Le MorseLe nom de l'animal prend une majuscule initiale quand le mot désigne l'espèce, mais une minuscule quand il désigne un ou plusieurs individus précis. Exemples : « le Morse est une espèce de mammifères dont la taille… » ; « de nombreux morses sont présents sur cette plage ». (Odobenus rosmarus) est une espèce de grands mammifères marins, unique représentant actuel de son genre, Odobenus, ainsi que de sa famille, celle des Odobenidae. Il possède une répartition discontinue circumpolaire dans l'océan Arctique et sa périphérie, comme le Nord de l'Atlantique ou encore la mer de Béring qui se trouve dans le Nord du Pacifique. Deux à trois sous-espèces sont distinguées par leur taille et l'aspect de leurs défenses : O. r. rosmarus trouvée dans l'Atlantique, O. r. divergens, occupant le Pacifique, et O. r. laptevi, au statut discuté, vivant en mer des Laptev.

Le Morse est particulièrement reconnaissable à ses défenses, ses moustaches drues et son allure massive. Les mâles adultes du Pacifique peuvent peser jusqu'à deux tonnes et, parmi les membres du clade des Pinnipèdes, l'espèce n'est dépassée en taille que par l'Éléphant de mer. Le Morse vit principalement dans les eaux peu profondes des plateaux continentaux, passant une part importante de son existence sur les blocs de glace ou les icebergs dérivants. De ces plateformes, il part à la recherche de sa nourriture de prédilection, les mollusques bivalves du benthos. C'est un animal sociable, à l'espérance de vie d'environ , et considéré comme une espèce clé des écosystèmes marins de l'Arctique.

Le Morse occupe une place importante dans la culture de nombreux peuples autochtones de l'Arctique, qui le chassèrent pour sa viande, sa graisse, sa peau, ses défenses et ses os. Aux , le Morse fut l'objet d'une très forte exploitation commerciale pour sa graisse et l'ivoire de ses défenses, faisant diminuer rapidement ses effectifs. Depuis, sa population mondiale a de nouveau augmenté, bien que les populations de l'Atlantique et de la mer des Laptev restent réduites et fragmentées.

Dénominations Nom scientifique valide : Odobenus rosmarus (Linnaeus, 1758) Protonyme : Phoca rosmarus Linnaeus, 1758 Nom vulgaire (vulgarisation scientifique) : Morse Noms vernaculaires (langage courant) : cheval de mer, cheval-marin, kole-mor (breton), morsa (catalan), mortsa (basque), vache-marin

Étymologies Popularisé par Buffon., le terme « morse » est vraisemblablement issu d'une onomatopée lapone, morssa, arrivée en français via les langues slaves .. L'origine commune de ce terme est en effet facilement identifiable dans le terme морж (morž) en russe, mors en polonais, mursu en finnois mais aussi dans les langues plus méridionales comme morsa en espagnol, morsă en roumain

right|thumb|Grossière représentation d'un morse en haut, au centre droit de la Carta Marina. thumb|Représentation d'un morse par Conrad Gessner en 1558. Comme dans le cas de nombreux autres animaux marins, le vieux norrois est à l'origine de termes de plusieurs langues nord-européennes. Le terme actuel norvégien (en bokmål) est Hvalross, il dérive directement du vieux norrois hrossvalr qui signifie « cheval-baleine ». Ce terme passa sous une forme juxtaposée dans les dialectes néerlandais et nord-allemands en walros et Walross. puis en anglais moderne sous la forme ., bien que quelques sources en fassent une juxtaposition du néerlandais wal (« rivage ») et de reus ou rus (« géant »)..

