vignette|La Seine le . Le petit âge glaciaireLe mot « âge » ne prend pas de majuscule quand il désigne une période de l'histoire, sauf pour le Moyen Âge : l'âge de la pierre, l'âge du fer, l'âge du bronze, etc. (parfois abrégé en PAG) est une période climatique froide, particulièrement intense dans l'Atlantique nord, ayant approximativement eu lieu entre le début du . Elle est caractérisée par une série d'hivers longs et froids en Europe et en Amérique du Nord. Elle porte plusieurs noms, dont « petit âge de glace », « petite période glaciaire » ou encore « petite glaciation »Dans les publications anglophones, l'abréviation LIA est fréquemment utilisée, pour Little Ice Age..

Elle se caractérise par des périodes de crues glaciaires, auxquelles correspondent plusieurs minimums de températures moyennes très nets. Elle succède à l'optimum climatique médiéval (OCM), période plus chaude.

Ce terme est introduit de manière informelle en 1939 par le géologue François E. Matthes pour désigner initialement les ..

Ses causes, sans être exclusives les unes des autres, font l'objet de plusieurs études scientifiques publiées à partir de la fin du .

Origine et persistance

Cycles de Milanković

Selon les cycles de Milankovitch, le forçage orbital dû aux cycles de l'orbite terrestre autour du Soleil a provoqué, pendant les deux mille dernières années, une tendance au refroidissement dans l'hémisphère nord à long terme, tendance qui s'est poursuivie pendant la période médiévale et le petit âge glaciaire. La vitesse de refroidissement de l'Arctique est d'environ par siècle. Cette tendance aurait pu être amenée à se poursuivre, conduisant à un véritable âge glaciaire, mais les relevés de température à partir du montrent une inversion soudaine de cette tendance, avec une hausse des températures mondiales attribuée aux gaz à effet de serre.

Activité volcanique Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer l'existence et surtout la persistance du petit âge glaciaire. La première, fondée sur les découvertes réalisées en stratigraphie, relie le petit âge glaciaire des à l'éruption très violente de plusieurs volcans, dont le Tambora. Il est en effet connu que les aérosols expulsés par un certain type de volcan peuvent nettement diminuer l'efficacité du rayonnement solaire. Le début du petit âge glaciaire au pourrait ainsi être lié en partie à un phénomène de forçage volcanique..

En 2013, une équipe scientifique française dirigée par Franck Lavigne estime, au regard des éléments analysés, que cette période de refroidissement aurait été causée par l'activité volcanique du volcan indonésien Samalas, qui était entré en éruption en 1257 lors d'une explosion qualifiée de méga-colossale...

Diminution de l'activité solaire

Une seconde explication, non nécessairement contradictoire, serait à trouver dans l'effet de l'activité du Soleil. Il semble qu'elle ait été particulièrement faible pendant une bonne partie de la période du petit âge glaciaire. Au cours de la , dans le milieu du petit âge glaciaire, il y a eu une période de faible activité solaire connue sous le nom de minimum de Maunder. Le minimum de Spörer a également été identifié avec une période de refroidissement significatif entre 1460 et 1550. Le dernier minimum que l'on peut associer à cette période est le minimum de Dalton, qui a eu lieu entre 1790 et 1830. D'autres indicateurs de la faible activité solaire durant cette période sont les niveaux d'isotopes du carbone 14 et du béryllium 10. Miller (2012) lient le petit âge glaciaire à et notent que .

Dérive nord-Atlantique Une altération du Gulf Stream est évoquée par Wallace S. Broecker comme ayant également pu contribuer au petit âge glaciaire. Cette explication n'est cependant pas acceptée par tous.

