Tariq Ramadan, est un islamologue et prédicateur controversé de nationalité suisse et d’origine égyptienne .

Petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna, il est titulaire d'un doctorat de l'université de Genève pour une thèse consacrée au réformisme islamique, ainsi que de sept ijazat en études islamiques à l'université al-Azhar du Caire. Ancien professeur titulaire de la chaire d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford, il donne des cours et conférences au sein de plusieurs universités. Il est auteur de nombreux ouvrages sur le thème de l'islam et l'intégration. Dans les années 1990, il devient une référence dans certains milieux musulmans. Parfois décrit comme défenseur d'un islam compatible avec les démocraties occidentales, il est aussi une figure controversée : il est accusé par ses détracteurs d'être un adepte du double discours, modéré pour les médias et fondamentaliste pour son public.

En 2017, il est accusé de viol et de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, ce qui conduit à sa mise en congé de l'université d'Oxford. En , il est mis en examen pour « viol » et « viol sur personne vulnérable » et placé en détention provisoire en France ; il reconnaît des relations sexuelles extraconjugales avec les plaignantes et affirme qu'elles étaient consentantes. Il est libéré, placé sous contrôle judiciaire et assigné à résidence en France en . En , la cour d’appel de Paris le renvoie devant la cour criminelle départementale pour des viols sur trois femmes. En , il est reconnu coupable de faits similaires par la justice suisse, sa condamnation étant confirmée par la plus haute juridiction du pays en . En , la cour criminelle de Paris le reconnaît coupable de viols et viol sur personne vulnérable et le condamne à dix-huit ans de réclusion criminelle.

Biographie

Origines et enfance Tariq Ramadan naît le à Genève en SuisseSabrina Champenois, « Tariq Ramadan, versant inoffensif » sur Libération, 3 janvier 2016. Dernier enfant d'une fratrie de six, il est le fils de Saïd Ramadan et de Wafa el-BannaIan Hamel, La Vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie, éditions Favre, 2007 ; voir sur saphirnews.com.. Le couple, originaire de la bourgeoisie égyptienne., s'est réfugié en Suisse en 1954 après l'assassinat en 1949 de Hassan el-Banna, fondateur des Frères musulmans et grand-père maternel de Tariq. Son père fut une figure emblématique des Frères musulmans, dont il a fondé la branche palestinienne. Il est également le frère du prédicateur Hani Ramadan. Ce dernier est interdit de séjour sur le territoire français, pour menace pour l'ordre public, depuis , mesure toutefois considérée par Tariq Ramadan comme « électoraliste »Benjamin Andria Affaire Hani Ramadan : une « expulsion électoraliste » pour Tariq Ramadan 12 avril 2017.

En , une source judiciaire déclare que Tariq Ramadan possède deux passeports, un suisse et un égyptien.... Selon l'AFP, lors de sa libération le , après ses de détention, Tariq Ramadan a été interdit de quitter la France et il « a remis ses passeports suisse et britannique ».. D'après Libération, les parents de Tariq Ramadan ont été déchus de leur nationalité égyptienne après leur exil politique à l'étranger, et « selon un ancien membre de l’entourage du clan Ramadan, la famille a vécu avec des passeports pakistanais », le père ayant des liens avec ce pays.. Lors d'un interrogatoire de justice en 2019, Tariq Ramadan affirme qu'entre 1962, année de sa naissance à Genève, et 1976, il n'avait pas de papiers et ne pouvait voyager puis qu'ensuite, il a obtenu un passeport pakistanais, et a finalement été naturalisé suisse en 1984. Selon maître Emmanuel Marsigny, interrogé par Libération en , Ramadan possédait seulement deux passeports suisses et il a spontanément remis le second, dont les juges n'avaient pas connaissance, lors de sa sortie de prison..

