Le musée-bibliothèque de Grenoble est un édifice culturel du situé place de Verdun à Grenoble. Achevé et ouvert au public en 1870, il a accueilli jusqu'en 1970 la bibliothèque municipale de Grenoble et jusqu'en 1992 les collections du musée de Grenoble.
Les bâtiments sont utilisés depuis comme lieu d'expositions temporaires et d'organisations de salons. Le site accueille également, depuis 2004, un espace d'information et d'expositions municipales dénommé la Plateforme.
L'ancien collège des jésuites La bibliothèque de Grenoble a été fondée en 1772 par achat que fit un groupe d'érudits Grenoblois, à la suite de l'acquisition de livres hérités de monseigneur Jean de Caulet, évêque de la ville, décédé le . De son côté, le musée de Grenoble a été fondé en 1798 par un professeur de dessin, Louis-Joseph Jay avec l'aide de nombreux donateurs.
vignette|gauche|Plan du de l'École centrale. vignette|gauche|Plaque fondateurs du musée dans le vestibule. Ces deux institutions s'installent l'une après l'autre dans les locaux désaffectés du deuxième étage de l'ancien collège des jésuites qui vient de prendre le statut d'École centrale en 1796, qui recevra celui de lycée en 1803, et qui sera dénommé lycée Stendhal en 1955Selon le site du lycée Stendhal .
C'est en 1800 tout d'abord que la bibliothèque devenue municipale arrive dans les locaux de l'École centrale, puis c'est au tour du musée, après un bref passage de dix-huit mois dans le palais de l'évêché, d'investir les lieux le Selon le livre de René Fonvieille, Le Vieux Grenoble.. Un décret impérial du vient enrichir le musée de peinture en attribuant 209 tableaux de maîtres à six villes françaises dont 32 tableaux pour Grenoble. Ces tableaux sont issus des conquêtes italiennes de et des réserves du musée du Louvre.
En 1844Aux archives municipales de Grenoble, un plan daté du 10 mai 1844 établi par l'architecte départemental Voyer représente la surélévation du bâtiment, cote 2FI325., quatre ans avant que Hyacinthe Gariel ne soit nommé conservateur de la bibliothèque, sont entrepris des travaux de surélévation d'un étage sur l'aile perpendiculaire à la grande salle de du musée. Malgré cet agrandissement, les murs de l'ancien collège des Jésuites ne suffisent plus à contenir des collections qui s'étoffent un peu plus chaque année. L'idée de bâtir un nouvel édifice pour abriter les deux collections remonte à 1850. À partir de cette période, les conseils municipaux enregistrent régulièrement des plaintes de la part du proviseur du lycée qui voit ses locaux diminuer au fur et à mesure que les deux conservateurs agrandissent leurs collections.
Le , le conseil municipal vote le principe de construction d'un nouvel édifice. L'idée de la construction est avancée mais reste sans projet jusqu'au jour où Napoléon III lors d'une visite à Grenoble le Passage de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie dans le cadre de la visite des nouveaux territoires français de la Savoie et de Nice., promet une subvention de . Toute la ville s'enthousiasme rapidement pour ce projet. Le maire de Grenoble, Eugène Gaillard, banquier fortuné de la ville, vient de trouver le projet phare de son mandat.
Le projet de monument vignette|Plan du musée-bibliothèque : vestibule en bas, partie musée à gauche, partie bibliothèque à droite. En , le maire obtient de Gustave Rouland, Ministre secrétaire d'état au département de l'instruction publique et des cultes du Second Empire que le projet soit soumis et débattu par la ville, et non imposé directement par le ministère parisien, comme cela lui incombe normalement.
