Bertrand Barère, parfois orthographié Barrère, également appelé Bertrand Barère de Vieuzac, né le à Tarbes et mort dans la même ville le , est un homme politique et juriste français de la Révolution française.

Avocat au Parlement de Toulouse élu à l'Assemblée nationale constituante puis à la Convention nationale, il s'impose comme une figure principale de la Plaine avant de se rapprocher à partir du printemps 1793 de la Montagne. Bertrand Barère est l'orateur le plus important de la Convention : il intervient à 1024 reprises durant son mandatAlain Massalsky, "Barère, Bertrand" p. 51-55 in Michel Biard, Philippe Bourdin et Hervé Leuwers, Dictionnaire des Conventionnels 1792-1795, Ferney-Voltaire, Centre d'étude du , 2022, 1307 p..

Membre du Comité de salut public entre le et le 15 fructidor an II (), il détient en son sein le record de longévité, dix-sept moisRaphaël Matta-Duvignau, Gouverner, administrer révolutionnairement : le comité de salut public (6 avril 1793 – 4 brumaire an IV), Paris, L’Harmattan coll. « Logiques juridiques », 2013, p. 562-564., y assure la fonction de rapporteur et se fait remarquer par ses discours sur les victoires des troupes républicaines, ses discours de politique générale marquants et ses carmagnoles. : il prône une généralisation de l'apprentissage du français sur l'ensemble du territoireArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 83,séance du 8 pluviôse an II (27 janvier 1794), p. 713-717. ; il rend hommage à la mémoire des jeunes Bara et Viala morts au combat face aux contre-révolutionnaires de Vendée et du MidiArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 90, séance du 18 floréal (7 mai 1794), p. 132-143. ; il mythifie la victoire de la bataille du 13 prairial an IIArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 91, séance du 21 messidor an II (9 juillet 1794), p. 31-34.. L'écrivain royaliste Chateaubriand le surnomme « le troubadour de la guillotine »François-René de Chateuabriand, Mémoires d'outre-tombe, tome 2, livre VII, "Barère à l'Ermitage". dans ses Mémoires d'outre-tombe.

Condamné sous la Convention thermidorienne, Barère parvient à s'évader et à se cacher jusqu'au début du Consulat où il est amnistié. Il occupe des fonctions de second plan sous l'Empire et durant les Cent-Jours. Il est contraint à l'exil à la Restauration et revient en France à la faveur des Trois Glorieuses et de l'avènement de Louis-Philippe . Il meurt à 85 ans dans sa ville natale.

Biographie Un bourgeois de robe installé Origines familiales vignette|Plaque de naissance de Barère au 31 rue Brauhauban, Tarbes

Bertrand Barère est né au n°31 de l'actuelle rue Brauhauban, le à TarbesGazette nationale ou le Moniteur universel n°259 du 19 prairial an III (7 juin 1795), Convention nationale, séance du 14 prairial (2 juin), p. 2., ancienne capitale de la Bigorre, aujourd'hui préfecture du département des Hautes-Pyrénées, dans une famille de la bourgeoisie de robe. Son grand-père Laurens Barère, (1696 - 1750)Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Tarbes, paroisse Saint-Jean, mariages et sépulture 1750, 2E1/527., notaire royal originaire de Bernac-Dessus, épouse en 1726Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, baptêmes mariages et sépultures 1700-1713, GG 11. Françoise Carles (1710 - 1748)Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Tarbes, paroisse Saint-Jean, mariages et sépulture 1748, 2E1/527., fille de Bertrand Carles, procureur au sénéchal de Tarbes. Il obtient la charge de son beau-père en 1728Archives nationales, site de Paris, V/1/274, pièce 459. et un office notarial en 1735Archives nationales, site de Paris, V/1/303, pièce 228.. De son union naissent trois garçons et une fille :

