vignette|Nicolas Sarkozy en 2008. « Casse-toi, pauv' con ! » est une petite phrase prononcée par Nicolas Sarkozy, alors président de la République française, en réponse à une personne refusant sa poignée de main et lui ayant déclaré : « Ah non, touche-moi pas ! Tu me salis ! ». Prononcée lors de sa visite officielle au Salon de l'agriculture le , cette réplique est rapidement devenue virale grâce à la reproduction de l'enregistrement vidéo et à sa diffusion par Internet..
Historique vignette|Entrée du Salon international de l'agriculture de Paris. Alors qu'il visite le Salon de l'agriculture le , Nicolas Sarkozy serre de nombreuses mains dans l'assistance. Un homme non identifié refuse sa poignée de main en disant « Ah non, touche-moi pas ! ». Nicolas Sarkozy réplique une première fois par « Casse-toi alors ! », puis, après que l'individu a rajouté « Tu me salis ! », par « Casse-toi alors, pauv' con va ! », tout en continuant son chemin. Stéphane Puccini et François-Luc Doyez, journalistes d'un collectif de pigistes Youpress, sont présents et filment la scène. Le jour même, ils proposent la vidéo au journal Le Parisien qui accepte de la mettre en ligne sur son site Internet où elle rencontre un succès immédiat. Elle est également vendue à l'Associated Press dès le lendemain et est largement diffusée sur la chaîne américaine d'informations CNN. Au nom du droit de citation, les grandes chaînes de télévision françaises (TF1, France 2 et Canal+) diffusent la vidéo dans leurs journaux, non sans demander, pour TF1, l'autorisation à l'Élysée. Puis, elle est déposée par des internautes sur les sites de partage de vidéos YouTube et Dailymotion. Le succès est tel que le collectif Youpress renégocie les termes du contrat avec Le Parisien.
Très rapidement, cette phrase est commentée, un enseignant pointant par exemple dans Le Monde une « faute professionnelle » pédagogique du PrésidentLa faute professionnelle du Président de la République par Christophe Brun, Le Monde, 27 février 2008, les opposants à Nicolas Sarkozy y voyant un manque de sang-froid incompatible avec la fonction de président, et ses partisans une réaction naturelle d'homme agressé. Certains observateurs font remarquer que cet incident fait suite à un épisode opposant Nicolas Sarkozy à un marin-pêcheur qui l'interpellait sur le port de Guilvinec, le .
L'UMP par l'entremise de son porte-parole Yves Jégo y voit , considérant la réaction de ce dernier comme une « réaction humaine ».
Nicolas Sarkozy, quant à lui, a tout d'abord assumé pleinement ses propos, déclarant : , estimant cependant au surlendemain de son altercation verbale qu'il aurait . En 2016, dans son livre La France pour la vie, Nicolas Sarkozy considère qu'en se situant au niveau de son interlocuteur il a .
En 2020, dans son livre Le Temps des tempêtes qui décrit les deux premières années de son quinquennat, Nicolas Sarkozy évoque à nouveau sa célèbre apostrophe. Il se reproche d'avoir été grossier, d'être tombé dans un « piège de débutant », « C'était entièrement de ma faute », écrit-il.
Retentissement européen
À la suite de la diffusion de la vidéo, de nombreux blogs reprennent les mots « pauvre con », et de nombreux groupes Facebook sont créés. L'expression se voit largement diffusée sur Internet et a un retentissement d'ampleur européenne, de nombreux internautes étrangers s'interrogeant sur la meilleure traduction de « pauvre con » dans leur langue natale.
