thumb|upright|La Belle Dame sans merci, dessin au crayon par Dante Gabriel Rossetti, 1848.|alt=Un homme, une femme et un chien se tiennent dans un bois.
La Belle Dame sans Merci est une ballade écrite par le poète anglais John Keats. Il en existe deux versions, avec chacune des différences mineures. La version originale fut écrite en 1819, bien que le titre du poème soit une référence à un autre poème du d'Alain Chartier.
Description Le poème décrit la rencontre entre un chevalier inconnu et une mystérieuse femme qui se dit . Il commence par la description du chevalier, vu dans un paysage aride et froid, puis raconte comment il a rencontré une belle jeune femme aux et l'a emmenée avec lui sur son cheval jusqu'au gouffre Elfin, où . Il s'endort et a une vision : des chevaliers le narguent . Il se réveille enfin, mais se retrouve sur le flanc de la même , et poursuit sa méditation. Il existe deux versions de cette ballade.
Lectures Bien que La Belle Dame sans Merci soit un poème court (douze strophes de quatre vers chacune, avec les rimes type ABCB), il est plein d'énigmes. Du fait que le chevalier est associé à des allégories de la mort, comme le lys (symbole de la mort dans la culture occidentale), la pâleur, la , il est probable que le héros soit mort lorsqu’il conte l’histoire. Il est clairement voué à rester sur la colline, mais la cause de ce sort est inconnue. Une simple lecture suggère que la dame lui a tendu un piège, à l'instar des héroïnes de contes comme Thomas le Rhymer ou Tam Lin. Par ailleurs, comme les chevaliers sont généralement liés par des vœux de chasteté, le poème semble indiquer que celui-ci est doublement damné quand il s'attarde ici avec une créature éthérée.
Mort à de la tuberculose, Keats devient un romantique célèbre. La spéculation autour de son auto-médication au mercure mène certains à voir dans ce poème une allusion à la syphilis, qui faisait des dégâts considérables à l'époque. Dans la continuité du romantisme, la même métaphore revient dans le cauchemar de des Esseintes dans À Rebours de J.-K. Huysmans.
Texte du poème
La Belle Dame sans Merci
La Belle Dame sans merci (traduction) Ô, qu'est-ce qui peut te troubler, homme d'armes, Seul, pâle et hésitant ? La laîche s'est flétrie et retirée du lac et aucun oiseau ne chante.
Ô, qu'est-ce qui peut te troubler, homme d'armes, Si hagard et si affligé ? Le grenier de l'écureuil est plein, Et la moisson terminée.
Je vois un lis sur ton front Ainsi que la sueur de l'angoisse et la rosée de la fièvre, Et sur ta joue une rose ternissant Promptement se flétrit aussi.
Je rencontrai une dame dans les prés, D'une absolue beauté, l'enfant d'une fée. Ses cheveux étaient longs, son pied léger, Et ses yeux étaient sauvages.
Je fis une couronne pour sa tête, Et des bracelets aussi, et une ceinture de fleurs ; Elle me regarda comme si elle aimait Et fit un doux gémissement.
Je la plaçais sur ma monture en marche, Et ne vis rien d'autre tout du jour, Car de côté elle se courbait, et chantait Une chanson de fée.
Elle me trouva des racines à la douce saveur, Et du miel sauvage, et une rosée de manne, Et pour sûr dans une langue étrange elle dit — .
Elle me mena jusqu'à sa grotte d'elfe, Et là elle pleura et soupira en grande peine, Et là je fermai ses yeux sauvages, sauvages Avec quatre baisers.
Et là elle me berça pour m'endormir Et là je rêvai Le dernier rêve que j'eus jamais rêvé Sur le flanc froid de la colline
Je vis des rois pâles, et des princes aussi, De pâles guerriers, pâles comme la mort ils l'étaient tous ; Ils pleuraient
Je vis leurs lèvres affamées dans l’obscurité Avec un terrible avertissement s'ouvrir grand Et je me réveillai et me trouvais là Sur le flanc froid de la colline
Et c'est pourquoi je séjourne ici, Seul, pâle et hésitant ? La laîche s'est flétrie et retirée du lac et aucun oiseau ne chante.
Dans d'autres domaines Littérature La Dame des MacEnnen d'Armand Cabasson (Editions Glyphe).
Peinture La Belle Dame sans Merci est un thème récurrent chez les peintres préraphaélites. On peut notamment citer Sir Frank Dicksee, Frank Cadogan Cowper, John William Waterhouse, Arthur Hughes, Walter Crane, et Henry Meynell Rheam qui le représentèrent. Le thème a également été parodié en 1920 dans le magazine Punch.
Vitrail Le vitrailliste irlandais Harry Clarke fait allusion à La Belle Dame sans Merci dans le sixième panneau de son vitrail monumental , que l'on peut voir à la Hugh Lane Municipal Gallery de Dublin, en Irlande. Ce vitrail s'inspire du poème du même nom de John Keats. Ce dernier présentait La Belle Dame sans Merci comme étant un ancien conte du folklore provençal français.
Adaptation musicale L'adaptation musicale la plus célèbre est celle de Charles Villiers Stanford.C'est une interprétation dramatique qui nécessite une voix masculine et un accompagnement. Elle est restée populaire et est parue dans plusieurs anthologies de la chanson anglaise du British Art Music enregistré par plusieurs autres artistes. Patrick Hadley a également écrit une version pour ténor et orchestre.
Sans prétendre qu'il s'agit, à proprement parler, d'une adaptation musicale, il faut citer aussi The Battle of Agincourt, sonate pour deux violoncelles d'Olivier Greif qui a été inspirée par la ballade de Keats. Dans le dernier mouvement, le texte est même inscrit sur la partition.
La Belle Dame sans merci est une chanson d'Angelo Branduardi (paroles d' Étienne Roda-Gil), dans l'album La Demoiselle, version française de l'album italien La Pulce d'Acqua, sorti en 1980.
On peut également citer Belle Dame Sans Merci, chanson du groupe Faun, sur l'album Buch der Balladen (2009) dont le texte est en allemand, excepté les mots du titre qui sont en français.
Loreena McKennitt l'a également chantée, en neuvième et dernière chanson de son album Lost Soul, sorti en 2018.
Inspiration Les derniers vers du poème () ont inspiré le titre de l'essai de Rachel Carson Printemps silencieux (Silent Spring) paru en 1962.
Notes et références
Liens externes
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