La plus ancienne description connue de l'animal, du moins assez précise pour ne pas souffrir d'ambiguïté, est celle d'Olaus Magnus datant de 1539, même si ce religieux scandinave est habituellement fantaisiste dans ses descriptions. Le support où l'animal est représenté est une gravure sur bois nommée . Assez peu ressemblante, l'effigie est légendée et l'animal décrit en quelques lignes dans un encart à l'angle inférieur gauche, comme cité dans .. Puisque mar est en norrois une racine désignant la mer, comme dans le terme maralmr qui désigne une herbacée des dunes sableuses, il est possible que le terme rosmarus apparu sous la plume de Olaus Magnus soit une latinisation de termes scandinavesIl ne peut s'agir d'une racine latine, le terme « marin » étant marinus en latin., cheval et mer, rosmarus signifiant alors « cheval marin ».. Une autre hypothèse donnerait comme la forme latinisée d'une déformation de rosmhvalr, rosm désignant chez les Scandinaves la couleur rouge-brun et hvalr signifiant « baleine ». Enfin, pourrait être une latinisation du nom vernaculaire russe. Ce nom est ensuite repris par de nombreux auteurs comme Conrad Gessner et enfin choisi par Carl von Linné comme dénomination spécifique de l'animal lors de sa description scientifique , et conservé depuis lors.

Le nom latin du genre, , vient du grec odous, signifiant « dent », et baino, signifiant « marcher », et tiré des observations de morses s'aidant de leurs défenses afin de se hisser hors de l'eau. On retrouve également cette étymologie pour les Odobenocetopsidae. pourrait se traduire par « le cheval marin marchant sur ses dents », sous réserve des origines imprécises de la dénomination spécifique.

Autres appellations thumb|Lithographie d'un morse en 1771. Pour distinguer en français les deux sous-espèces principales, la sous-espèce type, , est appelée « morse de l'Atlantique » et « morse du Pacifique », en référence évidente à leurs aires de répartition respectives.

Comme chez tous les pinnipèdes, le petit est couramment appelé « veau ». Ainsi, les mâles peuvent être nommés « taureaux » et les femelles « vaches », mais ces deux dernières appellations tiennent plus de l'anglicisme issu des termes et . Lorsque le jeune atteint l'âge de quatre mois, il est de la même manière nommé ..

L'animal avait de nombreux noms au début du : « vache marine » (latinisé en ), « cheval marin » (latinisé en ), « bête à grandes dents » ou encore « lamantin morse »... Le terme de « vache de mer » est ambigu car il était à l'époque également attribué à d'autres mammifères marins comme les éléphants de mer ou comme les siréniens parmi lesquels les taxonomistes l'ont d'ailleurs classé pendant un temps.

Concernant les appellations autochtones, l'animal est appelé aivik en inuit et aivuk chez les Yupiks.

Description Mensurations et particularités anatomiques thumb|left|Un baculum de morse. vignette|Squelette de morse montrant les canines très allongées et les palettes natatoires courtes et quadrangulaires, grâce à leurs doigts munis de griffes réduites à de simples nodules.. Bien que certains mâles isolés du Pacifique puissent peser près de deux tonnes, la plupart pèsent entre . Les femelles pèsent environ les deux tiers de ce poids, les morses de l'Atlantique étant globalement légèrement plus petits. La sous-espèce atlantique a également tendance à avoir des défenses plus courtes et un museau plus aplati. Le morse est la deuxième plus grande espèce de pinnipèdes, derrière les éléphants de mer. Le mâle mesure de de long et la femelle entre ..

Ses yeux, petits et noirs, sont placés haut de chaque côté de son crâne presque cubique, au museau court et large. Son cou est massif et sa queue très courte est souvent cachée par un repli de peau. Comme les phoques, il ne possède pas d'oreille externe et son corps est conique..

Les mâles possèdent un grand baculum, os du pénis appelé « oosik » chez les inuits, tubulaire et creux atteignant les de longueur, soit le plus grand de tous les mammifères, aussi bien par sa longueur absolue que par sa longueur relative, c'est-à-dire par rapport à la taille de l'animal. Les testicules se trouvent à l'intérieur du corps. La femelle présente deux paires de tétines.

