right|thumb|305px|La tendance à l'augmentation du volume, par exemple, sur le titre Something des Beatles au fur et à mesure des 4 CD sortis depuis 1983.
La guerre du volume (en anglais, ), aussi appelée la course au volume, décrit en la critiquant une pratique de l'industrie du disque et des stations de radio et de télévision tendant à réduire la dynamique sonore d'une chanson pour augmenter la sensation subjective de volume sonore (sonie) tout en gardant le même niveau maximal lors du mastering des albums et de leur diffusion radiodiffusée ou télévisuelle.
Cinq facteurs suffisent pour expliquer cet état de fait : le niveau maximal ne peut dépasser les capacités du média ; le fait que très peu d'artistes et de producteurs sonores acceptent de « sonner » moins fort que les autres ; grâce aux appareils portables, on écoute désormais la musique dans des environnements bruyants (transports en commun avec les baladeurs, automobile) où la dynamique sonore possible est réduite ; une partie du public utilise la musique, la radio ou la télévision uniquement pour masquer les autres bruits (musique d'ascenseur) ; l'industrie électronique et les concepteurs de logiciels ont produit les traitements pour comprimer la dynamique et augmenter la sonie, soit automatiquement, soit par des réglages.
Les deux premiers facteurs existent depuis l'origine de l'enregistrement musical commercial. Les deux derniers sont intervenus avec l'évolution technique, dont certains développements, comme les compresseurs de dynamique et les limiteurs ou autres processeurs finaux découlent des deux tendances de fond.
La fabrication des sons forts à faible dynamique La préférence pour le son fort Si l'on présente à des personnes prises au hasard deux enregistrements identiques au volume sonore près, il est probable que le plus bruyant soit perçu comme mieux. La psychoacoustique a montré que plus le son est fort, plus il retient notre attention, et que nous le préférons pour de courtes périodes d'exposition.. Les artistes, comme les auditeurs en général, ont tendance à exiger que la sonie de leurs enregistrements soit au moins égale à celles de leurs concurrents.
La sonie, c'est-à-dire la perception de la force d'un son, dépend de la pression acoustique (ou du signal électrique qui la représente), mais n'est pas identique. L'oreille réagit différemment aux sons selon leur fréquence, leur intensité et leur durée. Si deux composantes sonores se trouvent dans la même bande de fréquence ou si elles se trouvent dans deux bandes différentes, leur contribution à la sonie est différente. Le niveau du signal représente très mal l'impression sonore... Deux signaux possédant le même niveau maximal peuvent avoir des sonies très différentes. Les limites techniques des médias obligeant à limiter le niveau maximal ne garantissent donc pas à elles seules des sonies comparables. Au contraire, elles stimulent un art de faire plus fort avec les mêmes limites de niveau.
L'écoute dans des environnements bruyants Comme les sons forts masquent les sons faibles, lorsqu'on écoute de la musique dans des environnements tels qu'en voiture, dans un train, en avion, dans une cuisine ou une rue animée, les parties faibles du son deviennent difficiles à percevoir. Quand les gens écoutaient la musique principalement sur leur électrophone, à la radio ou sur le chaîne Hi-Fi, donc dans une ambiance calme, les producteurs de radio et de musique enregistrée avaient intérêt à augmenter la qualité expressive de leurs programmes et disques avec une assez grande dynamique. Mais progressivement, les producteurs de musique de variétés ont souhaité fournir des enregistrements à volume moyen élevé, afin de faire face à la compétition. De même les radios ont souhaité optimiser leur impact par rapport à la concurrence.
Avec l'augmentation de la consommation de biens électroniques, on trouve des radios sur les lieux de travail et dans les cuisines. La popularisation du baladeur dans les rend générale la consommation de la musique dans des ambiances bruyantes, et avec un système peu capable de reproduire les basses et d'isoler les auditeurs des sons graves se trouvant dans l'ambiance sonore environnante. Ces auditeurs sont susceptibles de préférer un son à faible dynamique, quel que soit le niveau sonore auquel ils choisissent de l'écouter. Ceci aboutit à une intensification de la en raison de la compétition à laquelle se livrent les stations de radio pour attirer des auditeurs, et les studios d'enregistrement et de mastering pour attirer des clients.
L'utilisation de nouvelles machines de traitement de signal Répondant à la demande des stations de radio, les fabricants de matériel électronique ont d'abord produit des appareils capables d'empêcher le signal audio arrivant aux émetteurs de dépasser les limites admissibles (limiteurs), puis des compresseurs qui suivent automatiquement les variations du signal électrique pour en augmenter progressivement le niveau aux moments où il est plus faible que le maximum, puis des dispositifs plus sophistiqués capable de le faire en privilégiant les bandes de fréquences donnant une plus grande sonie.
L'introduction de la technologie numérique a imposé une limite maximale du signal, au delà de laquelle une distortion se produit. Par ailleurs, le numérique a permis des traitements plus adaptés aux besoins de réduction de dynamique que les traitements analogiques. Ils sont désormais utilisés de façon quotidienne et routinière dans la plupart des processus de production audio, et une musique peut même passer à travers plusieurs de ces processeurs avant d'arriver aux oreilles du public.
Les inconvénients de la faible dynamique Un son fort et constant avec une faible dynamique (peu de différence entre les volumes forts et faibles), peut causer une fatigue auditive. Selon le producteur , cité par Robert Levine du magazine musical Rolling Stone, ce type d'enregistrement est fatigant pour l'auditeur et manque de puissance émotionnelle.