Le , le conseil municipal désigne l'architecte parisien Charles-Auguste Questel, déjà connu des grenoblois pour avoir débuté l'année précédente le chantier de construction du bâtiment de la préfecture sur la même place. En , Questel envoie le plan d'un avant-projet inspiré d'après celui du conservateur du musée, Alexandre Debelle. Pourtant cet avant-projet est critiqué par Debelle, membre de la commission consultative chargée d'examiner l'avant-projetSelon le livre de Cyrille Simonnet, le musée-bibliothèque de Grenoble.. Debelle trouve préférable d'avoir une grande salle rectangulaire plutôt que trois petites salles carrées. Une nouvelle séance de la Commission de construction de la bibliothèque et du musée se tient début mai. Cette fois, l'architecte parisien se déplace à Grenoble et remet en main propre son deuxième avant-projet, qui malgré d'ultimes réticences dues à la longueur insuffisante d'une salle dans la partie musée, est adopté à l'unanimité des voix.
Le , Eugène Gaillard confirme par voie officielle l'acceptation de ce second avant-projet. L'architecte Questel se met immédiatement au travail pour définir le projet proprement dit. C'est un descriptif rédigé sous forme de planches de dessins et de prescriptions techniques où l'on préconise les différents types de pierre à utiliser : pierre du Fontanil pour l'infrastructure porteuse, pierre de la porte de France à Grenoble pour le socle du soubassement, pierre de Sassenage pour le soubassement de 3 mètres, pierre de l'Échaillon à Veurey-Voroize pour la porte d'entrée et les encadrements de baies et enfin pierre de Saint-Paul-Trois-Châteaux pour toute la partie supérieure.
Deux mois plus tard, il demande à l'architecte grenoblois Hector Riondel dont le père s'occupe du chantier de la préfecture toute proche de devenir son chargé de travaux sur place et de rédiger les devis estimatifs afin de faire démarrer les travaux. Les deux hommes échangeront une à deux lettres par semaine durant toute la durée du chantier et Questel s'engage à effectuer au moins deux voyages par an sur place à Grenoble. Hector Riondel estime donc le coût total de la construction à la somme de francs pour un bâtiment d'une superficie de . Le total des subventions des collectivités ne dépasse pas francs, mais le maire, également banquier sait argumenter le déficit prévisible auprès du préfet, par lequel doit passer l'habilitation du Conseil des bâtiments civils. Le , le conseil municipal approuve le projet définitif et son devis.
Le chantier du monument La mise en adjudication de la construction se fait en par la pose d'affichettes bleues sur les palissades autorisées. À la mairie, le document de 114 pages du cahier des conditions générales et spéciales de l'adjudication des travaux précise dans son chapitre IV le planning suivant : l'année 1864 doit être consacrée aux fondations et aux caves, l'année 1865 aux soubassements extérieurs et à l'approvisionnement des matériaux, l'année 1866 aux étages courants et l'année 1867 à tous les travaux intérieurs.
Le , jour de l'attribution officielle, six enveloppes sont ouvertes et c'est l'entreprise locale Ragis & Thouvard, nouvellement associée, qui remporte le marché du gros œuvre.
Le gros œuvre Les travaux entamés fin tombent immédiatement sur une difficulté nécessitant plus de trois mois pour déblayer et fouiller le terrain. En effet, le site de construction de la place d'ArmesBaptisée place de la Constitution en 1870, puis place de Verdun en 1919. autour de laquelle se déroule le chantier fait partie d'une extension récente de la ville puisqu'un bastion de l'enceinte Lesdiguières se positionnait encore 40 ans plus tôt en bordure de cette place et une demi-lune était positionnée sur le terrain à bâtir. L'escarpe et la contrescarpe des anciennes fortifications, ainsi que la demi-lune, sont faites d'une maçonnerie particulièrement résistante. Le reste du terrain formé par les alluvions du Drac s'avère beaucoup plus tendre, à tel point que l'architecte Riondel propose un nouveau système de pieux de bois à enfoncer jusqu'au sol résistant. À un surcoût estimé à francs, vient s'ajouter l'autorisation administrative du maire et du préfet de pouvoir marteler les pieux dans le sol. L'autorisation arrive le et provoque déjà un retard de 6 mois. Ces pieux de bois enfoncés par groupe de 4 ou 8, selon une trame régulière qui suit celle des murs et des refends, doivent rencontrer un sol compact à 6 mètres de profondeur. À cette période, sans raison connue, l'entreprise Ragis & Thouvard persuade l'architecte Riondel de changer de pierre pour le socle du soubassement en employant la pierre de Chomérac. Avant la fin de l'année, le socle de l'édifice est achevé puisque le la cérémonie de pose de la première pierre se déroule en présence du nouveau maire de la ville, Jean-Thomas VendreSuccesseur d'Eugène Gaillard depuis le 5 septembre 1865., de quelques notables et de l'architecte Questel venu de Paris pour la circonstance.
