La ligne de Bréauté - Beuzeville à Fécamp est une voie ferrée secondaire à écartement standard du réseau ferré national d'une longueur de 19,7 km qui relie la gare de Bréauté sur l'axe Paris-Saint-Lazare - Le Havre, à la cité portuaire de Fécamp dans le département de la Seine-Maritime. Construite au milieu du , la ligne, à voie unique sur l'intégralité de son parcours, est toujours en service pour la desserte des voyageurs.

Elle constitue la ligne Livre : Reinhard Douté, Les 400 profils de lignes voyageurs du réseau ferré français, édité par La Vie du Rail en août 2011, , volume 1, page 135. du réseau ferré national.

Histoire

Chronologie 18 septembre 1845 : concession à la Compagnie anonyme des chemins de fer de Dieppe et de FécampFrançois et Maguy Palau, op. cit., 139, 25 février 1856 : mise en service de Beuzeville à Fécamp (gare provisoire hors murs), 1858 : mise en service du prolongement jusqu'au centre-ville, Novembre 1858 : mise en service du tronçon de desserte du port, 1970 : fermeture du service voyageurs, 1981 : réouverture du service voyageurs, 24 octobre 2014: nouvelle fermeture, 8 décembre 2016 : nouvelle réouverture..

Origine La mise en service de la ligne de Paris à Rouen le 3 mai 1843, puis la construction de son prolongement jusqu'au Havre avaient aiguisé les ambitions des élus des communes du littoral du Pays de Caux, qui voulaient disposer d'un embranchement leur permettant d'être desservies par le chemin de fer. Les communes de Dieppe et de Fécamp en firent donc la demande auprès de l’État. Elles obtiennent rapidement gain de cause car, le 19 juillet 1845, est votée une loi qui autorise le ministère des Travaux publics à concéder deux embranchements desservant les deux cités portuaires.. Cette décision aboutira, le 13 septembre 1845, à la signature d'une convention accordant la concession des deux itinéraires, au bénéfice de la Compagnie des chemins de fer de Dieppe à Fécamp, présidée par MM. d'Halton-Sée et Édouard Blount. Cette convention sera approuvée par ordonnance royale le suivant.. La compagnie fit diligence pour faire construire la ligne de Dieppe, elle fut inaugurée le , mais, en raison de difficultés financières, elle obtiendra l'annulation de la concession de l'embranchement de Fécamp.

Les actionnaires des travaux de l'embranchement de Fécamp n'acceptèrent pas cette décision, portèrent l'affaire devant la justice qui trancha en leur faveur, condamnant la Compagnie à faire réaliser les travaux de la voie ou à verser d'importantes sommes compensatoires. Finalement, même si la société fit trainer en longueur les travaux, la ligne fut mise en service le 25 février 1856 entre Bréauté-Beuzeville et Fécamp, où avait été édifiée une gare provisoire au "Val aux Clercs"Le chemin de fer et les Petites-Dalles..

Le 1858 a lieu l'ouverture à l'exploitation du prolongement jusqu'à la gare édifiée près du centre-ville de la cité morutière et, le 20 novembre de la même année, du deuxième tronçon conduisant jusqu'au port. Peu avant leurs mises en service, le , les compagnies de Paris à Saint-Germain, de Paris à Rouen, de Rouen au Havre, de l'Ouest et de Paris à Caen et à Cherbourg signent une convention de fusion. Celle-ci est approuvée par une convention signée les et suivants entre le ministre des Travaux publics et les différentes Compagnies.. Enfin, la fusion est approuvée par un décret impérial le .. Cette fusion donne naissance à la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest qui est désormais concessionnaire de la ligne.

De l'origine à la Première Guerre mondiale Jusqu'en 1914, la ligne était desservie par 10 ou 11 trains quotidiens acheminant tout jusqu'aux Ifs, avec des voitures pour Étretat et voyait durant les mois d'été, circuler des trains directs assurant une liaison entre Paris et la petite station balnéaire précitée. De nombreux convois de marchandises sillonnaient l'itinéraire, transportant des produits de la pêche, des marchandises importées comme le sucre, le bois et l'huile mais également la liqueur Bénédictine fabriquée à Fécamp. Les locomotives assurant la traction étaient des modèles classiques de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest : 021 401/429, 030T 3000 et 3500Le T accolé au numéro signifie qu'il s'agit d'une locomotive-tender où les réserves d'eau et de combustible ne sont plus sur un tender séparé mais sur le châssis de la machine elle-même., 131T 3800 (131-TA), 230T 3700 (230-TA) pour les convois de voyageurs, des machines plus puissantes étaient en revanche nécessaires pour remorquer les trains de marchandises sur les rampes prononcées de l'itinéraire : 030 1600 (030-TB) ou 1900 (030-TC), 140-000 de type italien ou 230-300 de type anglais. Les machines provenaient du dépôt de Fécamp qui compta jusqu'à une trentaine d'engins ou de Sotteville-lès-Rouen. Au changement de concessionnaire, la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest sera remplacée par l'Administration des chemins de fer de l'État en 1909, et ne provoqua aucune modification notable dans l'exploitation de la ligne.

