La Fontaine aux mille amphores est un site archéologique situé à Carthage en Tunisie et dont la conservation au début du n'est pas avérée.
Découvert en 1919-1920 par Louis Carton, et après des velléités de mise en valeur touristique, le site se trouve depuis lors dans la zone de sécurité du palais présidentiel de Carthage après les aménagements du secteur dans les . Selon Jean-Pierre Laporte, la Fontaine est après avoir été oubliée très vite après sa découverte.
L'histoire ancienne du site n'est connue que par l'étude archéologique effectuée lors de la découverte et à l'occasion de la reprise du dossier à la fin des . Sur une source aménagée dès l'époque punique, un équipement assez complexe a été réalisé à l'époque romaine, appelé par son inventeur et qui a été interprété au début du comme étant probablement un nymphée ayant des fonctions non seulement de fourniture d'eau mais aussi religieuses.
Localisation et étymologie
vignette|gauche|alt=Vue générale du littoral de Carthage avec le palais présidentiel|Palais présidentiel de Carthage vu de Sidi Bou Saïd. vignette|alt=Carte avec les différents sites de Carthage qui sont visitables dans la ville contemporaine|Localisation des divers vestiges visitables du site de Carthage ; le site de la Fontaine est dans l'espace grisé à droite de la zone du parc des thermes d'Antonin (, localisation des thermes ).
Le site archéologique de Carthage, quasiment désert de constructions au début du , a fait l'objet durant tout ce siècle d'une urbanisation très importante, surtout après la création d'une commune sur le site.
Le site de la Fontaine aux mille amphores, pour sa part, est situé au nord-est de la ville de Carthage, au bord de la mer, sur le plateau de Bordj-Djedid, non loin du complexe des thermes d'Antonin et de la basilique de Saint-Cyprien, dans l'enceinte actuelle du palais présidentiel et hors de la trame urbaine romaine. La zone est cependant occupée par des résidences durant l'Antiquité tardive, même si elle est abandonnée sous l'ère vandale et réoccupée après la reconquête byzantine.
La source est située à au-dessus du niveau de la mer. Au-dessus de la Fontaine se situait à l'époque romaine un édifice public important en relation avec la cohorte urbaine en garnison dans la ville, alors capitale de l'Afrique proconsulaire.
Le nom qui a été donné à l'équipement est considéré par Jean-Pierre Laporte comme , à ne pas prendre au sens premier du fait de la nature de l'édifice.
Histoire Histoire ancienne
vignette|alt=Plan de Carthage romaine avec le quadrillage antique|Plan de Carthage romaine avec la trame antique, la Fontaine étant située hors de la zone.
Le site de Carthage ne possède pas de cours d'eau et dispose d'une seule source selon Jean-Pierre Laporte, ou de deux selon Samir Aounallah, l'autre source étant située près de Dar Saniat. L'alimentation en eau se faisait par le stockage en citernes de l'eau pluviale, ce qui a empêché pendant longtemps la création à l'époque romaine de thermes importants dans la cité. Une longue histoire a marqué le site de l'époque punique à la période arabe et son nom antique n'est pas connu.
La source était située dans une grotte au pied de la falaise et une chambre de captage est bâtie à l'époque punique, une galerie étant jointe à cette pièce. Des fouilles réalisées devant l'édifice ont abouti à des découvertes de murs ayant appartenu à des habitats en lien avec la présence de la source.
À l'époque romaine, un couloir long de pourvu de voûtes est construit, peut-être du fait d'éboulements sur le site. Un dispositif appelé est aménagé. Une et un nouveau réservoir sont installés ultérieurement. Le site n'est pas occupé au temps de l'empire chrétien. Une partie du bâtiment sert d'atelier de tabletterie et peut-être de teinturerie de pourpre.
La voûte est percée ultérieurement, ou , pour permettre de récupérer de l'eau de la Fontaine.
Redécouverte
vignette|alt=Carte postale ancienne montrant une accumulation d'amphores|Mur aux amphores de Carthage, carte postale ancienne du début du .
Le site de la Fontaine est découvert par Louis Carton en 1918. Antérieurement, Alfred Louis Delattre, fouilleur de Carthage pendant un demi-siècle, avait découvert en 1905 un amoncellement de amphores dans les environs immédiats, d'où le nom attribué par Carton. Alfred Delattre a arrêté ses travaux à peu de distance de la Fontaine. Les amphores, placées verticalement, ont été datées du second quart du . Elles étaient disposées . Selon Carton, ces amphores servaient peut-être au transport de l'eau. Un autre mur d'amphores a été découvert en 1893 sur le flanc de Byrsa.
Alfred Merlin, directeur des Antiquités de la Tunisie jusqu'à son remplacement par Louis Poinssot en 1921, accorde une subvention destinée aux fouilles et au dégagement de l'édifice. Carton fait vider le tunnel de la terre présente alors et envoie une communication sur la découverte à l'Académie des inscriptions et belles-lettres en . Il propose de rechercher quelques inscriptions ou objets.
À la suite d'un rapport de Stéphane Gsell, des terrains de la colline sont acquis par l'État dès 1928 afin de créer un parc archéologique. Le site est rapidement considéré comme digne d'être mis en valeur à des fins touristiques et fait l'objet d'éditions de cartes postales.
