Dominique Galouzeau de Villepin (), dit Dominique de Villepin , né le à Rabat (protectorat français au Maroc), est un homme d'État français, Premier ministre du au .

Diplomate de formation, il est proche de Jacques Chirac, notamment comme secrétaire général de l'Élysée de 1995 à 2002. Ministre des Affaires étrangères à partir de 2002, son discours de 2003 aux Nations unies contre l'invasion de l'Irak par les États-Unis suscite l'attention de la communauté internationale. Il devient ministre de l'Intérieur l'année suivante, dans le troisième gouvernement Raffarin.

Nommé Premier ministre en 2005, il met en place l'état d'urgence lors des émeutes dans les banlieues et perd en popularité à la suite du mouvement contre le contrat première embauche (CPE) et de l'affaire Clearstream, qui le défavorisent face à Nicolas Sarkozy, vainqueur de l'élection présidentielle de 2007. Prétendant à l'élection présidentielle de 2012, il n'obtient pas les parrainages d'élus nécessaires pour se présenter.

Dans les années qui suivent, il intervient dans les milieux diplomatiques et d'affaires. Il revient progressivement sur le devant du débat public français en 2024. Il fonde un nouveau parti, La France humaniste (LFH), dans la perspective supposée d'une candidature à l'élection présidentielle de 2027.

Il est également connu comme écrivain, étant à l'origine d'une vingtaine d'essais et poèmes.

Biographie Les années de formation Origines et enfance

Dominique Galouzeau de Villepin, né à Rabat, est fils d'un industriel, devenu sénateur des Français de l'étranger, Xavier Galouzeau de Villepin et d'une magistrate, Yvonne Hétier, première conseillère de tribunal administratif.

La famille Galouzeau de Villepin est une famille d'ancienne bourgeoisie. Depuis le , les Galouzeau de Villepin recensent dix-huit décorés de la Légion d'honneur. Les aïeux de Dominique de Villepin étaient officiers militaires, parlementaires, diplomates, chefs d'entreprises, et tous diplômés de grandes écoles françaises (notamment Saint-Cyr, Polytechnique, HEC et ENA). Son grand-père paternel, François de Villepin, après des études à Saint-Cyr, est capitaine de cavalerie puis d'artillerie lors de la Première guerre mondiale.

Durant sa jeunesse, il assiste directement au décès de deux membres de sa famille, son grand-père François et son frère aîné Eric, tous deux morts d'une crise cardiaque.

Dominique de Villepin passe la majeure partie de son enfance à l’étranger : en Afrique, aux États-Unis, où il étudie au lycée français de New York, en Amérique latine, en particulier au Venezuela, où il est le seul élève de son lycée à Caracas à se mobiliser pour le mouvement de mai 68.. Rentré en France, il poursuit ses études à Toulouse, au lycée privé jésuite Le Caousou, où il obtient le baccalauréat à l'âge de .

Il commence ses études supérieures à l'université Paris-Nanterre, où il étudie les lettres. Il obtient une licence de droit à l'université d'Assas.. Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris en 1975 (section Service public)..

Gaulliste, sensible aux idées progressistes de la « Nouvelle Société » proposée par le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas et ses conseillers Simon Nora et Jacques Delors, il adhère en 1977 au Rassemblement pour la République (RPR).

En ., il intègre l'École nationale d'administration. Il effectue sa scolarité dans la promotion Voltaire (1980), aux côtés d'Henri de Castries, Michel Sapin, Renaud Donnedieu de Vabres, Jean-Pierre Jouyet, François Hollande et Ségolène Royal, ainsi que de sa sœur, Véronique de Villepin. Il se classe de la promotion.. À sa sortie de l'ENA, il effectue son service militaire dans la Marine comme officier du porte-avions Clemenceau, avant d'occuper son premier poste au ministère des Affaires étrangères (MAE)..

Diplomatie et géostratégie (1980-1995) En 1980, il intègre la direction des Affaires africaines et malgaches, dirigée par Guy Georgy, comme secrétaire chargé de la corne de l'Afrique. En parallèle, à partir de 1981 il est membre du Centre d'analyse et de prévision du ministère, et enseigne les relations internationales à Sciences Po.

