Une capitelle (en languedocien capitèlo)Dans son Dictionnaire occitan-français d'après les parlers languedociens (nouvelle édition, Toulouse, Institut d'études occitanes, 1977), Louis Alibert donne capitèla, . est une cabane en pierre sèche, c’est-à-dire sans mortier, servant autrefois d'abri temporaire à de petits propriétaires, à leurs outils et à leurs produits agricoles dans les anciennes garrigues des villes du département du Gard. Cette appellation vernaculaire, à l'origine strictement nîmoise, a été reprise, dans le courant du , par des érudits étudiant de semblables constructions dans les départements voisins.
Origines du terme Au , Pierre Augustin Boissier de Sauvages dans son Dictionnaire languedocien-françois donne l'orthographe languedocienne et la définition suivante :
Au , Frédéric Mistral dans son dictionnaire provençal-français, Lou Trésor dou Félibrige donne l'orthographe provençale et la définition suivante :
À la même époque, Maximin d'Hombres et Gratien Charvet dans leur Dictionnaire languedocien-français donnent l'orthographe languedocienne et la définition suivante :
Pour les historiens, le terme désigne une cabane de vigne édifiée par un membre du petit peuple des villes gardoises dans une parcelle conquise sur la garrigue péri-urbaine, aux , et s. Il figure dans des documents d'archives aux Cf Christian Lassure et Dominique Repérant, Cabanes en pierre sèche de France, Edisud, 2004. : Testament de Guillaume Amalric, « laboureur » à Moussac (Uzège), datant de 1630 (sous le règne de Louis XIII) : il y est question d'une « cappitelle ». Récit de l'arrestation par Jacques Durinam, lieutenant de compagnie, de religionnaires réunis pour une assemblée du Désert dans une vigne du côté du chemin d'Allais (Alès) en 1686 : il y est fait état d'une « caverne bastie à pierre sèche, vulgairement appelée capitelle ». Jugement rendu le par Louis de Bernage, intendant de la Province du Languedoc, toujours en rapport avec une assemblée du Désert : il y est fait mention d'« une Hute battie à pierre seiche, appelée vulgairement Capitelle ». Description (dessins à l'appui) par Novy de Caveyrac en 1743, d'une assemblée du Désert se tenant dans une « capitelle » à la métairie du four Bourrely, chemin de l'Alouette à Nîmes. Compoix (graphiques) de Nîmes établis entre 1773 et 1786 relevant 600 capitelles situées entre les routes d'Avignon, d'Uzès et d'Alès : les édifices sont figurés en élévation. Il y est question des « Capitelles de Deylaud »; sur le plan No 29, un édifice arbore même la mention « capitèle ».
Évolution terminologique
Aujourd'hui, le terme « capitelle » a gagné l'ensemble du Gard alors que dans certains secteurs le terme local est tout simplement cabane , ainsi dans le Sommiérois, le Vaunage, l'Uzège, le massif des gorges du GardonTerminologie des cabanes en pierre sèche, pierreseche.com.. À Villevieille, Françoise Bornet note l'emploi de « cabane »Françoise Bornet, Les cabanes de Villevieille, 101 capitelles en Languedoc, Lacour, Nîmes, 1992, 98 p.. Il en va de même à Aubais et à Congénies. Dans cette dernière commune, les gens du cru se réfèrent à la « cabane de Marignan », « la cabane de Maurin », « la cabane du Capellan » ou encore la « cabane du Bleu »Patrimoine archéologique, vernaculaire et environnemental à Congénies, sur le site Congénies en Vaunage : histoire et patrimoine, 4 mai 2008..
Sur les causses de Blandas et de Campestre, le terme capitelle toutefois n'est pas attesté : dans les vignes, la cabane du vigneron a pour nom oustalet (de los vignos) (occitan ostalet, « petite maison », « maisonnette »), ainsi à Blandas, Campestre-et-Luc, Rogues, Vissec. On trouve aussi baracou (occitan barracon, « petite baraque ») à Montdardier et Blandas, et des termes décrivant la fonction : remiso (occitan remesa, « remise ») à Montdardier, jasso (occitan jaça, « bergerie ») à VissecAdrienne Durand-Tullou, Les constructions à pierre sèche des causses de Blandas et de Campestre (Gard), dans L'Architecture vernaculaire rurale, t. 4, 1980, , en part. ..