Durant sa jeunesse, il est décrit comme le moins religieux de sa famille. Sa passion est alors le football : il joue notamment à Collex-Bossy, en deuxième ligue, et au FC Perly, dont il devient l'entraîneur. D'après Le Temps, il aurait pu être professionnel, mais, selon le coentraîneur de Perly, il décroche à la fin des années 1980, lorsqu'il commence à s'intéresser davantage à la religion..

Études et formation Tariq Ramadan étudie l'islamologie et la littérature française à l'Université de Genève. En 1986, à , il se marie à Iman., une Franco-Suisse née Isabelle Morisset., d'origine bretonne, convertie à l'islam, avec laquelle il aura quatre enfants...

Entre 1988 et 1992, il occupe un poste d'enseignant de français, d'éducateur et de doyen au collège de Saussure, à Genève. D'après Sylvain Besson, du quotidien suisse Le Temps, les élèves l'adorent, et son activisme provoque l'irritation de certains collègues : le soir, il aide les élèves les plus faibles à se préparer au baccalauréat et donne des cours pour adultes. Un collègue dit de lui : « Ce qui m’a tout de suite plu chez Tariq Ramadan , c’était la façon dont il parlait de ses élèves ou bien des toxicos dont il s’occupait. Les mots qu’il trouvait étaient justes et résonnaient très fort pour le jeune éducateur français que j’étais. Personne n’anticipait alors son ambition d’être le réformiste de l’islam du , comme le fut son grand père au ». Un autre professeur, Jean-Michel Olivier, affirme que Tariq Ramadan a été renvoyé de son poste d'enseignant du collège, mais sans en préciser la raison qu'il semble pourtant connaître : ..

D'après Le Temps, l'engagement politique de Tariq Ramadan débute « dans le sillage des mouvements de jeunes des années 1980, Touche pas à mon pote et SOS-Racisme ». Il défend la cause palestinienne et « se lie avec le couple formé par Erica Deuber et Jean Ziegler, qui compteront parmi ses plus importants soutiens politiques ».

Au début des années 1990, il crée l'association Coopération Coup de main, organisant des séjours humanitaires en Afrique, au Brésil, en Inde, pour les jeunes de 15 à . Les jeunes donnent des « coups de main » dans des dispensaires, et Ramadan rencontre avec eux le dalaï-lama, Mère Teresa et Dom Hélder Câmara, le fondateur de la théologie de la libération, René Dumont ou encore l'abbé Pierre. Selon Ian Hamel, correspondant à Genève du Point, ces rencontres lui auraient permis ensuite d'apparaître comme un modéré, qui a toujours coopéré ..

En 1991, il se rend avec sa femme et ses enfants au Caire afin de poursuivre des cours d'études islamiques. Il s'y lie d'amitié avec l'islamologue François Burgat, qui dit de lui : « Tariq est venu en Égypte pour suivre des cours de sciences islamiques et que ses enfants s’arabisent. Il redécouvrait le terroir social, politique et culturel de son grand-père. Ce genre de retour est compliqué pour tout musulman occidental, quel qu’il soit. Mais pour Tariq s’y ajoutait le fait d’être le petit-fils de Hassan el-Banna, à l’égard duquel il ne semblait cependant pas éprouver de fascination ».. Entre 1992 et 1993, Ramadan étudie les sciences islamiques à l’université al-Azhar du CaireL'Université al-Azhar est le centre de référence des sciences islamiques dans le monde sunnite. Elle y forme notamment les enseignants officiels. À l'issue de leur parcours, ceux-ci se voient délivrer une « autorisation » à enseigner à leur tour : une ijaza. Chaque matière en nécessite une.Brigitte Maréchal et Farid El Asri, Islam belge au pluriel, Presses universitaires de Louvain, 2012, .. Il y obtient sept Ijazat (licences dont la détention est obligatoire pour enseigner dans différentes matières islamiques).

