Le bidet breton est un type de bidet, petit cheval élevé en Bretagne. Caractérisé par sa capacité à se déplacer à l'amble, élevé pour sa force de travail, le bidet est présent dès le . Au Moyen Âge, il est peut-être croisé avec des chevaux orientaux ramenés par la maison de Rohan. Très répandu en Bretagne jusqu'au milieu du , il sert à tous les travaux qui demandent un cheval de peu de valeur. Les haras nationaux français luttent contre cet élevage. Les transports se modernisent au , rendant le cheval de trait plus recherché. Le bidet breton disparaît à l'orée du .

Ces petits chevaux, toisant à , portent une robe généralement alezane. Réputés laids, ils disposent en contrepartie d'une grande endurance et d'une résistance proverbiale à l'effort. Les bidets servent essentiellement à la selle ou au bât, mais certains sont connus pour leur utilisation en course. Ils sont élevés dans le sud et le centre de la Bretagne, près de Briec, de Carhaix, de Loudéac, et sur le littoral du Morbihan.

Histoire Le bidet breton a la particularité d'aller l'amble, ce qui lui a valu le nom de tout au long de son histoire.. Le mot breton pour désigner un bidet ambleur est inkané (incâne selon l'orthographe ancienne).

Origine Le bidet breton semble avoir été utilisés par les guerriers celtes qui ont occupé l'Armorique dans l'Antiquité : d'après le commandant Saint-Gal de Pons, les Celtes ont migré avec de petits chevaux à la robe primitive (isabelle ou souris avec raie de mulet), qui forment la souche du bidet breton. Une croyance populaire, accréditée par plusieurs érudits, voudrait que ces bidets descendent de chevaux arabes ramenés des croisadesBeaucoup d'auteurs attribuent des ancêtres orientaux aux chevaux français depuis le , en raison de la vague d'« Arabomanie équestre., mais quelques sources évoquent la présence de bidets de course allant l'amble avant cette époque. En 880, l'abbé de Landévennec Gurdisten cite dans le cartulaire de Landévennec une course à l'amble qui a eu lieu quatre siècles avant lui, entre Riwal le duc de Domnonée et son cousin Fracan. Il se réfère à des auteurs antérieurs qui en furent les témoins oculaires. Selon Guy de Sallier Dupin, un bidet ambleur existe donc en Bretagne avant toute influence arabe, dès le Cartulaire de Landévennec, édition de M. de la Borderie, Cotel et al., Rennes, 1888. Publié dans La Bretagne hippique , le 23 décembre 1911. Cité par .. Il a peut-être influencé le bidet normand, ou possède une origine commune avec lui..

Extérieurement, les bidets rappellent le cheval barbe, ce qui a conduit certains auteurs du à supposer qu'ils « ont peut-être été croisés ». L'historien Guy de Sallier Dupin relève plusieurs mentions d'une origine arabe dans des travaux, mais aussi des oppositions, en particulier chez Éphrem Houël pour qui le bidet breton est une race autochtone dont l'apparence est simplement le résultat d'un mode de vie semi-sauvage, du sol et du climat. Une étude historique sur les paysans du Centre-Bretagne n'y révèle pas la présence de chevaux importés en nombre avant le , hormis celle de neuf étalons arabes pris en Égypte par la famille de Rohan pendant les croisades, et ramenés en 1213 dans leur fief de Bretagne.. Il est cependant possible que les bidets bretons élevés sur les terres de la famille de Rohan aient été croisés quelquefois avec des étalons orientaux. Guy de Sallier Dupin note une correspondance du , dans laquelle un Rohan gendre de François II traite avec les Turcs pour importer des chevaux, des faucons et des lévriers.

Du Moyen Âge au Les bidets bretons sont recherchés historiquement pour leur amble, qu'ils connaissent naturellement ou qui leur est inculqué. Cette allure particulière les rend populaires au Moyen Âge..

