Ilarie Voronca, de son vrai nom Eduard Marcus ( à Brăila, Roumanie – à ParisActe de décès à Paris , n° 1191, vue 30/31.), est un poète et écrivain français d'origine roumaine.

il est inhumé au cimetière parisien de Pantin dans la division.

Biographie

Débuts littéraires

Jeune étudiant roumain, né dans une famille juive, passionné de littérature, Ilarie Voronca rencontre Eugen Lovinescu et publie ses premiers écrits en 1922 au sein du mouvement Sburătorul ; il s'agit alors de poèmes d'inspiration symboliste, influencés par les œuvres de George Bacovia et de Camil Baltazar. Les textes de cette période, au ton plutôt sombre et pathétique, tranchent avec le reste de son œuvre. Dès 1923, à l'âge de 20 ans, Voronca se distingue en publiant à Bucarest son premier recueil de poèmes, intitulé Restristi et illustré par Victor BraunerChristophe Dauphin, Ilarie Voronca, le poète intégral, 2011..

Un avant-gardiste

En 1924, Voronca devient l’une des figures clés de l’avant-garde artistique roumaine en créant, avec Victor Brauner, la revue .. C'est dans cette revue remarquable par ses audaces typographiques et graphiques, qu'apparaît la Pictopoésie, définie par Voronca comme une .. Devenu une figure phare du constructivisme roumain, Voronca collabora aux principales revues de Bucarest : , , et .

Influencé initialement par Dada, Voronca travaille à la combinaison des diverses avant-gardes, se faisant le théoricien de l’Intégralisme :

Le vrai mot personne ne l’a dit encore : cubisme, futurisme, constructivisme ont débouché sur le même point hardi : la SYNTHÈSE.

Voronca publie douze volumes en Roumanie, dont Colomba (1927), Ulise (1928), Peter Schlemihl (1932) ou Patmos (1933). Cependant, comme l'écrit le poète et essayiste français Christophe Dauphin, Christophe Dauphin, Ilarie Voronca, le poète intégral, 2011..

Départ pour Paris

En 1933, Voronca et son épouse Colomba Spirt (1904-1994) s'installent à Paris, pour fuir les , à l’instar de ses amis Tristan Tzara, Benjamin Fondane, Claude Sernet ou Jacques Hérold.

Il fait partie de l'importante communauté d'artistes et intellectuels roumains qui vient à Paris avec Constantin Brâncuși, Emil Cioran, Mircea Eliade, Eugène Ionesco, Isidore Isou, Panaït Istrati, Benjamin Fondane, Ghérasim Luca et Tristan Tzara.

En France, le couple est confronté aux dures réalités de la vie d’émigrés, ce dont rend compte le recueil Permis de séjour (1935) :

J’avais faim. Un brouillard montait vers la cité.

Pour vivre, Voronca travaille dans des compagnies d’assurances. À la fin des années 1930, ses œuvres sont appréciées par une large majorité du milieu littéraire françaisTristan Tzara, Ilarie Voronca, Les Lettres françaises, 1949. Son nom figure au sommaire des principales revues de poésie, dont Les Cahiers du Sud. L’année 1936 est marquée par la parution de La Poésie commune : une étape déterminante, car, comme l'explique Christophe Dauphin : Christophe Dauphin, 1903-2003 Ilarie Voronca, le centenaire de l’ombre, Les Hommes sans épaules , 2004). Lorsque, le , Colomba et Ilarie Voronca obtiennent la nationalité française, le poète compte à son actif pas moins de onze recueils publiés en France.

La guerre

Parallèlement à son œuvre poétique, et en cinq ans seulement, Voronca publie, durant la tragique période de l'Occupation, l’essentiel de son œuvre en prose, dont Lord Duveen (1941), L’Interview (1944), Henrika (1945) ou Souvenirs de la planète Terre (1945).

Avec la guerre était venu le temps de l’assassinat collectif : Le vent marche comme un aveugle Il cherche des épis de blé Et ne trouve que baïonnettes.

Élève officier de réserve au Camp du Larzac (Aveyron), Ilarie Voronca est démobilisé en 1940. Il se réfugie à Marseille, à Orpierre (Hautes-Alpes) puis à Moyrazès (Aveyron) chez les instituteurs Jean et Elise Mazenq, où il adhère à la Résistance pour combattre le nazisme, épisode relaté dans la trilogie de Christiane Chaule-Balducci (voir bibliographie). À la mi-, il regagne Toulouse puis Paris, qui avait été libéré des nazis. Deux romans paraissent l'année suivante : Henrika et Souvenirs de la planète Terre. Le désespoir prend définitivement le pas sur la joie : Ilarie Voronca se donne la mort au soir du ..

