Matteo Buttafoco ou comte de Buttafoco (parfois Matthieu et parfois Buttafuoco) est un aristocrate et député corse, capitaine au Régiment Royal Corse puis Maréchal de camp, né le à Vescovato (Corse) et mort le à Bastia (Corse).

Il est à l'origine du Projet de constitution pour la Corse dont il demande la rédaction détaillée à Jean-Jacques Rousseau en 1764. Royaliste et soutenant le rattachement de la Corse à la France, il fut un adversaire politique du jeune Napoléon Bonaparte.

Matteo Buttafoco épouse Maria Anna Gaffori, fille du chef de la résistance corse François Gaffori, le à Corte.

Buttafoco est Colonel du régiment Royal corse (1765), propriétaire de ce régiment (1770), inspecteur du Provincial corse (1772), général de brigade (1781), Maréchal de camp et député de la Noblesse de Corse dans le tiers-état lors des États Généraux en 1789. Il meurt à Bastia, le .

La carrière du militaire D'après M. le baron de Coston, dans Biographie des premières années de Bonaparte, le déroulement de la carrière militaire de Matteo ButtafuocoGraphie du nom utilisée par de Coston aurait été la suivante : En 1764, d'après l'État militaire de la France, M. de Buttafuoco était déjà aide-major du régiment d'infanterie de royal-italien , en garnison à Lille, En 1765, toujours au même poste, il est en garnison à Mézières, En 1766, il est en garnison à Perpignan, En 1767, il est colonel-commandant au régiment d’infanterie de royal-corse , en garnison à Antibes, En 1769, il est en garnison à Fort-Barrault, En 1770, il est de nouveau en garnison à Antibes, En 1771, sous le titre de comte de Buttafuoco, il est colonel-commandant du régiment d’infanterie de son nom, crée sous le , par ordonnance du roi en date du , En 1772, il est colonel-commandant du même régiment à Tarascon, En 1773, il est inspecteur du régiment provincial de l’île de Corse, nouveau nom (ainsi que le ) qu’a pris le régiment de Buttafuoco (d’après l’ordonnance du ), en garnison dans l’île de Corse jusqu'en 1776. En 1776,le régiment est dissous suite aux dispositions de l’ordonnance du . Le , M. le comte de Buttafuoco est nommé maréchal des camps et armées du roi. Le , il était encore porté sur l’État militaire de l’armée ; mais on ne voit pas son nom sur l’Almanach national, qui a paru plus tard.

L'homme politique Dans ce même document, le baron de Coston relate quelques événements qui ont ponctué la carrière politique de Matteo Buttafuoco : En 1789, il est élu député de la noblesse corse aux États-généraux. Le , il se prononce à l’Assemblée nationale pour repousser les prétentions de la république de Gênes sur l’île de Corse, dont les habitants pourraient, s’ils n’étaient pas réunis à la France, se donner aux Russes, qui sont dans la Méditerranée. Le , Salicetti et Buttafuoco déclarent à l’Assemblée nationale qu’il est de toute fausseté que Paoli ait engagé les Corses à se soumettre aux Anglais. Le , une lettre de Buttafuoco et de son collègue Peretti est envoyée à leurs commettants, qui fut imprimée à Bastia et souleva l’indignation des insulaires. Du au , assemblée électorale d’Orezza, pendant laquelle la municipalité d’Ajaccio fait brûler en effigie le général Buttafuoco, l’un des députés aux États-généraux qui avaient protesté contre les innovations révolutionnaires. Le , Buttafuoco dénonce à l’Assemblée nationale Paoli, qu’il accuse de vexations en Corse.

Un projet de Constitution pour la Corse

Personnage clé de l’histoire du corse, il entre à 9 ans, en 1740, dans l’armée de Louis XV à laquelle il doit sa formation. Profondément Paoliste dans sa jeunesse, il est dans les années 1760 l’intermédiaire entre Choiseul et Paoli, considéré comme le chef de la « nation Corse », mais aussi entre ce dernier et Jean-Jacques Rousseau. Pourtant, en 1768, il choisit Versailles et devient la figure du « traître » vis-à-vis des Corses anti-monarchistes. Clé de voûte de la « loi du vainqueur », il sera en 1789 le député de la noblesse insulaire aux États Généraux puis le fer de lance de la contre révolution. En contact étroit avec Jean-Jacques Rousseau, il fut un ardent défenseur des Français lors du rachat de la Corse à Gênes, et son attitude lui fut d'ailleurs reprochée à l'époque par un petit caporal alors inconnu : Napoléon Bonaparte. Mais c'est Buttafoco, et non Paoli comme ce fut parfois dit à l'époque, qui écrit à Rousseau, alors en exil à Môtiers, pour lui proposer de donner une constitution aux Corses.

Réponse de J.-J. Rousseau à M. Buttaffuoco

Deux malentendus grèvent cependant la relation entre les deux hommes : Rousseau n'a pas compris tout de suite les préférences aristocratiques de Buttafuoco et ne les a donc pas honorées dans son projet à forte tendance démocratique. Aussi le plan ne plait pas au peuple corse. D'autre part, Buttafuoco, qui poursuit des activités diplomatiques avec la France et est en liaison avec Choiseul, cache à Rousseau les intentions françaises d'annexer l'île.

paraissent dans les éditions des Œuvres de Rousseau après sa mort. Fut publié également le chapitre Matteo Buttafuoco vu par Mirabeau dans « Aventures en Corse ».

La « Lettre de M. Buonaparte à M. Matteo Buttafoco »

Buttafoco est considéré un temps comme un traître par les Corses car il compose avec les Français. Sa maison est saccagée, brûlée, et sa vie mise à prix. En 1768, il doit se mettre à l'abri de l'armée française.

C'est alors qu'a lieu la publication discrète mais finalement remarquée d'une très violente et désormais célèbre lettre ouverte de Napoléon Bonaparte à Matteo Buttafoco, datée du , où ce dernier est considéré comme un traître et accusé .

Buttafoco, que Jean-Jacques Rousseau tient pour un homme instruit et doué d’esprit, a toujours été d’avis que l’île ne pouvait être une république, que ses ports seraient constamment aux mains des étrangers, que les Corses, entourés de toutes parts, n’avaient dans l’intérieur qu’une liberté de nom, qu’il valait mieux, comme il disait à Paoli, . Aussi, se bat-il en 1768, contre ses compatriotes, sous le drapeau du roi qu'il sert depuis l'âge de neuf ans. Ironiquement, ce sera pourtant lui, quelques années plus tard, qui représentera les Corses aux États généraux, après le 14 juillet 1789.

Notes et références

D'après M. le baron de Coston, dans Biographie des premières années de Bonaparte Voir Google Books, tome second, pages, 117-124, édité à Paris et Valence en 1840.

Voir aussi

Articles connexes Histoire de la Corse Liste des députés des États généraux de 1789, par ordre, bailliage et sénéchaussée Napoléon Bonaparte à l’École royale d’artillerie à Auxonne Le Souper de Beaucaire

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