Lien avec l'écroulement de la population amérindienne à la suite de l'arrivée des Européens D'après une étude menée par quatre géographes de l'University College de Londres et de l'université de Leeds, les pandémies , dont ils estiment la baisse des effectifs à 90 % en un siècle, passant de à en 1600, ont entraîné l'abandon de terres sur lesquelles la nature a repris ses droits. Le retour de forêts et de savanes sur environ d'hectares aurait provoqué par photosynthèse le retrait d'une quantité non négligeable de de l'atmosphère, de 7 à , soit l'équivalent de deux ans de rejets de au début du .. Selon les auteurs de cette étude, cette chute de la concentration en , un gaz à effet de serre, aurait entraîné, entre autres facteurs, le petit âge glaciaire. Cette modification du taux atmosphérique de pourrait montrer que les conséquences des actions humaines sur le climat précèdent l'ère industrielle.

Question des bornes temporelles

Aucune date précise ne fait l'unanimité pour marquer le début du petit âge glaciaire : plusieurs événements, plus ou moins anciens, sont cités comme en faisant potentiellement partie, avant la date du premier minimum climatique avéré. À partir du , la banquise de l'Atlantique nord s'étend vers le sud, de même que les glaciers du Groenland. En 1315, débutent trois années de pluies torrentielles, point de départ d'une période météorologique mouvementée qui dure jusqu'au .. L'avancement des glaciers est attesté en plusieurs régions du monde durant ces quelque cinq siècles, mais une reconstitution de leur progression à partir de mesures de terrain montre qu'elle est restée limitée entre 1600 et 1850. C'est surtout le retrait des glaciers au qui sera spectaculaire.

Quelques grands événements climatiques peuvent donc être soulignés comme des points de repère d'un petit âge glaciaire s'étendant du au milieu du : 1250 : début de l'extension de la calotte glaciaire en Atlantique ; 1300 : les étés jusqu'alors chauds cessent de l'être de façon nette ; 1315 : précipitations soutenues et grande famine de 1315-1317 ; 1550 : début théorique de l'expansion mondiale des glaces ; 1650 : premier minimum climatique.

La fin du petit âge glaciaire est fixée au milieu du .

D'après Emmanuel Le Roy Ladurie, l'un des précurseurs de l'étude de l'histoire du climat en France, il serait raisonnable de prendre comme limites du petit âge glaciaire en Europe, d'une part, le début du (de nombreux étés frais et d'hivers rudes, plus nombreux qu'au , qui fait partie de l'optimum climatique médiéval), et, d'autre part, les . Les dernières découvertes semblent mettre en évidence trois phases particulièrement virulentes au sein du petit âge glaciaire : de 1303 à 1380, le dernier tiers du et de 1815 à 1860Histoire Humaine et Comparée du Climat, trois tomes, et antérieurement Histoire du Climat depuis l'an mil paru en 1967..

Caractéristiques et conséquences

Le petit âge glaciaire correspond concrètement à un léger refroidissement climatique, de l'ordre de moins de . Cette diminution peut paraître faible, mais elle a été suffisante pour provoquer des hivers rigoureux et ralentir les activités humaines, notamment la production agricole, en particulier au . Des archives historiques ou commerciales, des peintures de l'époque témoignent d'hivers rudes et enneigés. En Savoie, on organise même des processions dans l'espoir de conjurer l'avancée des glaces. Le paroxysme de froid est atteint entre les et 1730..

Hémisphère nord

vignette|redresse|Vers le milieu du , le glacier des Bossons est à son avancée maximale. Au début des , la limite de ce même glacier se trouve plus de en arrière..