vignette|Fronton en façade. Entre janvier et , les soubassements extérieurs, hauts de 3 mètres, ainsi que les refends, sont élevés. Une nouvelle fois, l'entreprise de construction convainc l'architecte de changer de pierre pour les soubassements et les colonnes de la grande galerie, obligeant ainsi à créer un nouveau marché spécial rédigé en afin de spécifier l'emploi de la pierre de Crussol. Le , après visite d'une commission composée de onze personnes, le conseil municipal désigne la carrière Favre à Saint-Paul-Trois-Châteaux comme fournisseur exclusif de pierre pour le chantier, au grand dam de l'entreprise Ragis & Thouvard qui venait d'acquérir une carrière non loin de celle désignée. Les pierres taillées provenant de l'Ardèche sont déchargées tous les quinze jours dans la gare de Grenoble, inaugurée huit ans plus tôt.
vignette|Musée-bibliothèque place de la Constitution. Mais le chantier mené par une entreprise peu soucieuse de la sécurité de son personnel va entraîner nombre d'accidents et de tragédies. Le , alors que le chantier est en pleine effervescence mais en retard sur ses prévisions, deux ouvriers tombent d'un échafaudage et se tuent. L'enquête d'accident qui remonte au procureur impérial et au maire, révèle la faute et l'imprudence des deux ouvriersAu , l'absence de règlements et de consignes de sécurité renvoie très souvent la faute sur le salarié.. Le , un agent de la compagnie d'assurance s'indigne dans une lettre de la rédaction cavalière de la déclaration de sinistre mortel faite par les entrepreneurs. Cette déclaration vient en outre, après vingt déclarations de sinistres ayant entraînées des blessures sur des ouvriers.
Pendant l'hiver 1866–67, avec plusieurs mois de retard, les Grenoblois assistent à la pose du faîtage par l'installation des 54 tonnes de fermes et de poutrelles métalliques, opération menée conjointement par Ragis & Thouvard et par l'entreprise Gendry-Robillard de Paris. Les grandes verrières qui dispensent la lumière du jour sont maintenues par la charpente métallique à la structure audacieuse afin de la rendre imperceptible de l'extérieur. Bien que remontrances et semonces des architectes se succèdent depuis plus d'un an à l'encontre des entreprises et des ouvriers, le retard du planning de chantier continu, souvent à cause du manque de coordination des tâches entre maçonnerie et serrurerieLettres de fournisseurs, des architectes, de l'entrepreneur nous informe aujourd'hui de toutes les difficultés de la construction..
Le second œuvre En , alors que le gros œuvre touche à sa fin, François Bossu-Ragis, l'un des deux associés, meurt subitement. Les travaux de second œuvre commencent en et ne prennent fin que durant l'été 1870. Les adjudications de menuiserie et de serrurerie fine sont passées entre septembre et . L'adjudication pour les travaux de peinture et décoration est repoussée en en raison d'un désaccord entre le maire et l'architecte au sujet des peintres à faire intervenir. Le maire, souhaite les peintres dauphinois, Diodore Rahoult et Henri Blanc-Fontaine alors que Questel désire le peintre parisien, Alexandre Denuelle. Finalement les peintres dauphinois réalisent la décoration du vestibule au style pompéien et le peintre parisien le reste de l'édifice.