En 1984, nommé à Washington, D.C. premier secrétaire à l'ambassade de France, il se voit confier le service de presse et d'information de l'ambassade. En 1989, il est détaché à New Delhi où il sert comme conseiller à l'ambassade de France. Rentré à Paris en 1992, il est promu directeur adjoint aux Affaires africaines et malgaches à Paris..

En 1993, le RPR sort vainqueur des législatives. Édouard Balladur est nommé Premier ministre. Alain Juppé, devenu ministre des Affaires étrangères, choisit Dominique de Villepin comme directeur de cabinet.

Secrétaire général de l'Élysée avec Jacques Chirac (1995-2002) Dominique de Villepin est un collaborateur de Jacques Chirac à partir de 1981. Élu président de la République, Chirac le nomme en secrétaire général de la présidence de la République. Avec l'avocat Francis Szpiner, il aurait animé au palais de l'Élysée une cellule juridique (surnommée « le cabinet noir » en référence au Cabinet noir du temps de la monarchie), chargée de suivre les affaires politico-financières en cours liées au RPR..

En 1997, afin de mettre fin aux luttes intestines de la droite, il aurait été l'un des principaux instigateurs de la dissolution de l'Assemblée nationale par le président. Les élections législatives aboutissent à une défaite du RPR et à une phase de cohabitation : le RPR tient l'Élysée, les socialistes gouvernent à Matignon. Les militants du RPR lui en tiennent rigueur, ainsi que Bernadette Chirac qui aura toujours exprimé de la rancœur envers lui, le surnommant « Néron », l'empereur incendiaireCe surnom est attesté depuis 1997 et passe à la postérité dans les publications Ars pictoris, ars scriptoris, Chronique d'un naufrage programmé, Cohabitation, intrigues et confidences, Bernadette Chirac les secrets d'une conquête (Erwan L'Éléouet suppose aussi une référence au goût pour la poésie, commun au secrétaire et à l'empereur et rajoute qu'elle l'affublait de ) ainsi que dans le documentaire Chirac le Vieux Lion de Patrick Rotman, le film La Conquête avec la citation et Un jour, un destin en 2012 dans l'émission consacrée à la première dame ().. L'usure du gouvernement socialiste de Lionel Jospin de 1997 à 2002 facilite cependant la réélection de Jacques Chirac lors de la présidentielle de 2002.

Carrière politique Ministre des Affaires étrangères (2002-2004) Refus de la guerre en Irak vignette|Dominique de Villepin à New York prononçant un discours au Conseil de sécurité des Nations unies contre la guerre en Irak, le 14 février 2003. En 2002, Jacques Chirac, réélu, le nomme ministre des Affaires étrangères. Le président français prend la décision de s'opposer à la guerre d'Irak voulue par les États-Unis. Le , Dominique de Villepin prononce alors au Conseil de sécurité des Nations unies un discours :

vignette|Dominique de Villepin en 2003.

Ce discoursVidéo C-Span du 14 février 2003. Intervention de D. de Villepin (Timecode 00.58:25) / Intervention de Jack Straw (Timecode 01:37:30). aux accents gaulliens qui défie l'hégémonisme américain, lui vaut d'être applaudi, chose rare en cette enceinte. Dominique de Villepin considère la du président américain George W. Bush maladroite et contre-productive. Selon Dominique de Villepin, l'appel à la guerre contre le terrorisme est risqué, parce qu'il donne aux différents groupes terroristes une légitimité et une audience auxquelles ils aspirent. Il valorise le combat qu'ils conduisent, avec les armes de l'aveuglement et du fanatisme. Il leur accorde le statut d'opprimé dont ils ont besoin pour répandre le plus largement possible leurs thèses extrémistesde Villepin, « Discours devant la New York Public Library », interieur.gouv.fr, 28 septembre 2004.. Le problème du terrorisme doit donc être résolu avec intelligence et non avec brutalité.

