L'Écosse au temps de l'Empire romain couvre une période comprise entre l'arrivée des légions romaines en 71 et leur départ en 213. L'histoire de cette période est complexe : l'Empire romain a influencé l'Écosse à plus d'un titre ; pourtant l'occupation n'a jamais été totale ni continue. L'analyse et l'interprétation se compliquent d'autant que l'idée de peuple « Scots » et « d'Écosse » comme une entité distincte n'émerge que des siècles plus tard, avec la naissance du royaume d'Alba.

Durant cette époque, la zone géographique de l'Écosse est occupée par plusieurs tribus utilisant les techniques de l'Âge du fer et entretenant des relations les unes avec les autres mais aussi avec la Rome antique. Les Romains donnent le nom de Calédonie aux terres situées au nord de la province de Bretagne, par-delà les frontières de l'Empire. Bien que la présence romaine fût longue en Écosse, pas seulement parce que c'est à cette époque qu'apparaissent les premiers récits écrits, l'influence romaine sur la culture écossaise ne perdura pas The Romans left us nothing of any enduring cultural value. Their presence in Scotland was brief, intermittent and not influential on the course of our history, Moffat, 2005, ..

L'invasion romaine sous les ordres de Quintus Petillius Cerialis débute en 71 ap. J.-C. et trouve son apogée à la bataille du Mont Graupius, en un lieu mal défini au nord de l'Écosse, en 84. Malgré la défaite de la fédération calédonienneRomans in northern Scotland, les légions ne tardent pas à abandonner leur territoire et stationnent au sud du Solway Firth, position qu'elle consolident ultérieurement par la construction du mur d'Hadrien.

Les armées romaines tentent alors régulièrement de conquérir des terres au nord de cette ligne, épisodes au cours desquels est notamment construit le mur d'Antonin et marqués entre autres par les campagnes des Sévères, mais les succès sont de courte durée. Après 211, les forces romaines cessent d'avoir une influence significative. Après la fin de l'occupation romaine dans le sud et le centre de la province de Bretagne au , les Pictes émergent comme force dominante dans le nord de l'Écosse, tandis que les tribus brittoniques, que Rome avait rencontrées, occupent la partie sud du pays.

Avant la conquête romaine thumb|left|Le broch de Gurness dans les Orcades. thumb|Carte topographique de l'Écosse. L'Écosse est habitée des millénaires avant l'arrivée des armées romaines. Néanmoins, il faut attendre la période romaine pour avoir des récits écrits concernant le pays.

Au , Aristote parle de Albinn et d'Ierne pour désigner les îles de la Grande-Bretagne et d'Irlande « The Scottish People: Albinn », Albawest.com, consulté le 25 janvier 2010.. L'explorateur grec Pythéas visite la BretagnePar « Bretagne » et « breton[s] », il faut, dans cet article, entendre la province romaine de Bretagne, couvrant une partie de la Grande-Bretagne actuelle, et ses habitants. entre et et en a peut-être fait le tour en navire, car il décrit l'île comme ayant une forme triangulaire. Dans son traité intitulé De l'océan, il fait allusion à la partie la plus septentrionale de l'île sous le nom de Orcas, que l'on peut probablement associer aux Orcades The ancient geography of Scotland, David J. Breeze, in Smith and Banks, 2002, ..

Le plus ancien récit faisant allusion aux relations entre Rome et l'Écosse rapporte l'allégeance faite par le « roi des Orcades », en compagnie de dix autres rois bretons, à l'empereur Claude, à Camulodunon (Colchester) en 43 ap. J.-C., trois mois après l'invasion romaine du sud de la BretagneMoffat, 2005, , 174.Thomson, 2008, , 5, suggère que ce récit romain pourrait avoir été rédigé par vantardise, sachant que les Orcades se situent à l'extrémité septentrionale des îles Britanniques.. Il est envisageable de penser que des liens entre Rome et l'Écosse ont existé plus tôt, même si aucune preuve ne peut formellement l'étayer. On peut en tout cas remarquer le contraste frappant qui existe entre l'attitude du roi des Orcades et des autres rois bretons et la vive résistance calédonienne dans les décennies qui suiventMoffat, 2005, .. La version originale de De l'océan n'a pas survécu, mais des copies existaient au , permettant aux services de l'armée romaine d'être informés, même de façon rudimentaire, de la géographie du nord de la BretagneMoffat, 2005, p. 230.The ancient geography of Scotland, David J. Breeze, in Smith and Banks, 2002, p. 11.. Pomponius Mela, le géographe romain, affirmait dans De Chorographia, écrit aux alentours de 43 ap. J.-C., qu'il existait trente îles dans les Orcades et sept Haemodae (peut-être les Shetland)The ancient geography of Scotland, David J. Breeze, in Smith and Banks, 2002, p. 12.. Une preuve des relations entre Rome et les Orcades avant l'an 60 se retrouve dans des poteries de facture romaine trouvées dans le broch de Gurness.