François Icard et Paul Gielly fouillent le site en 1920, ainsi que les déblais des dégagements précédents. Ils découvrent des lamelles de plomb avec des et des monnaies en or, dont une part est vendue et permet l'achat des terrains du tophet. Lors des travaux de terrassement, des monnaies, notamment en or, sont subtilisées par les ouvriers, et d'autres sont découvertes dans les déblais. Icard, inventeur d'une monnaie de Faustine, découvre . Des inscriptions sont retrouvées sur des fragments de céramique, des coquillages en plomb et des tablettes de défixion, dont quatre sont expédiées au spécialiste Auguste Audollent. Les tablettes sont découvertes avec des lampes à huile datées des et données au musée Alaoui puis soumises par la Commission de l'Afrique du Nord à Audollent. Ces tablettes, non restituées, passent après la mort d'Audollent au musée Bargoin de Clermont-Ferrand. François Icard donne au Cabinet des médailles des sceaux et des plombs en 1921.
Entre abandon et incertitudes (années 1920-années 1970) Le site souffre très vite du manque d'entente entre la direction des Antiquités et les fouilleurs qui succèdent à Louis Carton, décédé brutalement en . L'édifice, non découvert lors d'une fouille officielle, ne fait pas l'objet de restauration et se dégrade, envahi par l'eau de mer qui le transforme en . En même temps, la terre commence à le recouvrir dès 1925. Vers 1930, un édifice est bâti non loin de là. En 1935, François Icard qualifie le site de .
vignette|alt=Vue aérienne du palais présidentiel de Carthage|Vue générale du palais présidentiel de Carthage en 2010.
Dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les terrains acquis par l'État sont utilisés pour la construction d'un lycée et de villas, et le projet de parc archéologique de Stéphane Gsell est abandonné.
Après l'indépendance de la Tunisie, entre 1960 et 1969, le président Habib Bourguiba choisit Carthage pour la résidence présidentielle, , et fait bâtir à proximité immédiate par l'architecte franco-tunisien Olivier-Clément Cacoub un palais de style arabo-andalou sur une superficie totale de 38 à .. Le site choisi est celui d'une ancienne résidence de Mustapha Khaznadar expropriée au début des années 1950 et située au pied de la falaise. La zone du palais comprend l'emplacement de l'ancienne nécropole des Rabs.
Le site archéologique a été considéré comme détruit lors des travaux dans l'enceinte du palais présidentiel mais selon Jean-Pierre Laporte. La présence d'une source et la nécessité d'évacuer l'eau opterait pour une conservation car . Abdelmajid Ennabli signale que la galerie voûtée est comblée lors des diverses phases de travaux.
Description vignette|alt=Vue d'une galerie sur une photographie en noir et blanc|Galerie de la Fontaine sur une photographie ancienne. Contexte général La Fontaine se trouve non loin des nécropoles puniques fouillées à la fin du et au début du , dont la nécropole des Rabs explorée par Alfred Louis Delattre, et de l'actuel parc archéologique des thermes d'Antonin. Un escalier monumental daté de l'époque romaine permet de gravir la falaise. En hauteur, un édifice rectangulaire a livré une inscription évoquant la . Le plan de l'édifice est levé par un militaire détaché à La Goulette et publié en 1920.
La façade méridionale de l'édifice comportait un mur de de long pourvu de sept contreforts, avec une hauteur de plus en plus basse.
La Fontaine est large d'environ et longue de . Un grand édifice était peut-être situé au-dessus de son emplacement.
Éléments divers de l'édifice
vignette|gauche|alt=Plan général du site levé lors de la découverte|Fontaine aux mille amphores avec le sur le plan levé par Louis Carton.
Une chambre de captation , construite dans une grotte en moyen appareil, mesurait sur pour une hauteur de . Le plafond était constitué de calcaire coquillier jaune utilisé par ailleurs dans les nécropoles puniques.
vignette|alt=Plan de la Fontaine de 1924 par Louis Carton|Plan de la Fontaine de 1924 par Louis Carton.
Un couloir d'environ de large et long de suivait la chambre et comportait un canal. Le couloir fait selon Colette Picard. Une salle de sur avec trois travées possédait une de à . Le canal était profond d'environ ou . Les voûtes étaient bâties en enduit grossier d'. La pièce était sombre et de nombreux fragments de lampes ont été retrouvés par les fouilleurs. Une pièce suivante est pourvue d'un puits de creusé dans le grès et interprété par Louis Carton comme destiné à l'éclairage, à l'aération ou à l'alimentation en eau et qui est, selon Jean-Pierre Laporte, le fruit d'une modification ultérieure de l'édifice. Un mur en bel appareil avec des voussoirs formait la façade primitive de l'édifice.
Le consistait en un bassin en forme de trapèze de sur de large sur six à de long, et qui possédait un mur de de haut ainsi qu'une voûte, en pierre de taille. Un escalier peut-être présent permettait d'accéder à l'intérieur de l'édifice . Une a été ajoutée. La façade de pierres de taille possédait quatre pilastres engagés et deux ouvertures dont l'une donnait accès au couloir coudé et une autre était de grande taille. Des éléments sculptés d'un décor en marbre comportant des coquillages, des fleurs et des rubans ont été retrouvés lors des fouilles.
Dans l'aménagement ultime de la Fontaine, un bassin est construit sur la largeur de la façade de l'édifice. Un signalé par Louis Carton n'est pas aisément identifiable. Une canalisation d'évacuation pouvant servir lors des opérations de maintenance a également été reconnue.
Artefacts divers retrouvés sur le site ou à proximité immédiate Les recherches sur le site ont livré de nombreux artefacts archéologiques.
Le site a ainsi livré de nombreuses monnaies en bronze et en billon, mais aussi une quarantaine en or, dont la moitié lors des fouilles de Carton, un quart dans les fouilles menées par Icard et Gielly et un quart dans les déblais. Deux monnaies sont décrites par Icard, une figurant Héliogabale et l'autre Julia Maesa, et une dernière est citée comme figurant la .
vignette|alt=Exemple d'une tablette de plomb munie d'inscriptions|Tablette de défixion provenant du cimetière de la , non loin de Rome (image d'illustration).