Louis Charles, comte du Chaffault de Besné, seigneur de Chambretaud, Meslay, la Goyère et autres terres, né le à NantesIl est baptisé en l'église Saint-Vincent de Nantes, le . et mort en cette même ville le à la prison de Lusançay (manoir de la Hautière), est un lieutenant général des armées navales français. Originaire d'une famille noble nantaise, Louis Charles du Chaffault de Besné entre jeune dans la marine royale et se distingue une première fois au large du cap Finisterre pendant la guerre de Succession d'Autriche.
La paix revenue, il effectue plusieurs missions dans les Antilles et ravitaille les établissements de Nouvelle-France. Promu lieutenant général des armées navales, il commande, en cette qualité, à la bataille d'Ouessant en , ce qui lui vaut son surnom de l'« homme d'Ouessant ». Retiré en son château de Meslay à La Guyonnière (en Vendée) à la Révolution, il encourage à partir de l'insurrection contre la Convention nationale. Il est arrêté et meurt à la prison de Lusançay le .
Biographie Origines Louis Charles du Chaffault de Besné est issu d'une ancienne famille noble originaire de Bretagne et du comté nantaisSon aïeul, est évêque de Nantes, à la fin du ., quoique depuis longtemps établie en Bas-Poitou, où elle possédait la terre de la Senardière, près de Montaigu ; celle de la Guignardière, près d'Avrillé, et d'autres domaines. Il est le deuxième des trois fils d'Alexis-Augustin, comte du Chaffault (1680-1740), seigneur de la Senardière et du Plessis-Besné, plus tard conseiller au parlement de Bretagne, et de Marie Boux de Saint-Mars, descendante de François Boux (-1573), un médecin célèbre à Nantes, doyen de la faculté de médecine de Nantes, au . Son frère ainé, Julien Gabriel du Chaffault (1707-1771), est, comme son père, conseiller au parlement de Bretagne.
Les du Chaffault étaient alliés aux d'Escoubleau de Sourdis et aux La Roche-Saint-André, deux familles poitevines qui, depuis près d'un siècle, se distinguaient dans la marine.
Il épouse sa cousine Pélagie de La Roche Saint-André, petite-fille du chef d'escadre Gilles de La Roche-Saint-AndréCe dernier étant aussi l'arrière-grand-père de Louis Charles du Chaffault, le avec qui il a six enfants, parmi lesquels : Marie-Auguste du Chaffault (né le et mort le ). Lieutenant de vaisseau, il est blessé à la bataille d'Ouessant. Thérèse Charlotte du Chaffault (née le et morte le ), elle épouse Charles Louis de Royrand, seigneur de La Roussière.
Carrière militaire Débuts et jeunesse Le jeune du Chaffault de Besné entre dans la sous les ordres de son futur beau-père Louis-Gilles de La Roche Saint-AndréLouis-Gilles de La Roche Saint-André (1666-1732), fils de Gilles de la Roche-Saint-André. Il intègre une compagnie de garde-marine le , à l'âge de dix-sept ans. En 1728, il participe au bombardement de Tunis à bord de L'Astrée, commandée par le chevalier de Gouyon. Il se distingue de bonne heure et gravit les échelons de la hiérarchie militaire, il est promu enseigne de vaisseau le Mercure de France, 1733, . En 1739, la France, souhaitant témoigner sa sympathie aux cours de Suède et de Danemark, envoie une escadre de quatre vaisseaux sous les ordres du marquis d'Antin, vice-amiral du Ponant. Du Chaffault sert dans cette escadre, à bord du Fleuron, commandé par Jean-André Barrailh. Dans son récit de la visite rendue au roi Frédéric de Suède, le capitaine en second du Fleuron, le chevalier de Folligny écrit : .