Le mot « capitelle » tend à dépasser les strictes frontières du département du Gard et son emploi se généralise dans la littérature touristique pour désigner la même construction en d'autres départements du Languedoc (Ardèche, Hérault, Aude) et dans le Roussillon (Pyrénées-Orientales). Selon un schéma récurrent, sous l'influence d'érudits locaux, les appellations d'origine sont escamotées au profit d'autres mieux sonnantes et plus valorisantes pour leurs inventeurs : dans l'Hérault, capitelle remplace le français local cabane, caselle, chambrette, caravelle, grange, mas, nichetteAndré Cablat, L'architecture rurale en pierre sèche de l'Hérault : cabanes de bergers, d'agriculteurs et de charbonniers, in L'architecture rurale en pierre sèche, t. 2, 1978, . ; dans les Pyrénées-Orientales, capitelle se substitue au catalan barraca et à sa francisation bar(r)aque. Dans le Lot, un essai d'acclimatation du vocable capitelle a même eu lieu à la fin des années 1960, mais sans lendemain.
Repris par la presse et des officines touristiques soucieuses de valoriser des objets désormais promus au rang de « patrimoine », ces termes inventés restent contestés dans les milieux scientifiques.
Aire d'extension En dehors de la garrigue de Nîmes, ces constructions se rencontrent à Arpaillargues-et-Aureillac, Aubais, Aujargues, Blauzac, sur les causses de Blandas et de Campestre, à Calvisson, au Camp des Garrigues, à Caveirac, Congénies, Cornillon, Deaux, Gajan, Junas, Langlade, Le Pin, Marguerittes, Milhaud, Nages-et-Solorgues, Sommières, Souvignargues, Vers-Pont-du-Gard, Vic-le-Fesq, Villevieille, Uzès, etc. Les communes d'Aubais, d'Aujargues, de Congénies et de Villevieille en comptent chacune plus d'une centaine.
Nîmes Dans la garrigue de Nîmes, Paul Marcelin estime le nombre de capitelles à un millier environ au milieu du , ajoutant qu'on en avait construit jusqu'en 1914. Leur distribution correspond à la distribution des propriétés parcellaires : elles sont ou étaient dans les petits enclos, les grandes surfaces boisées en étant à peu près ou entièrement dépourvuesCf Les capitelles de la garrigue nîmoise, compte rendu de Paul Marcelin, Mystérieuses capitelles ! Étude sur les capitelles de la garrigue nîmoise [Gard] (Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles de Nîmes, t. 52, 1972, ), dans L'Architecture vernaculaire, t. VIII, 1984, .. Maurice Roustan estime à le nombre d'enclos anciennement cultivés. Il y voit au moins trois siècles de culture, de l'olivier d'abord, de la vigne ensuite, et enfin de culture céréalière et maraîchère. La vigne est omniprésente dans les enclos aux et s, époques où les capitelles-cuves ou tines sont construites. Le phylloxéra vers 1875 sonnera le glas de la viticulture nîmoise et l'abandon de la garrigue comme lieu de production agricole. En 2001, un recensement opéré sur les deux cinquièmes de la garrigue a livré enclos encore ceints de murs en pierres et 500 capitelles dont 313 en bon état, 123 en ruine partielle et 64 en ruine totaleMaurice Roustan, Cinq-cents capitelles de la commune de Nîmes (Gard) (version abrégée), in L'Architecture vernaculaire, t. XXV (2001), ..
Caveirac À Caveirac, sur la colline Saint Roch, se trouvent des enclos avec des capitelles et des clapas.
Cornillon alt=Capitelle à Saint-Gély de Cornillon|vignette|300x300px|Capitelle à Saint-Gély de Cornillon (Gard) À Cornillon, sur le hameau de Saint-Gély, on dénombre plusieurs capitelles au cœur des vignes et des oliveraies.