La a aussi pour conséquence d'ébranler les jugements de valeur sur la qualité acoustique et musicale. Non seulement la dynamique et les effets dramatiques qu'elle permettait se trouvent dévalorisés, mais la recherche de la sonie maximale renverse le jugement sur la distorsion. Un enregistrement de niveau si élevé que le signal dépasse fréquemment le niveau maximal du média, aboutissant à une distorsion par écrêtage , « sonne » plus fort qu'un enregistrement identique et au même niveau moyen, mais dont le niveau élevé aurait été produit par un système sans écrêtage, parce que cette distorsion crée des composantes harmoniques dans la région où l'oreille est la plus sensible. Si l'on prend comme critère dominant la sonie, il faut renoncer à la Hi-Fi. Cela n'arrive pas sans polémiques dans le milieu professionnel.
Comme ni les systèmes de son dans les voitures, ni les baladeurs voire les téléphones cellulaires servant de nos jours à écouter de la musique n'ont de conditionneur intégré qui permette d'adapter la dynamique au niveau du bruit environnant, on produit les musiques avec un seul mixage, pour toutes les circonstances. Ce mixage recherche la sonie maximale, et entraînera des modifications irréversibles du son. Ainsi, dans les cas où une ambiance calme pourrait faire préférer un mixage plus expressif avec plus de dynamique (comme dans une voiture à l'arrêt ou lors d'une écoute au casque chez soi, tard le soir), on reste avec la même version dynamiquement déficiente.
La résolution du problème Les entreprises de télévision ont pris des mesures réglementaires pour contrôler la .
Bob Orban et Frank Foti, des experts sonores, ont déjà montré que les mixages trop optimisés pour le volume sont dégradés plus que les autres quand ils passent à travers des conditionneurs des radios. La même chose pourrait se produire si les appareils domestiques étaient équipés de systèmes comparables, les mixages plus dynamiques deviendraient plus attrayants. Les formats de diffusion générale comprennent déjà les métadonnées nécessaires pour informer les appareils sur le niveau maximal du programme, permettant d'effectuer le traitement au niveau de l'auditeur.
Histoire
Exemples d'albums concernés Voici une liste de quelques-uns des albums critiqués pour leur qualité sonore (du fait d'une compression dynamique excessive générant de la distorsion) : Année Artiste Album Commentaires1995Oasis(What's the Story) Morning Glory?Lors de la réédition de l'album en 2014, le son de l'album est aggravé par la remastérisation avec plus de compression.L'album est considérée comme le point de départ de la guerre du volume.1997Iggy and the StoogesRaw Power (Iggy Pop Mix)Réédition de l'album éponyme (1973) remixé par Iggy Pop lui-même. Le son est très critiqué pour sa trop forte saturation volontaire. Le mix d'origine de David Bowie, décrié à l'époque, sera réhabilité par la suite. 1999 Red Hot Chili Peppers Californication 2002 Queens of the Stone Age Songs for the Deaf (2002) 2002 Rush Vapor Trails 2005 Depeche Mode Playing the Angel 2006 Christina Aguilera Back to Basics 2006 Lily Allen Alright, Still 2006 Arctic Monkeys Whatever People Say I Am, That's What I'm Not 2006 The Flaming Lips At War with the Mystics a reçu un Grammy Award dans la catégorie 2006 Los Lonely Boys Sacred (2006) 2007 Paul McCartney Memory Almost Full (2007) 2008 Metallica Death Magnetic 2008 AC/DC Black Ice 2009 Miranda Lambert Revolution 2009 Alice in Chains Black Gives Way to Blue 2009Dead EndMetamorphosis 2010 Kanye West My Beautiful Dark Twisted Fantasy 2010Duran Duran Duran Duran (1980) Seven and the Ragged Tiger (1984) Notorious (1986) Big Thing (1988)Rééditions des albums du groupe en versions remastérisés2021MuseOrigin of Symmetry: XX Anniversary RemiXXRéédition de l'album Origin of Symmetry (2001) remixé par Rich Costey2024SliftIlion2024Manu ChaoViva Tu
Les recommandations ITU BS. 1770 - UER R 128 En 2006, l'Union internationale des télécommunications (UIT, ITU en anglais), un organisme de coordination de l'industrie audiovisuelle, a produit après des études particulières sur la sensation de volume sonore à la réception de la télévision un système d'évaluation de la sonie des programmes, simplifié et libre de droits de propriété industrielle (au contraire du système CBS existant depuis 1981).
La mesure selon cette nouvelle méthode aboutit à un indice dit LUFS (Loudness Unit re. Full Scale, unité de sonie relativement à la pleine échelle numérique). Pour un son pur et continu, un LUFS vaut un dB. Cet indice caractérise chaque programme, qu'il dure une minute comme une publicité ou une heure. Tous les programmes doivent atteindre le même niveau de sonie (LUFS). À l'intérieur du programme, les niveaux peuvent varier instantanément et à court termeRecommandations ITU BS. 1770-1 et ITU BS. 1770-2.
En 2011, l'Union européenne de radio-télévision (UER, EBU en anglais) a repris cette recommandation, en y apportant des changements mineurs et en intégrant des objectifs de dynamique sonore recommandation EBU R 128, accompagnée par la note technique EBU sur la mesure, tandis que la Note technique EBU 3342 définit la dynamique Loudness Range..
En normalisant la sonie des programmes selon ces recommandations et non plus seulement le niveau maximum du signal, les entreprises de télévision adhérentes à ces organismes espèrent mettre fin aux plaintes des spectateurs sur les différences de volume entre chaîne et, dans la même chaîne, entre programmes, notamment les publicités. L'égalisation de la sensation de volume sonore devrait mettre fin à la supériorité de programmes qui auraient abandonné toute variation expressive du niveau pour se trouver en permanence au maximum.
Ces recommandations ne s'adressent pas aux entreprises de radio et d'édition de disques.
Points de vue alternatifs