La viticulture en Arménie est l'une des plus anciennes du monde. Elle fait partie avec celle de la Géorgie voisine de cette Transcaucasie, un des lieux d'origine de la vigne où la vigne sauvage (Vitis vinifera subsp. sylvestris) muta en vigne cultivable (vitis vinifera subsp. sativa) et où eurent lieu les premiers foulages du raisin pour obtenir du vin. Cette production fut placée sous la protection de Spendaramet, déesse arménienne de la végétation, de la vigne et du vin. Cette divinité a été identifiée à la Déméter des Grecs, et à la Spenta Armaiti des Iraniens. Toutes trois protègent la « Terre Mère » et, à travers le rythme végétatif saisonnier, sont symboles de mort et de résurrectionDéméter, Spenta Armaiti et Spendaramet.
Histoire Préhistoire Se fondant sur les plus récentes découvertes archéologiques, des auteurs comme Alexis Lichine situent en Arménie la « patrie du raisin », tandis que Hugh Johnson ne manque pas de souligner que ce lieu d'origine de la vigne cultivée est en même temps celui où le mont Ararat sert de frontière septentrionale entre la Turquie et l'Arménie orientale, lieu où la légende biblique fait planter la vigne par le patriarche Noé à la fin du Déluge. Une récente découverte a encore repoussé la date d'apparition de la vigne et du vin. Au cours de l'année 2007, une équipe composée de vingt-six archéologues irlandais, américains et arméniens a fouillé un site, proche de la rivière Arpa, près de la communauté d’Areni. Dans une caverne composée de trois chambres, ils ont trouvé un crâne contenant encore son cerveau, des traces de cannibalisme ainsi que des vases emplis de pépins de raisin permettant de supposer qu'en ce lieu, il y a , aurait eu lieu la plus ancienne vinification au monde.. thumb|left|Ivresse de Noé, bois gravé de 1493
Cette découverte dans le Vayots Dzor, région arménienne au sud du pays, de pépins de raisin, en 2007, a incité la National Geographic Society à financer une nouvelle campagne au cours de l'année 2010. Les fouilles archéologiques, faites sur le site Areni-1 ont mis au jour un complexe de vinification daté de 6 100 avant notre ère. Découverte qui permet d'établir avec certitude que le berceau de la vigne et du vin se situe actuellement en Arménie. thumb|Entrée du site Areni-1
Une équipe internationale d'archéologues a retrouvé les traces et les équipements d'une vinification sur un site de . Ce complexe de vinification correspond à la période du chalcolithiqueRFI.fr/science. Ils ont identifié un fouloir et une cuve de fermentation en argile abrités dans une grotte. Ce sont les plus anciens connus à ce jour, a indiqué le , Gregory Areshian, de l'Institut d'Archéologie Cotsen à l'UCLA, codirecteur des fouilles. Il considère aussi que c'est l'exemple le plus complet de production vinicole au cours de la préhistoireBBC.co.ukFigaro avec AFP.
Outre fouloir et cuve, ont été identifiés des pépins, des reliquats de grappes pressés, des sarments de vigne desséchés, des tessons de poterie, une tasse ouvragée dans une corne et un bol cylindrique servant à boire le vinNouvelles d'Arménie. Le fouloir, un bassin d’argile d'un mètre carré et de de profondeur, possédait un conduit pour permettre au jus de raisin de se déverser dans la cuve de fermentation. Profonde de de profondeur, celle-ci pouvait contenir de 52 à de vinFrance2.fr.
Ce complexe a été découvert dans les montagnes du sud-est de l'Arménie, dans une grotte dénommée Areni-1, du nom du village proche et toujours renommé pour sa production viticole. Cette grotte est située dans une gorge profonde dans la région de Vayots Dzor. Ces premiers vignerons de l'humanité pourraient être les ancêtres des peuples Kouro-Araxes, une ancienne civilisation du Caucase. Ce site de vinification était entouré de dizaines de tombes, faisant penser que le vin pourrait avoir joué un rôle cérémonial. L'idée que cette population ne devait pas boire uniquement du vin lors des inhumations mais aussi dans la vie courante a été avancée. Mais aucune trace de cette consommation à l’extérieur de la grotte n'a jusqu'à présent été prouvée.