Jusqu'à la fermeture voyageurs Après la Première Guerre mondiale qui réduisit le nombre de circulations à 3 trains mixtes quotidiens, l'exploitation reprit avec toutefois une desserte abaissée à cinq convois quotidiens durant le service d'hiver et huit pendant celui d'été (dont plusieurs comportaient des voitures directes pour Paris). Les anciennes machines continuèrent de circuler sur la ligne, en particulier les 030T 3500, dont 13 étaient affectées au dépôt de Fécamp, mais elles furent épaulées par toute une série de locomotives provenant des stocks de guerre ou obtenues au titre des réparations allemandes : 140 Baldwin (140-G) ou Alco (140-H) venues des États-Unis, 230 badoises et saxonnes (230-E), 131T de même origine 32-901 à 923, 140 bavaroises (140-D). La voie ferrée échappa aux fermetures massives de 1938, et vit arriver des locomotives des lignes du Paris-Orléans de type 141T (141-TB) et surtout des autorails Renault de type VH et ABJ qui assuraient au moins deux navettes quotidiennes de voyageurs. Les trains affichaient des vitesses moyennes relativement correctes puisqu'en 1936, ils parcouraient la ligne en 28 minutes entre Bréauté-Beuzeville - Fécamp et en 31 minutes dans le sens inverse, soit des moyennes horaires de respectivement 42,2 km/h et 38,1 km/hIndicateur Chaix, mai 1936.. Durant la Seconde Guerre mondiale, le service fut réduit à deux allers et retours entre Fécamp et Bréauté-Beuzeville, mais le bâtiment-voyageurs de la cité maritime fut détruit au cours d'un bombardement. À la fin du conflit, le service reprit selon les conditions d'avant-guerre même si la reconstruction de la gare de Fécamp n'intervint qu'en 1956, avant qu'en novembre de la même année, ne ferme le dépôt des locomotives à vapeur, qui comptait encore quinze machines : treize 140-C et deux 030-TU américaines. La traction des trains fut reprise par des locomotives diesel de type 040 DE, les futures BB 63500 pour la desserte marchandises. Le service voyageurs fut ensuite réorganisé : en semaine, il comportait six circulations par autorail de type ABJ X 3000 ou unifié X 3800 et une navette par rame tractée; toutefois les dimanches et jours fériés, seuls deux autorails circulaient.

Caractéristiques

Tracé

La voie ferrée débute à l'est de la gare de Bréauté-Beuzeville sur la ligne de Paris au Havre - à moins d'une trentaine de kilomètres de son terminus dans le grand port normand - au PK 202,2. Prenant la direction du nord, elle parcourt jusqu'au village des Ifs le plateau vallonné du Pays de Caux, sans rencontrer de fortes déclivités, tout au plus des ondulations de 5 ‰. Établie à voie unique sur tout son parcours, l'itinéraire n'en présente pas moins les caractéristiques de lignes plus importantes franchissant les voies routières par des ponts, plutôt que par des passages à niveau. Après avoir dépassé la gare des Ifs d'où divergent deux embranchements, l'un vers Etretat, et l'autre vers Le Havre, la voie ferrée s'engage sur une forte rampe de 17 ‰ et 18 ‰ qui la conduit jusqu'au terminus de FécampProfil de la ligne d'après le Carnet de marches-types État in . Il lui faut pour cela franchir deux tunnels - de 96 et de 133 mètres, creusés sous les falaises. Au-delà de la gare-voyageurs de la commune précitée, des embranchements permettaient jadis aux convois de marchandises de desservir le port, un chantier naval et diverses entreprises industrielles.

Exploitation

Un renouveau récent Malgré cette modernisation, le service voyageurs fut supprimé en et reporté sur route par autocar. La ligne n'en était pas morte pour autant, car une navette marchandises quotidienne sauf les samedi et dimanche continuait de circuler; en 1980, la gare de Fécamp présentait un trafic de près de 100 000 tonnes dont de nombreux produits importés (argile du Royaume-Uni, bois de Finlande...). Une étape décisive pour la survie de la voie ferrée fut franchie en 1981 car, sous l'impulsion des conseils régional et général de la ville et de la chambre de commerce de Fécamp, la liaison voyageurs fut rétablie à raison de six ou sept navettes quotidiennes assurées par l'autorail X 3953 du dépôt de Sotteville-lès-Rouen spécialement affecté à l'itinéraire, renuméroté X 93953 et repeint en livrée bleue et blanche. Ce matériel ancien fut remplacé dès 1984 par un engin beaucoup plus récent, le X 2100, puis en 1985 par un X 92201 avec sa remorque XR 96000. Ces deux engins, achetés par la région Haute-Normandie affectés au dépôt de Sotteville-lès-Rouen, sont issus respectivement des familles des X 2200 et XR 6000. Ils resteront affectés à cette ligne jusqu'en 2001, lorsqu'ils auront rejoint l'établissement matériel traction de Marseille-Blancarde. Depuis le service d'hiver 2004, il a été étoffé à neuf navettes quotidiennes assurées par des X 4750 modernisés ou des X 73500 de conception récente.

Nouvelle fermeture de 2014 à 2016 La ligne fut fermée à tous trafics à compter du en raison « de problèmes hydrauliques et géotechniques importants du sol » selon un communiqué de presse de la SNCF daté du . Des travaux débutent en et la ligne est remise en service en »SNCF Réseau – Bréauté-Fécamp : le chantier de régénération de la ligne est lancé.

A l'été 2023, le service était de neuf navettes quotidiennes. vignette|Gare de Fécamp, un X 73500 en provenance de Bréauté, février 2017.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Laurent Thomas, "Fermeture provisoire(?) de la ligne Breauté - Fécamp", Revue "Le Train" n°320, p.21

François et Maguy Palau, « 2.1 Beuzeville-Fécamp : », dans Le rail en France : le Second Empire, tome 1, 1852 - 1857, édition Palau, Paris, 1998 , 139

Articles connexes

Chemin de fer secondaire Chemin de fer de Paris à la mer Liste des lignes de chemin de fer de France Transport ferroviaire en France Transports dans la Seine-Maritime

*