Il revient en Suisse en 1994 pour achever une thèse de doctorat débutée en 1990 à l'Université de Genève sous la direction de Charles Genequand. Ce dernier refuse cependant de valider la thèse car Ramadan y présente al-Banna comme faisant partie d'un courant « réformiste ». Il démissionne du jury pour protester contre les pressions de son doctorant, auquel il reproche son arrogance. Un autre jury est formé sous la direction de et la thèse, remaniée, est soutenue et publiée en 1998 sous le titre Aux sources du renouveau islamique : d'al-Afghani à Hassan al-Banna : un siècle de réformisme islamiquePriscilla Fournier, La reconnaissance des musulmans en contexte de laïcité : médiation et dialogue chez Mohammed Arkoun et Tariq Ramadan, Thèse de Doctorat de l'Université d'Ottawa, 2014, .Références de la publication de thèse sur le site explore.rero.ch...

Selon Vincent Geisser, chercheur au CNRS et à Sciences-Po Aix-en-Provence, la religion est pour Tariq Ramadan un « moyen d'accéder au star-system ». Mais sa relation avec les Frères musulmans lui permet d'assoir une légitimité, d'utiliser les réseaux de la confrérie, notamment au Qatar, tandis que les Frères musulmans voient en lui « un produit d'appel pour séduire la jeunesse musulmane ». Selon Camille Neveux, Tariq Ramadan va effectivement émerger dans les années 1990 dans la banlieue de Lyon, « se muant en porte-voix d'une jeunesse musulmane en mal de relais et en quête d'identité »..

Thèse de doctorat D'après Priscilla FournierPriscilla Fournier, CRIEC, Université du Québec à Montréal., dont le doctorat publié en 2014 porte sur la pensée de Tariq Ramadan, ce dernier affirme dans sa thèse « que la pensée de Hassan al-Banna [s'inscrit] dans une lignée de penseurs qu’il associe au réformisme salafi » et « que la confrérie [des Frères musulmans] ne prônait pas la violence au moment de sa fondation par al-Banna ». Ramadan estime qu'« al-Banna se désolait de voir l’Égypte et les Égyptiens se soumettre à l’influence étrangère et souhaitait voir les peuples musulmans se libérer de [leur] influence [et qu'il] désirait plutôt voir les Égyptiens retourner aux principes de l’islam. » Ramadan voit des éléments communs (et auxquels il s'associe) pouvant regrouper sous la bannière de « réformiste salafi » les pensées distinctes de al-Afghani, Abduh, Rida, al-Banna et Qutb, dont notamment la référence permanente aux sources et à l'identité islamique en adéquation avec le contexte socio-politique, une volonté de conserver l'unité de peuples musulmans, l'éducation sur base de l'identité religieuse mais en respectant le choix des peuples notamment dans la participation aux affaires publiques, et la lutte contre la soumission et la domination étrangères. Selon Ramadan, « c’est l’assassinat d’al-Banna en , [l'emprisonnement de Qutb] et la violence du régime de Nasser qui expliquent principalement la radicalisation des Frères. L’évolution de l’action et de l’idéologie des Frères musulmans, tout comme pour le mouvement réformiste en général, est indissociable de la manière dont ils ont été traités par les États, notamment l’Égypte ».

D'après le journaliste Mathieu Magnaudeix., cette thèse .. Natacha Tatu rapporte que son premier directeur de thèse, Charles Genequand, professeur de philosophie, spécialiste du monde arabe médiéval, jugeant que la thèse est « une compilation de textes encyclopédiques, du copié-collé enveloppé dans un discours apologétique » et s'efforce de présenter Hassan al-Banna dans un mouvement réformiste de l’islam, « en camouflant sa vision au contraire très conservatrice », non seulement refuse de valider la thèse, mais démissionne du juryNatacha Tatou, De Genève à Oxford : comment Tariq Ramadan s'est imposé à l'université, tempsreel.nouvelobs.com, 7 novembre 2017.. Ian Hamel rapporte que le second directeur de thèse, Ali Merad, affirme avoir été menacé d'une plainte s'il n'obtenait pas son doctorat : .