La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes (appelée aussi localement « cathédrale Saint-Pierre » Jean-Paul Bonhour - La cathédrale de Nantes) est une cathédrale catholique située place Saint-Pierre, à Nantes (Loire-Atlantique). C'est la cathédrale du diocèse de Nantes, siège de l’évêque de Nantes. Sa construction s’est étalée sur , de 1434 à 1891, mais ces délais n’altèrent en rien la qualité ni la cohérence de son style gothique. Elle est classée monument historique depuis 1862. Consulté le 31 août 2009.

La cathédrale est touchée par les bombardements de Nantes, une bombe atteignant en 1944 la sacristie de la cathédrale et endommageant considérablement l'abside et trois chapelles. Durant les travaux de restauration, un incendie accidentel se déclare le , détruisant la plus grande partie de la toiture. La restauration de l'édifice dure jusqu'en 1985. Le un nouvel incendie, d'origine criminelle, détruit l'orgue du , le grand vitrail de la façade ouest posé en 1498, représentant la duchesse-reine Anne et sa mère, ainsi que divers éléments du mobilier. Les dommages sont chiffrés à plus de 40 millions d'euros.

Lorsque la cathédrale est en restauration pendant plusieurs années, les célébrations ont lieu à la chapelle Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception..

Depuis le le siège épiscopal est tenu par Laurent Percerou.

Histoire Les édifices antérieurs Le site aurait été initialement occupé par un temple druidique dédié à Janus ou « Bouljanus ».L'existence même du dieu Bouljanus est remise en question : il peut s'agir d'une erreur d'interprétation d'une attribution au Janus romain. Voir à ce sujet le dictionnaire de Trévoux..

Par la suite, trois édifices religieux chrétiens. ont précédé l'actuelle cathédrale sur les mêmes lieux : une basilique bâtie au ; une première cathédrale, bâtie au ; une deuxième cathédrale romane, bâtie au . L'édifice actuel est bâti à l’emplacement de cette dernière, en l’absorbant peu à peu.

Saint Clair et la première église

Une tradition légendaire fait remonter au l'arrivée de saint Clair, premier évêque de la ville, venu de Rome en possession d’un clou qu'il affirme provenir de la croix qui supporta le martyre de saint Pierre. Il aurait fait édifier une chapelle pour abriter la relique qu’il dédie à saint Pierre et saint Paul.. Historiquement, on trouve effectivement trace d'un oratoire à l'ouest de la ville, sur les coteaux de Saint-Similien..

Mais c'est au qu'une première véritable église est implantée, cette fois à l'est, là où les futurs bâtiments de la cathédrale se succéderont. Cet édifice est implanté près de l'enceinte gallo-romaine, et ce choix va en conditionner le développement ultérieur : le chevet de l'église étant très proche des remparts, l'extension de la future cathédrale a été par la suite en butte à ce problème. Sous cette basilique sont creusées trois petites cryptes. Elle durera jusqu'au , où le besoin d'accueillir des fidèles plus nombreux poussera à l'établissement d'une première véritable cathédrale.

La première cathédrale Église Saint-Jean-du-Baptistère La cathédrale diffère de l'église paroissiale nommée « Saint-Jean-du-Baptistère » édifiée au sur son côté nord, et dont les vestiges furent mis au jour lors des fouilles menées par le chanoine Durville, entre 1910 et 1913. Cette église, qui était aussi le siège du doyenné de la « chrétienté », c'est-à-dire de la partie du diocèse qui s'étendait entre la Loire, le diocèse d'Angers et le cours de l'Erdre, se composait d'une nef coupée par un transept débordant, sans abside, mais était de dimension suffisante pour recevoir durant le . thumb|La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes et le cours Saint- Pierre depuis la tour du Lieu unique. Comme son nom l'indique, l'édifice renfermait un baptistère et, de fait, deux piscines baptismales ont été retrouvées dans la nef. L'une de ces piscines, datant du , formait un bassin octogonal de côtés inégaux de à de longueur, pour un diamètre de et une profondeur d'environ . L'autre, du , consistait en un bloc circulaire de maçonnerie d'un diamètre de pour de profondeur, dans lequel s'enfonçait une excavation octogonale, en briques, qui constituait, à proprement parler, la cuve baptismale.