Diplomatie active : opérations extérieures courtes Dominique de Villepin, proche des sœurs Betancourt depuis sa période étudiante, organise début juillet 2003 une opération secrète de libération d'Íngrid Betancourt, l'opération 14 juillet. L'opération n'atteint pas son objectif, la France présente ses excuses..

Fin 2002, la Côte d'Ivoire, un des principaux partenaires de la France en Afrique subsaharienne entre en guerre civile. Afin de trouver une , Dominique de Villepin force les deux factions, celle du président légalement élu Laurent Gbagbo et celle des putschistes, à discuter en en France à Linas-Marcoussis. Ce processus de réconciliation aboutit aux accords Kléber..

En 2016, la juge d’instruction française Sabine Kheris demande le renvoi devant la Cour de justice de la République de Dominique de Villepin, Michel Barnier et Michèle Alliot-Marie. Ces anciens ministres sont suspectés d'avoir permis l'exfiltration des mercenaires responsables de l'attaque contre le camp de Bouaké en 2004, faisant neuf morts parmi les soldats français. L'opération aurait visé à justifier une opération de riposte contre le gouvernement de Laurent Gbagbo dans le cadre de la crise en Côte d’Ivoire de 2004.. Le , la commission des requêtes de la Cour de justice de la République rend son avis indiquant l’abandon des poursuites, rien ne montrant, après enquête, l’implication des anciens ministres..

Processus de paix israélo-palestinien Dominique de Villepin, au Quai d'Orsay, maintient la position française de soutien à la solution à deux États dans le cadre du conflit israélo-palestinien, ainsi que la proposition de feuille de route pour la paix initiée par le Quartet pour le Moyen-Orient (réunissant l'Organisation des Nations Unies, la Russie,l'Union européenne et les Etats-Unis d'Amérique)..

Lors d'une tournée au Moyen-Orient en , Dominique de Villepin rencontre les diplomates israéliens et palestiniens, en incitant les deux parties à continuer le processus de paix initié par le quartet, en demandant aux dirigeants palestiniens de «lutter sans appel contre le terrorisme» et à ceux israéliens de «faire des gestes nécessaires pour tourner la page et regarder vers l'avenir». Au cours de cette tournée, il rencontre le dirigeant palestinien Yasser Arafat, ce qui suscite des protestations du gouvernement israélien, au point qu'Ariel Sharon refuse de le rencontrer.

En , il critique la position américaine souhaitant écarter Arafat des négociations et du pouvoir, en le présentant comme le « représentant élu du peuple palestinien »..

Affaire des statuettes Début mai 2026, Complément d'enquête révèle que le lobbyiste Robert Bourgi, considéré comme l'un des principaux représentants de la Françafrique, aurait servi d'intermédiaire à l'ancien président burkinabè Blaise Compaoré pour offrir à l'ancien ministre deux statuettes de Napoléon payées par ses frais et par ceux de Gian Angelo Perruci, homme d'affaires italien. Robert Bourgi estime que les deux statuettes vaudraient 125 000 euros, ce que les proches de Villepin démentent, même si la valeur annoncée par l'intermédiaire a été confirmée « par un responsable de la galerie de Souzy, où se sont déroulés les achats à l'époque » selon France Info. Sur les ondes de France Inter, Dominique de Villepin admet une « erreur » et évoque le manque d'encadrement de ces « situations » à l'époque. Il accuse Robert Bourgi, proche de l'ancien président Nicolas Sarkozy, de vouloir lui nuire.

Ministre de l’Intérieur (2004-2005) vignette|Dominique de Villepin avec Colin Powell à Washington, le 19 septembre 2004. Lorsque Nicolas Sarkozy quitte le ministère de l'Intérieur en 2004 pour le ministère de l'Économie et des Finances, Jacques Chirac nomme Dominique de Villepin au ministère de l'Intérieur. Il occupe ces fonctions du au « Troisième Gouvernement Jean-Pierre Raffarin (30 mars 2004 – 31 mai 2005) » Site de l'Assemblée nationale : histoire des Gouvernements sous la République..