vignette|Manifestation de la "march for life" de 2008. Dans le judaïsme, les positions sur l'avortement sont tirées principalement de l'étude légale et éthique de la Bible hébraïque, du Talmud, et des décisions cas par cas des responsa et de la littérature rabbinique. De nos jours, l'opinion juive non-orthodoxe sur l'avortement prend en compte l'idée libérale de choix personnel ainsi que l'opposition chrétienne à l'avortement: Sinclair Jakobovits. D'une façon générale, les Juifs orthodoxes s'opposent à l'avortement, avec quelques exceptions relatives à la santé de la mère, tandis que les Juifs traditionalistes et les Juifs libéraux tendent à être plus flexibles en ce qui concerne les motifs pour l'avortement.

En Israël, le droit à l'avortement est légalisé depuis 1977 et la loi est mise à jour en 2014 pour faciliter l'accès aux services d'avortement financés par l'État, pour les femmes de toute origine.

Littérature rabbinique La Torah dit peu de chose concernant le statut ou le traitement de l'embryon ou du fœtus. On ne trouve qu'une seule loi biblique importante concernant l'avortement. Dans le Livre de l'Exode, 21:22-23, il est dit: Si des hommes se querellent, et qu’un d'entre eux heurte une femme enceinte, provoquant une fausse-couche, mais sans autre préjudice, le responsable sera puni d’une amende imposée par le mari de la femme, qu’il devra payer devant les juges. Mais s’il y a d'autres conséquences (pour la femme), la peine sera alors le prix d'une vie pour la vie, le prix d'un œil pour un œil, le prix d'une dent pour une dent, le prix d'une main pour la main, le prix d'un pied pour un pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. D'après l'exégèse juive de la Bible, cette loi interdit de supprimer un embryon, que ce soit intentionnellement ou non, mais un tel avortement n'est pas considéré comme un meurtre. L'avortement est considéré comme une forme de dommage sujet à une compensation monétaire. À l'opposé, la mort de la mère, est quant à elle bien un meurtre: Feldman; page: 255; sur Mekhiltam Nezikin chap 8..

Il faut noter que les chrétiens diverses traductions parmi lesquelles : Lorsque des hommes se battent, et qu'ils heurtent une femme enceinte, s'ils la font accoucher, sans autre accident, le coupable sera passible d'une amende que lui imposera le mari de la femme, et qu'il paiera selon la décision des juges. Mais s'il y a un accident, tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.Il faut aussi noter aussi que les pères de l'église mais aussi de nombreux juifs utilisaient la Bible de la Septante dont la traduction est encore différente et qui se rapproche de la pensée gréco-romaine antique considérant l'embryon avant d'être animé/formé comme non humain (une amende suffit) et l'embryon une fois formé (fœtus) comme humain (implique la loi du Talion) :

Judaïsme rabbinique

Dans le courant principal du judaïsme rabbinique, le verset de la Bible n'est qu'un des textes clés qui ont justifié l'interdiction rabbinique ultérieure de l'avortement, bien que non considéré comme un meurtre. En se fondant sur ce verset, la loi rabbinique ou halakha approuve l'avortement dans certaines circonstances, spécialement pour raison médicale. Dans le principe, le judaïsme ne considère pas le fœtus comme un être humain intégral. Bien que le fait de tuer un enfant d'un jour soit considéré comme un meurtre, suivant la Mishnah, supprimer un fœtus n'est pas considéré comme un strict homicide: Schiff page: 27 d'après Niddah 5:3. En étudiant les lois bibliques de l'homicide, les rabbins en ont conclu que l'homicide ne concerne qu'un être humain animé (nefesh adam d'après Lévitique 24:17), mais pas un embryon, car l'embryon n'est pas une personne (lav nefesh hu): Pour les sources rabbiniques, voir Feldman, pages: 254 et suivantes; notes: 17-19.

Un texte important de la loi rabbinique donne le statut du fœtus. La Mishna indique explicitement que l'on peut pratiquer un avortement si la grossesse peut mettre en danger la vie de la mère. Si une femme a un accouchement difficile, on peut supprimer le fœtus dans l'utérus et le sortir membre par membre, car sa vie vient avant celle du fœtus. Mais si la plus grande partie de l'enfant est déjà « avancée », on ne peut pas tuer une personne dans le but d'en sauver une autreTaharot (puretés): Ohalot 7:8.

Selon ce texte, l'avortement peut avoir lieu jusqu'au point de yatza rubo (רֻבּוֹ יָצָא), c'est-à-dire que la plus grande partie de l'enfant soit "avancée"Ohalot 7:6. Les commentateurs interprètent cette expression de deux façons possibles, soit en se référant au temps écoulé d'une demi période de gestation (quatre mois et demi), soit littéralement à l'émergence de la majorité du corps de l'enfant pendant l'accouchement.

Dans la loi talmudique, un embryon n'est pas considéré comme une personne entièrement viable (bar kayyama), mais plutôt comme un être de "viabilité douteuse" (Niddah 44b). Ainsi, par exemple, les rites de deuil juifs ne s'appliquent pas pour un enfant non né. L'embryon est considéré comme un appendice de la mère (ubar yerekh 'imo Hullin 58a) pour toutes les lois concernant la propriété, la conversion maternelle ou la pureté<ref>: Feldman page: 253, qui cite aussi Y.K. Miklishanski dans "Mishpat ha-Ubar" dans le Publication en l'honneur du jubilé de Simon Federbush; Jérusalem; 1961, pages: 251-260</ref>. Dans un langage plus évocateur, le Talmud énonce dans un passage sur les règles sacerdotales que le fœtus "est considéré n'être simplement que de l'eau" jusqu'au quarantième jour: Schiff; page: 33.

