Le Testimonium flavianum (« Témoignage de Flavius ») est un passage des Antiquités judaïques de l'historiographe juif de la fin du Flavius Josèphe (Ant 18:63–64). Il s'agit du plus ancien texte non chrétien qui mentionne Jésus de Nazareth.

L'œuvre de Flavius Josèphe date de l'année 93, mais elle n'est conservée que dans des manuscrits médiévaux d'une qualité souvent médiocre. Des citations d'auteurs chrétiens de l'Antiquité tardive sont donc nécessaires à la reconstruction du texte original, ainsi que des traductions anciennes.

Ce passage a fait l'objet de nombreuses études et son authenticité est en débat dans la communauté des exégètes.. Des ajouts d'origine chrétienne remontant probablement à l'Antiquité ont en effet altéré certaines sections afin qu'elles s'accordent aux dogmes chrétiens.. Il existe un large consensus sur le fait que le texte actuel contient des interpolations (ajouts).

Les sources Trois passages des Antiquités judaïques, évoquent des personnages du Nouveau Testament. Le premier est le Testimonium flavianum, le second - dans lequel il n'est nullement question de Jésus - présente « Jean le Baptiste », le troisième mentionne très brièvement « Jacques, frère de Jésus dit le Christ ».

Le Testimonium flavianum se trouve aux paragraphes 63 et 64 du Livre . Plusieurs manuscrits datant du Moyen Âge en présentent des versions différentes. La plus courante est identique à celle citée par Eusèbe de Césarée (~265-~340) dans deux de ses ouvrages : L’Histoire ecclésiastique et la Démonstration évangélique. Le texte aurait cependant pu être retouché par des copistes chrétiens, notamment pour les passages signalés entre crochets :

vignette|Une page des Antiquités judaïques, manuscrit (v. 1200).

Il existe de multiples autres versions avec des variations assez importantes, dans des textes de Flavius Josèphe en différentes langues, mais aussi en grec et en latin. Une version en slavon se trouve même dans la Guerre des Juifs, (au lieu des Antiquités judaïques), une autre œuvre de Flavius Josèphe.

L’Histoire chrétienne universelle en langue arabe d'Agapios de Menbidj, évêque melchite de Hiérapolis au , semble faire référence à une version peut-être elle-même en arabe qui correspond à peu près exactement au texte expurgé des possibles interpolations :

Si l'on en croit les témoignages d'Origène (), de Théodoret de Cyr (), de Photios () et même de Jacques de Voragine (), qui semblent disposer de versions qui ne comportent pas cette section, il y aurait eu, en revanche, plusieurs autres passages parlant des personnages fondateurs du mouvement chrétien dans les livres de Flavius Josèphe. Toutefois, ces passages ne se trouvent pas dans les livres de Josèphe tels que nous les connaissons aujourd'hui.

Débat sur l'authenticité

La question de l'authenticité du Testimonium flavianum se pose depuis le avec Lorenzo Valla puis au avec la prise de position de Lucas Osiander (1534-1604).

Les commentaires anciens vignette|Une page des Antiquités judaïques, manuscrit de 1466. Origène Au , Origène, commentant le livre des Antiquités judaïques dans son Contre Celse, regrette que Josèphe « ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ », et dit quelque chose d'étonnant : d'après lui, Flavius Josèphe attribuait la ruine du Temple « à la vengeance que Dieu voulut faire de la mort qu'ils avaient fait souffrir à Jacques le Juste (frère de Jésus) »Origène, Contre Celse, Livre I : « Josèphe au livre de son Histoire des Juifs témoigne que Jean était revêtu de l'autorité de baptiser, et qu'il promettait la rémission des péchés à ceux qui recevaient son baptême. Le même auteur, bien qu'il ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ, recherchant la cause de la prise de Jérusalem et de la destruction du Temple, ne dit pas véritablement comme il eût dû faire, que ce fut l'attentat des Juifs contre la personne de Jésus qui attira sur eux ce malheur, pour punition d'avoir fait mourir le Christ qui leur avait été promis ; mais il approche pourtant de la vérité, et lui rendant témoignage comme malgré soi, il attribue la ruine de ce peuple à la vengeance que Dieu voulut faire de la mort qu'ils avaient fait souffrir à Jacques le Juste, homme de grande vertu, frère de Jésus, nommé Christ. C'est ce Jacques que Paul, le vrai disciple de Jésus, alla visiter, ainsi qu'il le dit lui-même, le considérant comme frère du Seigneur (Gal., I. 19) ».. Un passage qui a totalement disparu des versions que nous connaissons aujourd'hui, mais qu'encore au Jacques de Voragine, dans son livre La Légende dorée, cite en l'attribuant à Flavius Josèphe.