Bernard Barère (1727 - 1803)Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, baptêmes mariages et sépultures 1721-1729, GG14.Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des décès de l’an X à l’an XI, 1E3. qui se fait appeler Bertrand après le décès de son plus jeune frère et qui récupère l'office notarial de celui-ciArchives nationales, site de Paris, V/1/372, pièce 455., est également avocat au Parlement de Toulouse. Il épouse en 1754Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de Saint-Jean, mariages et sépultures 1751-1762, GG22. Gratianne Dembarrère, fille du lieutenant général au tribunal criminel de la sénéchaussée. Il adhère à la Société populaire de Tarbes durant la Révolution et correspond avec son neveu alors députéLeo Gershoy, "Three Letters of Bertrand Barère", The Journal of Modern History vol. 1, n°1, march 1929, pp. 67-76..

Jean Barère (1728-1788)Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de Saint-Jean et de la Sède, mariages et sépultures de Saint-Jean 1786-1790, sépultures de la Sède 1790, GG37., père du Conventionnel, est procureur, premier consul et échevin de la ville de Tarbes puis président du tiers-état aux assemblées des états de la Bigorre. Il épouse en 1753Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, baptêmes et mariages 1752-1755, GG23. Jeanne-Catherine Marrast de Naÿs (née en 1738)Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Saint-Sever-de-Rustan, baptêmes mariages et sépultures 1738, 2E1/467., fille de petite noblesse de Saint-Sever-de-Rustan.

Bertrand-Jérôme Barère (1729 - 1752)Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Tarbes, paroisse de Saint-Jean, mariages et sépulture 1752, 2E1/528. , notaire royal à TarbesArchives nationales, site de Paris, V/1/368 pièce 171.. Son frère aîné hérite de sa charge à son décès.

Françoise Barère (1731 - 1781)Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, baptêmes mariages et sépultures 1730-1739, GG15.Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, sépultures 1780-1789, GG34., qui épouse en 1750Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Tarbes, paroisse de Saint-Jean, mariages et sépultures 1750, 2E1/527. Jean Betbezé (mort en 1793)Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des décès de 1793 et de l’an II, REV E3., avocat au Parlement de Toulouse.

Bertrand Barère est le frère de Jean-Pierre Barère, prêtre d'Auriébat devenu vicaire épiscopal durant la Révolution avant de se déprêtriser durant l'an II. Il a trois sœurs : Cécile (1764-1840)Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, baptêmes et mariages 1761-1764, GG26.Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des décès de 1840 et de 1841, 1E72. qui épouse en 1783Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Tarbes, paroisse de Saint-Jean, mariages et sépultures 1783, 2E1/530. Paul de Lasalle, seigneur d'Odos ; Jacquette-Françoise (1771 - 1835)Archives municipales de Tarbes, registre paroissial de la Sède, baptêmes et mariages 1769-1774, GG29.Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des décès de 1834 et de 1835, 1E60. qui épouse en 1798Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des mariages et des divorces de l’an III à l’an VI, REV E6. Jean-Pascal Lapeyrère (1772 - 1840), bourgeois marchand devenu maire de Tarbes sous le Consulat ; Jeanne-Marie enfin (1773-1847)Archives communautaires Pau Béarn Pyrénées, état civil de Pau, registre des décès de 1847, 1E168., qui épouse en 1799Archives municipales de Tarbes, état civil, registre des mariages de l’an VII à l’an X, REV E12. Pierre Sansot (1758-1828)Archives communautaires Pau Béarn Pyrénées, registre paroissial de Pau, paroisse Saint-Martin, baptêmes 1758, GG91.Archives communautaires Pau Béarn Pyrénées, état civil de Pau, registre des décès de 1828, 1E109., avocat au Parlement de Pau.

