Les Fiancés (en anglais, The Betrothed ), parfois titré Le Connétable de Chester, est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott. Il constitue la première des deux Histoires du temps des croisades (Tales of the Crusaders), la seconde étant Le Talisman. Les deux livres paraissent le même jour, le .
En 1187, les vieux royaumes bretons formant l’actuel pays de Galles résistent à l’envahisseur normand. Dans les marches, la Normande Éveline Berenger fait vœu à la Vierge d’épouser celui qui viendra délivrer son château, assiégé par les Gallois. Elle est secourue par Hugo de Lacy, connétable de Chester, vieux, rude, sans charme, et qui part en croisade. Éveline est attirée par le neveu de sir Hugo. Mais elle tient à rester fidèle à son vœu.
À travers le destin d'Éveline, Scott brosse le tableau d'un profond bouleversement historique. Au , s'est enclenché un vaste processus de modernisation qui, en cette fin de , fait vaciller l’ordre féodal. L'État monarchique se forme. L'Église monte en puissance. Elle prend en main l'institution du mariage, elle impose dans celui-ci le consentement mutuel — ce qui ouvre la porte à l'amour dans le mariage. Les étrangers les plus divers affluent pour former le peuple anglais. De nouvelles idées, de nouvelles valeurs changent la donne sociale et politique en mettant à mal le mythe chevaleresque. Le sens aristocratique de l'honneur est bousculé par le réalisme de la bourgeoisie. Et celle-ci noue un lien direct avec le pouvoir central, soucieux lui aussi d'affaiblir les féodaux…
Scott songe évidemment aux violentes secousses de la formation de la Grande-Bretagne au , au passage des valeurs féodales à celles du capitalisme marchand, passage favorisé par l'accession au trône, en 1714, des Hanovres. C'est le thème dominant de ses romans.
Genèse Écriture
À la lecture du manuscrit, les éditeurs jugent le livre ennuyeux. Sa rédaction donne dès lors beaucoup de fil à retordre à Scott. Il remanie maintes et maintes fois certaines parties, et projette même d'abandonner. On décide finalement de publier le livre en même temps que Le Talisman, pour le faire bénéficier du succès attendu de ce dernier « The Betrothed (Tales of the Crusaders) », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le )..
Publication
Tales of the Crusaders (Histoires du temps des croisades) comprend The Betrothed (Les Fiancés) et The Talisman (Le Talisman). L'ensemble paraît en quatre volumes le sous la signature « l'auteur de Waverley » : à Édimbourg chez Archibald Constable and Co. ; à Londres chez Hurst, Robinson and Co..
Contexte historique thumb|alt=carte moderne où sont ajoutées les antiques frontières de 2 principautés|right|upright=1|En 1160, le royaume du Powys (est de l’actuel pays de Galles) fut divisé en deux principautés : le Powys Fadog et le Powys Wenwynwyn.
En 1187, la nouvelle de la prise de Jérusalem par Saladin parvient en Occident. Le pape lance des appels à la troisième croisade. Des nobles vont partir, abandonnant leurs terres aux pillages et aux insurrections.
Le récit a pour cadre les marches galloises à la fin du règne d’. Les vieux royaumes bretons formant l’actuel pays de Galles constituent un îlot de résistance à l’envahisseur normand.
Dates du récit
L’action du roman se déroule de 1187 à la fin de l’année 1190. En faisant intervenir des personnages historiques, Scott prend quelques libertés avec les dates : Le véritable Gwenwynwyn ab Owain ne devient prince du Powys Wenwynwyn (Powys méridional) qu’en 1195, à l’abdication de son père, le barde Owain Cyfeiliog. Il meurt en 1216, et non en 1187. Henri II meurt en 1189. Guillaume, comte de Gloucester, meurt en 1183. En 1190, le comte de Gloucester est Jean sans Terre.
Résumé thumb|alt=écu jaune comportant une patte d'animal rouge|left|upright=1|Armes attribuées à Gwenwynwyn ab Owain (le Gwenwyn des Fiancés), prince du Powys Wenwynwyn.