Les autres écrivains chrétiens jusqu'au Eusèbe de Césarée, au , est le premier à citer le Testimonium flavianum dans sa version classique, mais il a été maintes fois jugé improbable qu'il ait été rédigé par Flavius Josèphe car, avant lui, aucun autre auteur ne le cite ni le mentionne.

Jacques Giri indique :

La bibliothèque de Photios Au , Photios, patriarche de Constantinople, rédige des notes de lecture sur un grand nombre de livres. La bibliothèque de Constantinople est alors l'une des meilleures bibliothèques, réputée pour la qualité de ses manuscrits, et Photios est l'un des plus grands érudits de son temps. Il écrit notamment des notes sur trois livres de Flavius Josèphe : Guerre des Juifs, Antiquités judaïques, et un autre livre qu'il appelle Antiquités des Juifs. Or plusieurs spécialistes soulignent le fait que Photios ne mentionne pas du tout le Testimonium dans sa recension de Josèphe..

Lorsque Photios établit sa note de lecture d'un livre aujourd'hui perdu, la Chronique des rois des Juifs, œuvre de Juste de Tibériade, autre historien juif, il semble regretter le silence de Josèphe à propos de Jésus :

Cela laisse à penser que le Testimonium flavianum aurait également été absent des livres de Josèphe consultés par Photios.. Il semble en être de même pour la version du lue par Théodoret de Cyr (), car celui-ci expose à peu près la même idée qu'Origène : Josèphe n'a pas reconnu Jésus comme étant le Christ..

La version slavonne de la Guerre des Juifs On trouve le passage correspondant à peu près à la version révélée par Eusèbe de Césarée dans la version en langue slavonne (vieux-slave) de l'autre livre majeur de Flavius Josèphe, la Guerre des Juifs. Celle-ci est connue par plusieurs manuscrits datant du au . Il ne s'agit pas d'une traduction du texte grec, car ce « Josèphe slavon » contient vingt-deux passages absents de la version grecque..

Cette version comporte toutefois des différences avec celle d'Eusèbe de Césarée, différences qui ont conduit les partisans de la thèse de l'interpolation partielle à considérer un temps que c'était la version dont dérivaient toutes les autres. Cette thèse va de pair avec l'hypothèse émise en 1928 par H.S.J. Thackeray : le texte slavon pourrait être la traduction d'un original perdu, rédigé en araméen, ce qui expliquerait ces différences. Cette hypothèse reprise par Étienne Nodet de l'École biblique de Jérusalem se heurte toutefois au travail de traduction de N. A. Mescerskij, dont l'analyse a mis en relief un si grand nombre d'incohérences qu'il est difficile de les imputer à Josèphe.. Il paraît douteux que cette version slavone remonte à l'Antiquité. Pour une comparaison entre la Guerre des Juifs et la version slavone, voir .. « La plupart des chercheurs estiment qu'il est plus simple de considérer que les additions slavonnes datent du Moyen Âge. L'ouvrage a été adapté par son traducteur médiéval afin de combler ce qui pouvait passer pour des lacunes aux yeux du lecteur chrétien ; cette explication est d'autant plus vraisemblable que les huit principaux ajouts slavons concernent Jean le Baptiste, Jésus et les origines du christianisme. »

Depuis la publication de la version d'Agapios par Shlomo Pinès, la plupart des partisans de l'interpolation partielle estiment que celle d'Agapios aurait pu être la version de base.

