La Ferrari 642, également connue sous la dénomination Ferrari F1-91, est une monoplace de Formule 1 engagée par la Scuderia Ferrari dans le cadre des six premières manches du championnat du monde de Formule 1 1991. Elle est pilotée par le Français Alain Prost, présent dans l'équipe depuis 1990, qui dispute sa douzième année dans la discipline-reine qu'il a intégrée en 1980, et son compatriote Jean Alesi, en provenance de l'écurie Tyrrell Racing avec laquelle il a disputé sa première saison complète.
Conçue par les ingénieurs Steve Nichols et Jean-Claude Migeot, la 642, équipée d'un moteur V12 Ferrari 037, est une évolution de la 641 de la saison précédente et s'en distingue par un empattement et des pontons allongés. Elle reprend néanmoins le museau en forme de bec de canard de la 640 de 1989 et conserve une transmission semi-automatique, mise au point pour la Ferrari 639, à l'origine des monoplaces de l'écurie italienne depuis 1989.
Après l'excellente première saison de Prost en 1990 (cinq victoires et neuf podiums, à la lutte avec Ayrton Senna pour le titre mondial jusqu'à leur accrochage au premier virage lors de l'avant-dernière course à Suzuka), la 642 porte tous les espoirs de l'écurie de Maranello alors que son coéquipier Nigel Mansell est parti chez Williams, et que le prometteur Jean Alesi rejoint le déjà triple champion du monde. La monoplace de 1991 est propulsée par un moteur V12 atmosphérique annoncé comme le plus puissant du plateau. Le châssis est censé rivaliser avec ceux de Williams et de McLaren, les principaux protagonistes du championnat.
Mais rien ne se passe comme prévu. Après des premiers essais effectués en sur le circuit du Castellet au terme desquels Ferrari et Alain Prost, qui s'est d'abord montré hésitant à poursuivre sa carrière en Formule 1, s'annoncent comme les favoris du championnat, la 642 apparaît, dès sa première course à Phoenix, comme une monoplace à la fiabilité incertaine, incapable de se battre pour la victoire face à la McLaren MP4/6-Honda de Senna et les Williams FW14-Renault de Mansell et Riccardo Patrese.
Les contre-performances s'enchaînent dans les courses suivantes, provoquant une crise interne à Ferrari qui est très critiquée par les médias italiens et par Prost, qui considère que les titres mondiaux des pilotes et des constructeurs sont déjà assurés pour Senna et McLaren : le directeur sportif, Cesare Fiorio, est limogé à l'issue du Grand Prix de Monaco, et remplacé par Piero Lardi-Ferrari à la direction générale, Claudio Lombardi à la direction des opérations et Marco Piccinini à la gestion des pilotes et des commanditaires.
Pour tenter d'améliorer ses résultats (seulement deux podiums, deux meilleurs tours en course et seize points inscrits), Ferrari, alors quatrième du championnat du monde des constructeurs, engage la 643 dès la septième manche de la saison, en France.
Contexte et développement thumb|left|alt=Photo d'un homme assis, portant une chemise bleue et une cravate|John Barnard est l'ingénieur à l'origine du concept de la Ferrari 639, qui préfigure les 640, 641, 642 et 643.
En 1989, la Scuderia Ferrari profite de l'interdiction des moteurs turbocompressés au profit des moteurs atmosphériques limités à 3,5 litres pour tenter de prendre sa revanche face à McLaren-Honda qui a écrasé le championnat du monde de Formule 1 1988 en remportant quinze des seize manches de la saison.. L'écurie italienne réorganise ses départements techniques en confiant à l'ingénieur britannique John Barnard, à l'origine des premières monoplaces de Formule 1 fabriquées en fibre de carbone chez McLaren, le soin de construire un nouveau châssis et à Claudio Lombardi la conception d'un nouveau moteur V12. Ce bloc 035/5, composé de quatre arbres à cames et cinq soupapes par cylindre, développe 600 chevaux à tours par minute. John Barnard, pour parfaire ce bloc qui pourrait ne pas rivaliser avec le V12 Honda et le V10 Renault de l'écurie Williams, développe une boîte de vitesses à sept rapports avec un embrayage automatique qui s'actionne par le biais de palettes situées derrière le volant : la pédale d'embrayage n'est utilisée qu'au démarrage de la monoplace. Le tout est greffé à un châssis monocoque en fibre de carbone dont l'aérodynamique se distingue par un nez étroit et de larges pontons très raccourcis au niveau des bras de suspension avant. Cet ensemble donne naissance à la Ferrari 639, une monoplace d'essais pilotée par Gerhard Berger et Nigel Mansell durant l'hiver 1988-1989, qui préfigure toutes les monoplaces Ferrari jusqu'en 1991. ..
