Dubai ou DoubaïTerme recommandé par la Commission d'enrichissement de la langue française, et publié au Journal officiel de la République française le 24 septembre 2008. () est un émirat des Émirats arabes unis dont la capitale est la ville éponyme Dubaï. On désigne les habitants de l'émirat sous le gentilé de .

Fondés au , l'émirat et le bourg prennent de l'importance en participant à la création des États de la Trêve () en 1853 puis des Émirats arabes unis actuels en 1971 dont l'émir de Dubaï assure la vice-présidence. Bourg modeste et isolé du monde qui vit essentiellement de la pêche à la perle à la fin du , Dubaï vit une période difficile pendant l'entre-deux-guerres, avant d'entrer de plein fouet dans la modernité dans la deuxième partie du .

Située sur la côte sud-est du golfe Persique, Dubaï est une ville mondiale et le centre des affaires du Moyen-Orient. La découverte du pétrole en 1930 a bouleversé les Émirats arabes unis. C'est également un important centre mondial de transport de passagers et de fret. Les recettes pétrolières ont permis d’accélérer le développement de la ville, qui était déjà un pôle commercial important. Avec , c'est le deuxième émirat pour ce qui est de la superficie, après Abu Dhabi. Ouvert sur le golfe Persique et situé entre les émirats de Charjah au nord-est et d'Abu Dhabi au sud-ouest, la majeure partie du territoire est occupée par le désert du Rub al-Khali. La petite enclave de Hatta est sise dans les montagnes sur la frontière avec le sultanat d'Oman.

L'essentiel de la population urbaine de l'émirat est concentré dans la ville de Dubaï, la capitale de l'émirat, auxquelles les agglomérations de Charjah et d'Ajman sont associées dans une vaste conurbation, bien que ces deux dernières villes soient capitales d'émirats distincts.

Quoique n'étant ni l'émirat le plus grand ni celui hébergeant la capitale, Dubaï est le plus peuplé et le plus connu des sept émirats qui composent la fédération. Cette renommée est due à la médiatisation des projets touristiques construits dans sa capitale, comme l'hôtel Burj al-Arab, le plus luxueux de Dubaï, au gigantisme des projets immobiliers comme Palm Islands, presqu'île artificielle en forme de palmier, la Dubaï Marina à l'architecture particulière et démesurée, sans oublier l'immeuble le plus haut du monde, le Burj Khalifa. Ces projets, revendiqués par le gouvernement, sont présentés comme étant un moyen de devenir d'ici quelques années la première destination mondiale du tourisme de luxe et de devenir l'un des pôles mondiaux du tourisme (familial, d'affaires, commercial). D’ailleurs, des personnes du monde entier y vivent pour le travail ou pour le plaisir.

Toponymie Dubaï peut aussi s'orthographier Doubaï , notamment en français canadien.

En arabe, le nom de la ville et de l'émirat est , .

Selon Ahmad Mohammad Obaid, poète et écrivain, Dubaï est un toponyme qui est bien d'origine arabe et non persane comme le soutiennent d'autres chercheurs . Il se base sur le fait que le site de la ville est occupé par les Arabes avant sa fondation et que ces derniers ont toujours nommé les endroits sans toponymes qu'ils occupaient. Dubaï proviendrait ainsi de qui désigne les jeunes criquets, un proverbe arabe racontant qu'« ils sont arrivés à Dubaï avec des dabas ». Ce mot provient lui-même de qui signifie « ramper » pour les criquets mais aussi pour les serpents ou encore les cours d'eau descendant des montagnes. Une autre origine serait une déformation du mot qui désigne les abeilles et dont le diminutif est .

Cette étymologie est incertaine, l'histoire des émirats se faisant autrefois par tradition orale. Ainsi, l'une de ces traditions mentionne une femme vivant sur le site et s'appelant Dubaa.