Guerre de Succession d'Autriche
vignette|droite|Combat de lIntrépide s’élançant au secours du Tonnant, huile sur toile de Pierre-Julien Gilbert, 1836. Représentation de la bataille du cap Finisterre. Promu lieutenant de vaisseau le , il reçoit à Brest en l'ordre d'armer deux frégates de 36 canons, l', dont le commandement lui est confié, et La Syrène, commandée par le comte de Guichen pour aller croiser dans les eaux de Saint-Domingue. Du Chaffault, de deux ans l'ainé de Guichen, lui aussi lieutenant de vaisseau, reçoit le commandement de la division navale. Cette dernière quitte la rade de Brest le , mais doit faire face à une terrible tempête. Le , à l'ouest du Cap Finisterre, L'Atalante capture le Roi des Indes, un trois-mâts britannique parti des établissements de Caroline aux États-Unis avec du riz, du cuir et du bois à destination de Lisbonne. Du Chaffault confie à un de ses officiers le soin de la ramener dans un port de France. Le , la flotte arrive en vue de Porto Santo, près de Madère, et, après une traversée de l'Atlantique au cours de laquelle elle passe à proximité d'un convoi anglais sans l'attaquer, elle rallie les Antilles le et le Porto Santo deux jours plus tard. Les deux frégates reprennent la mer dès le et capturent un corsaire britannique, le Clinton.
La même année, Du Chaffault de Besné est alors capitaine de pavillon du marquis de l'Estenduère, à bord du vaisseau amiral Tonnant. À la bataille du cap Finisterre, le , L'Estenduère affronte les quinze vaisseaux de l'amiral britannique Hawke. Duchaffault est blessé au visage pendant le combat. Il est fait capitaine de vaisseau le , à 48 ans, et commande toujours L'Atalante.
Guerre de Sept Ans
Deux ans plus tard, en 1756, la guerre de Sept Ans éclate entre la France et l'Angleterre. Le au matin, après quarante-trois jours de traversée, alors que du Chaffault commande L'Atalante dans la division du comte d'AubignyCette division est alors composée de trois bâtiments : Le Prudent 74, commandé par le comte d'Aubigny, L'Atalante, 36 canons, commandée par du Chaffault, et Le Zéphyre commandé par Latouche-Tréville., la flotte française attaque sur les atterrages de la Martinique un vaisseau anglais de 60 canons, nommé le commandé par Molyneux Shuldham. Malgré l'énorme supériorité des forces françaises, le Warwick, après avoir essayé de soutenir le feu de l’Atalante, gagna au large avec de graves avaries ; puis, rejoint bientôt par la frégate, il amena son pavillon. L’Atalante remporte cette victoire sous les yeux de la division d'Aubigny, qui est demeurée spectatrice de la lutte sans y prendre part (). Le lendemain, le Warwick est ramené à Fort-Royal. La division rentre en France. D'après :
vignette|droite|Une vue de Louisbourg assiégée, en 1758.
Mais la guerre s'est déplacée vers l'Amérique du Nord et du Chaffault est chargé de transporter des troupes au Canada. Il appareille de l'île d'Aix le , avec une division composée de cinq vaisseaux et trois frégatesLes vaisseaux Le Dragon, 64, qu'il commande, Le Belliqueux, 64 canons, commandé par le marquis de Martel, Le Sphinx, 64, commandé par Veuve-Turgot, Le Hardi, 64, commandé par Latouche-Tréville, et Le Brillant, 56, capitaine de Saint-Médart. Les frégates Le Zéphyre, La Valeur et La Mignonne et une flûte, Le Rhinocéros.. Le , l'escadre mouille à Port-Dauphin sur l'île Royale, elle trouve le port de Louisbourg bloqué par dix vaisseaux britannique, et débarque les troupes dans la baie Sainte-Anne. Ce secours tardif n'ayant pu empêcher la colonie de tomber au pouvoir des Britannique, du Chaffault revient en France. Il rencontre en chemin, à 66 milles environ nord - nord-ouest d'Ouessant, une escadre anglaise composée de sept vaisseaux et d'une frégate qu'il réussit à éviter et arrive sans encombre à Rochefort, le .