Ils vivent à l'état sauvage ou semi-sauvage dans les forêts et sur la lande. D'après le commandant Antoine-Auguste Saint-Gal de Pons, les estampes de l'époque médiévale montrent des chevaux toisant de à , notamment dans les représentations du duc de Richemont. Une tradition invérifiable voudrait que plusieurs chevaux orientaux contemporains de Godolphin Arabian (1730), peut-être de race Barbe, aient influencé le cheptel de Bretagne dans la forêt de Lorge.

L'amélioration des routes en Bretagne au pousse à modifier les bidets élevés sur le littoral, car ils sont jugés comme de mauvais chevaux. Cela les rend plus rapides et plus forts, mieux adaptés à la traction, et représente les prémices du développement du cheval de trait Breton.. Les bidets véritables sont généralement décrits comme laids, petits et misérables, malgré leur force de travail. Après la Révolution, les haras nationaux se désintéressent des régions montagneuses de Bretagne intérieure où ils sont élevés, et n'y mettent aucun étalon importé à disposition : les grands chevaux amenés par les haras depuis le nord de l'Europe ne conviennent pas à la taille des « bidettes ». En 1756 déjà, un édit ordonnait aux éleveurs de tailler ou couper une oreille aux animaux de qualité supérieure, de manière à les différencier plus rapidement. De même, un ordre était donné en 1762 pour supprimer les étalons des cultivateurs locaux qui élèvent des bidets. De ce fait, beaucoup de chevaux furent castrés d'autorité.

L'animal a mauvaise réputation dans les mémoires de l'époque, bien que certains documents rapportent des croisements effectués avec des chevaux Barbe et un étalon Arabe, en 1785. En 1780, 12 bidets sont sélectionnés dans les arrondissements de Quimper et de Châteaulin, indiquant une sélection effectuée sur ces animaux dans l'indigénat. En 1819, les bidets font toujours la prospérité du pays, et leur nombre augmente, de même que leur taille, tandis que leur conformation s'améliore.

Conflit entre les cultivateurs et les haras nationaux Au début du , les cultivateurs bretons possèdent toujours majoritairement des bidets. Beaucoup élèvent ces chevaux de taille réduite pour éviter de les voir réquisitionnés par l'armée, puisqu'une taille minimale est exigée. D'après l'anthropologue Philippe Lacombe, les haras nationaux se livrent à une entreprise de « nationalisation » et de « civilisation » des animaux et des hommes en s'acharnant contre l'élevage du bidet, qui subit une véritable « stigmatisation ».. Le bidet breton, que l'administration française des haras décrie pour son manque d'élégance, incarne de leur point de vue la gaucherie paysanne. Yann Brekilien parle d'une pour imposer les normes au mépris des besoins réels des habitants de la Bretagne. Théophile de Pompéry est également critique, disant (en 1851) que le système des haras confond et détériore les races de chevaux par la négation de leurs particularités régionales .

Pour Guy de Sallier Dupin, l'action des haras est plus nuancée. Le bidet breton s'améliore réellement au cours du siècle, par croisements avec les bidets du Midi puis des chevaux Pur-sang et Arabe. La distribution de primes par le conseil général et les haras nationaux, récompensant les meilleurs éleveurs, permet l'émergence de pionniers qui élèvent des chevaux demi-sang, notamment à Corlay d'où naît le cheval de Corlay. L'officier des haras chargé de Langonnet entre 1837 et 1847, Éphrem Houël, rend compte de nombreux efforts pour forcer les cultivateurs à élever des animaux plus grands.

Disparition vignette|Bidet breton de selle, d'après une photographie publiée au début du .|alt=Vieille photo d'un petit cheval face à un homme noir Les avis divergent pour dater avec précision la disparition des bidets bretons. Les derniers bidets véritables disparaissent dans les années 1850 d'après Mikael Bodlore-Penlaez et Divi Kervella.. Cependant, Martial Cornic témoigne en 1897 d'une distinction toujours bien visible entre la race de trait bretonne propre et le bidet.. Au début du , selon René Musset et Camille Vallaux (1907), les bidets bretons « ne sont plus qu'un souvenir », tandis qu'un numéro du Journal d'agriculture pratique paru en 1910 parle d'un .. D'autres sources, davantage grand public, datent leur disparition à la Première Guerre mondiale, en raison des demandes de l'armée française..

