hittite/nésite les côtoient : les « Palaïtes », et les « Louvites ». Ces peuples sont les plus anciens Indo-européens à être connus par des sources écrites. Leurs origines sont discutées. Une hypothèse peu acceptée par les spécialistes propose qu'ils soient originaires d'Anatolie même, qui serait alors le foyer des supposés « Proto-Indo-Européens ». L'opinion la plus couramment répandue est que les premiers Indo-européens viennent de Russie méridionale. Les « Proto-Anatoliens » ancêtres des Hittites, Louvites et Palaïtes se seraient alors déplacés vers les Balkans, avant de migrer en Anatolie et de s'installer jusqu'à sa partie orientale. La datation de ces migrations est débattue : le est le plus probable (mais au début ou plus tard ?), même s'ils ont pu arriver avant. Les peuples impliqués sont également discutés : Louvites, Hittites et autres séparément par vagues successives (mais dans quel ordre ?), ou Proto-Anatoliens simultanément avant une séparation sur place. ?

Les premiers royaumes anatoliens

thumb|Lance inscrite au nom d'Anitta, « Grand roi » de Kussara.

Les premiers États d'Anatolie

L'identification claire de royaumes en Anatolie centrale n'est possible qu'à partir du début du , date des plus anciennes sources écrites retrouvées dans cette région. Les fouilles de divers sites archéologiques dans cette région ont pourtant permis de mettre en avant un processus de complexification des entités politiques qui plongent leurs racines dans un passé lointain. Ainsi, les origines de l'État en Anatolie orientale remonteraient à la fin du , comme le montre le site d'Arslantepe (l'actuelle Malatya) M. Frangipane (dir.), Alle origini del potere : Arslantepe, la collina dei leoni, Milan, 2004. Des principautés plus développées émergent dans la seconde moitié du dans plusieurs parties de l'actuelle Turquie (sites de Hissarlik/Troie, Beycesultan), et en particulier en Anatolie centrale comme l'illustrent les découvertes effectuées sur le site d'Alacahöyük (la future Arinna ?), à côté de l'émergence d'autres futurs centres importants du royaume hittite comme Kültepe (Nesa/Kanesh), Boğazkale (Hattusa) ou Alişar (Ankuwa ?). Selon un récit daté des environs de 1400, cette région aurait été attaquée et soumise par le roi Sargon d'Akkad (2334-2279) et son successeur Naram-Sin (2254-2218), le second ayant notamment affronté le roi Zipani de Kanesh et Pamba du Hatti. Mais en l'absence de mention de ces campagnes dans les textes de ces rois d'Akkad, ces faits sont mal assurés. A. Westenholz, « Relations between Mesopotamia and Anatolia in the Age of the Sargonic Kings », dans H. Erkanal et al. (dir.), XXXIV Uluslararasÿ Assiriyoloji Kongresi, CRRAI 34 (Istanbul, 1987), Ankara, 1998, p. 5–22 ; G. Beckman, « Sargon and Naram-Sin in Hatti: Reflections of Mesopotamian Antiquity among the Hittites », dans D. Kuhn and H. Stahl (dir.), Die Gegenwart des Altertums, Heidelberg, 2001, p. 85–91..

L'époque des comptoirs assyriens et les rois de Kussara

thumb|Les localités mentionnées dans les archives de Kültepe/Kanesh à l'époque des comptoirs assyriens. La localisation de plusieurs sites reste incertaine.

La situation politique de l'Anatolie centrale au début du est connue grâce aux textes des marchands de la cité d'Assur (Haute-Mésopotamie) qui y étaient installés pour effectuer un fructueux commerce visant notamment à se procurer le cuivre anatolien. Ils disposaient de leurs propres institutions sur place, dans différentes cités, la principale étant le karūm (ici une sorte de comptoir) localisé à Kanesh, ville sans doute à dominante hittite, dans les ruines de laquelle ont été exhumées des milliers de tablettes relatives à leurs affaires commerciales (datées pour la plupart de 1950 à 1830, et jusqu'à 1780 pour les plus récentes)C. Michel, Correspondance des marchands de Kaniš, au début du millénaire avant J.-C., Paris, 2001. K. R. Veenhof et J. Eidem, Mesopotamia, The Old Assyrian Period, Fribourg, 2008.. Cependant l'autorité politique des rois locaux était reconnue, et des accords réglaient les conditions de la présence des marchands et de leurs institutions qui s'occupaient avant tout des affaires commerciales. Les textes assyriens ainsi qu'une poignée de documents provenant du palais de Kanesh indiquent quels sont les principales principautés anatoliennes de cette période : Kanesh, au nord le Hatti (autour de Hattusa alors appelée Hattus) et Zalpa (près de la mer Noire), au sud Burushattum (Purushanda dans les textes hittites des périodes suivantes, peut-être sur le site d'Acemhöyük) et Wahsusana, ou encore Mama.

Ces principautés profitent sans doute du commerce assyrien pour s'enrichir, et prendre plus de poids. Au un phénomène de concentration politique est à l’œuvre. Ce sont finalement les souverains de la cité de Kussara qui réussissent les premiers à imposer leur domination et à fonder le premier grand royaume qui puisse être qualifié de « hittite ». Les deux artisans de ces conquêtes sont Pithana et son fils Anitta, qui règnent au . Le premier s'empare de Kanesh et en fait sa capitale, puis son fils prend Hattusa qui est détruite et condamnée à ne plus être habitée par Anitta, et défait aussi Zalpa qui s'était alliée avec le Hatti contre lui. Au sud-ouest, il soumet le roi de Purushanda qu'il ramène à Kanesh. Il se proclame alors « Grand roi ». Il reste d'ailleurs un modèle pour les rois hittites suivants, qui ont fait recopier un de ses textes appelé Proclamation d'Anitta. Son fils Zuzzu lui succède, et il est le dernier roi attesté de la dynastie de Kussara.

Les débuts du royaume hittite thumb|Le Moyen-Orient sous les règnes de et . La localisation des sites dont les noms sont en italiques et l'extension des royaumes sont très approximatives.

« Labarna »

La chute de la dynastie de Kussara se fait dans des conditions très obscures, et les années suivantes sont très mal connues. C'est durant cette période que se met en place le royaume hittite, dans des conditions qui nous échappent. Seuls quelques documents d'interprétation difficiles fournissent des indices, en premier lieu l'introduction de l'Edit de Télipinu, rédigé environ un siècle plus tard. Ce texte désigne Labarna comme le premier « Grand roi » à l'origine du royaume hittite, et lui attribue plusieurs conquêtes. Ce nom ne manque pas de poser problème car aux époques tardives il est synonyme de « roi ». Suivant l'interprétation la plus courante, le nom du souverain fondateur a fini par devenir le titre de la fonction, comme César ou Auguste à Rome. Aucun document de son règne n'est connu, ce qui fait que certains ont remis en cause son existence, point de vue minoritaire. D'autres proposent de situer le règne d'un roi Huzziya (le successeur de Labarna ?) dans cette période fondatrice. Quoi qu'il en soit, il y a tout lieu de penser que Labarna est le premier à avoir établi un royaume puissant après celui de Kussara, sans que ses liens avec ce dernier soient déterminables. .

Hattusili