Jean-François de Bertet de Sabran, comte de La Clue, dit « La Clue-Sabran », né le à Moustiers-Sainte-Marie et décédé le à Passy-lès-Seine, est un officier de marine et aristocrate français du . Il commande la flotte française en Méditerranée pendant la guerre de Sept Ans et termine sa carrière avec le grade de lieutenant général des armées navales.
Biographie Origines et jeunesse Né à Moustiers-Sainte-Marie le , et baptisé le lendemain, il est le troisième des six fils de Jean-François de Bertet et de Madeleine de Sabran. Son père est juge royal à Moustiers ; seigneur de La Clue, il est « inquiété dans sa noblesse » en 1697 car cette dernière est douteuse. Son grand-père, viguier à Moustiers avait déjà été condamné à payer des droits de francs-fiefs en 1655-1657 pour usurpation de noblesse.
Jean-François de Bertet est issu, par son père, d'une famille bourgeoise de Moustiers, dont l'origine remonte au milieu du . Il descend par sa mère de la maison de Sabran, une des plus anciennes et illustres familles de la noblesse provençale, dont l'origine remonte au et qui compte deux saints catholiques, saint Elzéar et sainte Delphine.
Il est successivement page du comte de Toulouse, qui était également amiral de France, avant de devenir l'un de ses gentilshommes.
Carrière dans la marine royale Sans être « enfant du corpsÀ cette époque, les compagnies de gardes-marine sont réservées aux enfants de la noblesse, Jean-François de Bertet parvient à intégrer la Marine royale grâce à l'intervention des deux frères de sa mère, issue de la maison de Sabran. », il entre dans la marine royale en tant que garde-marine, à Toulon, le , à l'âge de 18 ans. Il est promu garde du pavillon amiral le .
Il embarque pour la première fois sur Le Henry le , jusqu'au . Le bâtiment est commandé par Abraham Duquesne-Monnier (1653-1726)Chef d'escadre des armées navales depuis 1715, et mène campagne en Barbarie, à Alger. Il est à bord du vaisseau Le Toulouse, du au sous les ordres du chef d'escadre Charles de Vallette-Laudun (v. 1660-1736). Après des congés répétés au début des années 1720, pour fuir Toulon alors en proie à des épidémies de peste, il est promu enseigne de vaisseau, le .
Le , il embarque sur Le Triton « pour passer à Brest, par ordre du roi, du » pour aller croiser au large de Tunis et d'Alger. De retour à Toulon en 1732, La Clue-Sabran y reste le temps d'une campagne. Il embarque sur Le Tigre le , lequel désarme le . Ce vaisseau compose, avec trois autres, L'Espérance, Le Léopard et L’Heureux, une petite escadre placée sous le commandement de Claude Aubery, bailli de Vatan (1664-1738), qui croise en Méditerranée.
Lieutenant de vaisseau le , il est nommé sous-gouverneur naval du duc de Penthièvre, à la mort de son père — le comte de Toulouse — en 1737. La Clue-Sabran est fait chevalier de Saint-Louis le .
Embarqué à bord du Neptune en 1741, il est promu capitaine de vaisseau le . Il commande L'Aquilon du au ; puis la frégate L'Atalante, 30 canons, lors de la bataille du cap Sicié le . Il appartient alors à l'escadre de Claude-Élisée de Court de La Bruyère (1666-1752), lieutenant général des armées navales depuis 1728, et futur vice-amiral du Ponant en 1750, lequel commande Le Terrible.
Le , il commande Le Triton pour une mission à destination de la Nouvelle-France. Il reçoit l'instruction de se rendre à Louisbourg, de s'y entendre avec le marquis de l'Estenduère, puis surveiller la pêche à la morue au large de Terre-Neuve.
Guerre de Sept Ans
thumb|270px|Le départ de la flotte française pour l'expédition de Port-Mahon le , par Nicolas Ozanne Il est nommé chef d'escadre la , une promotion qu'il doit davantage à ses protecteurs qu'à ses talents d'officier de marine« Page du comte de Toulouse, protégé par lui, par le duc de Penthièvre, et bientôt par le duc de Choiseul, c'est plus à eux qu'à ses talents, honnêtes mais non exceptionnels, que La Clue-Sabran doit sa carrière. » . Il commande La Couronne en 1756 à Port-Mahon et une division de l'armée navale à la bataille de Minorque, au sein de la flotte — placée sous les ordres de La Galissonière — qui bat les Anglais le . Jean-François de Bertet se distingue à cette occasion et obtient du Roi « une pension de 100 pistoles sur la Croix de Saint-Louis » pour sa conduite devant Mahon.