Dans un article du quotidien du Monde, en date du , Éric Azan montre, à l'aide de nombreuses réactions, la stupeur et la perplexité des médias étrangers face à l’expression incriminée :
(« Alors, tire-toi, misérable imbécile ») dans Die Welt., (« Alors, tire-toi, idiot ») dans Der Spiegel., (« Alors, tire-toi, connard ») dans Der Tagesspiegel. et Der Stern., Silvio Berlusconi ayant déjà employé l’insulte « con » () en 2006, lors de sa campagne électorale. Cf. Eric Azan, (« Va-t’en, va-t’en, alors, pauvre couillon ») dans La Stampa, (« Alors, dégage, pauvre crétin ! ») dans l’International Herald Tribune, (« Alors casse-toi, espèce d'idiot, casse-toi ! ») sur la BBC , (« Dégage, abruti de salaud ») dépêche de l’AFP en langue anglaise, (« Taille-toi, pauvre con ») dans le journal argentin Clarín, (« Tire-toi, pauvre imbécile ! ») dans El País., (« Tire-toi, pauvre con ! ») dans Ta Néa..
Enfin, à l'issue de cette recension, Éric Azan propose une traduction de l'expression en polonais : « » (« Va te faire foutre, mec! »), tournure déjà employée le par Lech Kaczyński à l'encontre de l'un de ses concitoyens alors qu'il était maire de Varsovie.
Réutilisation politique et populaire thumb|Autocollant du Parti de gauche dans une rue de Paris, en juillet 2010.
La formule est utilisée par un parti politique et est reprise comme un slogan lors des manifestations.
Lors d'une visite de Nicolas Sarkozy à Laval, Hervé Eon, un citoyen qui dit s'opposer à la politique du président, a brandi une pancarte avec le slogan « Casse-toi, pov' con ». Il est interpellé par la police, et le ministère public le poursuit devant le tribunal correctionnel du lieu qui le condamne pour offense au chef de l'État (art. 23 et 26 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse) et non pour diffamation ou insulte (art. 30 ou 33 de la même loi) Maître Eolas, Casse-toi, pov'délit, 8 septembre 2008. . La cour d'appel d'Angers confirme la condamnation pour offense au président de la République et la peine symbolique d'amende de avec sursisarticle d'Arnaud Wajdzik dans Ouest-France http://www.laval.maville.com/actu/actudet_-La-replique-celebre-de-Sarkozy-est-une-offense_dep-872207_actu.Htm. Son pourvoi en cassation est ensuite rejeté mais le la Cour européenne des droits de l'homme condamne à son tour la France dans cette affaire, estimant que le recours à une sanction pénale était disproportionné pour une critique de nature politique. Le délit d'offense au chef de l'État est finalement abrogé en « Le délit d'offense au chef de l'État abrogé, Le Monde avec AFP et Reuters, 15 avril 2013.
À la suite de cette affaire, le Parti de gauche édite des autocollants et des affiches « Casse toi, pov'con », mais portant l'inscription « Et c'est Nicolas Sarkozy qui le dit ! » (sans doute pour éviter le même genre de conséquences), et qui sont distribuées lors des grandes manifestations et mis en vente sur son site.
La phrase est également utilisée comme thème de plusieurs chansons. De nombreux produits dérivés comme des badges et teeshirts affichent cette phrase. Une truie nommée Casse-toi pov' con est refusée lors de la préinscription au Salon international de l'agriculture édition 2009 et est renommée d'autorité « Camomille », les organisateurs estimant qu'« on ne fait pas de politique au Salon de l'agriculture ».
En , un enseignant français du Caire souhaitant manifester son soutien aux révoltés de la place Tahrir lors de la Révolution égyptienne de 2011 brandit une pancarte « Casse-toi, pauvre con ». Il est rapatrié en France et sanctionné pour « manquement au devoir de réserve »..
En , la maison d'édition de jeu de société Cocktailgames édite « Casse-toi pov' con » qui s'inspire de la phrase de Nicolas Sarkozy. Ce jeu, conçu par Ludovic Maublanc, a été illustré par Martin Vidberg.
Le , Rue89 base son poisson d'avril sur le fait divers, affirmant fausses preuves à l’appui que le « Casse-toi, pauv' con ! » résultait d’un plan de communication de l’Élysée qui aurait mal tourné.
