Les Frères mineurs récollets (en latin : Ordo Fratrum Minorum Recollectorum) forment un ordre mendiant de droit pontifical issu d'une réforme de l'ordre franciscain. En 1897, ils sont unis avec les réformés, les observants et les alcantarins pour former l'ordre des Frères mineurs.
Étymologiquement, récollet est issu du latin recolligere : revenir à soi. La récollection est une retraite courte d’une durée d’un ou deux jours. Faire une récollection c’est prendre du temps, s’arrêter et se mettre à l’écoute de Dieu..
Histoire thumb|Récollets.
À l'imitation des frères mineurs réformés d'Italie et des frères mineurs déchaux d'Espagne, des maisons de récollectionSelon Le Robert 2008, « récollection » signifie toujours « action de se recueillir ». apparaissent en France vers la fin du . Une première maison de récollets est fondée à Cluis en 1570 mais ne dure pas.. C'est le frère François Doziech qui prend l'initiative de la réforme après un séjour en Espagne et fonde le couvent de Rabastens vers 1583.
En 1592, Louis IV de Gonzague, duc de Nevers, fait sortir les observants du couvent de Nevers pour installer des frères mineurs réformés, mais ne comprenant pas la langue du peuple, ils sont remplacés en 1597 par des religieux français qui suivent la même observance et commencent la réforme des récollets. Clément VIII, partisan des réformes, promulgue la bulle Pro iniuncto nobis le , accordant aux récollets les mêmes privilèges que les frères réformés italiens, avec un commissaire général soumis à l'autorité du provincial des observants.
Le père Nathanaël, nouveau commissaire, fonde les couvents de Toulouse et de Bordeaux. En 1612, il divise la France en deux provinces. La croissance est remarquable, surtout dans la première moitié du puis freinée en partie par l'expansion des Frères mineurs capucins.. Les rois de France leur accordent des privilèges ; ils servent d'aumôniers militaires du roi au Fort Saint-Sébastien, Louis XIV est tellement content de leur service qu'il désire qu'ils deviennent aumôniers dans ses armées.. Ils combattent le calvinisme lors des guerres de Religion mais optent pour un débat pacifique et la résolution du conflit sans violence. Ils œuvrent aussi aux soins des malades et des blessés de guerre.
Ils développent une grande activité missionnaire, notamment en Nouvelle-France où leur trace est importante. Le , les premiers missionnaires récollets arrivent à Québec choisis par Samuel de Champlain en vue d’assurer le ministère spirituel en Nouvelle-France, ils constituent ainsi la toute première communauté religieuse à s’installer sur l’actuel territoire du Québec.. Ils sont obligés de quitter Québec après la victoire de David Kirke en 1629.., mais reviennent s’établir à Montréal à l’invitation de Jean Talon en 1670. Les tensions sont parfois grandes, toutefois, avec les jésuites, qui sont soutenus par Versailles, au point que ceux-ci parviennent en 1690 à faire retirer du commerce Le premier établissement de la foy dans la Nouvelle-FranceChrétien Le Clercq, Premier établissement de la foy dans la Nouvelle-France : contenant la publication de l'Evangile, l'histoire des colonies françoises, & les fameuses découvertes depuis le fleuve de Saint Laurent , la Loüisiane & le fleuve Colbert jusqu'au Golphe Mexique, achevées sous la conduite de feu monsieur de la Salle : avec les victoires remportées en Canada par les armes de sa majesté sur les anglois & les iroquois en 1690], Paris, Amable Auroy, 1691. (tome 1, 559 p.), (tome 2, 458 p.), un ouvrage de Chrétien Le Clercq qui dresse l'histoire de l'action des récollets..
Après la conquête de 1760, le régime britannique interdit tout recrutement à la communauté.. On ne compte pas moins de 21 noms de lieu québécois rappelant aujourd'hui le souvenir des récollets au Québec.Site de la Commission de toponymie. Le , le gouvernement du Québec reconnaît officiellement l'arrivée des Récollets en Nouvelle-France en tant qu'événement historique, officialisant l’inscription de cet événement au registre du Patrimoine culturel du Québecpatrimoine-culturel.gouv.qc.ca.
