Le Sahara algérien (en ; en tamazight : ⵜⵉⵏⵉⵔⵉ ⵏ ⴷⵣⴰⵢⵔ), également appelé le Grand Sud algérien, est la partie du Sahara faisant partie du territoire algérien. Cet espace s'est structuré progressivement au cours de l'histoire de l'Algérie. Il est situé dans le sud du pays et couvre près de 84% de sa superficie. Il abrite en 2018 une population de , soit 10,5 % de la population algérienne.
Géographie vignette|gauche|Carte topographique générale du Sahara. Le désert du Sahara couvre près de 90 % du territoire algérien, il est traversé d'« ergs » : de dunes de sable, de « regs » : de terrains caillouteux, ainsi que de massifs volcaniques dans le grand sud.
Au nord, l'herbe de la steppe se raréfie lentement tandis que les espèces se modifient jusqu'à faire place au reg. L'erg, le désert de sable ne couvre que le cinquième du Sahara. Le grand erg oriental borde l'oued Righ, une succession d'oasis, s'étire le long de l'oued souterrain. La vallée de la Saoura limite à l'Ouest le grand erg occidental. Entre ces deux grands ergs, se situe la vallée du Mzab taillée dans un plateau.
À ce Sahara du Nord encore parsemé d'oasis s'oppose celui du Sud, dominé par le massif du Hoggar à plus de trois mille mètres d'altitude. De vastes hamadas monotones comme le plateau de Tademaït entre El Goléa et In Salah relient les grandes zones géographiques du Sahara.
Le Sahara se caractérise par la faiblesse de ses précipitations, enregistrant moins de 100 mm par an. Il arrive cependant qu'il neige et des inondations viennent parfois ranimer les oueds desséchés depuis la Préhistoire. Le sous-sol regorge d'eau dans la nappe de l'Albien qui s'étend sous une grande partie du Sahara algérien, vestige du climat steppique, qu'a connu la région il y a 10 000 ans.
Histoire Période médiévale et moderne
vignette|Commerce transsaharien. Les axes transsahariens entre les royaumes médiévaux (Rostémides, Zirides, Hammadides, Zianides...) et les espaces sahéliens (Empire Songhaï, boucle du Niger, pays Haoussa, royaume du Ouaddaï) font que des liens distendus existent, à l'époque, entre le Sahara et ces royaumes au nord. Certaines régions sahariennes basculent alors dans la sphère d’influence de certains royaumesLa vallée du Touat et du Gourara passe sous l'influence de Tlemcen jusqu'au (partagée avec Fès et Sijilmassa) et la vallée de l'Oued Righ (Mzab) dépend du royaume Hammadide (Qal'a et Béjaïa) puis des Almohades et des Hafsides basés à Biskra.
vignette|Régence d'Alger, dépendances et émirats locaux. L’intérêt de la région est double, elle occupe une place dans le commerce transsaharien et assure le passage des caravanes de pèlerin. L'espace saharien est alors organisé de manière réticulaire, il n'y a pas de délimitation de territoire, mais un réseau d'axes et de points stratégiques, notamment pour le commerce florissant jusqu'au . En 1454, El Hadj Slimane Elimer crée le sultanat de Touggourt, qui règne sur la ville et sa région durant quatre siècles, jusqu’à la conquête française (). Au , l'établissement de la Régence d'Alger, puissance littorale et maritime, va ouvrir une période d'influence politique faible sur les régions sahariennes et une emprise existante mais assez lâche sur les confédération des Ouled Sidi Cheikh, les nomades des hautes plaines et les principautés guerrières du sud (Touggourt et Aïn Madhi/Laghouat). Et ce, malgré un statut de tributaire de Touggourt et Ouargla depuis l’expédition de Salah Raïs au . Cependant les liens entre les populations sahariennes et la Régence sont réels ; ainsi les Mozabites et les Biskris fournissent des corporations de métier à la capitale, Alger.