Les autorités ultérieures se sont divisées pour savoir comment définir que le risque couru par une femme justifie un avortement, et à partir de quand le fœtus peut être considéré posséder une âme, ce qui implique alors qu'une vie ne peut pas prendre préséance sur une autre. Un avortement, si nécessaire doit être pratiqué avant la quarantième jour, quand le fœtus est encore considéré comme « simplement de l'eau »Talmud de Babylone ; Nachim; Yévamot 69b.

Judaïsme médiéval et pré-moderne Après la période talmudique, les positions du judaïsme sur l'avortement deviennent plus précises, plus diverses au fur et à mesure de l'expansion de la littérature rabbinique et du développement de la philosophie juive. Moïse Maïmonide, notamment, justifie dans certains cas l'avortement non pas parce que le fœtus est moins qu'un nefesh (être humain) comme le définit le Talmud, mais plutôt par le principe du rodef ou du poursuivant, qui permet de tuer préventivement quelqu'un s'apprêtant à tuer une personne. Schiff soutient que la position de Maïmonide est « sans précédent » et « sans aucun doute, cette position non exprimée auparavant, a eu des ramifications potentielles dramatiques pour la définition des paramètres autorisant l'avortement. »: Schiff; page: 60.

Une autre raison pour interdire l'avortement se trouve dans les commentaires du Talmud appelés Tossefot. Les Tossefot soutiennent que l'avortement est interdit aux Juifs selon les lois noahides car il est interdit aux non-Juifs: « Un Gentil est coupable pour la mort d'un fœtus, tandis qu'un Juif n'est pas autorisé à causer sa mort, mais n'est pas coupableTossefot sur le Sanhedrin 59a, traduction en anglais par Schiff; page :62 ». Ici les Tossefot suivent la logique que les Juifs ne sont pas autorisés à faire des actes interdits aux Gentils, bien que la punition théorique pour ces violations ne s’applique qu’aux Gentils: Eisenberg compare l’interdiction, sans punition, au statut de treifah.. En se fondant sur une telle logique réciproque, les Tossefot affirment aussi que, puisque les Juifs sont autorisés à pratiquer des avortements thérapeutiques pour préserver la vie de la mère, alors les lois noahides pareillement permettent aux non-Juifs de pratiquer des avortements thérapeutiques. Compte tenu de cette concordance, la loi rabbinique interdit aux Juifs d’aider des Gentils à pratiquer des avortements interdits, pour lesquels les Gentils risqueraient d’être coupables de meurtre: Feldman ; page : 260 citant le talmudiste Joseph Trani: Responsa Maharit I:97 et I:99.. En regardant les lois noahides comme une éthique universelle, Sinclair déclare : « Il est évident que la halakha dans le domaine du fœticide obéit à une combinaison de doctrines légales et de principes moraux: Sinclair ; pages : 44 et suivantes. ». Cependant le texte des Tossefot qui utilise les lois noahides pour interdire l’avortement est parfois remis en question. Comme le souligne Feldman, un texte contradictoire des Tossefot (Niddah 44b) apparemment permet le fœticide: Feldman ; page: 262.

Les spécialistes des lois talmudiques et rabbiniques médiévales font remarquer que derrière l'opposition juive et catholique à l'avortement, existe une différence importante entre les théologies. Après avoir analysé l'opposition chrétienne à l'avortement, Immanuel Jakobovits écrit dans la revue Jewish Medical Ethics : « Dans la loi juive, le droit de détruire un fruit humain avant la naissance est absolument sans rapport avec des considérations théologiques. Ni la question de l'âme avant la naissance, ni la question du salut après la mort, n'ont une quelconque influence sur le sujet ». Bien que les règles halachiques contribuent fermement à la protection de l'enfant non-né, il ajoute que : « aucune de ces règles ne prouvent nécessairement que le fœtus jouit d'une inviolabilité humaine ». À l'opposé de l'approche néoplatonique et chrétienne, la pensée talmudique, en outre, « ne fait aucune distinction légale entre les fœtus formés ou non-formés: Jakobovits; pages: 182 et suivantes ». Feldman, de même, établit une comparaison emphatique : «…tandis que la position chrétienne sur l'avortement a élevé le niveau moral de la civilisation occidentale dans ce domaine, en sensibilisant l'humanité à un plus grand respect de la vie, elle inclut manifestement, en même temps, des postulats théologiques que la communauté juive ne peut pas partager». Feldman indique aussi que le débat talmudique pour savoir si l'âme acquiert l’immortalité à la conception ou à un stade ultérieur, n'a qu’une faible corrélation avec la protection halachique du fœtus, car en l'absence d'une doctrine du péché originel, « l'avortement n'interfère pas avec les droits d'immortalité ou la destinée du fœtus: Feldman; page:271 et 274; Schiff; pages: 41 et suivantes ».

Dans le Choulhan Aroukh, compilation de toutes les lois énoncées par le Talmud, l'avortement thérapeutique est autorisé. Joshua Falk, un éminent talmudiste et halakhiste du , explique que l'avortement ne met pas en balance une vie contre une autre, car l'embryon « n'est pas une personne » avant la naissance: Feldman; page: 256 concernant le Me'irat Eynayim de Joshua Falk . Un avortement ordinaire n'est qu'une violation de la loi civile ou monétaire, tel que le précise entre autres Yehezqel Landau au : Feldman; page: 256 sur Noda bi-Yehudah II:HM 59.