Le petit âge glaciaire a surtout été décrit et commenté en Europe et en Amérique du Nord, bien que d'autres régions du monde aient été concernées. Au milieu du , les glaciers des Alpes suisses avancent rapidement, engloutissant fermes et villages. En Angleterre, la Tamise gèle (pour la première fois en 1607, en 1684, dont l'hiver entraîne un très grand coup de froid, et pour la dernière fois en 1814) ; quand bien même certains aménagements urbains, des ponts notamment, aient pu favoriser le phénomène en entravant le flux des eaux, la fréquence de l'événement est un bon exemple de la persistance du refroidissement en Europe. De la même façon, les embâcles sont fréquents dans presque toutes les rivières.. Les canaux et rivières des Pays-Bas se muent en glace lors de plusieurs hivers ; ainsi celui de 1794-1795, pendant lequel la cavalerie française menée par Charles Pichegru s'empare de la flotte hollandaise, prise dans les glaces. Lors de l'hiver de 1780, la zone fluviale de New York (New York Harbor) devient solide : on marche entre Manhattan et Staten Island ; les liaisons de commerce par voie maritime sont bloquées.

Sous , la Seine gèle à plusieurs reprises en hiver et on est obligé, à Paris, de débiter le vin des tonneaux à la hache. L'hiver 1709 est particulièrement glacial en France.

Tous ces hivers particulièrement rigoureux affectent plus ou moins directement et violemment la vie des populations.

Hémisphère sud La majorité des études montrent que l'hémisphère sud a été affecté de manière moindre et essentiellement indirecte par le Petit Âge Glaciaire. Toutefois des analyses d'éléments de calotte corallienne prélevés au sud-est de la Nouvelle-Calédonie révèlent une possible influence du petit âge glaciaire dans le Pacifique sud-ouest tropical, avec un refroidissement moyen ayant pu atteindre un degré Celsius. Elles montrent aussi que le phénomène El Niño n'aurait subi aucune variation de force ou de fréquence, même durant la période la plus froide..

Éléments historiques et culturels Le petit âge glaciaire, comme l'optimum médiéval, a eu un effet réel et prolongé sur les sociétés humaines, la faune et la flore de nombreux pays, surtout en Europe et en Amérique du Nord, de même que dans l'art . Cette situation climatique est par exemple invoquée pour expliquer la disparition de la colonie norvégienne du Groenland. Certains hivers sont restés tristement célèbres par le nombre de morts recensés à cause du froid intense et des famines. Ainsi, sous le règne de , les années 1693 et 1694 voient mourir entre 1,5 et de Français. et la fin de son règne a été marquée par l'hiver de 1709, qui a connu sept vagues de froid dont la deuxième fut selon Saint-Simon particulièrement dureSaint-Simon L. de Rouvroy (1984) Mémoires, tome 3 (1707-1710), additions au Journal de Dangeau. Gallimard, Pleiade, Paris, 1650 p (la température descend en dessous de , faisant perdre la plupart des fruitiers, noyers, oliviers et pieds de vigne). Néanmoins cet hiver a causé bien moins de morts que les précédents grâce notamment à l'autorisation donnée par les pouvoirs publics de semer de l'orge au printemps, alors qu'on manquait de grain ; on a ensuite parlé du « miracle de l'orge », rappelle l’historienne Anouchka Vasak.

Adaptation des sociétés humaines

À l'époque les vins et les récoltes se conservent mal, rarement plus d'un an. En période de grand froid la production des jardins individuels et des vergers chute très fortement, mais pas chaque hiver (outre les températures, les dates de premières et de dernières gelées sont déterminantes pour les cultures). Parfois les moulins à eau ne sont plus utilisables (bloqués trois mois par la glace en Moselle selon des témoignages d'époque), alors que les bateliers sont également fortement affectés par les périodes de gel. Ces communautés ont notamment été étudiées par une thèse pour la ville de MetzLitzenburger L (2011) La Vulnérabilité urbaine : Metz et son climat à la fin du Moyen Âge (doctoral dissertation, université Nancy-2).. Ainsi apparaît l'utilisation des skis, traîneaux, raquettes et patins à glace qui permet des déplacements gratuits et rapides, jusqu'à par jour sur les canaux et lacs intérieurs, note le géographe Alexis Metzgerhttps://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01163496/document. Le vin se raréfie en Moselle au profit de cervoises. C'est à cette époque qu'on invente le brise-glace pour apporter de l'eau potable à Amsterdam.