Locomotion Le morse partage certaines caractéristiques avec les otaries (Otariidae) et les phoques (Phocidae). Ses palettes natatoires, appelées improprement nageoires, sont garnies de cinq doigts. Comme les otariidés, il peut orienter les nageoires postérieures vers l'avant et se déplacer à quatre pattes, mais il reste globalement maladroit sur la terre ferme. Lors de la nage, il rappelle davantage les phocidés, se propulsant en ondulant de son corps plutôt qu'à l'aide de ses nageoires. Les nageoires antérieures mesurent le quart de la longueur totale, les nageoires postérieures étant de quinze centimètres plus courtes. Il nage généralement à une vitesse de , mais peut atteindre ..

Les mâles, et plus rarement certaines femelles, possèdent au-dessous de la gorge deux poches d'air qui peuvent se gonfler d'une cinquantaine de litres d'air. Elles leur servent de caisses de résonance pour leurs vocalisations ou de flotteurs, leur permettant même de se tenir verticalement dans l'eau tout en dormant.

Denture

upright=0.8|thumb|left|Coupe d'une défense de morse C : Cément PD : Dentine primaire SD : Dentine secondaire Les fissures du cément se propagent vers l'intérieur de la dent. thumb|right|Morse sortant sa tête par un trou dans la glace, qui lui permet de respirer entre deux plongées. Île Saint-Laurent, mer de Béring. La principale caractéristique du morse réside dans ses longues défenses, exclusivement composées d'ivoire, le plus pur après celui des éléphants . Ces canines très allongées peuvent atteindre une longueur d'un mètre pour un poids allant jusqu'à , même si elles ne dépassent généralement pas .. On les trouve chez les deux sexes, celles des mâles étant plus longues et plus droites, ainsi que de section plutôt aplatie alors que celles des femelles plus courtes et plus courbées ont une section plutôt ronde.. Elles sont constituées de deux couches de dentine entourées de cément, et commencent à percer chez les jeunes dès l'âge de six mois, sortant du repli labial à l'âge d'environ deux ans, et cessent leur croissance quand l'individu a environ , même si elles peuvent chez certains mâles ne jamais cesser de grandir. Ces défenses, qui perdent leur revêtement d'émail lors de la jeunesse de l'animal , sont souvent parcourues de fissures et viennent même à se briser chez les vieux individus.

Les défenses sont un peu plus longues et épaisses chez les mâles, chez lesquels elles sont signes extérieurs de puissance et de dominance : les mâles les plus forts aux défenses les plus grandes dominent généralement les groupes sociaux, ou combattent en cas d'équivalence. Avec ces longues dents, les morses peuvent également se hisser hors de l'eau après les avoir plantées dans la glace.

On a longtemps supposé que ces défenses étaient utilisées pour déterrer les proies des fonds marins. Mais l'étude de l'abrasion des défenses indique que celles-ci traînent simplement dans les sédiments lorsque le bord supérieur du museau est utilisé pour creuser, et qu'elles ne s'usent alors que dans leur partie supérieure. Les individus aux défenses cassées peuvent donc continuer à s'alimenter.

Le reste de la denture est rarement complet, mais les dents arrondies avoisinant les sont également constituées d'ivoire. C'est principalement celui-ci, considéré comme l'un des plus beaux qui soient, qui valut à l'animal une chasse d'abord autochtone puis plus généralisée.

Vibrisses thumb|Les moustaches longues et drues d'un spécimen en captivité.

De nombreux poils épais et rigides entourent les défenses (vibrisses mystaciales), donnant au morse son apparence moustachue caractéristique. Il peut y avoir de 400 à réparties en 13 à mesurant trois millimètres de diamètre pour de longueur, mais celles-ci sont beaucoup plus courtes à l'état sauvage, s'usant constamment lors de la recherche de nourriture. Les vibrisses sont reliées à des muscles et sont donc érectiles ; elles sont alimentées en sang et innervées, ce qui en fait un organe très sensible permettant au morse d'être capable de distinguer au toucher des formes de d'épaisseur pour de largeur, et repoussent chaque année.

Peau et graisse