Au temps de Pline l'Ancien, mort en 79, la connaissance romaine de la géographie de l'Écosse s'était étendue aux Hebudes (les Hébrides), à Dumna (probablement les Hébrides extérieures), à la forêt calédonienne et aux Calédoniens.

Ptolémée, se fondant peut-être sur des sources d'informations antérieures mais aussi sur des récits contemporains relatifs à l'invasion de Cnaeus Julius Agricola, identifia dix-huit tribus d'Écosse dans sa Géographie, mais la plupart de ces noms sont obscurs et la géographie moins fiable concernant le nord et l'ouest, laissant supposer que les connaissances romaines de cette région se limitaient à des observations depuis la merMoffat, 2005, p. 236, 237..

La culture de l'Âge du fer en Écosse

Les tribus localisées par Ptolémée au nord de l'isthme du Firth of Clyde comprennent les Cornovii à Caithness, les Caereni, les Smertae, les Carnonacae, les Decantae, les Lugi et les Creones également au nord du Great Glen, les Taexali au nord-est, les Epidii dans l'Argyll, les Venicones dans le Fife, les Caledonii dans les Highlands et les Vacomagi près de Strathmore. Il est probable que toutes ces cultures parlaient une langue celtique connue sous le nom de pritennique, ancêtre du picte. Dans le sud de l'Écosse, on trouvait plusieurs peuples : dans la vallée de la Clyde vivaient les Damnonii, dans le Galloway les Novantae, sur la côte sud les Selgovae et les Votadini à l'est. Ces peuples, quant à eux, parlaient plus probablement une forme de langue brittonique.

Bien que des centaines de sites de l'Âge du fer aient été identifiés en Écosse, on connaît mal la façon dont les Celtes vivaient au début de l'ère chrétienne. Malheureusement, la datation par le carbone 14 pose problème pour cette période, les séquences chronologiques étant difficilement compréhensiblesSmith and Banks, 2002, p. 219.. Pour diverses raisons, la plupart des travaux archéologiques en Écosse se sont jusqu'à présent concentrés sur les îles de l'ouest et du nord, alors que les excavations et l'analyse des structures sociétales du reste de l'Écosse sont davantage en projetSmith and Banks, 2002, p. 218, 220..

Les peuples écossais du début de l'Âge du fer, particulièrement dans le nord et l'ouest, vivaient dans d'imposants bâtiments de pierre appelés maisons rondes atlantiques. On trouve les restes de centaines de ces maisons à travers le pays, certains sous la forme de simples amas de décombres, mais d'autres ayant conservé des tours et des bâtiments remarquables. On date ces maisons de 800 av. J.-C. à 300 ap. J.-C., les structures comprenant les constructions les plus massives ayant probablement été érigées en 200–100 av. J.-C. Ces dernières sont connues sous le nom de brochs et se composent généralement d'une tour ronde. En moyenne, les ruines ne dépassent guère quelques mètres, bien qu'il existe cinq exemples de tours dont les murs dépassent encore 6,50 mètres de hauteurArmit, 2003, p. 55.. Il existe au moins cent sites de brochs en ÉcosseArmit, 2003, p. 16. Euan MacKie a proposé un chiffre de 104, bien que la Commission royale des Monuments anciens et historiques d'Écosse ait identifié 571 sites candidats.. Malgré des recherches approfondies, leur destination première et la nature même des sociétés qui les ont créées sont toujours sujets à controverseSmith and Banks, 2002, p. 218..

