La Mésopotamie (Μεσοποταμία / Mesopotamia), du grec μεσο / mesos « milieu » et ποταμός / potamos « fleuve », est une région du Moyen-Orient située entre le Tigre et l'Euphrate et qui correspond pour sa plus grande part à l'Irak actuel. Elle comprend au nord une région de plateaux, qui est une zone de cultures pluviales, et au sud, une région de plaines où l'on pratique une agriculture qui repose exclusivement sur l'irrigation.
Ces plateaux s'étendent juste au sud d'Assur et descendent du nord au sud. Les vallées sont encaissées, ce qui contribue à compartimenter la région.
Ces plis montagneux coupent la région d'Est en Ouest. Ces plis sont le Djebel Abd el Aziz et le Djebel Sinjar, qui sont deux plis élevés. Le deuxième a gardé le nom qu'il avait dans l'Antiquité, à savoir Saggar (Sinjar dans l'Antiquité), ce qui signifie « la barrière ».
Au nord, on parle de Haute Jéziré, ce qui est synonyme de « Haute Mésopotamie », et au sud de Basse Jéziré. Entre ces deux zones, les conditions de vie sont différentes. Le nord est plus arrosé et ce fut une grande zone de passage. Au contraire, le sud est plus difficile pour l'homme et est une zone de transition avec la steppe.
Géographie physique thumb|260px|Carte de la Mésopotamie.
Généralités La Mésopotamie se situe entre les fleuves Euphrate et Tigre qui partent depuis le plateau montagneux anatolien et le sommet du Croissant fertile. Sa géographie physique se distingue en deux régions principales au Nord et au Sud. Dans la partie septentrionale se trouvent des bas plateaux arides traversés par les deux fleuves tandis que la partie sud du territoire présente de nombreuses plaines alluviales. La césure géographique s'effectue à la hauteur de l'actuelle Bagdad. Un troisième ensemble géographique est celui de la steppe et du désert qui rejoignent les déserts de Syrie et d'Arabie.
Ces différents espaces géographiques ne sont pas homogènes et varient en fonction des pluies. Les zones agricoles au sud dépendent fortement de l'irrigation et des précipitations des régions septentrionales. Ce contexte géographique met les différentes implantations humaines sous pression.
Les montagnes Il s'agit d'un plissement d'âge tertiaire avec une unité morphologique de type jurassien. Contre la côte méditerranéenne, se trouvent les monts de Galilée ; un peu au nord se trouvent les mont Liban et Anti-Liban, qui culminent à , et encore plus au nord, le Jebel Ansariye. Tout au nord de cette côte se trouve l'Amanus.
Au nord, on trouve le Taurus et l'Anti-Taurus, ainsi que les monts Arméniens, qui culminent aux environs de . À l'est se trouve le Zagros, qui culmine à plus de . Ces montagnes ont des répercussions sur l'hydrographie, car l'eau vient des montagnes, qui constituent aussi des réserves de bois et de minéraux.
Les plaines de Basse Mésopotamie thumb|Images satellite de la zone des marais de Mésopotamie en 2000-2009. Les plaines ne sont pas encaissées. Toute la région qui va de l'actuelle Bagdad (Agade), qui se situe à d'altitude, jusqu'au golfe Persique, est une plaine très faiblement inclinée vers le sud.
Il s'agit d'une plaine alluviale formée par les alluvions du Tigre et de l'Euphrate. Le processus d'alluvionnement continue toujours. La côte actuelle est plus au sud par rapport à l'emplacement qu'elle occupait dans l'Antiquité. Les fleuves ne sont pas encaissés mais ils s'exhaussent (en contre-haut de la plaine), ce qui entraîne lors des crues de fréquents débordements et des changements du cours des fleuves.
Tout au sud se trouve une zone de marais : les Hawr, qui ont un rôle important en été car ils restituent une partie des eaux du fleuve.