Conquête coloniale (1830-1903)
La conquête de l'Algérie par la France, débutée en 1830 à Alger, ne se traduit pas immédiatement par une occupation française dans la zone saharienne, qui ne représente alors qu'un intérêt secondaire. Au départ en effet, la conquête française s’étend à toute la partie dite « utile » de la Régence, c'est-à-dire les postes commerciaux stratégiques. Au-delà, vers le sud, les frontières sont plus floues et l’intérêt des colons français est moindre. Ce territoire désertique est considéré alors comme hostile et demeure sous l'autorité de tribus nomades. Seuls se soucient de « sonder » cet inconnu quelques arabisants aux Affaires arabes et à la Commission d’exploration scientifique instituée en .
Après plus d'une décennie sur le sol algérien, les Français finissent toutefois par donner un nom et un corps à cet espace saharien, qu'ils appellent désormais « Sahara algérien », désignant alors la zone intermédiaire entre Biskra et Ouargla. Le lieutenant-colonel Daumas et le capitaine Carette en dessinent séparément les contours. La carte produite par Carette, distribuée aux parlementaires lors de la discussion des crédits extraordinaires pour l’Algérie en , convainc ces derniers de la nécessité d’implanter des postes militaires en bordure de ce Sahara pour en préparer la domination. Le capitaine Carette, par ailleurs secrétaire de la Commission scientifique, est un partisan fervent du « système de la Méditerranée » porté à la connaissance du public dès 1832. D’inspiration saint-simonienne, le système prône la « conciliation » de l’Occident entreprenant et de l’Orient sensuel par l’industrie et le commerce.
La frontière sud de l'ancienne régence d'Alger se met donc progressivement en place durant la période coloniale, à mesure que l'intérêt des Français pour le désert s'accroît et que ces derniers sécurisent leurs positions dans la zone. Durant le , la partie septentrionale du Sahara est ainsi conquise. Les premières missions d'exploration après la conquête de l'Algérie ont lieu de 1857 à 1861, avec le géographe Henri Duveyrier. Celle-ci est suivie, de 1880 à 1881, de la mission menée par Paul Flatters, qui bute sur la résistance touarègue et se révèle un échec. S'ensuivent deux autres en mai et décembre 1902, date à laquelle le lieutenant Georges Guillo Lohan, de la compagnie des Oasis sahariennes, parvient à faire reconnaître l'autorité du gouverneur des Territoires du Sud nouvellement créés sur la population indigène..
Les Territoires du Sud créés en 1902 et placés sous administration militaire deviennent les départements français du Sahara en 1957, et garderont cette dénomination jusqu'en 1962, année de l'indépendance de l'Algérie.
Exploitations du Sahara Le lobby des hydrocarbures en Algérie (pétrole et gaz) naît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et est à l'origine de la renégociation des accords d'Évian, connue sous le nom d'Accords d'Alger de 1965. Lors de la tractation des accords d'Évian avec le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), le président Charles de Gaulle a refusé de reconnaître la souveraineté de la future Algérie sur le Sahara, essayant à la place d'en faire une région autonome, sans succèsLa Guerre d'Algérie, Yves Courrière & Philippe Monnier, Reganne Films, 1972.. L'échec de la treizième réunion, établie dans le cadre de la première conférence d'Évian débutant le , entre Krim Belkacem, principal responsable du GPRA et Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes, est directement lié à la question du statut du Sahara. Lors de la conférence de presse consécutive, Belkacem déclare alors : . thumb|Le site d'El Gour dans la wilaya d'El BayadhLe président de Gaulle avait émis des recommandations à ses déléguésLa Guerre d'Algérie : Des complots du 13 mai à l'indépendance Par Henri Alleg, page 352, Temps actuels, 1981.. Déjà durant la République, un Président du Conseil avait publiquement déclaré : SAHARA: Terre de demain, page 248, Par PIERRE CORNET, Nouvelles Éditions Latines, 1956. De fait, l'Histoire lui a donné raison en 1956 avec la découverte par la compagnie française des pétroles Algérie d'importants gisements de pétrole et gaz dans le Sahara nommés respectivement Hassi Messaoud et Hassi R'Mel. Plus tard un Ministre de la République ajoute . vignette|Le flamant rose au lac Oum El Raneb, Ouargla.