La controverse

La controverse s'est intensifiée au puis au , où Voltaire et les encyclopédistes ont imposé l'idée d'un fauxcf. .. Ernest Renan fut le premier savant moderne d'envergure, après Henri Wallon cependant, à défendre l'authenticité, sous réserve d'interpolations mineures. La thèse de l'interpolation totale a été prédominante entre les deux guerres, puis, à la suite de la publication en 1971 des manuscrits syriaques par Shlomo Pinès, celle de l'interpolation partielle.

Cette thèse, la plus habituelle chez les historiens contemporains, est une position intermédiaire entre la thèse d'un faux intégral - une interpolation complète du passage - et celle d'une authenticité totale - le texte ne contiendrait aucun ajout : en isolant des interpolations ponctuelles, qui sont vraisemblablement des ajouts d'origine chrétiennes remontant probablement à l'Antiquité, on peut obtenir un texte que pourrait avoir écrit un historiographe judéen du ..

Interpolation complète Selon cette thèse, c'est l'ensemble du passage qui serait un ajout chrétien, antérieur à la mention faite par Eusèbe de Césarée (début du ).

Les arguments en faveur de cette thèse sont les suivants :

Un juif orthodoxe comme Flavius Josèphe, resté fidèle au judaïsme jusqu'à sa mort et qui a éduqué ses fils dans cette religion, un Juif qui considère comme son plus grand orgueil celui d'être le descendant d'une souche sacerdotale hébraïque, un Juif qui écrit, comme lui-même le dit dans la présentation des Antiquités judaïques, pour démontrer la supériorité de la religion mosaïque sur toutes les autres, ne peut absolument pas avoir reconnu comme vrais les concepts de base de la catéchèse chrétienne, il ne peut avoir affirmé que Jésus était le vrai Christ, c'est-à-dire la réalisation du Messie dont lui-même, en tant que Juif, attendait encore la venue.

Le testimonium flavianum est placé entre deux faits qui semblent l'exclure. L'examen des deux événements, mis bout-à-bout, sans le passage concernant Jésus, indique une énumération de faits fâcheux qui arrivent aux Juifs à cette époque, et que Flavius Josèphe voulait donner comme exemples des disgrâces qui les touchent. Celui-ci termine le récit d'un massacre d'habitants de Judée par des soldats romains (à la suite d'une émeute causée par le fait que Pilate s'était servi de l'argent du Trésor sacré pour réaliser un aqueduc) par la phrase : « Ainsi se termina l'émeute », puis il raconte une autre disgrâce qui frappe les Juifs en commençant ainsi : « Dans la même période, un autre événement terrible jeta le désordre parmi les habitants de Judée et simultanément eurent lieu des actions de nature scandaleuse en connexion avec le temple d'Isis à Rome… ». Le passage concernant Jésus qui commence par : « Au même temps, environ, vécut Jésus, un homme sage… » et qui interrompt cette relation séquentielle, suggère que cette phrase est une interpolation pure et simple entre deux faits qui l'excluent.

Flavius Josèphe dans son Autobiographie parle de l'année 53 et du recensement des sectes existantes : « Et quand j’ai eu à peu près 16 ans, j’eus dans l’idée de recenser les différentes sectes qui étaient parmi nous. Ces sectes, les voici : la première est celle des Pharisiens, la seconde celle des Saducéens et la troisième celle des Esséniens, dont je vous ai souvent parlé ; et je pensais que par ce moyen, je pourrais choisir la meilleure si j’en faisais partie ; alors, j’ai payé le prix dur, et fait face à de nombreuses difficultés, et je fis partie de toutes ces sectes. » En 53, Jésus est donc mort depuis une vingtaine d'années, les chrétiens se multiplient, des disciples ont suivi Jacques, Pierre et Paul. Aucun évangile écrit n'existe encore, mais de nombreuses paroles attribuées à Jésus et des récits de ses actes sont transmis oralement, complétés par les lettres de l'apôtre Paul qui ne sont connues que des disciples de Jésus.