Marguerittes Les collines au nord de Marguerites recèlent les vestiges de 122 cabanes en pierre sèche, dont 30 en bon état, selon un recensement effectué dans les années 1990. Elles se dressaient dans la partie haute ou aux angles de petits enclos de quelques ares, autrefois plantés d'oliviers, de vignes et d'arbres fruitiersRaymond Martin et Bruno Fadat, Les capitelles de la garrigue marguerittoise [Gard], Association pour la sauvegarde du patrimoine de Marguerittes, 1991, 96 p..
Congénies La commune de Congénies possède plus de 110 cabanes en pierre sèche (leur nom vernaculaire est « cabane », et non « capitelle ») d'après un inventaire effectué de 1998 à 1999. Ces cabanes se trouvent aujourd'hui dans les pinèdes et les garrigues qui couvrent les collines autrefois cultivées.
Villevieille Le territoire de la commune s'orne d'abris en pierre sèche construits en molasse calcaire et appelés localement cabanes (avant la vogue du terme nîmois capitelle). Les millésimes gravés dans la pierre permettent de dater ces constructions des et du .
Aubais Dans la commune d'Aubais, 92 cabanes, intactes ou ruinées, ont été recensées. Construites en matériau calcaire, elles sont dans des parcelles privées, sauf deux d'entre elles situées dans les anciens communaux. Elles servaient d'abris temporaires aux agriculteurs lors des travaux des champs et pendant les vendanges et les olivades. Des dates inscrites sur les parois y ont été relevées : 4 du , 22 du et 17 du Claude Bouet, Les cabanes d'Aubais (Gard), polycopié, l'auteur, Aubais, juin 1990, env. 50 p., nombreuses cartes et planches photographiques h. t. (compte rendu dans L'Architecture vernaculaire, t. 15, 1991, ).Aubais (Gard) : Les cabanes en pierres sèches, Série : Témoins de l'architecture de pierre sèche en France, pierreseche.com, 15 octobre 2002..
Langlade L'inventaire des cabanes de la commune de Langlade a permis de dénombrer 74 édifices, dont 58 % dans un état qualifié de « bon » ou de « moyen » et 42 % à l'état de ruines. Les zones à vestiges de pierre sèche de la commune se trouvent sur le versant sud d'une colline. Les cabanes servaient d'abris aux agriculteurs. Elles sont aujourd'hui souvent enfouies dans la garrigue qui a envahi les terres après la destruction de la vigne par le phylloxéraGérard Gory, Les bocages lithiques du Gard. Comparaison entre Nîmes et Langlade [Gard], dans Le point sur la problématique des bocages lithiques, Actes de la journée d'étude du 14 septembre 1994 au Ministère de l'environnement, Paris, rapport polycopié, Ministère de l'environnement - Association « Pierre sèche et patrimoine aubaisien », s. d. (1995), .Langlade (Gard) : Les cabanes en pierres sèches, Série : Témoins de l'architecture de pierre sèche en France, pierreseche.com, 15 octobre 2002..
Fonctions La capitelle est rarement un habitat permanent, c'est plutôt un abri individuel, parfois collectif, destiné à accueillir temporairement des outils (à Nîmes, elle a alors pour nom bouscatieiro), des produits agricoles (raisins, olives) ou des personnes (en cas d'intempéries)Paul Marcelin, Mystérieuses capitelles ! Étude sur les capitelles de la garrigue nîmoise, in Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles de Nîmes, t. LII, 1972, .
Elle est assez souvent accompagnée d'autres constructions liées à l'activité agricole du propriétaire : cuve (tine en français local) en pierre sèche, aménagée dans le sol ou solidaire de l'abri pour entreposer provisoirement la vendange ou la récolte d'olives, avant son transport à la maison du propriétaire ou au moulin à huile, enclos, terrasses, puits, aire à dépiquer (ainsi à Aubais où une cabane est accolée à un clapier et précédée d'une aire à dépiquer)Les cabanes en pierre sèche d'Aubais (Gard), pierreseche.com, 30 avril 2007..
Matériau Construite sur un terrain souvent ingrat aux époques de grands défrichements (garrigue, maquis, taillis, etc.), elle emploie comme matériau de construction ce que livrent le défonçage et l'épierrement du champ. Il s'agit très souvent de calcaire mais on trouve aussi, selon la géologie locale, du schiste, du grès, du granit, ou même du basalte.