L'histoire de l'Église éthiopienne orthodoxe commence à sa fondation, vers le milieu du par Frumence d'Aksoum. C'est une des premières Églises chrétiennes du continent africain. Après sa création dans le royaume d'Aksoum, le christianisme s'étend vers l'ouest et le sud. Au , les conquêtes musulmanes et l'installation de plusieurs sultanats dans la Corne de l'Afrique l'isolent partiellement du reste du monde chrétien. C'est la source du mythe du royaume du prêtre Jean.

À partir du , avec la prise de pouvoir par la dynastie salomonide, l'Église connaît une période de renouveau théologique et de renforcement de ses positions. Elle diffuse la religion dans le pays, y instaure un système éducatif, et poursuit le développement liturgique et artistique débuté sous les précédents régimes. Au , avec la guerre contre le sultanat d'Adal, le christianisme éthiopien est sur le point de s'effondrer avec le royaume, comme disparaît alors le christianisme en Nubie. C'est en partie l'arrivée de soldats portugais qui lui permet de survivre. Les missionnaires qui les accompagnaient sont expulsés du pays en 1632 après avoir tenté de convertir le pays au catholicisme.

Sous les règnes de Yohannes IV et Ménélik II, l'Église trouve de forts soutiens politiques, le premier tente de minimiser la présence de missionnaires étrangers tandis que le second profite des conquêtes menées pour encourager en même temps des campagnes de christianisation. À partir de 1926, l'Église entreprend une marche vers l'autonomie vis-à-vis du Patriarcat d'Alexandrie et en 1951, elle devient officiellement autocéphale. Entre 1974 et 1991, sous la direction de la junte militaire léniniste-marxiste du Derg, le christianisme éthiopien orthodoxe perd son statut de religion d'État et son influence politique est diminuée. Depuis 1991, sous la direction du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, l'Éthiopie reste un État laïc mais l'Église maintient une certaine influence ; elle doit faire face à l'arrivée de missionnaires évangéliques et à la montée d'un islam radical dans la Corne de l'Afrique.

L'établissement de l'Église éthiopienne orthodoxe (pre-chretienne)

Période pré-chrétienne thumb|200px|Le temple de Yeha, vestige de la période pré-chrétienne. Il sera transformé en église par un des Neuf Saints. Avant l'introduction du christianisme en Éthiopie, divers cultes, aussi bien polythéistes que monothéistes sont pratiqués par la population locale ; cette présence s'explique par les contacts commerciaux entretenus avec les pays du Moyen-Orient Sergew Hable Selassie, The establishment of the Ethiopian church - 1. Pre-Christian times (L'établissement de l'Église éthiopienne - La période pré-chrétienne) . Les sources traditionnelles et archéologiques révèlent l'existence d'un culte zoroastrien ; un serpent, correspondant à une description de l'Avesta est gravé sur une des stèles à Aksoum. À partir du , les migrants sabéens importent une nouvelle religion polythéiste dont les principaux dieux sont Almouqah, Astar et Aries, dieu personnel des souverains éthiopiens avec l'arrivée du christianisme. Après le , les Éthiopiens remplacent les noms grecs ou sabéens par des noms guèzes, Aries devient Mahrem, Poséidon devient Baher ; des traces archéologiques de cette période subsistent, parmi celles-ci, le temple de Yeha, dédié à Almouqah et un temple à Aksoum dédié à Aries. Enfin, une partie de la population éthiopienne pratique le judaïsme, de type pré-talmudique ; le Kebra Nagast mentionne la rencontre entre la reine de Saba et le roi Salomon ainsi que la naissance de leur fils Menelik Ier, parti de Jérusalem avec l'Arche d'alliance. Durant son voyage, il est accompagné d'Israélites, ancêtres des Béte Israél, les Juifs éthiopiens ou Falashas. Cet événement constitue un élément central de la chrétienté éthiopienne, le clergé orthodoxe se revendique toujours gardien de l'Arche.

L'introduction du christianisme : saint Frumence et la conversion d'Ezana

thumb|right|200px|Saint Frumence, fondateur de l'Église éthiopienne orthodoxe.