Commandant la Marine à Toulon (1758-1759). En , parti de Toulon sur l'Océan à la tête d'un division de six vaisseaux devant aller porter secours à Louisbourg en Nouvelle-France, assiégée par les Britanniques, il est pris dans une tempête le et doit se réfugier dans le port espagnol de Carthagène. Avant qu'il ne puisse en ressortir, l'amiral Osborne, venu de la base britannique de Gibraltar se présente devant ce port avec pour mission de l'y maintenir enfermé afin d'empêcher les secours français d'atteindre Louisbourg. Malgré les renforts français envoyés depuis Toulon, la flotte reste enfermée près d'un an et doit renoncer à se rendre en Amérique du Nord. Les renforts conduits par le marquis de Menneville sont battus lors de la bataille de Carthagène et Louisbourg finit par tomber plus tard dans l'année. Comprenant qu'il ne peut pas franchir le barrage britannique au détroit de Gibraltar, La Clue est contraint de revenir à Toulon. Le , il est de retour au port, il désarme le , ayant donc connu un premier échec. La flotte française est alors prisonnière en Méditerranée.
thumb|280px|La bataille de Lagos, le 18-. Edward Boscawen poursuit l'escadre de La Clue qui se disloque après le passage de Gibraltar. Malgré la neutralité portugaise, les vaisseaux français sont pris ou incendiés.
En 1758, le commandeur Pierre-André de Glandevès du Castellet se démet du commandement du port de Toulon, et le ministre de la Marine, Monsieur de Massiac lui écrit le : « Sa Majesté m'a chargé de vous marquer toute la satisfaction qu'Elle a du zèle avec lequel vous avez rempli la place qu'Elle vous avait confiée »Archives du Port de Toulon, lettre de Massiac à Glandevès du 14 août 1758. La place de commandant de la marine, vacante, est alors donnée à La Clue-Sabran qui la conserve quinze mois. Glandevès en assurera à nouveau l'intérim lorsque La Clue-Sabran prendra la mer en .
Il reçoit, à cette date, l'ordre de rallier depuis Toulon la flotte de Brest afin de mettre en œuvre le projet d'invasion de l'Angleterre. Toujours embarqué sur l'Océan, il réussit à franchir le détroit de Gibraltar, mais son escadre de 12 vaisseaux et 3 frégates se disloque dans la nuit. Poursuivi par les 14 vaisseaux de la flotte de l'amiral Boscawen alors qu'il n'en a plus que 7, il subit une défaite écrasante à la bataille de Lagos. Cette bataille, et celle de la baie de Quiberon mettront un terme aux projets français d'invasion.
Il n'est pas sanctionné à l'issue de cette campagne où ses qualités de chef se sont révélées très insuffisantes, mais il ne reçoit plus aucun commandement. Il se retire du service en 1764 avec lettres de provision de lieutenant général des armées navales accordées par Choiseul. Il décède le , à Passy-lès-Seine, « au bout de quatre jours, de l'opération de la pierre ».
Famille Il est l'oncle de Gaspard-Nicolas de Bertet, comte de La Clue (1732-1815) et de Jean-Baptiste de Laugier, chevalier de Beaucouse (1717-1784)Jean-Baptiste de Laugier de Beaucouse (1717-1784), dit le « chevalier de Beaucouse » après qu'il a été fait chevalier de Malte. Garde-marine en 1735, enseigne de vaisseau en 1741, lieutenant d'artillerie en 1751, capitaine de vaisseau en 1757, lieutenant colonel d'artillerie en 1762, colonel d'artillerie en 1764, commandant en premier d'artillerie en 1770, brigadier des armées navales en 1771. Il prend sa retraite en 1783 pour cause de santé avec les provisions de chef d'escadre et de pension sur le trésor royal. Il meurt à Marseille le 7 août 1784. , tous deux chefs d'escadre.
Son frère, Marc Antoine de Bertet de La Clue, est prêtre du diocèse de Riez et fera de son neveu Gaspard-Nicolas de Bertet de La Clue son légataire universelTestament authentique de "Marc-Antoine deberter dela Clue, prestre du diocese de Ries en Provence, demeurant en cette ville de Chartres depuis l'année 1740", reçu par Maître Crochart, substituant Maître Chantier, notaire à Chartres, le 30 septembre 1792, Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2 E 51 383.
Notes et références
Voir aussi Sources et bibliographie
Articles connexes Guerre de Sept Ans Histoire de la marine française
Liens externes
Généalogie de la famille Sabran puis Sabran-Pontevès
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