Histoire

vignette|Le fort d'Al Fahidi, construit en 1799, est le plus ancien monument de Dubaï encore sur pied. La première mention du site de Dubaï remonte au Livre de géographie de l'Andalou Al-Bakri au . Localisé dans une des régions les plus inhospitalières d'Arabie, le port de Dubaï demeure longtemps éclipsé par ses voisins, notamment Charjah et Ras el Khaïmah, au nord-est et près du détroit d'Ormuz, et Abou Dabi, au sud-ouest. En 1580, le marchand vénitien Gaspero Balbi, en voyage dans la région, évoque Dibei, bourgade qu'il associe à la pêche aux perles, et probablement composée uniquement de quelques huttes barasti. Celle-ci demeure l'activité principale des habitants de la région, avec l'agriculture vivrière. Jusqu'à la fin du , Dubaï est insignifiant en comparaison des autres ports précités, de même qu'en comparaison avec Sohar (Oman), Ormuz, Bandar Lengeh (Iran), Dibba et Khor Fakkan (mer Arabique)..

L'arrivée de la tribu bédouine des Bani Yas dans la région a lieu en 1799, avec à leur tête Al-Abu Falasa. Elle fuit alors les Wahhabites du Nejd qui étendaient leur territoire. Ils poursuivent les activités de pêche, notamment de perles, bénéficiant du port naturel formé par la crique de Dubaï. Selon un témoignage du lieutenant britannique Cogan, en 1822, le bourg de Dubaï hébergeait alors âmes, plus des chèvres et des chameaux.

Connus sous le nom de « Côte des Pirates » par les Britanniques, Dubaï et les émirats voisins signent un traité de paix (le General Maritime Treaty) le avec le Royaume-Uni. Une tentative de prise de Dubaï par les Qawasim, des marins marchands et des pirates basés à Ras el Khaïmah, Charjah et Bandar Lengeh, avorta. Les Qawasim, alors largement plus puissants que les Bani Yas de Dubaï et d'Abou Dabi, furent écrasés par les Britanniques, avec notamment l'attaque de Ras Al-Khaimah en 1819 appuyée par la frégate HMS Liverpool. Certains historiens affirment que ces attaques furent une réponse à la piraterie ; des travaux plus récents tendent à montrer qu'elles furent en fait une réponse de la East India Company à la concurrence des Qawasim. La présence militaire britannique (avant d'être remplacée par les Américains) dans le Golfe date de ces jours.

En 1833, à la suite d'une dispute tribale qui eut lieu dans l'oasis de Liwa, foyer des Bani Yas, durant laquelle le Sheikh Tanun fut assassiné par son frère Khalifa qui réprima ensuite durement les velléités de résistance, 800 Bédouins de la famille Al Bu Falah fuirent Liwa et vinrent s'installer à Dubaï. Ils doublèrent la population de la ville, tandis que deux sheiks de la famille, Obaid bin Said et Maktoum bin Buti, proclamèrent la création de l'émirat de Dubaï, indépendant d'Abou Dhabi et de ses gouverneurs al-Nahyan. Les Britanniques reconnurent l'autorité de la famille Al Maktoum, qui gouverne depuis Dubaï. La « démocratie tribale » instable et conflictuelle était remplacée par une monarchie héréditaire qui perdure jusqu'à aujourd'hui. Sheikh Obaid bientôt mort, le Sheikh Maktoum bin Buti gouverna Dubaï jusqu'à sa mort en 1852, suivi de son frère (mort en 1859), puis de son neveu (mort en 1886), de son frère (1894), puis de Sheikh Maktoum bin Hasher (mort en 1906), remplacé par son cousin Sheikh Buti bin Suhail (mort en 1912). Fait exceptionnel dans les EAU, tous ces cheiks sont morts de mort naturelle, alors qu'assassinats et révolutions de palais étaient courants à Abou Dabi, à Sharjah et ailleurs. Une rivalité s'instaure alors entre les émirats de Dubaï et d'Abou Dabi.

En 1835, Dubaï et les autres États de la « Côte des Pirates » signèrent une trêve maritime avec le Royaume-Uni et une « Trêve maritime perpétuelle » en 1853, ce qui fit rebaptiser la région « États de la Trêve » (Trucial States en anglais). En 1892, Dubaï se place sous la protection (officieusement un protectorat) du Royaume-Uni par un accord d'exclusivité qui chasse l'influence ottomane de la région. Le protectorat est un temps rattaché au Raj britannique avant d'en être séparé.