Avant de devenir la religion d'État, le christianisme est déjà pratiqué en Éthiopie, notamment dans de grandes villes telles qu'Aksoum et Adulis ; tout comme les croyances déjà présentes, il arrive par la voie des commerçants. Le récit de la conversion du peuple aksoumite est l'œuvre d'un historien de l'époque, Rufin d'Aquilée Sergew Hable Selassie, The establishment of the Ethiopian church - 2. The introduction of Christianity (L'établissement de l'Église éthiopienne - L'introduction du christianisme) . Tout débute par un voyage vers l'Inde de Meropius, un philosophe de Tyr, accompagné par deux membres de sa famille : Frumence et Édésius ; lorsque les provisions sont venues à manquer, le navire fait escale. La population locale, hostile aux citoyens romains, massacre l'équipage mais épargne les deux jeunes hommes que l'on ramène au souverain aksoumite. Celui-ci leur offre un travail dans l'administration royale et l'autorisation de retourner vers leur pays après sa mort. Lorsque le roi décède, la reine leur demande de rester à leurs postes jusqu'à l'arrivée de son fils au trône. À Aksoum, Frumence s'occupe des questions religieuses, encourage les commerçants romains à fonder des lieux de prière et favorise la diffusion de la nouvelle religion.

Vers 330, Ezana, Roi d'Aksoum, se convertit et le christianisme devient la religion d'État ; il s'agit d'un tournant capital de l'histoire éthiopienne, un phénomène non pas strictement religieux mais touchant également le monde politique, la culture et la société de façon générale. Ainsi, contrairement au monde gréco-romain, la diffusion du christianisme en Éthiopie s'effectue d'abord au sein de la classe dirigeante pour ensuite s'étendre au peuple. Plusieurs éléments prouvent la conversion d'Ezana : dans ses premières inscriptions, il se fait appeler « Fils de Mahrem l'inconquis » ; à la suite de sa victoire face à la Nubie, il parle du « Seigneur du ciel et de la terre » et décrit comment il a détruit les « images dans leurs temples », affirmant ainsi sa dissociation du paganisme. En outre, sur des inscriptions grecques appartenant à Ezana, on peut lire « la foi en Dieu et le pouvoir du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Enfin, on note un changement entre les pièces de monnaie du début de règne portant le croissant et le disque, symboles du paganisme et celles après 330, frappées avec le signe de la croix.

Après la conversion du souverain, Édésius et Frumence demandent le droit de quitter le royaume aksoumite, le premier retourne à Tyr et le second part vers Alexandrie, présenter les récents changements en Éthiopie au nouveau patriarche, Athanase auquel il demande également de nommer un évêque pour la communauté chrétienne d'Aksoum. Après la convocation d'un conseil de prêtres, Frumence est désigné comme premier évêque d'Aksoum et bien que Rufinus ne le mentionne pas, son retour vers l'Éthiopie est prouvée par une lettre de l'Empereur Constantin écrite en 356 à ses « précieux frères, Aezana et Saezana, dirigeants d'Aksoum », dans laquelle il évoque la présence à Aksoum de Frumence. En signe de reconnaissance, les premiers Éthiopiens convertis au christianisme ont attribué aux différentes personnalités des noms tels qu'« Abba Selama, Kassate Berhan » (en français : « Père de la paix et Révélateur de la lumière ») pour Frumence et « Abreha » (« Il illumina ») pour Ezana.

L'Église orthodoxe éthiopienne naît à la suite de la controverse de l'arianisme lorsqu'en 325, le premier concile œcuménique condamne Arius et l'accuse d'hérésie. Constantius Gallus, fils d'un demi-frère de Constantin , tente d'amener le clergé éthiopien, favorable à la décision du concile et à Athanase, du côté d'Arius. Théophile l'Indien est envoyé à Aksoum afin d'assurer la reconnaissance de l'arianisme mais l'Éthiopie lui refuse le droit d'entrer sur son territoire. L'Église éthiopienne, en affirmant sa position favorable à Athanase, se démarque officiellement ; le patriarche d'Alexandrie, plus tard canonisé, est toujours vénéré. Son œuvre, « La Vie de Saint Antoine », est traduite en guèze et l'Église éthiopienne lui attribue une de ses quatorze anaphores ; les 318 Pères du Premier concile œcuménique sont également vénérés et une autre anaphore de la Liturgie s'intitule « Anaphore des 300 Pères ».