Plusieurs raisons sont citées pour expliquer cette disparition : la modernisation des transports, les croisements avec des chevaux de sang ou de trait, et l'influence des haras nationaux. Les témoignages de l'époque montrent que le bidet breton devient beaucoup moins recherché, du moins au centre de la Cornouaille et du Morbihan. L'état des voies de communication généralise l'usage de la traction hippomobile. Vers 1859, ces petits chevaux ne sont plus utilisés que dans leur pays de naissance, malgré leurs qualités de sobriété et de robustesse. Ils sont remplacés par les chevaux de trait bretons, venus du pays de Léon et du Trégor : , selon Camille Vallaux.. Les croisements avec des chevaux de sang entraînent aussi une évolution de la race . Selon Yann Brekilien et Thierry Jigourel, c'est d'abord l'action des Haras nationaux contre l'élevage des bidets qui a pour conséquence directe la disparition de ce petit cheval dans toute la Bretagne, une analyse défendue avant eux par le directeur des archives du Finistère Jacques Charpy..

Ainsi, l'action publique des haras a favorisé leur croisement, notamment avec des norfolks, mais aussi avec des étalons boulonnais, ardennais, percheron, etc.., faisant évoluer le bidet breton dans le courant du vers le cheval de trait breton, plus grandF.-M. Bléas, "Les chevaux bretons", imprimerie À. Lajat, Morlaix, 1913..

D'après le professeur en histoire Bernard Denis, les bidets ont disparu sans donner de races, mais ils en ont influencé certaines.. Le Centre-Montagne, également appelé le « petit trait Breton », est issu des zones montagneuses bretonnes où s'élevaient les bidets. Il constitue la plus petite variété de la race bretonne. Il est inclus en 1927 aux types reconnus de la race, avec le trait et le postier breton. Il toise alors environ . Il descendrait des bidets de montagne et aurait survécu « parce qu'il y a toujours eu des éleveurs pour monter à cheval, dans la montagne ».. Cependant, le Centre-Montagne disparaît à son tour dans les années 1980..

Description Le bidet breton est vraisemblablement un petit cheval de type primitif, comparable au poney Sorraia du Portugal et au Fjord de Norvège.. Ces animaux sont peu homogènes. D'après Mikael Bodlore-Penlaez et Divi Kervella, il existe quatre types de bidets bretons. Le Bidet de Briec (), élevé en Cornouaille d'où son autre nom de « bidet de Cornouaille », a connu une très grande popularité. Le bidet des montagnes () provient de l’est des Monts d'Arrée. Le bidet des landes () est élevé à Loudéac, dans le centre de la Bretagne. Ils y incluent aussi le petit cheval d'Ouessant (), considéré différemment par d'autres auteurs. En Loire-Atlantique, un bidet des landes et des bois est décrit à la fin de l'Ancien Régime, près de Derval et de Blain.

Taille La taille est généralement réduite, soit de à en moyenne, certains chevaux étant encore plus petits. Cette taille a évolué avec le temps, car à la fin de l'Ancien régime, le bidet breton mesure à selon les sources d'époque.. En 1840, le comte Achille de Montendre évalue cette taille dans une fourchette de à , précisant que les plus grands sont rarement les meilleurs.. Deux ans plus tard, Eugène Gayot évalue la taille moyenne des bidets entre et . Un bidet plus grand et plus fort est appelé « double-bidet ». Les pays montagneux donnent des bidets de à au plus. Le bidet de Derval et de Blain dépasse à peine , et le petit cheval d'Ouessant fait la taille d'un poney Shetland.

Morphologie

thumb|Marc'h Land, un bidet breton d', d'après une photographie du début du publiée dans la revue Sport universel illustré.|alt=Vieille photo d'un cheval gris assez chétif, profil droit