Le Muséum d'histoire naturelle de Genève (abrégé MHNG) est le musée d'histoire naturelle de la ville de Genève, et le plus grand de Suisse. C'est un établissement de recherche scientifique, de conservation du patrimoine naturel et historique, et de diffusion des savoirs. L'institution prend naissance à la fin du , et connaît plusieurs déménagements dans la ville de Genève avant de disposer de son bâtiment actuel, situé dans le parc de Malagnou. Il abrite près de de spécimens, soit le tiers des collections de zoologie, paléontologie et minéralogie du pays. Ces collections scientifiques regroupent l'héritage de naturalistes genevois comme Fatio, Forel, Jurine, Necker, Pictet, Saussure, mais aussi les collections d'autres grands naturalistes, comme les français Lamarck, Lunel et Delessert. Elles sont continuellement enrichies par les missions de terrain effectuées par les chercheurs travaillant dans l'institution, qui décrivent plus d'une soixantaine de nouvelles espèces par année. Leur valeur scientifique est entretenue par leur actualisation constante, et par l'existence de quelques dizaines de milliers de types qui leur donnent une importance internationale. Le muséum de Genève édite depuis sa fondation en 1893 la Revue suisse de Zoologie, ainsi que la Revue de Paléobiologie fondée en 1982.
Le Muséum d'histoire naturelle de Genève abrite une importante bibliothèque de littérature scientifique et d'archives. Elle est créée en 1832, sur la proposition de François-Jules Pictet de la Rive, et comprend quelques milliers d'ouvrages précieux. Depuis les années 1980, elle abrite la collection de la société Nos Oiseaux ainsi qu'une importante collection consacrée aux chauves-souris. Historiquement dirigé par le chiroptérologue Villy Aellen, le Muséum d'histoire naturelle entretient un pôle chauves-souris, abritant le Centre de coordination ouest pour l'étude et la protection des chauves-souris et organisant chaque année des animations pour la Nuit européenne de la chauve-souris. Le Musée d'histoire des sciences de la Ville de Genève est depuis 2006 une filiale du Muséum d'histoire naturelle.
En plus des aspects de maintien et d'enrichissement des collections et de recherche scientifique, le muséum d'histoire naturelle de Genève a une mission de médiation culturelle. Il est reconnu comme bien culturel d'importance nationale. Son entrée est gratuite et il reçoit en moyenne par an, en faisant le musée le plus visité du canton de Genève. Ses galeries d'exposition permanente s'étalent sur , et présentent sur quatre niveaux la faune régionale, la faune du reste du monde, les sciences de la Terre et l'histoire de l'homme. La faune exotique est répartie sur deux étages, et comprend une salle consacrée aux sculptures de Léopold et Rudolf Blaschka. L'institution a accueilli divers animaux vivants au cours de son histoire. Depuis 1997 c'est une tortue à deux têtes, Janus, qui est présentée au public.
Historique de l'institution Origines : le Musée académique thumb|left|Henri Boissier, fondateur du Musée académique.
C'est à l'époque de la Révolution française que les grands bourgeois de Genève . Le , Henri Boissier propose à la Société des Arts la création d'un cabinet public d'histoire naturelle, arguant . Cette proposition n'est pas suivie, et l'accès aux collections précieuses des grands naturalistes genevois restent alors réservé à quelques visiteurs étrangers ou à quelques proches. C'est en 1794, au plus fort de la Révolution, que le Département provisoire de l'Industrie et des Arts concrétise le projet. Le de cette année, la Commission Nationale vote un crédit pour l'achat de deux collections d'histoire naturelle : les instruments de physique de Marc-Auguste Pictet et le cabinet d'histoire naturelle de Pierre-François Tingry.
Premiers déménagements
En 1811, les milieux académiques fondent le Musée académique et, au fil des ans, augmentent leurs collections et ces richesses qui s'accumulent obligent leur propriétaire à déménager plusieurs fois de locaux. Du « Salon de la municipalité » rapidement devenu trop étroit, le Musée académique est déplacé en vers l'ancien « hôtel du Résident », sis Grand-Rue 11. En mai de la même année, la ville de Genève devient le nouveau propriétaire des collections et s'engage à en assumer les frais d'administration. L'administration municipale vote en 1867 un crédit pour la construction des bâtiments du musée et de la bibliothèque aux Bastions pour près d'un million de francs. Le Muséum d'Histoire naturelle aux Bastions est inauguré le .