Cette zone de marais s'étendait sur une superficie de dans les années 1970, mais elle avait été détruite à 90 % en 2001 à la suite des opérations de drainage massif décidées par Saddam Hussein, afin de combattre les chiites irakiens qui y avaient trouvé refuge après l'échec de leur soulèvement au début des années 1990. En 2004, le Programme des Nations unies pour l'environnement lance un programme de restauration de l'environnement ; fin 2006, celui-ci a restauré environ et personnes sont revenues y habiter..
Les steppes et les déserts Il s'agit des endroits où les précipitations sont inférieures à par an, et par conséquent où il est impossible de cultiver. Les zones de steppes ont des précipitations comprises entre 100 et par an. En dessous de , on parle de désert. Les steppes s'étendent autour de la vallée du moyen Euphrate. C'est un espace discontinu. On y trouve à certains moments de l'année des prairies temporaires qui peuvent être exploitée par des pasteurs pour l'élevage. Elles peuvent être traversées sans trop de difficultés. En akkadien, le terme Namû désigne à la fois la steppe, les populations de la steppe, ainsi que les animaux qui s'y trouvent.
Le désert quant à lui n'est pas exploitable. Il portait le nom akkadien de Madbanu. On y trouve néanmoins des oasis, comme celle de Tadmer, en Syrie, qui correspond à la ville de Palmyre. Les populations qui vivent dans le désert sont désignées par le terme de Arbaiu (qui a donné arabe entre autres), terme qui désigne plus le mode de vie des oasis qu'un type ethnique.
Climat et hydrographie
Le climat Il n'y a pas de différence majeure avec le climat actuel. Les principaux changements ont été induits par l'homme notamment avec le problème de la déforestation.
On trouve deux zones climatiques. Près de la Méditerranée il y a un climat méditerranéen, dont les caractéristiques sont des précipitations concentrées l'hiver, des hivers doux et des étés chauds et secs. Ailleurs, le climat est de type continental (méditerranéen dégradé), avec des précipitations l'hiver. La pluviométrie est une donnée fondamentale. Plus on va dans les terres et plus elles diminuent. Concernant les températures, partout les étés sont chauds. Au nord, la température moyenne en été (juillet) est de ; au sud, vers Bassorah, la moyenne est de , avec des pointes à .
En hiver, il y a des différences sensibles. En Haute Mésopotamie, les moyennes des températures hivernales ne sont pas très élevées (environ ) et il y a entre 30 et 40 jours de gel avec des possibilités de chutes de neige. En Basse Mésopotamie, à Bassorah, la moyenne en janvier est de . Cela se traduit dans la végétation. Ainsi, le palmier dattier ne peut être cultivé au nord car il ne supporte pas le gel.
L'hydrographie thumb|Carte du bassin du Tigre et de l’Euphrate. Il y a un certain nombre de fleuves côtiers parallèles aux chaînes de montagnes sur la côte méditerranéenne, avec l'Oronte, le Litani, le Jourdain. Ces vallées sont encaissées. En particulier le Jourdain a une pente très forte.
L'hydrographie du reste de la région est constituée par le Tigre et l'Euphrate et de leurs affluents. Ces deux fleuves sont de longueurs sensiblement différentes. L'Euphrate s'étend sur sur une pente faible ; le Tigre s'étend sur sur une pente plus forte.
L'Euphrate a un certain nombre d'affluents sur sa droite dans le Taurus, puis n'en a plus que deux : le Balih et le Habur qui traversent la Mésopotamie et qui ont chacun un aspect différent. Ainsi, le Habur a de l'eau toute l'année et un débit assez fort pour être navigable, alors que le Balih a un débit beaucoup plus faible et même s'il a été important, il peut s'assécher. Le Tigre reçoit sur tout son cours des affluents de rive gauche d'abord d'Arménie puis du Zagros. Les affluents sont moins nombreux dans la partie sud mais le débit du fleuve est beaucoup plus important que celui de l'Euphrate.