La commission des Réguliers les autorise à rester en France sans fusionner avec les conventuels ; ils ont alors 11 provinces et environ membres. La Révolution française supprime l'ordre en 1791Order of Friars Minor "General History of the Order Second Period (1517-1909): The Recollects".
En 1895, à la demande du pape Léon XIII, les quatre familles d'observants organisent un chapitre à Sainte-Marie-des-Anges d'Assise sur leur éventuelle fusion en un seul institut religieux. Le vote ayant été largement en faveur de l'union, de nouvelles constitutions appelées léoniennes sont approuvées par le Saint-Siège le et la réunification est sanctionnée par Léon XIII par la bulle Felicitate quadam du .
Les Récollets de la Nouvelle-France (1615-1760) Les Récollets, communauté religieuse catholique masculine issue d’une branche réformée de l’ordre des Franciscains, sont les premiers missionnaires de la Nouvelle-France, les premiers à entrer en contact avec les Premières Nations du nord de l’Amérique. De retour dans la colonie française en 1670 après une absence de , ils exercent divers ministères, participent à l’exploration et au développement du territoire jusqu’en Louisiane.
Premier établissement, 1615-1629 En 1615, Samuel de Champlain fait appel aux Récollets pour qu’ils s’établissent à Québec, fondée sept ans plus tôt, en vue d’annoncer l’Évangile aux populations autochtones.. Le , quatre récollets (Denis Jamet, Joseph Le Caron, Jean Dolbeau et Pacifique Duplessis) du couvent Saint-Denys, à Paris, quittent Honfleur en compagnie de Champlain à bord du Saint-Étienne commandé par François Du Pont Gravé. Ils arrivent à Tadoussac le .. À Québec, ils construisent une chapelle et une maison près de l’Habitation. Rapidement, les religieux quittent Québec pour la Huronie (près de la baie Georgienne) et les territoires des Innus (Tadoussac). Alors qu’ils sont en déplacement, les pères Jean Dolbeau et Denis Jamet célèbrent la première messe dite en Nouvelle-France, à Rivière-des-Prairies, le . Les Récollets assurent également les services religieux dans la jeune colonie. À l’été 1618, le père Joseph célèbre le premier mariage de la Nouvelle-France qui unit Anne Hébert, la fille aînée de l’apothicaire Louis Hébert et de Marie Rollet, et Étienne Jonques.
En , Champlain adresse au roi Louis XIII ainsi qu’à la Chambre de commerce de Paris un plaidoyer pour le développement de la colonie.. Il souhaite y ériger une ville de la grandeur de Saint-Denys qu’il nommerait Ludovica et y construirait un temple dédié au Rédempteur. Il soutient comme essentiel à la solidité de cet établissement « d’y mener d’abord quinze religieux récolets, lesquels seront logés en un cloistre qui sera faict proche de ladicte église ».. Trois cents familles viendraient ensuite s’y établir. Le , le roi reconnaît l’autorité de Champlain, approuve son projet et demande qu’on l’assiste pour en assurer la réussite : « et vous mander, que nous aurons à plaisir que vous assistiez, autant que vous le pourrez commodément, le sieur de Champlain »..
Sous l’impulsion de Champlain, les Récollets font venir douze ouvriers de France. Ils défrichent la terre sur un méandre de la rivière Saint-Charles, à une demi-lieue de l’Habitation, là où les Innus s’installent en été pour la pêche sur le fleuve et où doit être érigée Ludovica.. « Ce fut en cet endroit que nos pères entreprirent de bâtir la première église, le premier couvent, et le premier séminaire qui fut jamais dans ces vastes pays de la Nouvelle-France.. Les travaux débutent en . Les Récollets prennent possession de leur couvent à l’automne et de leur église le printemps suivant. Cette dernière est bénite sous le vocable de Notre-Dame-des-Anges, le . Le nouvel ensemble conventuel devient le port d’attache des missionnaires. Les Récollets y fondent également un séminaire où ils souhaitent accueillir de jeunes autochtones pour les initier à la foi chrétienne et aux mœurs françaises. Malgré leurs efforts, ce vœu ne rencontre guère les résultats espérésVoir à ce sujet : .. Les Jésuites s’établissent en 1625 près du couvent des Récollets, sur l’autre versant de la rivière Saint-Charles et partent eux aussi sur le territoire à la rencontre des Premières Nations.