Le zoologiste Godefroy Lunel, qui occupe alors un poste analogue à Montpellier, devient le premier directeur officiel du Muséum en 1878. Rapidement le bâtiment des Bastions devient trop exigu car les collections et les dons s'accumulent. Une partie est transférée au Palais Eynard, notamment la faune locale et la collection présentée par Victor Fatio à l'Exposition nationale suisse de 1896. L'arrivée ininterrompue de nouvelles collections rend la construction d'un nouveau bâtiment de plus en plus nécessaire. En 1902, les autorités municipales prennent conscience du problème, un crédit de est voté en 1912 et des travaux commencent en 1914 place Sturm, mais la Première Guerre mondiale stoppe tout et le projet est abandonné en 1918. Des solutions de fortune sont trouvées, et certaines collections sont provisoirement placées dans différents greniers d'écoles publiques. En 1946, un concours d'architecture est finalement lancé, mais le Conseil municipal ne vote les crédits nécessaires à la construction qu'en .
En plus du musée destiné aux visites du public, l'institution prend également en charge l'étude des sciences naturelles et leur enseignement. Ainsi, le nom de « » remplace celui de « musée » pour la première fois en 1906, sous la direction de Maurice Bedot. Le conseil administratif municipal justifie ce changement a lieu . La copie sur le Muséum d'histoire naturelle de Paris, muséum depuis 1793, ou l'influence de l'allemand sont également avancées comme hypothèses justifiant ce changement de nom. Un demi-siècle plus tard, Émile Dottrens estime cette .
Muséum de Malagnou thumb|upright=1.2|Vue aérienne du muséum, avec le Léman et le jet d'eau et le quartier des Eaux-Vives en arrière-plan.
C'est l'architecte genevois Raymond Tschudin, établi à Bâle, qui se voit confier la réalisation du bâtiment. Les travaux débutent en 1961 et le déménagement complet a lieu en 1965. Le bâtiment de Malagnou est publiquement inauguré le , et seule la galerie de la faune régionale est alors ouverte. Son architecture surprend par sa simplicité et sa modernité. Le bas relief en bronze présent au-dessus de l'entrée du Musée est une œuvre de l'artiste Paul Bianchi (1920-1973). Inaugurée le , elle symbolise . La façade est constituée de marbre blanc de Carrare, qui contraste avec les vitrages carrés noirs. Le marbre ayant subi l'usure du temps, il est entièrement remplacé dans les années 2010, l'isolation revue et le toit équipé de panneaux solaires.
Le Musée d'histoire des sciences de la Ville de Genève, créé en 1964 et un temps affilié au Musée d'art et d'histoire de Genève, est depuis 2006 une filiale du Muséum d'histoire naturelle. Au muséum, les collections continuent de s'agrandir, et totalisent près de d'alcool pour la conservation des spécimens. Fin 2016, un crédit d'étude est voté pour la conception de nouveaux locaux qui permettraient le stockage des collections scientifiques dans de meilleures conditions, afin de mieux les protéger des ravageurs, limiter les fluctuations de température et d'humidité et répondre aux normes de sécurité en vigueur. Fin 2017, le projet « AMBRE » remporte le concours d'architecture lancé par la Ville de Genève, et consiste en la construction d'une troisième et nouvelle aile au bâtiment existant. Une fois le projet mené à terme, le muséum aurait donc une aile pour chacune de ses trois missions complémentaires : une pour le public, une deuxième pour la recherche scientifique, et la troisième rendant visible le travail de conservation et d'étude des collections.
En 2023 et jusqu'en 2027, le musée va s'agrandir d'une nouvelle aile qui sera consacrée à la conservation des immenses et riches collections du musée. L'accueil du public sera amélioré et un nouvel espace destiné aux expositions temporaires sera créé. Durant les travaux, le musée s'engage dans une transition énergétique avec une centrale photovoltaïque.
Directeurs Godefroy Lunel (1878-1891)
Maurice Bedot (1891-1927)
Pierre Revilliod (1927-1953)
Émile Dottrens (1953-1969)
Villy Aellen (1969-1989)
Volker Mahnert (1989-2005)
Danielle Decrouez (2006-2012)
Jacques Ayer (2012-2020)
Ad interim Pierre-Henri Heizmann, administrateur (2019-2021)
Arnaud Maeder (depuis 2021)
Collections scientifiques Zoologie Le muséum de Genève est le plus grand musée d'histoire naturelle de Suisse. En 2014, on estime que ses collections scientifiques comprennent plus de de spécimens, soit le tiers des collections de zoologie, paléontologie et minéralogie de Suisse. Elles hébergent des collections d'importance nationale et internationale, avec déposés dans l'institution. Les collections se répartissent sur cinq étages où les spécimens sont regroupés selon la classification du vivant. L'institution alimente et entretient également une collection d'échantillons ADN constituée de plusieurs milliers de tubes. Le muséum et le Jardin botanique de Genève, en collaboration avec l'Université de Genève, se proposent d'être dépositaires de la première collection de référence de tissus ADN pour l'ensemble de la biodiversité suisse.
Invertébrés thumb|left|Série de lames d'Eugène Penard conservées au Muséum d'histoire naturelle de Genève.