Cependant, il y a des points communs entre les deux fleuves. Ainsi, la direction globale de leurs tracés est à peu près identique. Leur régime pluvionival est identique : ils sont alimentés par les pluies et par la fonte des neiges. Les crues du Tigre sont plus redoutables, ce qui induit un nombre plus petit de villes qui se trouvent au bord du fleuve et une implantation des sites en hauteur. Les crues ont des conséquences diverses. Cela va de l'apport d'eau pour l'irrigation, à des destructions importantes qui obligent à remettre en état le réseau d'irrigation. À la différence des crues du Nil, les crues du Tigre et de l'Euphrate ne sont pas fertilisantes. En Égypte, les crues arrivent au bon moment, tandis que celles du Tigre et de l'Euphrate arrivent en général au mauvais moment. Cela donne naissance à un système d'irrigation avec réservoirs, pour emmagasiner l'eau des crues et pouvoir la restituer aux moments opportuns. Si l'irrigation est importante dans le nord, elle est vitale dans le sud.
Géographie humaine Le peuplement
thumb|Carte montrant l’emplacement et l’étendue du Croissant fertile, région du Moyen-Orient couvrant, entre autres civilisations, l’Égypte antique, le Levant, la Mésopotamie. Les premières traces de cultures remontent à 9000 Les premières implantations se trouvent sur les piémonts du Zagros. À partir du on associe des objets de pierre à du cuivre. C'est l'âge du cuivre. Cela suppose l'organisation de sociétés plus complexes et l'existence de commerce. Le Chalcolithique débute vers 4500 et c'est dans cette période que se produisent des changements.
Ainsi, la plaine est mise en valeur avec l'irrigation, ce qui suppose une organisation du travail. C'est également au cours de cette période que se produit la révolution urbaine. Vers 3300 (fin du ) apparaissent des villes, phénomène qui se traduit par une augmentation du nombre de bâtiments, la production de céramique et la présence de temples et donc l'existence d'un clergé. Cela apparaît dans le sud à Uruk, Éridu, etc. La révolution urbaine se déplace du sud vers le nord. On retrouve des traces de cette révolution à Jebel Auda et Habuba Kabira.
C'est à ce moment qu'apparaît également l'écriture, essentiellement sous la forme de documents comptables de gestion de troupeaux et de récoltes. Cette écriture est constituée de pictogrammes.
Le début de la période historique se situe au Vers 2800 , on a les premiers textes que l'on est capable de lire (avec des éléments grammaticaux). Ces textes sont écrits en sumérien, ce qui est une appellation arbitraire car cette langue s'appelait en fait Emegi, ce qui signifie « la langue noble » ; mais elle est désignée ainsi car elle est présente dans la région de Sumer. Il s'agit d'un isolat linguistique, sans parenté assurée connue.
Le sumérien n'est pas la seule langue parlée au Moyen-Orient. Il existe différents moyens de s'en rendre compte, par exemple, en voyant l'irruption massive de noms amorrites aux alentours de 2000 , la Mésopotamie centrale et méridionale venant d'accueillir une énième invasion. Mais jusque présent, il n'est pas de texte qui fut retrouvé de cette langue, mais, cependant, c'est toujours vers 2000 qu'une langue de la même famille prestigieuse devait se diviser, l'akkadien, langue sémitique, en deux branches, l'assyrien au nord et le babylonien au sud.
L'akkadien a commencé à être écrit vers 2600 et se répandre à partir du . Par la suite, elle est devenue la langue la plus parlée et répandue. Le sumérien a continué d'être parlé jusqu'à la fin du , mais survécut cependant pendant plus de 2000 ans en tant que langue religieuse et savante. Politiquement, il y a au une période assez longue, appelée « Dynastique archaïque » et qui a duré de - 2800 à - 2400, où l'ensemble de la Mésopotamie est divisée en petits États avec chacun une ville principale.
À partir du , il y a des tentatives d'unification de la Mésopotamie. Ce sont les premiers « empires ». Nous avons tout d'abord l'Empire d'Akkad () dont la capitale est Akkad et dont la langue officielle est l'akkadien. Il y a ensuite l'empire d'Ur (). Dans l'Antiquité, la ville d'Ur était un port. La langue officielle de l'« empire » est le sumérien, mais uniquement pour l'administration.