De la pêche aux perles à la Grande Dépression

Contrairement à leurs voisins, les dirigeants de Dubaï encouragèrent le commerce et de nombreux marchands étrangers, venant principalement d'Inde, s'installèrent dans la ville, qui resta essentiellement connue pour ses exportations de perles jusque dans les années 1930. La perle représentait 95 % de l'économie des pays du Golfe au début du , navires avec chacun 15 à 80 matelots ; un quart de ces navires partait du port de Dubaï. En 1905, le Royaume-Uni annonça que la pêche aux perles deviendrait un monopole des pays du Golfe, mais son commerce ne pouvait se faire qu'à destination du Raj britannique. Par ailleurs, Londres interdit l'usage de technologies modernes pour la pêche, au motif officiel de préserver le mode de vie traditionnel. La perle fit véritablement exploser Dubaï : alors qu'avant 1901, les navires britanniques ne passaient pas plus de cinq fois par an par Dubaï, deux ans plus tard le port était devenu une destination fréquente des navires à vapeur. En 1922, les émirs signèrent une licence exclusive, pour l'exploration pétrolière, avec le Royaume-Uni, qui était déjà chargé des affaires étrangères des émirats depuis 1892.

De plus, le Sheikh Rashid bin Maktoum inaugura la marque de fabrique de Dubaï, en invitant les marchands Qawasim de Bandar Lengeh à fuir les taxes imposées par le régime iranien en venant s'installer à Dubaï, dans ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui une zone de libre-échange. En 1908, Arabes, Perses, Indiens et Baloutches vivaient ainsi à Dubaï, accompagnés de , 400 magasins dans deux bazaars, et plus de 400 embarcations maritimes. La ville s'agrandit au-delà de ses murailles faites de boue séchée. Le Sheikh Maktoum régnait depuis son palais avec l'appui de centaines de Bédouins armés de fusils. Les Iraniens construisirent le quartier de Bastakiya, nommé d'après la ville de Bastak, et caractérisé par une nouvelle technologie pour Dubaï : les badgirs, ou tours du vent, destinés à rafraîchir les intérieurs. Rapidement, Dubaï devint un port et plate-forme de commerce ré-exportant vers d'autres ports ou des oasis et dépassant bientôt Sharjah, Ras Al-Kaimah et Bandar Lengeh, qui n'a jamais récupéré de cet épisode. Les Iraniens constituent aujourd'hui l'une des populations les plus importantes de Dubaï, lequel est l'un des plus gros partenaires commerciaux de l'Iran.

La Grande Dépression, couplée à l'avènement de la perliculture, mit une fin brutale à ce modèle de développement fondée sur la mono-exportation. La famine toucha Dubaï, durement affecté jusqu'en 1945 ; les rares écoles ouvertes fermèrent, les professeurs fuirent le pays. Les habitants en étaient réduits à un régime de dattes, lait de chamelle et de criquets. Les esclaves furent vendus ou/et émancipés, leurs maîtres ne pouvant plus subvenir à leurs besoins. C'est aussi dans les années 1930 que Dubaï obtint une rente économique en servant de piste d'atterrissage pour les vols d'Imperial Airways ( par mois, soit environ de l'époque : une somme très modeste pour les Britanniques, conséquente dans le Dubaï ruiné de ces années). En 1937, un contrat exclusif fut signé avec Petroleum Development, d'une durée de , lui donnant des droits exclusifs de recherche en échange de annuelles de royalties (soit environ ). vignette|gauche|redresse|Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, émir de Dubai. Le sheikh Saïd bin Maktoum bin Hasher Al Maktoum, au pouvoir de 1912 à 1958, fit l'objet d'un putsch éphémère en 1929, son cousin Mani bin Rashid tentant de l'évincer. Cette tentative échoua, entre autres en raison de l'absence de soutien britannique pour les comploteurs. En 1934, le sheikh fit l'objet d'une tentative d'assassinat, à la suite de laquelle il fit appel aux Britanniques, qui firent vrombir leurs avions au-dessus de la ville.