À l’été 1629, les frères Kirke, corsaires à la solde de la couronne d’Angleterre, se présentent devant Québec. Le , Champlain signe la capitulation. L’administration française et la plupart des commerçants et colons s’embarquent pour la France. Les Récollets quittent la Nouvelle-France le . L’Angleterre rétrocède toutefois la colonie à la France lors de la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye, le . Les Récollets se préparent aussitôt à retourner en Nouvelle-France, mais leur volonté n’est pas entendue par les autorités de l’époque. Gabriel Sagard rédige trois ouvrages pour démontrer l’importance de la tâche accomplie par sa communauté et pour plaider en faveur de son retourLe grand voyage du pays des Hurons, situé en l’Amérique vers la mer douce, és derniers confins de la nouvelle France, dite Canada, Paris, Denys Moreau, 1632; Dictionnaire de la langue huronne, Paris, Denys Moreau, 1632; Histoire du Canada et voyages que les freres mineurs recollects y ont faicts pour la conversion des infidelles Fait & composé par le f. Gabriel Sagard, Theodat, C. Sonnius, 1636 — Orthographe non modernisée.. Des représentations sont faites par les Récollets auprès des autorités de l’État et du Vatican, des dispositions légales sont prises pour protéger leurs biens en Nouvelle-France. Mais rien n’y fait, leur retour est sans cesse reportéVoir : Caroline Galland, Pour la gloire de Dieu et du Roi, les récollets en Nouvelle-France aux , Paris, Cerf, 2012, .. Les Récollets ne peuvent y retourner qu’en 1670, grâce à l’intervention personnelle du roi Louis XIV.
Retour des Récollets en Nouvelle-France Les Récollets sont de retour à Québec le avec, à leur tête, Germain Allart, père provincial du couvent de Saint-Denys, le frère Luc François, artiste-peintre et architecte, et le frère Anselme Bardou, charpentier. Ils sont chargés de rebâtir l’établissement de Notre-Dame-des-Anges. Selon sœur Saint-Félix : « Les récollets, à leur arrivée, reprirent possession des terres qui avaient appartenu à leur Ordre avant 1629. Mais leur couvent, autrefois l’ornement du pays, ne présentait plus qu’un amas de ruines. Les Anglais, pendant leur courte domination, s’étaient emparés de tous les objets qui leur avaient paru être de quelque utilité, et les Français, bien loin de chercher à conserver cette première maison religieuse, n’avaient pas peu contribué à son entière décadence. Quelques familles françaises, à qui monsieur de Lauzon donna permission de s’y loger, avaient fait occuper l’étage inférieur par des animauxS. Saint-Félix, Monseigneur de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, histoire de Notre-Dame-des-Anges, Québec, Darveau, 1882, . ». vignette|Louis de Buade comte de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France. Les Récollets bâtissent en six semaines un couvent sur le site du précédent. Cette maison sert aussi de chapelle en attendant la reconstruction de l’église. Sœur Saint-Félix rappelle : « On se mit sans retard à déblayer le terrain, et à préparer les matériaux pour les nouvelles constructions. Tout étant ainsi disposé, la première pierre de l’église fut posée le par l’intendant Talon. Le temple rebâti fut en état de recevoir la bénédiction en 1673, peu après l’arrivée du nouveau supérieur, le père Eustache MaupassantS. Saint-Félix, Monseigneur de Saint-Vallier et l’Hôpital général de Québec, histoire de Notre-Dame-des-Anges, Québec, Darveau, 1882, . ». Cette église, devenue en 1693 celle du monastère de l’Hôpital général de Québec, est encore en usage aujourd’hui. Elle est la plus ancienne du Canada.