Jeunesse et formation Bertrand Barère effectue ses études au Collège des Doctrinaires de Tarbes, intègre en la faculté de droit de Toulouse où il obtient en 1774 son baccalauréat en droit civique et canonique et sa licence en 1775 ; enfin il est reçu avocat au Parlement de Toulouse la même année. Il obtient en 1776 la charge de conseiller du roi à la sénéchaussée de BigorreArchives nationales, site de Paris, V/1/478 pièce 246.. Il signe au moins depuis 1783, au mariage de sa sœur Cécile, sous le nom « Barère de Vieuzac ». Vieuzac est un domaine seigneurial cédé à son père Jean en 1774 par sa belle-famille. Ce bien octroie des banalités, des dîmes inféodées ainsi qu'un privilège de chasse et de pêcheJean-Pierre Thomas, Bertrand Barère. La voix de la Révolution, Paris, Desjonquères, 1989, p. 17.. L'élu est appelé « Barère de Vieuzac » durant son premier mandat puis « Barère ci-devant de Vieuzac » au début de son mandat à la Convention.

En 1785, il épouse à Vic-en-Bigorre Catherine-Elisabeth de Monde-Briquet (1772-1852)Archives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Vic-en-Bigorre, mariages baptêmes sépultures 1772, 2E1/565.Archives départementales des Hautes-Pyrénées, état civil de la commune de Vic-en-Bigorre, registre des naissances mariages et décès 1852, 2E3/1326. issue de la petite noblesse locale. Le mariage à lieu en présence du prince de Rohan-Rochefort, lieutenant général des armées de Sa MajestéArchives départementales des Hautes-Pyrénées, registre paroissial de Vic-en-Bigorre, baptêmes et mariages 1785-1792, 460E DÉPÔT 471..

Bertrand Barère fréquente les cercles lettrés et éclairés de Toulouse et du sud-ouest. : les loges maçonniques La Paix, Les Vrais Amis réunis et L'Encyclopédique ; l'Académie des Jeux floraux de Toulouse, l'Académie des belles-lettres de Montauban et l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux. Il y fréquente Jean Mailhe, futur conventionnel et alors rival, et s'y fait remarquer pour ses textes : Éloge de Jean-Jacques Rousseau, de Louis XII, roi de France et de Montesquieu.

En 1788, il se rend à Paris pour suivre un procès familial, et y passant une partie de l'hiver, fréquente la Société des amis des Noirs et le Cercle social où il rencontre Mirabeau, Condorcet, La Fayette, Brissot, Pétion et les orléanistes. Apprenant la mort de son père, il revient à Tarbes début 1789, au moment de la convocation des états généraux. Le , il est élu député du tiers-état avec Pierre Dupont par les états de la Bigorre.

Député à la Constituante

Du au , Barère publie le Point du Jour, ou Résultat de ce qui s'est passé la veille à l'Assemblée Nationale, journal quotidien qui rend compte des discussions et des décrets rendus à l'Assemblée« Le Point du Jour », p. 212-214 in Pierre Rétat, Les Journaux de 1789. Bibliographie critique, Paris, C.N.R.S., 1988, 428 p..

Après la nuit du 4 août, il abandonne, dans une lettre à ses électeurs, ses droits seigneuriaux à Vieuzac et quelques semaines plus tard, à la tribune de l'Assemblée, il fait don à la Nation de sa charge à la sénéchaussée de Bigorre.

Il fréquente alors le salon de de Genlis, ancienne maîtresse putative du duc d'Orléans, où se retrouvent Talleyrand, David et de jeunes députés comme Lameth et Barnave. Les enfants du prince assistent à ces réceptions. Le petit provincial, ébloui d'être admis dans une telle société, y courtise la belle Pamela, que, probablement, le duc a eu autrefois de sa liaison avec de Genlis. Le duc qui affectionne Pamela veut lui faire une donation. Comme elle n'a pas atteint sa majorité, il faut la pourvoir d'un tuteur. Elle choisit Barère qui devient un familier.

À cette époque, Barère pense, comme beaucoup d'autres, que le modèle politique de l'Angleterre, la monarchie constitutionnelle et le bicamérisme, est celui qui convient à la France. Il le dit dans ses Mémoires :