En course, la Ferrari 640, dérivée de la 639, se révèle performante puisque Mansell et Berger se distinguent par trois victoires et plusieurs podiums, mais la fiabilité de la nouvelle boîte de vitesses est catastrophique : en trente-deux engagements, la 640 ne rallie l'arrivée qu'à neuf reprises. Le directeur sportif de Ferrari, Cesare Fiorio, tient alors Barnard et son bureau d'études britannique pour responsable de cette déconvenue et obtient la non-reconduction de son contrat à l'issue de la saison. Pour 1990, sur les conseils du triple champion du monde Alain Prost, Steve Nichols est recruté comme nouveau directeur technique en remplacement de Barnard. Son rôle est de fédérer l'écurie dans la quête d'un titre mondial qui n'a plus été remporté depuis 1979. Il allège les amortisseurs et conçoit des programmes de changement de vitesses sautant des rapports pour la future Ferrari 641. Évolution de la 640, elle en diffère par un système de refroidissement amélioré, une boîte de vitesses fiabilisée et un moteur V12 Ferrari 036 développant 680 chevaux à tours par minute..
Alain Prost rivalise alors avec Ayrton Senna (McLaren) pour le titre de champion du monde des pilotes en 1990 et remporte cinq victoires. Lors du Grand Prix du Portugal, en fin de saison, le Français est gêné au départ par Mansell qui s'adjuge la victoire alors qu'il officiait comme lieutenant de Prost, dévoué à l'aider à remporter un quatrième titre de champion du monde. Ce dernier méprise alors le Britannique et s'en prend à Cesare Fiorio, son directeur sportif, qui aurait dû, selon lui, donner la consigne de le laisser passer. Songeant à quitter Ferrari dès la fin de saison, Prost reçoit le soutien de Giovanni Agnelli, le président du groupe Fiat, et de Piero Fusaro, le président de Ferrari, qui lui assurent le dévouement total de l'équipe dans sa lutte face à Senna .. La motivation du Français est ensuite mise à mal par l'accrochage prémédité de Senna au Grand Prix du Japon, assurant ainsi au Brésilien et à McLaren les titres pilotes et constructeurs. Écœuré par le comportement antisportif de son rival, qui s'est délibérément vengé de l'accrochage entre les deux hommes lors du Grand Prix du Japon 1989 (qui avait permis à Prost d'être sacré), par l'absence de sanctions de la part de la Fédération internationale du sport automobile et par l'absence de réclamation de la direction de Ferrari (qui espère recruter Senna à l'avenir) le Français réfléchit à quitter la Formule 1..
Conception de la monoplace thumb|alt=Photo du côté gauche d'une monoplace rouge, en exposition|La Ferrari 642 (ici en 2018 à l'exposition Rétromobile à Paris) est une évolution des Ferrari 640 et 641.