L'expansion et la consolidation du christianisme

Activités évangéliques : les Neuf Saints

thumb|right|320px|Peinture murale représentant les Neuf Saints.

La nomination de Minas, successeur de Frumence, au poste d'évêque d'Aksoum marque le début d'une longue période de seize siècles durant laquelle l'Église éthiopienne se trouve sous la juridiction du Patriarcat d'Alexandrie Sergew Habele Selassie, The expansion and consolidation of Christianity c. 350 to 650 A.D. (L'expansion et la consolidation du christianisme, d'environ 350 à 650 ap. J.-C.) . Les principaux missionnaires ayant contribué à la diffusion du christianisme en Éthiopie sont les Neuf Saints, des religieux venus de l'Empire romain d'Orient (certains sont originaires de Syrie ou de Constantinople) et accueillis par Ella-Amida à Aksoum en 480. Leur soutien à la doctrine non-chalcédonienne leur a valu l'expulsion du territoire romainLes autorités romaines sont favorables à la doctrine chalcédonienne ; avant leur arrivée à Aksoum, ils ont vécu quelques années au monastère fondé par Pacôme le Grand, en Égypte. Une fois en Éthiopie, ils étudient la langue et se familiarisent avec les coutumes locales pour ensuite se mettre en route, convertir les populations et introduire les institutions monacales. Seuls Abba Libanos et restent près d'Aksoum, les autres se rendent au cœur des zones païennes. Parti à Debre Damo, éradique le culte du serpent et y fonde un monastère, Abba Afse se dirige vers Yeha, célèbre centre sabéen, où il transforme le temple en une église. Le processus de christianisation s'effectue sans persécutions à l'encontre des nouveaux convertis qui bénéficient du soutien du souverain d'Aksoum.

L'essor artistique et littéraire thumb|200px|left|Saint Yared, créateur de la musique religieuse éthiopienne. thumb|200px|Église du monastère de Debré Damo, exemple d'architecture chrétienne en Éthiopie. L'arrivée des Neuf Saints inaugure une nouvelle ère de la vie culturelle du christianisme orthodoxe éthiopien. Outre leur activité de missionnaires, ils ont contribué au développement de la liturgie et de la littérature guèze, ils introduisent divers termes dont « haymanot » (religion) et « ta'ot » (idoles). Le travail le plus impressionnant demeure la traduction complète de la Bible en ge'ez ; à l'époque de Frumence, seuls quelques livres ont été traduits, tels que des passages des Psaumes. Fortement influencée par le grec et le syriaqueLes Neuf Saints ont utilisé des textes en grec et syriaque afin d'effectuer la traduction, cette première version éthiopique de la Bible se caractérise également par une nette différence entre les divers livres s'expliquant par la répartition du travail entre les Neuf Saints. Ils ont par ailleurs traduit plusieurs traités dogmatiques et des homélies des Pères de l'Église ; parmi ces textes, l'œuvre de Saint-Cyrille, Patriarche d'Alexandrie : Recta Fide, traduit du grec et servant de base aux enseignements de l'Église éthiopienne. On peut également citer la Vie de Saint Antoine d'Athanase d'Alexandrie ou encore les Règles Ascétiques de Pacôme qui régissent la vie monacale en Éthiopie.

Au début du , Yared crée la musique religieuse de l'Église éthiopienne, composée en trois modes et toujours utilisée de nos jours. L'influence des Neuf Saints est également perceptible au niveau architectural, les ruines des basiliques des anciennes villes d'Aksoum, Adulis et Hawlti rappellent le style des églises syriaques ; le monastère de Debre Damo constitue sans doute l'un des plus anciens et célèbres exemples d'architecture chrétienne en Éthiopie.

Organisation de l'Église