Par contre, il est sûr pour les paléo-botanistes que les pépins sont du type vitis vinifera vinifera, variété de vigne qui produit les plus grands vins de nos jours. La vigne, à l'origine sauvage et identifiée comme vitis vinifera silvestri, avait donc été domestiquée il y a six millénaires, passant de la lambrusque à l’état de raisin de cuve. , a précisé Gregory Areshian. thumb|Site préhistorique de vinification à Areni-1 De plus , ont souligné les archéologues. Les plus anciens vestiges comparables à ceux découverts en Arménie avaient été identifiés à la fin des années 1980, en Égypte, dans la tombe du roi Scorpion , et datait de près de . , a souligné Gregory Areshian.
Les analyses au radio-carbone effectuées par l'Université de Californie ont pu confirmer la datation. Et une nouvelle méthode scientifiqueH. Barnard et coll., Chemical evidence for wine production around 4 000 BCE in the Late Chalcolithic Near Eastern highlands, Journal of Archaeological Science, 2010 a été utilisée pour déterminer avec précision que ce vin arménien datait de avant notre ère.
Cette apparition du premier vin sur le haut-plateau arménien et en Transcaucasie a été aussi confortée par la découverte de pépins de raisin dans des couches datant des , tant en Géorgie que dans la plaine de Kharpout.. À cette même période, d'autres fouilles ont mis en évidence en Arménie la présence de grandes réserves à vin près des habitations par la découverte de grandes jarres portant des traces de fermentation et des résidus de lie. Tout près, une aire pavée servait de fouloir.
Antiquité thumb|left|Antique pierre tombale de Noraduz représentant un homme cuisinant sur un grill avec à ses côtés un pot de vin thumb|Poterie d'Urartu (jarre à vin décorée),fouilles d'Arhishtihinili Ce qui est aussi assuré par l'archéologie est que avant notre ère, le royaume de Van possédait un important vignoble qui couvrait la plaine de l'Arménie et le sud de la Transcaucasie. Il était irrigué par l'eau de torrents qui avaient été canalisés. Et l'histoire a noté qu'en 717 avant notre ère, quand les Assyriens du roi Sargon II, pillèrent la ville de Van, ils trouvèrent de vastes caves à vin. Des bas-reliefs montrent les soldats en train d'aspirer le vin des jarres grâce à des tubes. Les fouilles in situ ont mis en évidence l'utilisation de soufre et l'utilisation de raisins passerillés pour la vinification. La production du vin semble par ailleurs y avoir été associée avec l'exercice de la fonction royale : ainsi, le roi Menua plante des vignes le long du canal qu'il a fait creuser.
Cette jarre à vin décorée a été découverte lors des fouilles sur le site d'Arhishtihinili (), l'actuelle ville arménienne d'Armavir. Les vins de l'Urartu (en arménien ) ont été élaborés, bien avant ceux de la Grèce antique, grâce à la technique du passerillage (raisins séchés au soleil); ce qui permettait d'obtenir un vin épais et sirupeux. La recherche archéologique a également constaté qu'en Urartu le soufre était employé pour lutter contre les maladies des vinsM. L. Dzhanpoladian, « Vinification à Urartu », in Œnologie et viticulture en URSS, , 1956..
L'historien grec Hérodote, dans ses Histoires, décrit comment le vin d'Arménie descendait par l'Euphrate jusque vers Babylone. Des tonneaux, sans doute des troncs de bois évidés, étaient embarqués sur des bateaux circulaires entièrement faits de peaux tendues sur des nervures de saule. Ce transport régulier de vin d'Arménie vers Babylone, qui possédait ses vignobles, est la preuve de l'excellence des vins produits sur le piémont du Caucase.
C'est toutefois sous les monarques artaxiades, au , que la production atteint un niveau assez élevé.
Moyen Âge thumb|Mosaïque arménienne, Chapelle Saint-Polyeucte, Jérusalem La viticulture se poursuit jusqu'au Moyen Âge : au , le vin est produit au Vaspourakan des rois Arçrouni, autour du lac de Van et dans les vallées de l'Araxe et du Botan. La viticulture se retrouve également en Petite-Arménie. À l'issue de la période bagratide, on dispose également d'une description des vignobles et de l'industrie qui leur est liée pour la région de Dvin à l'époque du siège infructueux de l'ancienne capitale par les Byzantins en 1049..