En 1187, tandis que Baudouin, archevêque de Canterbury prêche la troisième croisade, le Gallois Gwenwyn, prince du Powys, assiège le château de Garde DouloureuseNom emprunté par Scott à une forteresse maléfique du cycle arthurien. « La Douloureuse Garde » est un épisode de Lancelot du Lac., place-forte normande. Il tue son défenseur, le vieux Raymond Berenger. Il ne reste plus dans le château que la fille de celui-ci, lady Éveline, seize ans, et une faible garnison. Éveline fait vœu à Notre-Dame de Garde Douloureuse d’épouser celui qui viendra la secourir.
Elle est secourue par Hugo de Lacy, connétable de Chester, qui tue Gwenwyn. C’est d’ailleurs à sir Hugo que son défunt père avait promis Éveline : un écrit signé prouve sa volonté d’une union entre les deux maisons. Sir Hugo est vieux, sans charme. Éveline s’applique néanmoins à trouver des qualités à cet homme rude et autoritaire, tandis qu’elle se sent attirée par le neveu de celui-ci, Damien — amour partagé, mais non avoué. Sir Hugo a certes promis de partir combattre en Terre sainte, mais il estime urgent d’assurer sa descendance. Il se fait fort d’obtenir un délai pour son départ en croisade : le mariage n'est pas différé.
Mais, entre la signature du contrat de mariage et son exécution, c’est-à-dire avant que la cérémonie d’union n’ait pu avoir lieu, l’archevêque Baudouin fait savoir à sir Hugo qu’il refuse de lui accorder le délai : sir Hugo doit partir tout de suite, et pour trois ans. Les deux fiancés font assaut de grandeur d’âme. Comme il sent le peu d’élan d’Éveline, sir Hugo lui propose de faire annuler le contrat, en tirant prétexte de ce qu’on l’avait établi sur d’autres bases. Mais Éveline se montre intransigeante. Elle veut être fidèle à son vœu. Elle se dit prête à épouser son fiancé, tout de suite ou à son retour — en marquant néanmoins une préférence pour le retour. Sir Hugo ne peut résister à cette offre. Il espère que le temps fera évoluer le sentiment de la jeune fille. Il accepte.
Reste à tenir Éveline à l’abri des Gallois et des soupirants. Les personnes offrant les meilleures garanties refusent. Il est finalement décidé qu’Éveline attendra son fiancé dans la forteresse de Garde Douloureuse, tandis que le jeune Damien se tiendra à quelques milles de là, avec ses hommes, prêt à intervenir au moindre danger.
En , Éveline est enlevée par des Gallois. Damien accourt. Il est blessé gravement. Pour mieux le soigner, Éveline tient à ce qu’il soit transporté au château, ce qui ne fait qu’alimenter de fâcheuses rumeurs. De plus, Damien est accusé d’avoir pris la tête d’insurgés. Des envoyés du comte d’Anjou se présentent. Ils exigent que Damien leur soit livré. Éveline s’y refusant, elle est déclarée traîtresse, et son château est assiégé.
Trois mois plus tard, sir Hugo revient enfin de croisade, en compagnie de son écuyer et de Renault Vidal, un ménestrel armoricain. Il apprend que son neveu et sa fiancée furent amants, avant d’être capturés pour trahison. Mais divers témoignages lui permettent de découvrir la vérité : Éveline et Damien s’aimaient sans se l’être jamais avoué, prenant soin de ne jamais se rencontrer. Toutes les calomnies sur leur compte ont été répandues par Randal Lacy, un parent de sir Hugo.
La nouvelle de la mort de sir Hugo ayant couru, le fourbe Randal est devenu le nouveau connétable de Chester. Ce qui provoque une méprise : il est tué par le ménestrel — en réalité Cadwallon, premier barde du prince Gwenwyn, qui voulait venger la mort de celui-ci.
Ayant obtenu toutes preuves de la conduite intègre d’Éveline et de Damien, sir Hugo consent à s’effacer pour leur permettre de s’épouser. Il part conquérir l’Irlande.
