Le quartier Magon est l'un des éléments du site archéologique de Carthage en Tunisie. Situé en bord de mer, il est fouillé par les archéologues allemands, sous la direction de Friedrich Rakob, dans le cadre de la campagne internationale lancée par l'Unesco.
Le site archéologique consiste en un espace de la cité punique, dont les archéologues ont pu déterminer l'histoire de l'aménagement. L'importance des découvertes a décidé les autorités tunisiennes à aménager et ouvrir aux visiteurs le site qui accueille, outre les vestiges, un petit antiquarium.
Histoire
gauche|vignette|Plan actuel des vestiges archéologiques de Carthage, le quartier Magon est sous le numéro 16.
Le quartier était le seul terrain du bord de mer épargné par l'urbanisation de CarthageAbdelmajid Ennabli, « La campagne internationale de sauvegarde de Carthage : fouilles et recherches archéologiques 1973-1987. Premiers bilans », CRAI, 1987, 131, n°2, p. 411..
Les fouilles sous la direction de Friedrich Rakob ont mis en évidence une occupation du site du à l'époque byzantineSerge Lancel, Carthage, éd. Fayard, Paris, 1992, p. 189.. Les habitations sont alors modestes et un espace d'environ trente mètres les sépare d'un rempart bordant le rivageSerge Lancel, , p. 190.. Une rue perpendiculaire au rivage aboutissait à une porte ouverte dans la muraille vers la mer. Au pied du rempart, il y avait une grève.
La muraille semble avoir couru jusqu'au port militaireSerge Lancel, , p. 192.. La porte de la mer semble avoir existé aux Au , elle est ferméeFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », Pour sauver Carthage : exploration et conservation de la cité punique, romaine et byzantine, éd. Unesco/INAA, Paris/Tunis, 1992, p. 34.. Un quartier est construit, chaque maison ayant un puits et une citerneFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 34-35..
Après la fouille, les éléments découverts ont été consolidés et mis en valeur, le site étant désormais un petit parc archéologique adjoint de zones d'exposition figurant des maquettes du site, à l'écart des circuits touristiques et donc largement méconnu.
Le , un arrêté en fait un monument classé..
Description
gauche|vignette|Fragments de la corniche de la muraille dans une restitution à proximité de l'antiquarium. vignette|Maison punique à péristyle du quartier Magon. gauche|vignette|Socle de la muraille punique et brise-lames (fin du ). vignette|Autre vue du quartier : constructions du quartier d'artisans de l'époque romaine avec une ruelle au milieu, au-dessus des maisons puniques des .
Les fouilleurs ont pu déterminer que, dès le , il existait un urbanisme organisé, avec des rues larges de trois mètres. La porte ouvrant dans la muraille vers la mer était précédée par une voie large de neuf mètresM'hamed Hassine Fantar, Carthage la cité punique, éd. Cérès, Tunis, 1995, p. 40..
Les fouilles ont livré un fragment de la muraille du front de mer de la cité punique daté de la fin du et du début du , dont l'un des blocs de fondation pèse treize tonnes. En outre, l'ouvrage n'était pas dénué d'intentions esthétiquesM'hamed Hassine Fantar, Carthage la cité punique, p. 44. : il mesurait dix coudées de hauteur (environ ) et était muni de tours et de portesFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 33..
Le site a livré aussi un brise-lames ainsi qu'un quartier d'habitation de la même époque. Une riche villa à péristyle des a été reconnue, munie d'une cour bordée de colonnes sur trois côtésM'hamed Hassine Fantar, Carthage la cité punique, p. 42.. Le quartier était conçu selon un plan orthogonal. Les maisons étaient décorées de stuc, de pavements et de mosaïques très colorées, signe de la grande prospérité de la cité punique à l'époque.
Une maison du avait une surface supérieure à , organisée autour d'une cour à portiqueFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 35..