Ilarie Voronca, l'auteur de La joie est pour l’homme, est inhumé au cimetière parisien de Pantin. En 2010, sa tombe, menacée de disparition, est sauvée et refaite grâce à l’action du Collectif Ilarie Voroncahttp://web.archive.org/web/20161112080943/http://www.dechargelarevue.com/id/index.php?commentaires=300., rassemblant des personnalités françaises et roumaines.

Œuvres

Poésie Restristi, illustrées de dix dessins hors texte de Victor Brauner, Bucarest, Rahova Arte Grafice, 1923 75 HP, revue d’avant-garde réalisée par Ilarie Voronca et Victor Brauner, Bucarest, 1924 ; réédition, Éditions Jean-Michel Place, 1993 Colomba, illustrations de Sonia et Robert Delaunay, Imprimerie Union, 1927 Ulise, illustration de Marc Chagall, Imprimerie Union, 1928 Plante si animale, illustrations de Constantin Brancusi, Imprimerie Union, 1929 Bratara noptilor, illustration de Victor Brauner, Bucarest, Unu, 1929 Zodiac, illustration de M.H. Maxy, Bucarest, Unu, 1930 Invitatie la bal, poèmes 1924-1925, Bucarest, Editura Unu, 1931 Incantații, illustrations de Milita Petrascu, Bucarest, Editura Cultura nationala, 1931 Peter Schlemihl, illustrations de Victor Brauner, Grégoire Michonze et Jules Perahim, Bucarest, Tipografia Bucovina, 1932 Patmos, si alte sase poeme, Bucarest, Vremea, 1933 Ulysse dans la cité, traduit du roumain par Roger Vailland, préface de Georges Ribemont-Dessaignes, illustration de Marc Chagall, éditions du Sagittaire, 1933 ; réédition, préface de Michel Bulteau, Éditions Le Temps des Cerises, 1999 Poèmes parmi les hommes, illustration d’Edmond Vandercammen, Cahier du Journal des poètes, 1934 Patmos, collection des Cahiers Libres, Denoël et Steele, 1934 ; réédition Éditions Le Pont de l’Epée, 1977. Avant propos de Tristan Tzara, Guy Chambelland, Yves Martin, Alain Simon, illustration de Victor Brauner. Édition de tête, 40 exemplaires ornés d’une gravure de Jacques Hérold. Permis de séjour, Corréa, 1935 La Poésie commune, G.L.M, 1936 ; réédition éditions Plasma, Illustrations de Georges Ribemont-Dessaignes, 1979 La Joie est pour l’homme, suivi de Trois poèmes à la gloire du sommeil, Les Cahiers du Sud, 1936 Pater noster suivi d’Ebauches d’un poème, Corrêa, 1937 Amitiés des choses, Sagesse, 1937 ; rééditions Les Cahiers de Jalons , 1979 L’Apprenti fantôme et Cinq poèmes de septembre, Presses du Hibou, 1938 ; réédition (sans les Cinq poèmes de septembre), L’Arbre, 1992 Le Marchand de Quatre saisons, Cahiers du Journal des poètes, 1938 Beauté de ce monde, Le Sagittaire, 1940 Les Témoins, Méridien, 1942 Oisiveté, Les Feuillets de Sagesse, 1943 Contre-solitude, Bordas, 1946 ; réédition, Plein Chant, 2006 Les Chants du Mort, éditions Charlot, 1947 ; réédition L’Arbre, 2003 Dîner chez Jeanne Coppel, illustration de Jeanne Coppel, imprimerie PAB, 1952 Poèmes choisis, introduction de Tristan Tzara, illustration de Marc Chagall, Seghers, 1956 ; réédition Seghers, avec des textes inédits, 1967 Poèmes inédits, Les Cahiers du Sud , 1961 Poeme, traduits en roumain par Sașa Pană, Préface d’Eugen Simion, Bucarest, Editura Pentru Literatura universală, 1961 Poèmes inédits, éditions Subervie, 1961 Poèmes inédits, illustration d’Abidine, éditions Guy Chambelland, 1964 Poème pour glorifier le pied, illustrations de Madeleine Follain-Dinès, La Goutte d’Or, 1971 Poeme alese, anthologie en langue roumaine établie et préfacée par Sasa Pana, illustration de Robert Delaunay, deux volumes, Bucarest, Editura Minerva, 1972 Zodiac : poesii, édition établie et présentée par Ion Pop. Cette édition rerprend : Restristi, Colomba, Ulise, Plante si animale, Bratara noptila et Zodiac, Bucarest, Editura Minerva, 1992 Incantatii : poesii, édition établie par Ion Pop. Cette édition rassemble Invitatie la bal, Incantatii, Petre Schlemihl, Patmos, Din periodice et Patrusprezece sonete, Bucarest, Minerva, 1993 La Chambre, L’Arbre, 2000. Poème publié dans Beauté de ce monde (1940) et repris dans Onze récits (1968) Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde, L’Arbre, 2000 (Ce recueil reprend neuf poèmes de Beauté de ce monde) Journal inédit suivi de Beauté de ce monde, poèmes 1940-1946, éditions présentée et établie par Petre Răileanu et Christophe Dauphin, (Les Hommes sans Epaules éditions, 2018. 2ème édition, 2020). Poèmes d'exil inédits publiés dans "Invisible Voronca - Itinéraire d'un écrivain en exil pour l'éternité" de Christiane-Chaule Balducci (Librinova-Hachette 2024)