La Ferrari 642, conçue par Steve Nichols et Jean-Claude Migeot, dispose d'un châssis monocoque moulé en fibre de carbone et en kevlar et d'une structure en nid d'abeille. D'une masse de 505 kilogrammes, la Ferrari 642 est longue de , large de et haute de . Son empattement est de , sa voie avant est de et sa voie arrière est de . .. Il ne s'agit que d'une simple évolution de la Ferrari 641 de 1990 (elle-même dérivée de la Ferrari 640 de 1989) car le nouveau directeur technique, Steve Nichols, préfère apporter des améliorations à cette monoplace plutôt que d'en concevoir une nouvelle à partir d'une feuille blanche. Elle se distingue de sa devancière par un empattement et des pontons plus longs et plus bas, affinés et moins arrondis. Le moteur est refroidi par une proéminente prise d'air à l'arrière du châssis et par une boîte à air surmontant le casque du pilote. La 642 reprend enfin le nez en forme de bec de canard de la 640.
thumb|left|alt=Photo du côté droit d'une monoplace rouge, en exposition|La Ferrari 642 est considérée comme l'une des monoplaces les plus puissantes du plateau.
Les suspensions de la 642 disposent d'un système d'actionnement composé d'un poussoir, de barres de torsion verticales par rapport à l'essieu avant, de double triangles, d'amortisseurs télescopiques et d'une barre antiroulis. À l'arrière, des ressorts hélicoïdaux sont liés à l'essieu arrière. La transmission est assurée par une boîte de vitesses longitudinale semi-automatique à gestion électro-hydraulique à sept vitesses développée en interne. L'embrayage, composé de trois disques en carbone, est à commande mécanique et automatique. Les disques de frein en carbone sont conçus par Carbone Industrie et les étriers par Brembo. Les pneumatiques sont fournis par Goodyear. Enfin, le carburant Agip (qui fournit aussi les lubrifiants) est stocké dans un réservoir de 215 litres..
La 642 est propulsée par un moteur V12 atmosphérique Ferrari 037 ouvert à 65 degrés de de cylindrée développant, en début de saison, à . Il s'agit d'un moteur central longitudinal, actionné par cinq soupapes par cylindre et deux arbres à came. Le système d'alimentation en carburant, fourni par Weber-Marelli, est à injection directe électronique et composé de deux injecteurs par cylindre. L'allumage électronique commande une bougie par cylindre. L'électronique, qui gère le moteur, est fournie par Magneti Marelli. Il s'agit d'un des blocs les plus puissants du plateau puisqu'il affiche 60 chevaux de plus que le moteur V8 Ford-Cosworth HBA des Benetton B191 et 10 chevaux de plus que le V10 Renault équipant la Williams FW14. ..
Ferrari prévoit de n'aligner la 642 que pour la première moitié du championnat, avant d'engager la Ferrari 643 qui pourrait même être engagée avant la mi-saison si l'écurie italienne venait à rencontrer des difficultés face à ses concurrentes.
Choix des pilotes Alain Prost thumb|alt=Photo d'un homme souriant, en combinaison de course rouge|Alain Prost (ici en 1989) effectue une deuxième saison avec Ferrari en 1991 après avoir échoué à obtenir un quatrième titre mondial, face à Ayrton Senna.
Le premier pilote est le Français Alain Prost. Faisant ses débuts en Formule 1 en 1980 au volant d'une McLaren-Ford, il remporte son premier Grand Prix, à domicile, avec Renault en 1981. Vice-champion malheureux face à Nelson Piquet avec Renault en 1983 et en 1984 face à Niki Lauda avec McLaren-TAG Porsche, Prost s'adjuge le titre de champion du monde à deux reprises consécutives, en 1985 et en 1986. Après une saison plus difficile en 1987, le Français doit cohabiter avec Ayrton Senna chez McLaren en 1988 et en 1989, année lors de laquelle il remporte un troisième titre mondial. Ne supportant plus la préférence donnée au Brésilien au sein de l'écurie britannique, il rejoint la Scuderia Ferrari en 1990, où il est vice-champion du monde face à Senna...
En 1990, les rumeurs quant à la possible retraite du Français persistent : dès juillet, la presse allemande clame que Prost se retirera de la compétition au terme de se contrat le liant à Ferrari, fin 1991. Cette nouvelle énerve passablement le principal intéressé, qui explique .. Le , l'équipe italienne confirme qu'elle aligne Prost la saison suivante, ce dernier ayant menacé de partir si Ferrari engageait Senna pour 1991..