Dans certaines parties de l'Écosse à l'Âge du fer, il ne semble pas y avoir eu d'élite hiérarchique. Des études ont démontré que les maisons rondes, avec leurs murs épais, auraient pu contenir virtuellement la population totale des îles, comme Barra et North Uist. Les objets quotidiens de l'Âge du fer ne sont pas homogènes, mais, dans les endroits où les découvertes ont été faites, il n'a été trouvé aucune preuve de l'existence d'une classe privilégiée vivant dans de vastes châteaux ou forteresses, ou d'une élite de prêtres, ou encore de paysans ne jouissant pas des mêmes privilèges que les classes moyennes « Land and freedom: Implications of Atlantic Scottish settlement patterns for Iron Age land-holding and social organisation », Ian Armit, in Smith and Banks, 2002, p. 15-26..

Plus de 400 souterrains ont été découverts en Écosse, la plupart dans le sud-est et, bien que la plupart n'ait pas fait l'objet d'une datation précise, certains ont été estimés au ou . On ne connaît malheureusement pas le but de ces constructions souterraines. On les trouve généralement près des habitations – dont les structures de bois ont moins bien résisté au temps – et pourraient avoir servi à stocker des denrées agricoles périssables « The souterrains of Skye », Roger Miket, in Smith and Banks, 2002, p. 77-110..

L'Écosse compte aussi de nombreux murs vitrifiés mais, dans ce cas également, une datation précise s'est avérée impossible. À l'aide de techniques variées, des recherches poussées au fort de Finavon Hill, près de Forfar, dans l'Angus, ont suggéré que le site avait été détruit au , ou dans les premières années de notre ère. L'absence d'objets romains, pourtant habituels dans certains souterrains locaux, permettent de supposer que plusieurs sites ont été abandonnés avant l'arrivée des légions« The oblong fort at Finavon, Angus », Derek Alexander, in Smith and Banks, 2002, p. 45-54..

À la différence du néolithique et de l'Âge du bronze qui ont érigé à leurs morts des monuments massifs, les sites funéraires de l'Âge du fer sont plus rares. Une découverte récente réalisée à Dunbar pourrait toutefois apporter un éclairage intéressant à la culture de cette période. De même, à Alloa, la tombe d'un guerrier a été datée entre 90 et 130 ap. J.-C. Smith and Banks, 2002, p. 220. « The Dunbar Iron Age Warrior Grave », AOC, visité le 28 janvier 2010. « A Brief History of Alloa: Iron Age Warrior », Alloa.org.uk, visité le 28 janvier 2010. Un voyageur du nom de Démétrius de Tarse a relaté à Plutarque une expédition sur la côte ouest en 83 ap. J.-C. ou peu avant. Il dit que ce fut un « voyage lugubre dans des îles inhabitées », mais qu'une de ces îles était la retraite d'hommes saints. Il ne fit pas allusion à la présence de druides ni ne cita le nom de l'îleMoffat, 2005, p. 239-240..

L'invasion de la Calédonie

thumb|Campagnes romaines en Écosse. Les relations cordiales observées à Colchester ne durèrent pas. Même si l'on ne connaît rien de la politique étrangère menée par les dirigeants écossais au , le gouverneur romain de Bretagne, Quintus Petillius Cerialis, lance le signal de l'invasion en 71Moffat, 2005, p. 229.. Les Votadini, qui occupaient le sud-est de l'Écosse, passent rapidement sous le joug romain et Cerialis envoie une division au nord de leur territoire jusqu'aux côtes du Firth of Forth. La Légion prend la route de l'ouest et traverse l'Annandale dans le but d'encercler et d'isoler les Selgovae qui occupaient le centre des Southern UplandsMoffat, 2005, p. 230-31.Moffat, 2005, p. 247.. Le succès, rapide, encourage Cerialis à pousser au nord et à entreprendre la construction du Gask Ridge, une série de fortifications qui marque la frontière entre le territoire des Venicones au sud et des Calédoniens au nordMoffat, 2005, p. 233..