Expéditions en Méditerranée
Il est promu au grade de chef d'escadre le . En 1765, le Roi confie à du Chaffault une expédition contre les pirates salétiens. Le , il mouille devant Salé à bord de L'Utile, accompagné de six frégatesIl s'agit de trois frégates de Brest : La Terpsichore, La Licorne et L'Héroïne, que commande le comte de Grasse, et de trois frégates de Toulon : La Chimère, La Gracieuse et La Pléiade., deux bombardes et une barque, L'Hirondelle. Le , les bombardes s'approchent de terre et font tirer leurs mortiers, qui envoient leurs bombes sur la ville mais sans succès. Cependant, le lendemain, la mer est énorme ; l'escadre dérade en filant les câbles d'ancres, par le bout sur des bouées, et croise au large. Le , les vigies annoncent l'arrivée d'un renfort, deux chebecs de Toulon : Le Caméléon et Le Singe, ce dernier commandé par une recrue, : le bailli Pierre-André de Suffren.
Il dirige sa flotte contre Larache, qu'il atteint le , bombarde le port, en détruit les batteries et brûle quelques navires marocains, du 25 au . Les troupes françaises perdront 300 hommes dont 30 ou 40 officiers et gardes de la marine après avoir été encerclées par les troupes marocaines. La France devra payer un lourd tribut pour que le Maroc relâche les prisonniers. La flotte n'a pas pu récupérer les prisonniers ou bien infliger des représailles aux forces marocaines. Cet échec fait suite à la guerre de Sept Ans qui s'était terminée par une défaite. La défaite de Larache a conduit à une trêve et un traité entre la France et le Maroc en 1767. Les prisonniers français auraient participé à la construction de la ville d'Essaouira.
Il appareille pour Cadix le .
Guerre d'indépendance des États-Unis vignette|Combat d'Ouessant, , huile sur toile, par Théodore Gudin. vignette|Vue générale du combat au centre avec les vaisseaux amiraux. Du Chaffault, qui commande la Couronne, est grièvement blessé lors du combat.
Il reçoit une pension de sur le budget de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, par brevet du État nominatif des pensions, traitemens conservés, dons, gratifications qui se payent sur d'autres Caisses que celle du Trésor Royal, vol. 1, 1790, . Le , il est nommé lieutenant général des armées navales et commande, en cette qualité, à la bataille d'Ouessant, l'avant-garde de l'armée française, à qui le hasard du combat fit jouer le rôle et tenir la place de l'arrière-garde. À bord de La Couronne, 80 canons, il est grièvement blessé d'un coup de mitraille à l'épaule et a en outre la douleur de voir son fils blessé à ses côtés écrit qu'il a été tué au cours de la bataille. La aussi, en précisant que ce fils . Mais , , , et ne le signalent, à Ouessant, que blessé à la jambe et seulement lieutenant de vaisseau. Le indique que . précise, référence aux Archives de la marine à l'appui, que .. La nouvelle de son infortune parvient jusqu'à la famille royale qui s'en émeut et le roi lui octroie une pension de . Il ajoutera, en 1779, une pension de au chirurgien Jean Lambinet .
écrit :
Rétabli de ses blessures, du Chaffault reçoit, le , le commandement des flottes combinées de France et d'Espagne, en remplacement du comte d'Orvilliers, démissionnaire à la suite de la campagne infructueuse de l'été 1779 dans la Manche.
il refuse formellement, en , de servir à Cadix sous les ordres du comte Charles-Hector d'Estaing qui, pendant toute sa jeunesse, avait servi dans l'armée de terre en qualité de colonel d'infanterie, puis de brigadier des armées du Roi ; qui, prisonnier des Anglais dans l'Inde, et libre sur parole, avait, au mépris de son engagement, repris sur-le-champ les armes ; et qui enfin, était devenu vice-amiral, a toujours été contesté par les officiers, aimé par les matelots. Du Chaffault est alors le second officier général à opposer un pareil refus. En 1779, le chevalier de Ternay, qui était prêt à partir pour l'Inde, avait préféré perdre le commandement de la flotte que de servir sous un tel chef. Inflexible, le , du Chaffault écrit une lettre pour motiver son refus :
Retraite et emprisonnement Il se retire en Vendée, dans le château de Meslay, qu'il possédait en la paroisse de La Guyonnière près de Montaigu, et consacre ses loisirs à l'agriculture, à l'architecture et à la bienfaisance.