Les archéologues ont pu suivre également l'évolution du quartier durant l'époque romaine, le site étant réoccupé seulement un siècle après la destruction de la ville lors de la troisième guerre punique. Les Romains réutilisent alors les installations puniques, puits et citernes ; de même les ruines fournissent le matériau de constructionFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 36.. Il n'y a pas de changement dans le quartier jusqu'à la fin de l'époque romaine, sauf les reconstructions à la suite d'un tremblement de terre au et la restauration suivant la reconquête byzantineFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 37..
Les éléments d'un égout romain sont également visibles, tout comme des éléments romains des « Récapitulatif des travaux des équipes internationales ayant travaillé à Carthage, 1973-1994 », La Tunisie : carrefour du monde antique, éd. Faton, Dijon, 1995, p. 119..
Antiquarium
vignette|Fragments architecturaux d'époque punique. gauche|vignette|Vue de l'antiquarium. vignette|Maquette d'un puits d'extraction de grès d'El Haouaria. gauche|vignette|Maquette de la porte de la mer ().
L'antiquarium comprend des fragments d'architecture, colonnes et chapiteaux de grès d'El Haouaria stuccés. En outre, des maquettes sont exposées, qui représentent le site à diverses époques ainsi qu'une maquette d'un puits d'extraction de grès à l'époque punique.
Les deux maquettes concernent l'une le quartier aux , lorsque la muraille était percée par la porte de la merFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 32. et qu'un espace séparait l'habitat de celle-ci, l'autre le quartier au , lorsque la porte a été fermée et que l'habitat s'est rapproché du dispositif de défense et le quartier d'habitation s'est étendu. La maquette du puits d'extraction d'El HaouariaFriedrich Rakob, « L'habitat ancien et le système urbanistique », p. 31. permet de visualiser la façon dont les blocs étaient sortis des carrières.
L'antiquarium comprend en outre des fragments de céramiques découvertes lors des fouilles et des fragments de stucs décoratifs et d'architecture.
Notes et références
Annexes Bibliographie
, Carthage, éd. PUF, Paris, 2007 Azedine Beschaouch, La légende de Carthage, coll. « Découvertes Gallimard / Archéologie » (), éd. Gallimard, Paris, 1993 Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, éd. Les Belles Lettres, Paris, 2006 Abdelmajid Ennabli et Hédi Slim, Carthage le site archéologique, éd. Cérès, Tunis, 1993 Abdelmajid Ennabli, « La campagne internationale de sauvegarde de Carthage : fouilles et recherches archéologiques 1973-1987. Premiers bilans », CRAI, 1987, 131, , (lire en ligne) M'hamed Hassine Fantar, Carthage : approche d'une civilisation, éd. Alif, Tunis, 1993 M'hamed Hassine Fantar, Carthage la cité punique, éd. Cérès, Tunis, 1995 Serge Lancel, Carthage, éd. Fayard, Paris, 1992 Edward Lipinski [sous la dir. de], Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, éd. Brepols, Turnhout, 1992 Friedrich Rakob, « Cartago, la topografía de la ciudad púnica : nuevas investigaciones », Cuadernos de arqueología mediterránea, vol. IV « Cartago Fenicio-Púnica. Las excavaciones Alemanas en Cartago 1975-1997 », 1998, (lire en ligne) Hédi Slim et Nicolas Fauqué, La Tunisie antique : de Hannibal à saint Augustin, éd. Mengès, Paris, 2001 Comité des travaux historiques et scientifiques, Carthage et son territoire dans l'Antiquité : colloque international (tenu à Strasbourg du 5 au 9 avril 1988), éd. du CTHS, Paris, 1990 Collectif, La Tunisie : carrefour du monde antique, éd. Faton, Dijon, 1995 Collectif, Carthage : l'histoire, sa trace et son écho, éd. Association française d'action artistique, Paris, 1995 Collectif, Pour sauver Carthage : exploration et conservation de la cité punique, romaine et byzantine, éd. Unesco/INAA, Paris/Tunis, 1992
Articles connexes Site archéologique de Carthage Carthage punique Tophet de Carthage Ports puniques de Carthage Fontaine aux mille amphores Byrsa
Liens externes
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