Le chevet de l'église fut détruit, vers la fin du , tandis que la nef disparut avant la fin du , entre 1469 et 1486, pour faire place au collatéral nord de la cathédrale..

La cathédrale La construction de la première cathédrale débute au , à l’initiative de l’évêque Evhemerius, Evhémérus ou (527-549). Elle est consacrée en 567 ou 568. ou même le par son successeur, (550-582).

Cet édifice avait trois nefs, avec trois portiques correspondant en façade, et était surmonté d'une tour carrée surmontée d'une lanterne en forme de dôme.. La cathédrale fait alors l’admiration de Venance Fortunat, évêque de Poitiers, qui la décrit en ces termes :

Fortunat évoque par ailleurs la lumière des toits « couverts de métal » ; les lambris intérieurs et le toit étaient couverts d'étain, issu probablement des mines proches de Piriac-sur-Mer et Pénestin..

Outre les descriptions dithyrambiques d'observateurs (Fortunat, Albert le Grand), diverses fouilles aux attestent également de la richesse et de la magnificence de l'église d'Evhémérus et de Félix, ce qui en fit sans doute une cible de choix pour les Normands au cours des .

Ainsi le 24 juin 843, lors d'une invasion normande, l’évêque Gohard y est massacré avec ses paroissiens., et la cathédrale est incendiée.. L'évêque Fulquerius ou Foucher procède à une restauration et à un renforcement entre 897 et 906, mais en 919 l'église est à nouveau pillée lors d'un nouveau raid, et cette fois considérablement incendiée. Il faut attendre la fin du pour que l'édifice soit reconstruit, à l'initiative du duc Guérec. De cette époque daterait le noyau de la crypte médiévale. Un ambitieux projet de reconstruction, probablement dû à l'évêque Benoît de Cornouaille entre 1079 et 1111, est abandonné après la construction de départs d'un bras sud du transept.

Sur le relevé de l'architecte Seheult (1830) , les proportions des murs du transept Nord (désaxé par rapport à la crypte de Guérec) , ainsi que l'amorce du déambulatoire à absides rayonnantes ; indiquent une phase antérieure romane à la fin du Xe siècle . La reconstruction du XIIe siècle n'aurait pas manquée de rectifier cette inflexion du plan .

La cathédrale romane Pour rebâtir la cathédrale, le choix est fait de ne pas détruire la crypte de Guérec. Celle-ci n'étant pas souterraine il faut alors surélever le sol pour établir le chœur. La nef, probablement dotée de collatéraux, aurait été couverte de trois coupoles faites de blocages, à l'image de la cathédrale du Puy. L'hypothèse généralement retenue établit la période de construction après 1130. Il n'y a pas de certitudes concernant l'aspect extérieur et les détails de cette cathédrale. À la fin du le chœur est modifié, étape la plus achevée de l'église romane. En 1415, un incendie entraîne la démolition d'une tour carrée, au puis au les ébauches du bras sud du transept sont supprimées, en 1733 le chœur roman est aplani, l'ensemble est détruit en 1876.. De cette époque, il ne subsiste au que la crypte située sous le chœur, et quelques chapiteaux conservés au musée Dobrée. L'un des chapiteaux conservés au musée Dobrée présente un personnage barbu à deux paires d'yeux, vêtu d'un pagne. Il est entouré d'un sphinx à tête humaine et d'un dragon dont la queue se termine par une tête crachant du feu..

La cathédrale actuelle Première phase de construction La construction de l’édifice actuel est initialement conduite par Guillaume de Dammartin, dont les liens avec Guy de Dammartin ou Jean de Dammartin (architecte de la cathédrale de Tours) ne sont que suppositions., puis par Mathurin Rodier, sous l'impulsion du duc de Bretagne Jean V et de l’évêque Jean de Malestroit, qui posent la première pierre le .