Au cours du , une vive querelle éclata entre l'Église arménienne et l'Église grecque au sujet du vin de messe. Le conflit atteignit son paroxysme en 1178. Les divergences portaient sur la question de savoir s'il fallait mettre de l'eau dans le vin, si cette eau devait être chaude, si le vin devait être rouge ou blanc, etc. Les deux parties décidèrent de mettre un terme à leur querelle byzantine en faisant appel à un arbitre musulman. Celui-ci régla la question en considérant que puisque dans sa religion le vin était impur, il suffisait de le remplacer par de l'eau, renvoyant ainsi les deux plaignants dos à dos.
Période moderne Les siècles suivants constituent pour l'Arménie l'« âge obscur » de son histoire, aux témoignages très rares. La viticulture a cependant subsisté : on retrouve mention de vignobles en Arménie perse à la fin du , avec l'accession au trône séfévide de Chah Huseyin en 1694 et l'interdiction du vin qu'il édicte aussitôt dans ses États ; les missionnaires jésuites rapportent alors la destruction du vignoble d'Erevan, qui produisait « le meilleur vin de l'Empire perse »..
Au , la production du vin est un des trois piliers de l'agriculture de l'Arménie russe (à côté de la culture des céréales et de l'élevage). L'industrie vinicole se développe à la fin du siècle, avec notamment la création en 1887 de l'ancêtre de la Yerevan Brandy Company, aujourd'hui plus connue pour son brandy. Cet essor est cependant arrêté net lors de l'occupation turque de 1918 : les vignobles sont arrachés ; l'éphémère Première République d'Arménie tente alors d'encourager la culture de la vigne au moyen de subsidesAnahide Ter-Minassian, 1918-1920 — La République d'Arménie, éditions Complexe, Bruxelles, 1989 (réimpr. 2006) , 179..
Période contemporaine thumb|Porto rosé d'Arménie Du temps de l'Union soviétique, la majeure partie de la production d'Arménie était exportée vers la Russie. Le consortium Arardi détenait alors le monopole sur les vins arméniens et avait des chaînes d'embouteillage à Moscou, Léningrad, Kiev et Saratov. Il est à noter qu'alors que tous les vins étaient logés dans des cuves en ciment verré, dans la région d'Erevan, le kolkhoze « Commune de Paris » utilisait encore des anciens karass de terre.
Louis Orizet, qui se trouvait dans les années 1960 à Moscou, indique que, dans le restaurant qu'il fréquentait, les Moscovites avaient comme habitude, avant de choisir un menu, de commander une bouteille de cognac arménien, une bouteille de vodka et deux bouteilles de vin blanc de Crimée. Intrigué par une telle consommation préalable, il voulut en connaître les raisons. Il lui fut indiqué que l'on commençait par le cognac car il avait le plus de goût, la vodka suivait en tant que boisson traditionnelle, ensuite il était nécessaire de boire du vin blanc pour calmer les brûlures de l'alcool et étancher la soif. En 1984, à la suite de la politique antialcoolique de Mikhaïl Gorbatchev, de nombreux vignobles arméniens ne furent plus exploités.
Avant l'indépendance Les grands centres de production se situent à Etchmiadzin, Achtarak, Vedi et Armavir. L'Arménie, avant son indépendance, produisait différents types de vin doux ou d'alcool (alors baptisé cognac) qui étaient commercialisés avec un lieu d'origine.
OrigineDegré alcooliqueType de production Etchmiadzin 14 - 16 vin blanc Voskévaz 14 - 16 vin blanc Aréni 14 - 16 vin rouge Norachéne 14 - 16 vin rouge Achtarak 14 - 16 vin blanc(type Xérès) Aigéchate 14 - 16 vin rouge(type Porto) Dvine - eau-de-vie Erevan - eau-de-vie Arménia - eau-de-vie Naira - eau-de-vie
Après l'indépendance thumb|"Gandzak", une appellation signifiant le terroir d'origine