Prose A doua lumină, essai, Bucarest, Unu, 1930 ; réédition Minerva, Bucarest, 1996 Act de prezență, essais, Bucarest, Cartea cu semne, 1932 ; réédition comprenant A doua lumină, Bucarest, Cluj, Dacia, 1972 Lord Duveen ou L’invisible à la portée de tous, récit, Éditions de l’Ilot, 1941 ; réédition éditions Eliane Vernay, illustration de Marc Chagall, 1977 La Confession d’une âme fausse, Méridien, 1942 La Clé des réalités, Méridien, 1944 L’Interview, illustration de Halicka, éditions Jean Vigneau, 1944 Henrika, roman, illustration de F. Delanglade, l’Entreprise de presse, 1945, réédité et commenté par Christiane Chaule-Balducci et Suzette Mazenq-Belmonte sous le titre "Henrika, le conte d'exil d'Ilarie Voronca" (Librinova- Hachette 2024) Souvenirs de la planète Terre, roman, éditions Nagel, 1945. Réédition Paris-Orbey, éditions Arfuyen, coll. "Le Rouge & le Noir", 2025 préface de Nicolas Cavaillès Onze récits, avant propos d’Eugène Ionesco, Rougerie, 1968 (Ce volume reprend six poèmes de Beauté de ce monde, un inédit et quatre récits publiés dans des revues.) Petit manuel du parfait bonheur/Mic manual de fericire perfectă, édition bilingue (texte français avec traduction roumaine en regard) établie par Sașa Pană, Bucarest, Cartea Românească, 1973 ; réédition, Paris, Cambourakis, , 2019 Interviul. Unsprezece povestiri, préface d’Ion Pop, Bucarest, Cartea Românească, 1989 Quarante ou cinquante personnes, L’Arbre, 1991 Le Riche mendiant, A l’impatiente, 1991 (Prose issue des Onze récits.) Arbres 1942, suivi de Un peu d’ordre, L’Arbre, 2000 Interviul, Cartea Românească, Bucarest, 1989 (Traduit en roumain par Ion Pop) Perméables, illustrations de Marie Bauthias, Trident neuf, 2003 ; réédition d’un récit publié dans la revue Viatiques en 1943, puis dans La Clé des réalités en 1944

Sources et bibliographie Christiane Chaule-Balducci,"Invisible Voronca - Itinéraire d'un écrivain en exil pour l'éternité", biographie contenant des archives (lettres, photographies) et des textes inédits, préface de Dan Burcea, éditions Librinova-Hachette 2024. Christiane Chaule-Balducci, Suzette et François Mazenq-Belmonte, "Elle est vraie, Monsieur ? de Jean Mazenq - Les Mémoires de l'instituteur aveyronnais qui a sauvé Ilarie Voronca", éditions Librinova-Hachette 2024. Christiane Chaule-Balducci, "Henrika, le conte d'exil d'Ilarie Voronca" comprenant le témoignage de Suzette Mazenq-Belmonte, éditions Librinova-Hachette 2024. Christiane Chaule-Balducci, entretien avec Mihaela-Gentiana Stanisor, publié dans la revue littéraire et philosophique Alkémie, "L'intime" n°35, Classiques Garnier, Christophe Dauphin, Ilarie Voronca, le poète intégral, essai suivi d’un large choix de textes et de poèmes, éditions Rafael de Surtis/Editinter, 2011. Christophe Dauphin, Les Riverains du feu, une anthologie émotiviste de la poésie francophone contemporaine, Le Nouvel Athanor, 2009. Ecaterina Grün, La Route chez Tristan Tzara, Benjamin Fondane et Ilarie Voronca, éditions Rafael de Surtis, 2005. Ion Pop, La Réhabilitation du rêve, une anthologie de l’Avant-garde roumaine, EST-Samuel Tastet Editeur & Maurice Nadeau, 2006. Ilarie Voronca, Numéro spécial, Plein Chant , 2004.