Personnages vignette|Éveline Berenger (1825), gravure de Bosselman publiée par Furne Baudouin (Baldwin of Exeter, figure historique), archevêque de Canterbury, primat d’Angleterre, légat a latere du pape. Sévère, orgueilleux, puissant, froid, méprisant. Porte un cilice, en prenant soin de le montrer. Il n'a pas les vues étendues ni l’esprit ambitieux d'un Thomas Becket. D’un caractère peut-être trop sincère et trop franc, mais zélé à défendre la puissance de l’Église. Tous ses efforts se portent à délivrer le Saint-Sépulcre. D’une éloquence persuasive, adroit à ployer l’esprit des hommes à ses desseinsWalter Scott, Les Fiancés, dans Œuvres de Walter Scott, XVIII, Paris, Firmin Didot, 1851, , 111.. Gwenwyn, prince du Powys, . Sir Raymond Berenger, vieux chevalier normand, sénéchal du château de Garde Douloureuse, sur la frontière du Powys. Sa mère est saxonne. Cadwallon le Breton, ou Cadwallon des neufs lais, premier barde de Gwenwyn. Éveline Berenger, seize ans, fille unique de sir Raymond, et son héritière. Vive et gaie, légère, douce, mais d’une grande fermeté de principes. Elle a des notions de chirurgie. Elle aime Damien Lacy, sans le lui avoir jamais avoué. Sir Hugo de Lacy, connétable (Selon Scott, les constables sont des magistrats chargés de maintenir la paix publique et d'exécuter les mandats des juges de paix. Les grands constables sont nommés par les juges de paix, et les petits constables par les paroisses elles-mêmes. Leur institution remonte à Alfred le Grand, c'est-à-dire à la division de l'Angleterre en cities (villes), boroughs (bourgs), hundred (centaines) et tithings (dizaines). Walter Scott, Guy Mannering, dans Œuvres de Walter Scott, II, Paris, Furne, Pagnerre, Perrotin, 1854, 46, .) de ChesterScott emprunte à deux personnages historiques. Le véritable Hugues de Lacy, de la première famille de Lacy, a pour seul point commun avec celui du roman d’avoir combattu en Irlande. Il meurt en 1186. Le connétable de Chester est John, de la seconde famille de Lacy, mort en 1190, en Palestine.. Normand. Dépourvu de grâce et de beauté. Énergique, violent, autoritaire. Beaucoup d’ascendant. Candide. Père Aldrovand, vieux moine noirC’est au que les moines noirs commencent à être surnommés les bénédictins. du couvent de Venlock, chapelain de sir Raymond. Ancien soldat, état dont il garde la nostalgie. Casuiste intrépide. Selon lui, la Sainte Écriture oblige à tenir les promesses faites aux chrétiens, mais dispense (par une clause spéciale) de tenir celles faites aux GalloisLes Fiancés, éd. cit., , 43 et 44. — Les Gallois sont chrétiens depuis le .. La règle de saint Benoît lui défend de se battre, mais lui ordonne le travail : il s’impose donc comme un travail de manipuler l’assemblage de pièces constituant un mangonneau. Wilkin Flammock du Vert, tisserand flamand, gouverneur provisoire de Garde Douloureuse. Il n’aime guère se battre, le langage de la chevalerie lui est inconnu, mais il se révèle un guerrier courageux et efficace. Honnête homme et vrai chrétien. Très méthodique. Entêté, impassible, sûr et fidèle. Sens droit et jugement sûr. Négociateur rusé. Raoul, vieux piqueur normand, presque invalide, . Époux trompé de dame Gillian, qui le méprise : Bizarre, fantasque, brutal et méchant. D’une gravité acrimonieuse, bourru, caustique, cynique.thumb|alt=fragment de dessin ancien représentant un souverain assis|right|upright=1|Henri Plantagenêt, comte d'Anjou, du Maine et de Touraine, duc de Normandie. Roi d'Angleterre sous le nom d'. Rose Flammock, fille de Wilkin, suivante de lady Éveline. Timide comme une perdrix, mais d’une vive agressivité si l’on critique son père ou les Flamands. Elle devient alors , et prompte à la repartie. Casuiste fine et convaincante, au verbe hardi. Brusque et franche. Son caractère cache . Du bon sens, de la fermeté d’esprit. Pointilleuse, d’une sévère délicatesse dans ses sentiments. Fière et désintéressée, fidèle, affectueuse. Elle aime véritablement Éveline, mais se mettrait plus volontiers à la place de la maîtresse qu’à celle de la suivante. Jalouse de quiconque approche Éveline.
Damien Lacy, jeune écuyer normand, neveu de sir Hugo. Amoureux d'Éveline sans le lui avoir jamais avoué. Sa mère est anglo-saxonne. Honnête, franc. Brave jeune homme, mais n’a pas l’ascendant de son oncle.