Pourtant les affaires pétrolières franco-algériennes ont survécu à la guerre d'Algérie (le FLN ne sabotant pas les installations pétrolières à la suite d'accords avec les sociétés pétrolières françaises avec contrepartie financière, cette thèse étant contestée par Benjamin Stora.) et à l'Algérie française grâce à la collaboration conflictuelle entre sociétés pétrolières françaises et le jeune État algérien jusqu'en 1971, année de la nationalisation des installations françaises du Sahara par Houari Boumédiène, président de la nouvelle République algérienneLes Accords d'Évian : en conjoncture et en longue durée, par René Gallissot, Chapitre 6 : Les intérêts pétroliers en Algérie : la Compagnie Française des Pétroles (1953-1965) par Marie-Bénédicte DESJUZEUR, page 59..
La Société nationale de recherche et d'exploitation de pétrole en Algérie ou SN REPAL (qui devient par la suite Elf Aquitaine) est créée en 1946 par la République française dans le but de disposer d'un approvisionnement national en pétrole.
En 1949, la Compagnie française des pétroles (ou CFP, renommée Total en 1985) commence son activité dans le Sahara algérien. Le , celle-ci signe un accord préliminaire avec la SN REPAL en prévision du partage des gisements répartis sur un périmètre de . La Compagnie française des pétroles "Algérie" (C.F.PA.), filiale de la C.F.P., est créée en 1953. Avec 35 % des parts de son capital, l'État français est l'actionnaire majoritaire de la C.F.P.A dont les travaux mettent au jour Hassi Messaoud (« le puits du bonheur ») en 1956. De cette date à 1970, ce seul gisement produit de tonnes d'or noir.
Essais nucléaires français Entre 1960 et 1966, la France a utilisé le Sahara algérien pour mener 17 explosions nucléaires : quatre essais atmosphériques près de Reggane et 13 souterrains dans la région d'In Ecker. Ces expérimentations ont eu lieu d'abord en pleine guerre d'Algérie, puis après l'indépendance, en vertu des clauses secrètes des Accords d'Évian, conclus avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne. La dernière, B2-Namous, bénéficie d'une couverture civile la Sodéteg, et poursuit ses activités jusqu'en 1978.
Indépendance Cinq installations militaires françaises restent actives au Sahara après l'indépendance de l'Algérie. Quatre d'entre elles sont évacuées en 1967, la dernière, B2-Namous, n'est abandonnée par l'armée française qu'en 1978.
Population Démographie vignette|Marché à Biskra, la plus grande ville du Sahara. Le Sahara algérien compte selon le recensement de 2008, soit 10,5 % de la population algérienne répartie sur 90 % du territoire national. Toutefois, il a connu un essor démographique exceptionnel depuis l’indépendance du pays, sa population s'est multipliée par 5,4 en 50 ans, en 1954, il ne rassemblait qu'environ pour 6,92 %. Cette croissance est alimentée par des taux de natalité plus élevés et des migrations positives, notamment vers, et à proximité, des zones de production d'hydrocarbures.
Néanmoins, la répartition de la population et le dynamisme démographique ne sont pas uniformes. La population est surtout concentrée dans le Nord-Est : le Bas-Sahara rassemble plus de la moitié de la population saharienne. Les Ziban, sont la région saharienne la plus peuplée, devant le Souf et Oued Righ. Les marges sahariennes occidentales et méridionales demeurent très peu peuplées. Tandis que les zones les plus dynamiques sont les zones frontalières méridionales, le Piémont saharien central et l'axe méridien Laghouat-Tamanrasset (à l'exception du M'zab), ainsi que certaines villes : Adrar, Tindouf, El Oued. À l'inverse, certaines régions ont connu une croissance beaucoup plus lente, notamment la Saoura, le Gourara, ainsi que le M'zab.