Le milieu du est en effet une période propice au lancement de tels projets, la Bretagne ayant retrouvé une prospérité commerciale suffisante grâce à une politique diplomatique opportuniste et habile qui lui permet de rester relativement à l’écart des déchirements européens de l’époque, notamment entre les royaumes de France et d’Angleterre.

redresse=0.4|vignette|Blason du chapitre de la cathédrale de Nantes.

De plus, l’établissement d’une aussi imposante cathédrale, et l’implication qu’y met le pouvoir ducal, participent à la légitimation de ce pouvoir dans un contexte difficile à la suite des guerres de succession du duché de Bretagne.. Nantes n’est pas la seule ville à bénéficier de cette volonté politique de Jean V : citons, par exemple, le chantier similaire de la façade de la cathédrale de Quimper, initié dix ans plus tôt en 1424.

Le portail central qui orne la façade est achevé en 1481, pour les grand-messes. Henri IV la franchira en 1598, lors de son passage à Nantes pour y signer l’Édit de Tolérance. La pose du grand vitrail, commandé par la duchesse-reine Anne et posé en 1498, marque l'achèvement de la nef. Il est détruit lors de l'incendie de la cathédrale le 18 juillet 2020, Il représentait Anne, ainsi que sa mère Marguerite de Foix..

Si la façade est achevée dès la fin du , les tours ne le sont qu'en 1508 ; la nef et les collatéraux le sont également au début du , mais la voûte gothique de la nef, le bras sud du transept et les arcs-boutants sont terminés au . Un projet d'achèvement du (dont il reste une maquette) envisageait d'ajouter un transept ainsi qu'un chevet court, adossé aux rempartsLes cryptes de la Cathédrale de Nantes.

Révolution et Empire Sous la Révolution, la cathédrale est utilisée comme poste d'observation militaire lors du siège de Nantes en 1793. Une tour de bois de de hauteur est construite sur la tour sud, et la surveillance est assurée au moyen d'un télescope. Les décisions militaires sont prises en fonction des renseignements ainsi obtenus..

Dans cette période, elle est transformée en arsenal et en écurie, puis un arrêté départemental de 1794 la consacre officiellement à la célébration des fêtes publiques (ce à quoi doit également servir le grand-orgue)..

La cathédrale est menacée de destruction en 1796, et il est envisagé de prolonger la « rue du Département » (devenue rue du Roi-Albert) en droite ligne jusqu'à la « rue Brutus » (rue Prémion) face au château. L'intervention, en tant qu'expert, de Mathurin-Julien Grolleau, évite la destruction de l'édifice. Il rédige un rapport où il stipule que la cession de l'église ne peut se faire qu'à la condition que le bâtiment ne subisse aucune modification de structure extérieure, et rappelle l'importance d'un observatoire aussi élevé à Nantes, qu'il aurait été coûteux de construire si la cathédrale était détruite..

Le , l'explosion d'une poudrière dans la tour des Espagnols du château des ducs de Bretagne entraîne d'importants dommages sur l'aile sud de la cathédrale.

Par la suite, l'observatoire est maintenu, pour les études astronomiques, et pour les besoins de l'école d'hydrographie, qui forme les officiers de marine aux nouvelles techniques de navigation. La tour en bois présente rapidement des signes de vétusté., et la cathédrale ayant retrouvé sa vocation religieuse, n'est pas située à un endroit adapté à un usage civil intensif.. L'observatoire est déplacé en 1823 dans la tour de la « maison Graslin », rue Molière..

Achèvement La démolition des murailles à l'est de la ville permit l'achèvement de la cathédrale au : le bras nord du transept et le chevet sont entrepris en 1840, le vieux chœur roman est abattu à partir de 1876 et l'ancienne tour de la croisée du transept en 1886. Après de travaux, la cathédrale est enfin inaugurée le par l’évêque Le Coq.

Les lustres de la nef sont réalisés vers 1870 par François Evellin, et classés en 1994 au titre objet des Monuments historiques..

Restaurations et incendies

Bombardements de 1944 et incendie de 1972