En , à l'occasion de la visite du président Sarkozy à La Réunion, un manifestant lui adresse la phrase suivante : « Casse-toi pôv' con, on va te faire la mort dans les urnes », au sortir de l'aérogare de l'aéroport Roland-Garros. Cette invective sera très médiatisée et fera notamment la une du JT de 13 h de TF1 le jour-même. Ce manifestant, proche du NPAR (la branche locale du parti d'Olivier Besancenot, le NPA), sera condamné à 800 € d'amende., dont 400 € avec sursis au terme d'une garde à vue et d'une composition pénale.. alt=|vignette|Convocation pour outrage au président Sarkozy - sept. 2012. En , un jeune homme adresse un « Casse-toi pauv' con ! » au ministre Emmanuel Macron. Il est interpellé puis soumis à un contrôle de police et sera jugé pour outrage« Laval. "Casse toi pauv'con" à Macron : un jeune devant la justice », Ouest-France, 5 août 2016..
Inspiration littéraire, journalistique, musicale et cinématographique L'identité du visiteur du salon de l'agriculture restant inconnue, un éditeur, Jean-Jacques Reboux, décide de créer un personnage, Fernand Buron, sur le site communautaire Facebook ainsi qu'un blog personnel pour exploiter cette réplique. Il récidive en , annonçant la sortie d'un livre sur l'évènement écrit par Fernand BuronCamille Polloni, Sarkozy et le Salon de l’Agriculture: Fernand Buron nous prend pour des pov’cons, sur lesinrocks.com, 15 février 2011.. Fernand Buron n'ayant pas d'existence réelle, il apparaît que c'est un canular organisé par Jean-Jacques Reboux qui, chaque année à l'occasion du Salon de l'agriculture, relance la presse sur le sujet. Le petit livre est toutefois mis en venteFernand Buron, Casse-toi pov'con !, éditions Après la Lune - ..
La phrase est désormais l'objet d'une source d'inspiration littéraire. Ainsi, l'ex-juge d'instruction Laurent Leguévaque et le journaliste Frédéric Mazé, dans leur ouvrage SMSF. Mazé et L. Léguevaque, SMS. Sa Majesté Sarkozy, Ginkgo éditeur, Paris, illust. P. L'Hermitte, 2009, 100 p., voient dans le moment de l'énonciation publique de l'expression un basculement. Le chapitre II, intitulé « La vie quotidienne des Français en s.m.s. »Idem, 17-25., s'en trouverait modifiée : « […] Tandis qu'après le casse-toi pauvre con présidentiel, les s.m.s. durcissent le ton. »Idem, 20..
On retrouve cette phrase dans le thriller d'Éric Giacometti et Jacques Ravenne La Croix des Assassins paru en 2008. Page 112, Anaïs dit au héros "Casse-toi, pauvre con !".
La phrase est également utilisée dans le film de François Ozon Potiche (2010), ainsi notamment que « Travailler plus pour gagner plus », autre citation notoire de Nicolas Sarkozy.
On la trouve aussi dans le tome 3 de la bande dessinée Freaks' Squeele, adressée au directeur de l'université par un élève, page 47Freaks' Squeele, Tome 3 : Le Tango de la Mort.
Le rappeur Tum Sally réalise un vidéoclip viral pour son single « Casse-toi pauvre con ! ». Victime de son succès il est signé sur la maison de disque Cyber Productions et publié en .. Le deuxième titre de ce single s'intitule « J'ai changé » mettant en scène le discours de repentance et de réhabilitation d'un politicien confessant ses péchés.
Les détournements de la réplique sont nombreux, par exemple Casse-toi, pauvre conne !, titre d'un recueil de nouvelles publié en 2008Dominique Drouin, Casse-toi, pauvre conne !, auto-édition, 2008 - ..
Le , le quotidien Libération fait une allusion à la phrase prononcée par l'ancien Président de la République en consacrant sa une à Bernard Arnault, avec ce gros titre « Casse-toi riche con ! », après les révélations sur les démarches entreprises par le président de LVMH pour obtenir la nationalité belge.
Analyse sociolinguistique Le , dans son blog Technologie du langage, le professeur Jean Véronis revenait sur un questionnement, inspiré quelque temps auparavant par un journaliste, à propos de « l'Art du dérapage » en politique, le journaliste faisant alors référence « à la longue liste des excès sarkoziens, Casse-toi pauvre con en tête »Article du blog cité.